n'Wmm%imÊlmWMM^miWmi
m
C-
f^'^^m^im^r-f^,.-
O. M. AVSONU MOSELLA
LA MOSELLE
D'AUSONE
l'édition critique et Traduction française
précédées d'une Introduction
suivies d'un Commentaire explicatif
et ornées
d'une carte de la Moselle et de fac-similés d'éditions anciennes
H. DE LA VILLE DE MIRMONT
MAÎTRE DF. CONFtRENXES A LA FACVLTÉ DES LETTRES DE lîORDEAVX
BORDEAUX
G. GOUNOILILHOU, IMPRIMEUR-EDITEUR
PARIS
J. ROUAM & C% LIBRAIRES-ÉDITEURS
i.:], rue du Helder, k|
1S89
COLLECTION BORDELAISE
D. M. AVSONII MOSELLA
LA MOSELLE
DAUSONE
D. M. AVSONII MOSELLA
LA MOSELLE
D'AUSONE
Édition critique et Traduction française
précédées d'une Introduction
suivies d'un Commentaire explicatif
et ornées
d'une carte de la Moselle et de fac-similés d'éditions anciennes
II. OE LA VILLE DE MIRMONT
JUÏTKn l)E CONIÉRENCES A LA FACULTÉ DES LETTRES DE BORDEACX
BORDKAUX
G. GOUNOUILHOU, IMPRIMEUR-ÉDITEUR
PA R I S
J. ROUAM .'^ Ce, LIBRAIRES-ÉDITEURS
14, rue du Hclder, 14
1889
6221
U^9
1135311
A Monsieur Charles LÉVÊQUE
DE l'institut
PROFESSEUR AU COLLÈGE DE FRANCE
HOxMMAGE DE PROFOND RESPECT
ET
D-AFFECTION DÉVOUÉE
H. DE LA Y. DE M.
INTRODUCTION
ESSAI
SUR
L'HISTOIRE DU TEXTE DE LA MOSELLE
i^^4^'<CàA Moselle, qui est le chef-d'œuvre du
-Mf^^'^i^^ poète Ausone, peut donner matière à
^^^^ de nombreuses recherches d'ordres
"^^M. divers et d'un intérêt égaL A quelle
'^^ date et dans quelles circonstances le
poème a-t-il été composé; à quel genre défini semble-
t-il appartenir; quel art et quelle industrie le poète
dépense-t-il dans cet ouvrage de longue haleine et de
grand style, si différent des courtes épigrammes et
des épîtres familières dont Ausone a l'habitude ; en
quoi la langue, le style, le vers de la Moselle s'écar-
tent-ils des procédés grammaticaux et métriques des
autres poésies d' Ausone; quels poètes anciens l'au-
teur de la Moselle s'est-il principalement appliqué à
imiter; par quels poètes postérieurs a-t-il été imité à
VIII INTRODUCTION
son tour: autant de problèmes dont un autre travail^,
auquel la présente étude est un complément naturel,
essaie de donner la solution.
Il a semblé bon de laisser ici toutes ces questions
de côté, sauf à en indiquer l'indispensable dans le
Commentaire explicatif, pour s'occuper unique-
ment des manuscrits et des éditions de la Moselle.
Je me propose, dans cette Introduction, de décrire
et de classer les manuscrits de la Moselle, et d'étudier
quel usage en ont fait les divers éditeurs d'Ausone
depuis Ugolet qui, le premier, a publié la Moselle,
à Venise, en 1499, jusqu'à Peiper dont l'édition
d'Ausone a paru à Leipzig, en 1886.
^ De Ausonii Mosella, thèse latine pour le doctorat es lettres.
Première Partie
LES MANUSCRITS DE LA MOSELLE
A. LISTE DES MANUSCRITS DE LA MOSELLE.
VOICI la liste des manuscrits qui nous ont conservé le
texte de la Moselle :
G 1° Le codex Sancti-Galli 899 (manuscrit de Saint-Gall,
Sangallensis, que je désignerai par la lettre G), écrit sur
parchemin au X^ siècle. En même temps que quelques
poèmes de divers auteurs, il contient, avec la Moselle et
la lettre écrite par Symmaque à l'occasion de cet ouvrage,
d'autres pièces qui appartiennent à Ausone ou qui lui ont
été attribuées.
B 2° Le codex Bruxellensis 5369/73 (manuscrit de la
bibliothèque de Bruxelles, provenant de la bibliothèque
des ducs de Bourgogne, que je désignerai par la lettre B),
écrit sur parchemin au xiF siècle. Avec la Moselle et la
lettre de Symmaque, il contient quelques autres pièces
d' Ausone, les Fastes d'Ovide et les Gesta Tancredi régis.
Reg 3° Le codex Reginensis {Vaticanus Reginae 1650, que
je désignerai par les lettres Reg), écrit sur parchemin au
X'^ siècle. Il contient, au milieu d'une réunion de frag-
ments disparates (Commentaires sur Orose, Extraits de
Priscien, etc.), les vers 1-180 de la Moselle.
Rh 4° Le codex Rhenaiigiensis (de Rheinau dans le canton
de Zurich, qui porte aujourd'hui le n° LXII à la biblio-
thèque de l'Université de Zurich, et que je désignerai par
les lettres Rh), écrit sur parchemin au XiF siècle. La plus
II
X INTRODUCTION
grande partie de ce ms. contient les œuvres de Prudence.
La Moselle vient ensuite.
5° et 6° Le codex Laiirentïamts LI, 13 (de la biblio-
thèque Laurentienne de Florence, que je désignerai par
la lettre L), et le codex Harleiamis 2578, écrits tous
deux à la fin du xv^ siècle. Ce sont des copies du codex
Magliabecchiamis de Florence, manuscrit du couvent de
S*-Marc, écrit sur parchemin au milieu du xiv« siècle. Le
codex Magliabecchiamis renferme une partie des oeuvres
d'Ennode et quelques fragments d'Ausone. Il contenait
avissi, dans le principe, la lettre de Symmaque et la
Moselle : mais les pages où se trouvaient ces deux ouvra-
ges ont été arrachées. C'est sur ce ms., alors qu'il était
complet, qu'un certain Alexander Verrazanus a copié les
œuvres d'Ausone qui y étaient contenues : en effet, dans le
Laiirentiamts, on lit, à la suite de l'ouvrage de Martianvis
Capella, la Moselle, moins le dernier vers, avec ce titre :
« Incipit fragmentiiin Atisonii poetae » , et cette suscrip-
tion : «Explicit Moysella Ausonii» ; puis la lettre de Sym-
maque et les divers fragments d'Ausone contenus dans le
codex Magliabecchiamis . Les titres communs et la colla-
tion des leçons de ces deux mss. montrent bien que le
second est une copie du premier. La suscription des frag-
ments d'Ausone contenus dans le Laiirentiamis nous donne
le nom du copiste, et, ce qui est plus important, la date de
la copie : « De hoc opère corrupto ut phirimum nil alte-
riîts repperi et ideo explicit. Alexander Verrazanus
escripsit MCCCCLXXXX. »
Le codex Harleiamis 2578 date de la fin du xv« siècle;
il contient divers ouvrages, entre autres les Bucoliques de
Calpurnius, ensuite les fragments d'Ausone déjà imprimés
dans l'édition princejis procurée par Bartholomaeus Girar-
dinus (Venise, 1472), et où la Moselle ne se trouve pas.
Ces fragments sont copiés par l'auteur du ms. d'après le
texte de l'édition : «Hec stmt ea Atisonii fragmenta quae
snnt scripta in codicibus impressis. Qiiibus appostii alia
PREMIÈRE PARTIE XI
qicedam ehtsdem quae leguntur in iiehisto codice exbiblio-
theca diui viarci florentiae.» Parmi ces autres pièces du
même auteur se trouvent la Moselle et la lettre de Sym-
maque; le vieux ms. de la bibliothèque de S'-Marc est
évidemment le Magliabecchiamis actuel. Mais cette copie
est bien inférieure à celle d'Alexander Verrazanus; dans la
Moselle, en particulier, il y a beaucoup de lacunes attri-
buées par Schenkl à l'ignorance du copiste qui n'a pas su
toujours lire le texte du ms., quoique ce texte n'offre pas
de difficultés particulières.
Le codex Harleianus a donc été mis de côté par la
critique, et les deux derniers éditeurs d'Ausone, Schenkl
et Peiper, aux Préfaces desquels j'emprunte ces rensei-
gnements sur les mss. de la Moselle, n'ont usé que des
cinq premiers. Schenkl mentionne encore un ms. de Vienne
(Autriche) où se trouvent la Moselle et la lettre de Syni-
maque {cod. Vindohomensis lut. 358, écrit au XVP siècle).
Mais ce ms., simple copie du texte d'Ugolet, n'a aucune
importance.
On trouve, dans le codex Sanorallensis 265, une lettre
en vers adressée à l'archichapelain Grimoldus par le moine
Ermenricus, qui avait entrepris, vers l'an 850, d'écrire la
vie de S' Gall, et qui, tant dans cette lettre que dans une
épigramme qui la suit, s'approprie, en les modifiant par-
fois, un certain nombre de vers de la Moselle. Les leçons
adoptées par Ermenricus ne permettent pas de décider
s'il a usé d'un ms. semblable au Sangallensis, ou d'un
autre. L'auteur des Gesta Trevirenshim, qui écrivait au
XIP siècle, dit qu'il y avait un ms. de la Moselle à Trêves,
au couvent de S«-Euchaire. Il n'est pas resté plus de traces
du ms. de Trêves, dont parle l'écrivain du XIF siècle, que
de celui dont le moine Ermenricus se servait au IX«.
Enfin, deux éditeurs d'Ausone, Aleander (Aleandro) et
Pulmannus (Poelmann) auraient usé d'autres mss. Alean-
der, suivant Schenkl, dit avoir eu entre les mains un ms.
du couvent de S'- Victor, dans le faubourg de Paris, où se
XII INTRODUCTION
trouvait la Moselle. Poelmann dit lui-même qu'il s'est servi
d'un codex Gemblacensis et d'un certain Cornelii Gîuil-
theri Mosella, liber aniiqtiîis. Nous verrons, en étudiant les
éditions d'Aleander et de Poelmann, ce qu'il faut penser
de ces mss.
B. ORIGINE DES MANUSCRITS DE LA MOSELLE.
Tout d'abord je crois utile de rechercher quelle est l'ori-
gine des mss. de la Moselle que nous possédons, et quelle
est la valeur respective de chacun d'eux. Pour la première
question, il suffira de résumer ce qui s'y rapporte dans les
deux études que Peiper a consacrées à l'histoire des mss.
d'Ausone *.
Suivant Peiper, Ausone a donné lui-même des éditions
partielles de ses œuvres. Certaines pièces, comme la Bis-
siila, revues et corrigées, n'ont été publiées que longtemps
après la date de leur composition. La Moselle, précédée
ou non d'une préface, qui, en tout cas, est perdue pour nous,
a été éditée séparément par Ausone, qui en distribuait les
exemplaires à ses amis, comme le prouve la lettre ovi Sym-
maque se plaint d'être le seul à ne pas avoir reçu le poème.
Les ouvrages, précédés d'une préface adressée à des
amis désignés ou au public, ont paru soit avant qu' Ausone
eût réuni en un tout complet l'ensemble de ses œuvres,
soit plus tard, au moment où il en préparait une deuxième
ou une troisième édition. Quant à ceux qui n'ont pas de
préface, ils ont été simplement compris dans une édition
générale, soit la première, soit la deuxième. Peiper établit
en effet, au moyen des Praefatinnculae, qu' Ausone a
donné lui-même deux éditions; il démontre aussi que le
poète en préparait une troisième où seraient entrés les
^ Die handschriftliche Ueberlieferung des Ausonius, von R. Peiper.
(Separatabdruck aus deni elften Supplementbande fur classische Philo-
logie.) Leipzig, 1879. — De codicibus opiisctiloritm Ausonianorum
(Decinii Magni Ausonii Opuscula recensuit R. Peiper, Lipsiae 1886; Prae-
Jatio, p. V-LXXXV).
PREMIERE PARTIE XIII
poèmes que leur date empêche d'avoir été compris dans la
deuxième, et qui — on le voit par les dédicaces qui les
précèdent — avaient déjà été édités séparément.
La première édition fut adressée par Ausone à Syagrius,
la deuxième à Théodose. La troisième n'a pas été terminée
par le poète lui-même, mais par quelqu'un de ses proches
ou de ses amis, puisque nous n'avons pas la troisième
préface dont Ausone aurait certainement fait précéder son
édition s'il l'avait donnée lui-même. Le plan de l'édition
complète devait avoir été entendu ainsi par l'auteur :
d'abord, ses poèmes personnels, ayant trait à sa famille,
ses amis, ses affaires; ensuite, ses exercices et fantaisies
d'école; en troisième lieu, les lettres; enfin les épigrammes.
La disposition des matières dans le Vossiamis ^ semble à
Peiper une preuve convaincante de l'existence de ce plan
d'édition : cependant, dit-il, le Vossiamis ne contient pas
toutes les œuvres que lîarchétype devait avoir, puisque
la Moselle, entre autres, manque dans ce ms.
On a voulu expliquer l'absence de la Moselle en préten-
dant soit que ce poème, déjà publié à part, ne fut pas
compris par Ausone dans une édition complète, soit que
l'ordre des ouvrages n'est pas dans le Vossiamis le même
qu'il devait être dans l'édition complète. Peiper répond
à cela qu'il lui semble étrange de supposer que la Moselle,
principal titre de gloire du poète, ait été volontairement
écartée par lui de son édition définitive; qvi'il est bizarre,
d'autre part, de supposer que, parce que le Vossiamis ne
contient pas les Obscena, il doit être la copie d'un recueil
fait pour les écoles : la Moselle n'aurait-elle pas eu néces-
sairement sa place marquée dans une Anthologie scolaire?
Non, la Moselle a dû être le centre des deux éditions, de
celle de 383, comme de celle qui compléta la première
en 390. Après sa deuxième édition, le poète mit quelques
• Le Vossiamis 1 1 1 de la bibliothèque de l'Université de Leyde, autre-
fois ms. de nie-Barbe, sur la Saône, dont il sera parlé à propos de l'édition
de Lyon de 1558.
XIV INTRODUCTION
unes de ses pièces nouvellement composées à la place
qu'elles devaient occuper dans vme troisième édition préparée
sur le plan des deux premières ; quelques autres morceaux
furent provisoirement laissés à la fin du recueil avant d'être
placés comme il convenait ; et les héritiers d'Ausone publiè-
rent ce recueil tel qu'ils le trouvèrent à la mort du poète.
C'est de ce recueil que viennent tous les mss. d'Ausone,
que Peiper divise en deux classes :
1° Ceux à qui on a enlevé les derniers cahiers qui termi-
naient ce ms. en préparation. Le type de cette classe est le
Vossianus .
2° Ceux qui reproduisent ces derniers cahiers avec des
additions se composant de pièces empruntées à d'autres
parties du recueil. Le t3'pe de cette classe est le Tiliamis ^.
Les manuscrits de la première classe ont fait une perte
importante : ils n'ont plus la Moselle. Comme le Vossianiis
commence aujourd'hui seulement au cinquième cahier fg7<«-
ternio), on a supposé que la Moselle se trouvait quelque
part dans les quatre premiers : c'est une erreur, dit Peiper.
Les œuvres d'Ausone ne commençaient qu'au cinquième
cahier, puisqu'en tête de ce qui reste du Vossianus on
lit : « Abhinc Ausonii opiisciila. » Dans les quatre pre-
miers cahiers, il y avait des fragments d'autres auteurs;
mais la Moselle ne s'y trouvait sûrement pas. Le Vossianus
est donc la copie d'un ms. où la Moselle n'était déjà plus.
A cette première classe se rattachent deux séries de
recueils de fragments d'Ausone dont on ne devine pas
nettement l'origine et dont on ne comprend pas bien le
plan. Parmi ces mss., les vins, dont le Parisimis est le
type, n'ont pas la Moselle, qui se trouve dans les autres, les
Excerpta de opnscnlis Decimi Magni Ausonii, à côté de
morceaux médiocres et peu intéressants. Comment a-t-on
pu comprendre dans un même choix des oeuvres d'une
^ Ou Leidensis Voss. hit. Q 107, manuscrit Ju xv" siècle qui a appar-
tenu à Jean du Tillet, d'Angoulême, évêque de Msaux, et qui a été consulté
par Vinet et Scaliger.
PREMIÈRE PARTIE XV
valeur si inégale et qui font disparate? Ce n'est pas un
choix, dit Peiper, mais une réunion de fragments dépa-
reillés, empruntés à un ms. de la même famille que leVos-
sianns, et plus ancien que lui, puisque le ms. d'où l'on a
tiré les Excerpta possédait encore la Moselle que n'avait
plus l'original dont le Vossiatms est une copie. Tous ces
fragments proviennent d'un seul ms., plus voisin de l'ar-
chétype que le Vossianiis : ils ont été dispersés au hasard
dans le Parisinus et dans les Excerpta. Tous ces Excerpta
composaient primitivement un seul recueil, constitué avant
le VHP siècle, dont les diverses parties se trouvent main-
tenant disséminées dans des mss. plus ou moins complets :
les mss. de la Moselle, que nous possédons, appartiennent
à cette classe des Excerpta de opuscidis Decimi Magni
Aiisonii.
C. VALEUR RESPECTIVE "des MANUSCRITS DE LA MOSELLE.
Cette question de Torigine des mss. de la Moselle étant
ainsi résolue, d'après Peiper, il favit nous demander quelle
est leur valeur respective.
Abstraction faite de VHarleianus, qui, comme il a été
déjà dit, est une copie, inférieure au Laurentianus. du
Magliabecchiamis, copie dont les éditeurs ne se sont
jamais servis, le meilleur des cinq autres est le Sangal-
lensis. C'est lui que je suis le plus souvent, ainsi que l'ont
fait Bœcking, Schenkl et Peiper. Voici la liste des princi-
pales leçons qui lui sont particulières que j'abandonne pour
adopter celle des autres mss. ^ :
Vers '^'ers _
42 colla, pour collo. 52 In.xuria, pour luxurtatur.
50 dispectis, pour despectis. 54 fuguras, pour figuras.
f Te ne cite ni les premières leçons fautives corrigées ensuite dans le
texte du ms., ni les mots où je n'adopte pas l'orthographe du G ; par exem-
nl'e le G a, v. 36 extantes, v. 70 concarum, etc. Il a aussi beaucoup de
fautes dans l'orthographe des noms propres: v. 106 tlliriciim, y. 159
tracia, etc. Je ne parle pas non plus ici des cas où j abandonne les leçons
XVI
INTRODUCTION
Vers
6i maneant, Tponr meanf.
76 ludibrica piscis, pour hi-
hrica pisces.
131 flumineis, pour fitimi-
neas.
160 fluentem, pour fiauen-
tem.
194 niontibus, pour motibus.
196 uites, pour ni rides.
198 animi, poura;»;»/.
209 omission de /j^r.
217 laçantes, pour tocantes.
219 pontes, pour pont us.
258 motuque, pour motoque.
Vers
312 qitadra, pour qiiadro.
360 adlabere, pour adlambere.
372 Clinique, pour quemque.
391 ;î(?os, pour jzeruïs.
399 ineuterabo,'pourmeniorabo.
403 protextati, pour praetex-
tati.
405 retexere, pour rexere.
407 aquilogenas, pour aqinlo-
ni gênas.
419 panda, pour pande.
427 prape litora, pour prapel-
nte.
463 sajx^onïCMs^poursantonzco.
A côté de ces mauvaises leçons qui, pour la plupart, sem-
blent dues à l'inadvertance du copiste, il en est d'autres que
je n'adopte pas, mais dont quelques-unes sont acceptables
et pourraient se défendre :
Vers
80 eMra |.
93 famae melioris in anineni
(cf. ^eJ2., IV, V. 221, fa-
mae melioris amantes).
Vers
132 geminis maior (admis par
Schenkl et Peiper).
166 tenens.
242 defensus... piscis.
D'ailleurs, en bien des cas, le G est le seul des mss. qui
donne la bonne leçon :
Vers
35 spirante.
praperare.
60 profundi.
178 aureus.
Vers
198 confundit.
202 aras.
240 faciles.
247 deiectas.
Vers
249 inductos,
281 canuerrere.
285 quas.
297 concurrens.
du G sans adopter celles d'un autre ms. : en effet, pour les corrections,
l'indique au bas des pages de mon texte le nom des éditeurs à qui je les
emprunte; quant à celles que j'ai hasardées moi-même, j'essaie de les jus-
tifier dans le Commentaire qui termine ce volume. — Je cite les leçons
du G, du B et du Rh, d'après Bœcking, Schenkl et Peiper; celles du
Reg et du L, d'après Schenkl et Peiper.
^ A propos de ce mot, Schenkl écrit dans ses notes critiques : « iura G
volgo ».— C'est par inidvertance qu'il attribue au texte vulgaire cette leçon
que je ne trouve dans aucune édition.
PREMIERE PARTIE
XVII
Vers
306 iiolumine.
326 felix.
329 aethera.
367 mole sarauus.
Vers
378 da Roma.
414 at modo.
415 detexatur.
417 undas.
Vers
426 Hlnc.
452 mimera.
470 sM/>er?îo^.
Le Bnixellensis est, après le Sangallensis, le meilleur
des mss. Quelquefois, il donne seul la bonne leçon: v. 79
nominaque et cimctos ; v. 118 nam neqiie; v. 360 allatii-
bere. D'après Schenkl et Peiper, le B donne aussi, au v. 39 1 ,
la bonne leçon, netis, suivie par ces deux éditeurs.
Mais il y a souvent des négligences dans la copie : mots
substitués, omissions, etc. Par exemple :
Vers
10 geIbartii)i,po\irBeIgaruin.
12 campus, pour campis.
20 saxis, -pour ripis.
28 imitante, pour imitai.
52 hixuriantur , pour luxii-
riatur.
55 îiiteo, pour iiitreo.
63 meatus, pour ineatii.
84 cateriiis, pour cateritas.
91 sauari, pour Saraui.
92 qualis, pour çwa ôfs.
103 incorrupta, pour incor-
rupte.
112 siicus, pour fucus.
1 13 médium pinguescis [ ]
a^ illum, pour médium
fartim pinguescis, at
illinc.
1 15 perta, pour perça.
134 barba, pour barbi.
151 multipliées satis enunie-
rasse, pour rnidtiplices-
que satis nunierasse.
171 jn<f?as^ pour iVaîc^as.
Vers
181 cetas, pour coetu.
184 ci<;;i, pour dxim.
196 deriuis, pour derisus.
228 similamine, pour simula-
mine.
236 aii/s, pour acws.
241 populatur,po\X'c populatrix
262 anhelantis, pour anhelatis.
264 subremos, pour supremos,
267 ^/6/, pour î<6î.
269 parua, pour parma.
275 solido, pour stolido.
281 nereus, pour Nereos.
2S6 aller [ ]petroria.
307 hebdoinadas, pour hebdo-
mas.
317 sfra^o, pour /erra^o.
330 aliam, pour altam.
331 concepto, pour consepfo.
342 flumina, pour frigora.
368 /oca et la place d'une lettre,
pour uocaf.
387 speculator, les autres mss.
ont spectator.
^J'essaie dans le Commentaire explicatif (p. 136, note au v. 470),
de justifier l'introduction dans mon texte de la leçon superno, qui n'a été
adoptée par aucun éditeur.
lU.
XVIIl
INTRODUCTION
Vers
390 une lacune après amore,
et, en marge, tiio au lieu
de tui.
Vers
409 Roniatn e-t omis.
42 1 uenies, pour ueniens.
475 /n /2/s est omis.
Je ne donne pas dans cette liste les mauvaises leçons que
le B a en commun avec d'autres mss., et les fautes d'ortho-
graphe, comme aganippe, aiixona, etc.
heReginensis se rapproche du Sangallensis{^. ex., v. 4,
le Reg a sinopes, leçon que le G avait avant d'être corrigé ;
v. 35, le G a spirante, le Reg, par une transposition de
IqUxqs^ speraiiti , alors que les autres mss. ont sperante; le
G a. properare, le Reg preparare, mavivaise copie, au lieu
que les autres mss. ont reparare qui est un autre mot ; v. 47,
le G a sicca imprimores pergunt, et le Reg, siccampjri-
mores pergiLut ; v. 100, le G a aeqiio repulsiis, et le Reg,
eqtio reptilsits ; v. 119, tous deux ont secnientis; v. 144,
adlantiaco; v. 156, ads7irgiinf, alors que les autres ont
assiirgunt; v. i6y, adstfejn't, alors que les autres ontastre-
pit). Mais ce ms., très négligemment écrit (des mots sont
omis, le v. 36 est passé, beaucoup de leçons sont absurdes :
V. I naîiem, v.4 inflecteque . . . catenies, v. 5 apertiia, etc.),
n'offre une utilité, d'ailleurs médiocre, que pour le commen-
cement de la Moselle : car il s'arrête après le v. 180.
Le Rhcnaîigicnsïs a beaucoup de fautes matérielles et
de mauvaises variantes, entre autres :
Vers
13 reserabat sydtis.
17 aida.
25 odoriferi.
27 ditiexas.
28 et.
29 aeqiiiparare.
33 pricelapsiis.
51 miramur.
56 iiichil... Iiabes.
59 dimersa.
65 frontibus.
77 inccitiis.
Vers
86 harisfis.
87 cibaria.
90 ociilos homintiin.
92 hostia.
95 contigit uni.
10 1 f route.
102 ferculamense.
107 natatu.
1 13 pinguescit.
1 16 amnigeros.
1 18 7ia7U que... so-
lide.
Vers
123 letiis.
144 athlanciaco.
145 hoi'as.
174 fluctus.
1 75 furate.
176 panape.
206 spectant.
225 atque.
233 itirgungtda.
237 libratos.
252 saera,
294 plausu.
PREMIERE PARTIE
XIX
Vers
298 ciiltns habifiis-
qite.
309 noctia.
313 suos.
3 16 tôt us.
323 îietidicat.
326 atqiie.
339 fia mas.
345 horis.
Vers
358 hosfia.
360 allabere.
361 celebratiir.
369 /esta.
376 horis.
389 uaerum.
395 crtnrt.
396 iniclii.
414 ceptiim.
Vers
418 hialoqiie.
427 /acf//.
429 nichil.
436 amne.
469 moselle per ha-
ras.
471 taurinthes.
474 îtalet.
Voici, parmi les leçons qui lui sont particulières, celles
que je lui emprunte : v. 80 haud; v. 1 49 inagnusqiie; v. 3 1 2
quadro eut; v. 391 neruis (corrigé en 7ie^/s dans le Rh-).
Le Rh se rapproche du B ; voici un certain nombre de
leçons, communes à ces deux manuscrits, qui montrent
qu'ils doivent procéder Tun et l'autre du même original :
Vers
2 1 et 25 bacho.
35 veparare.
47 sicca iii primo
respergunt.
82 horis.
1 1 1 yris.
144 balena.
Vers _
158 et 162 lieo.
196 annumerat.
227 humentia.
249 indiitos... leta-
libtis.
260 létal in.
293 praelia.
Vers
354 pronee.
372 qiienque.
376 symois.
378 ora.
401 presidiiim.
442 aquitania.
483 garunne. ^
Le Laurent iamts est le plus mauvais des cinq mss. :
fautes matérielles, variantes téméraires, mots vides de
sens, vers faux, rien ne lui manque pour lui enlever à peu
près toute autorité. Je ne cite pour le moment aucune des
leçons particulières au L : j'aurai à m'en occuper à propos
de l'édition d'Ugolet, constituée d'après ce ms. Je me borne
à citer un certain nombre de leçons communes au L et au
Rh, au L et au B, et à ces trois mss. Il y a en effet une iden-
tité évidente entre certaines leçons du Rh et du L :
Vers
21 amena.
187 tegantiir.
254 consensit.
Vers
288 lit fore.
303 laudatiir.
369 liostia.
Vers
375 smirna.
377 tibris.
XX
INTRODUCTION
et entre un plus grand nombre de leçons du B et du L :
Vers
27 deuexus.
47 limphas.
128 iitriinqiie.
1 58 panchea.
216 cynibe.
224 rediit.
266 brantia.
Vers
272 oinne.
307 hebdomadasB,
ebdoinadasL.
320 decoramine.
329 irrupit.
357 nobilibus.
359 erubrus.
Vers
368 /oca (et la place
d'une lettre) B,
/oca/ L.
384 seuera.
390 B a en marge , et L
dans le texte, /ho
391 7îe/is B,jiecis L.
Ces deux derniers mss. ont, de plus, un certain nombre
de leçons communes, et la même lacune (unde... credi-
disti, ligne 5 de Symmachus Aiisonio, édit. Schenkl,
page 81) dans le texte de la lettre de Symmaque. Enfin, le
B, le Rh et le L ont beaucoup de leçons identiques :
Vers
35 sperante.
36 exstantes.
53 et 243 humentia.
76 illier ludentes.
93 niaioris.
Vers
240 facilis.
247 subiectas.
281 conuertere.
285 quos.
289 calcedonio.
194 ;no//6Hs (L,Rh^B^) 297 concurrit.
198 confudit. 306 uoliimina.
202 horas. 309 hictiniis.
215 milasena. 326 diues.
Vers
329 aethere.
359 èe/g-zs.
367 mollis arauîis.
378 înz/fî roma.
414 adinodo.
415 detestatiir.
417 tendis.
426 ?MOX.
452 tempora.
Nous nous trouvons donc en face de deux groupes de
mss. de la Moselle : d'une part les deux plus anciens, le G
et le Reg, qui sont l'un et l'autre du x« siècle, entre lesquels
on constate bien des ressemblances sans pouvoir soutenir
pourtant que le deuxième soit une copie du premier; d'au-
tre part, le B, le Rh, mss. du XIP siècle, et le L, ms. de la
fin du xv^ siècle, copie d'un ms. du XIV^ siècle, qui ne
procèdent pas évidemment du G, mais qui sont des copies
du même archétype que le sien, lequel devait être déjà
assez médiocre lui-même. Cette communauté d'origine des
cinq mss. me semble démontrée par l'identité d'un certain
nombre de leçons qui leur appartiennent à tous, et qui,
corrigées ou laissées telles quelles par les éditeurs, ont
PREMIERE PARTIE
XXI
été, en tout cas,
partout :
Vers
29 potes.
32 muniinine.
57 intuitu.
'39 defensa.
176 oreadas.
179 M^.
2i8 spectata.
221 ainms et,
276 boetia.
discutées par la critique. En effet, on lit
Vers
277 dirces.
290 iinignmn.
307 menecratos.
316 achates.
321 natiira.
361 ce! sis.
380 roiiiae tenuere
parentes.
409 popuUqiie.
Vers
423 n / o-rw 7« . . . /t</)o-
438 uiuifica.
440 latius.
450 augustus . . .nati
462 fines.
463 profluus.
468 noniine.
472 quaque.
Je suis loin de prétendre que toutes ces leçons soient
mauvaises; il en est que j'adopte moi-même (p, ex., v. 321
natii,ra)\ d'autres se trouvent chez Schenkl et Peiper. Mais
il en est d'inadmissibles (Oreadas, Dirces, menecratos,
celsis, Ltiponudum, JtinificaJ; en outre, la plupart des
éditeurs croient trouver une lacune au v. 206, et une autre
après le v. 379 : comment expliquer que ces lacunes, ces
leçons dont quelques-unes sont inacceptables, et qui toutes
sont discutables, se trouvent à la fois dans les cinq mss.,
si l'on ne suppose qu'ils procèdent tous d'un même arché-
type, dont le Sangallensis s'éloigne moins que ne font les
autres ?
CONSVLARIS INOPIT,
R ANSÎERA M CÊIÏÏRÊM NEE VIO
SO FLVMlt^ENAVAM
« Addita miratus ueteri noua mecnîa mnro
.Aequauit latfas ubi' qiiondl gaîîiVcannas
înfietasc^ iicent inopes fuper arua cateru^
Vn^e îtcr iiigrediens nemorofa psr auia folum
Et nuîla humani îpcdans nsftîgîa cultus
Prstereo arentem fidcntibus undî^ îtnîs
Dum n&tn:ù^zCc^ perenni fonts tabernaf
Arua9 fauîomatum nuper comitata colonis.
Bt tandem prmiis beigarum conîpicoî orfs
Niaomagum dimeaft inditaconilanrinL
Purior hic campîs aer.ptebuf*:^ rercno
Lomr'ne pnrpureum reiêratiam fudus olimpum,
Nec iam conferris per mutiia uincula ramis
Qusrîmr exdofuni uiîidi caligine cjslum:
Std liquidum iubar ôc ratiîam uifetitibas 22thram
Libéra perfpicui non inuidetaura did.
In fpedem cûm me patris^cuîtu^ nitentîs
Burdîgals blando pepnkrunt omnîa nifu;
Cuîmina niîlarum pendennbus édita ripis.
Et uîrides bachocolles:& amoena f luenfâ
Subter labentes taâo rumore mofellae.
Salue amnis laudate agtisrîaudate colonis
Dignata imperio debeiit eu; msnia belge:
Amnîs odorifero inga uitec confite baccho:
Confitcrgramîneas amnis HiridifTime ripas.
Nauigct uî pdagus deuexus promis iu undas
Vt f luuiuî U!treoc0 ïacus imitareprofimdo
Et îiuoî trepido potes xquiperare meatu:
Eîliquido gelidos fontes pr«cellere potuî
Fac-similé de la première page ik la Mosklla âam l'àlilion J'Ugolel (icclodii folio LXI),
pVJm^à:^^^
Deuxième Partie
LES ÉDITIONS DE LA MOSELLE
I
Éditions fondées sur le Laurentianus.
A. l'édition PRih'CEPS d'ugolet (1499).
LA liste complète des éditions d'Ausone, des recueils
divers où se trouve la Moselle, et des éditions particu-
lières de ce poème, jusqu'à 1845, a été donnée parBoecking,
dans les pages 3-1 1 de sa troisième édition de la Moselle ^ .
Je m'occuperai ici principalement des publications qui ont
fait faire quelques progrès au texte.
La Moselle ne se trouve ni dans l'édition princeps
d'Ausone, publiée à Venise par Bartholomaeus Girardinus
(1472), ni dans l'édition donnée à Milan (1490), sous les
auspices de Georges Mérula, par Jules-Emile Ferrarius, ni
dans les deux autres éditions de Venise : la première (1494)
qui reproduit celle de Milan, la seconde ( 1 496) qui la corrige
et la complète, par les soins d'Hieronymus Avantius.
L'édition princeps de la Moselle est celle d'Ugolet : c'est
un in-4° intitulé <ùftxa ^JuCcnij Uupcr Htffrta; la Moselle occupe
les feuillets LXI-LXVII. L'ouvrage est précédé d'un privi-
lège accordé par « Ludovicus Maria Sfortia Anglus, dux
Mediolani & ceetera » à Ange Ugolet, citoyen de Parme,
'^ Moselgedichte des Deciiniis Magnus Ausonius tind des Venaniius
Honorius Clementianiis Fortiinatiis, dans Jahrbiicher des Vereins von
Alterthumsfreunden im Rlieinlande , 1845.
XXIV INTRODUCTION
pour faire imprimer la Moselle et autres opuscules d' Ausone
découverts par Thadée Ugolet, frère d'Ange. (Cum Angélus
Vgoletus ciuis Parmeiï. nofter diledus fignificauerit nobis
fe optare imprimi facere Mofellam Aufonii poetce Opufculû
cum aliis eiufdem quae maiorum incuria delituiffe & opéra
Thadei Vgoleti eius fratris reperta fuifïe afferuit.) Le pri-
vilège daté de Milan, 28 juillet 1498, était accordé pour
deux ans. On lit à la fin du volume (recto du feuillet
LXXVIII) : <: Impreffum Parmae per Angelum Vgoletum
Parmenfem Anno Domini 1499. Die. x. menfis lulii^.^
On voit que, d'après Ugolet lui-même, la grande nou-
veauté de l'édition consistait dans les fragments inconnus
jusqu'alors qui paraissaient pour la première fois. C'est à ces
fragments que le titre « OPERA AUSONii NUPER reperta »
fait allusion, quoique le recueil renferme aussi les œuvres
déjà publiées. Et, parmi ces fragments nouveaux, c'est la
Moselle, qui à juste titre tient la première place dans les
préoccupations de l'éditeur; c'est la Moselle qui est expres-
sément désignée dans le privilège : « fe optare imprimi
facere Mofellam Aufonii poetae Opufculû... »
Pour ce qui est de la Moselle, Thadée Ugolet n'avait eu
en mains qu'un ms., comme il l'apprenait au médecin Lazare
Cassola, dans son épître dédicatoire : « Mofella uitiatus &
mutilatus inlucê gpdibit : ut pote efcriptus ex unico exëplari :
eodëqj ab indiligëte librario exarato. Nônulla tiï in eo corri-
gere têtauimus : & ea potiffimu quae ratione emé'dari pofïe
uidebant' . Caetera q uix conieét : affequebamur retulimus. »
L'unique ms. dont Ugolet s'est servi est évidemment le
Laurentianus : dans le L, la Moselle se termine avec le
V. 482; après le v. 482, Ugolet écrit «Déficit Reliquum
Mofellae ». Dans l'édition comme dans le ms., le v. 407 est
omis, et les vers 418-42086 trouvent placés après le v. 445.
Enfin Ugolet suit, le plus souvent sans les corriger, les
leçons du L : pour rendre évidente l'étroite parenté qui unit
^ Je cite l'édition d'Ugolet d'après l'exemplaire que M. Dezeimeris a
bien voulu me communiquer.
DEUXIÈME PARTIE
XXV
Tédition au ms., il suffit de relever quelques-unes des leçons
mauvaises ou réellement absurdes du L — on n'a que
l'embarras du choix — qui ont passé dans l'édition :
Vers
1 1 climeaft ^ [ ]
inclyta (Ug.,
inclita) .
22 l abêtîtes tacîo.
31 riuus ianthis.
33 murmure.
40 cereres... remis.
44 fegnis.
49 mafmoriim.
54 Nec reniient.
65 ingenis.
^o fédère ^^.
87 thioria.
89 Thedo.
91 iiecate (Ug.,
Vecate).
06 illipicum.
i2 focus.
17 efi tendsre.
20 et 123 hinc.
24 Eruet...nitore.
38 corpora agmi-
nafoli.
39 «//ï.
48 balla.
58 panchea (L,B).
67 Prohra ferunt.
68 £^ riibens ^3.
74 Torrent.
85 MembrafpecTit .
8g fuenda... con-
claueiis.
Vers
191 conjlitit.
214 artes.
217 pulfos.
224 ré>rfz7f (L, B).
231 expeâîantis.
234 fpsciate.
236 praetendatdjg. ,
pretendat).
240 A^a;;t wero.
244 uerret.
246 fena Jîgnis.
249 Ic'tabilis.
250 ignota.
253 inclytum (Ug.,
. inclitiim).
259 iindœ.
275 Impedit.
278 vtoribundus.
296 utriimq^.
306 noJiimina TL,
B, Rh).
308 vianus tibi.
312 cé-c^ro ?7i /o/?/-
^/a conor
3 '3 «>yè.
314 a6.
320 decoramine
(L, B).
322 prociir rentes.
324 Vllatemis,
332 captate.
336 colonis.
Vers
337 fubdu&a.
338 «/>er^o.
350 dignandiim ma-
ri memorajfe.
353 «'^f (Ug., laYo?).
354 pronea efi...
adu6ia.
357 iVo6z7ï6»s(L,B).
360 alabere.
370 Non... tacitam.
381 frigumq^... ma-
fellam.
389 9«orf (L, G).
390 z'wo.
391 necis.
392 orrt.
40 1 régis,
408 PerfeClurarum.
414 arf 7«orfo (B, L,
Rh).
415 dilata efi.
418 haloq^.
422 ninâîos.
423 fiiperefi.
424 lattis.
448 tanta.
454 /««^o g'MÎ.
457 niinc... horea.
464 duraui.
465 pofiponat...
tandem.
470 celebranda.
^ D'après Schenkl, climcast.
V Un des anciens possesseurs de l'exemplaire de M. Dezeimeris a écrit
en marge feiiere.
«[3 Le même a' écrit en marge r/^a rwôis, conjecture qui se rapproche
de celle d Avantius, Terra rubens. Les notes de cet anonyme sont d'une
écriture très ancienne, mais elles datent d'un temps où l'Ascensiana avait
paru, car le v. 483 est restitué de la même main au-dessous du dernier
vers du texte d'Ugolet.
IV
XXVI
INTRODUCTION
Dans sa lettre à Lazare Cassola, Ugolet annonçait Tin-
tention de corriger son texte. On voit qu'il en a laissé
subsister les fautes les plus grossières : il en a même
ajouté; par une coïncidence singulière, quelques-unes de
celles-ci se trouvent dans le G qu'Ugolet ne connaissait
certainement pas : v. 96 Spirantem (L a spirantuin et G,
spirantem corrigé en spirantuni)\ v. lôo flitentem (L a
flauentem). On lit en outre dans le texte d'Ugolet entre
autres fautes ajoutées à son ms. :
Vers
18 ctiltuqi (L cultumqiie).
2 1 bacho, comme B et Rh (L
baccho) .
27 Nauiget (L nauiger).
60 fluentis (L Jiiienti).
106 bnioiiis (L binominis).
1 14 Vfq} ad (L usque sub).
124 fainojis (Lfuinosis).
1 7 1 Nai'adas (L naidis, Schenkl;
naidas, Peiper).
215 miffena (L milaseiia).
220 in/peciem(L speciem).
222 perfunderit (L perfude-
rit).
227 Vnde (L unda).
229 redite (L redire).
237 extende (L extendere).
Vers
292 furenteni (L furentuni) .
321 yaȔ (L saxi).
363 far ras (L serras).
368 /oca, comme B (L locat).
369 angujiam (L augustam).
370 pingiia (L pinguia).
372 quœq:} (Lqueniqiié).
374 moles (L mores) ...tibi Ji
(L sî ^î6/).
390 crede (L coude).
403 prœtejîati (L praetextati).
41 1 primiis (L primis).
432 ex tendit (L extendet).
437 wno (L iinus).
443 circino (L concino).
460 Strigentem (L stringen-
tem).
Quelques-unes de ces fautes (nauiget, moles, uno) ont
passé dans beaucoup d'éditions.
Parmi les corrections d'Ugolet, quelques-unes ne font
que remplacer une faute du ms. par une autre :
Vers
45 lagceis (L legenis), pour
limigenis.
66 liitoqi latofqj (L lucoque
latosque), pour lucetqiie
latetqe.
127 obfenio pleno (L obsenia
^/ëo), pour obsonia plebis
Vers
182 £1^ cum/uItantef(L et cum
insultantes), pour Tune
insultantes.
22 1 Pupiartafq:} (Lpicppi erfas-
que), pour Pubertasque.
253 treniendo (L tremô), pour
tremori, etc.
DEUXIÈME PARTIE
XXVII
D'autres constituent un progrès
Vers
2 miiro (L a 7nco, surmonté
d'une sorte d'w entre le
m et le c) .
33 prolapfiis (L praelaxus).
71 locitpletihiis iifq^ J'iih (L lo-
cupletibtis sub).
94 facrof(L saxos).
99 Surgit & e(L surgi te de).
118 Namqi & (L naiiiqne).
204 alacris (L alicris).
249 Implicitos (L iiiclytos).
Vers
286 coinit (L contra).
307 Ebdomas (L ebdomadas).
309 /oco (L/aco).
388 ueteres qui clarat athenas
(L îieteresque athenas).
394 iiirorum (L ii/ruiii ; que
est ajouté d'une autre
main).
397 fe/îifî captas (L tenuique
captas).
398 fa/îis CLfustis).
Enfin, quelques corrections d'Ugolet sont d'accord avec
le texte reçu des autres mss., ou même réparent des erreurs
communes à tous, et subsistent définitivement :
Vers
131 ntemorande{meinorante L).
164 Vertice (uerticein L).
166 labens (lambens L).
183 natandi (iiatanti L).
198 coiifundit(confudit L,Rh.,B).
Vers
276 6oeo^/a(les mss. ontboetia).
277 circes (les mss. ont dirces).
442 aquitania, comme Rh et
B {equitania L).
468 /6?Y aturrus (ibi aturrus L).
On voit qu'il y a encore bien des fautes dans l'édition
d'Ugolet; plusieurs pourront être corrigées par les éditeurs
qui viendront après lui. Mais beaucoup de ses propres
corrections qui sont insuffisantes, et qui donnent cependant
un sens à peu près satisfaisant, passeront dans les éditions
suivantes, jusqu'au moment où l'usage de mss. meilleurs
que le Lmirentianiis permettra de rétablir la vraie leçon.
B. LA CONTREFAÇON DE L'ÉDITION D'UGOLET (VENISE, 15OI).
Un peu plus de deux ans après l'édition de Parme, une
contrefaçon parut à Venise. On lit à la fin de ce volume
in-4° qui n'est pas paginé : « Impreffum Venetiis Anno.
M. CCCCCI Die. XXX Oc1;obris.»T Cette nouvelle édition
* Je cite également cette édition d'après l'exemplaire de M. Dazeimeris.
XXVIII
INTRODUCTION
ne portait aucune amélioration à la première; au contraire,
pour la Moselle en particulier, si quelques fautes d'impres-
sion sont corrigées, beaucoup d'autres sont ajoutées au
texte primitif par l'éditeur anonyme de Venise. Voici la
liste des différences qu'on remarque dans le texte des deux
éditions :
Vers Éilition 1499.
Édition 1501.
2i baclio.
baccho.
25 iiitev.
viter.
27 iii.
in.
31 riiiiis ianthis.
riiius Ianthis.
37 ne.
nec ne.
60 arcaniq^.
arcamqj .
61 liquidariiin.
loquidarum.
67 glarea.
gâtera.
71 Délit iafq^.
Deliciafq}.
72 monilia.
nonilia.
77 fpecies.
. Jpecis.
79 niunerofœ.
nnmerofœ.
84 Diffère.
Difcere.
95 contigit.
contingit.
96 inlaïuiata.
mandata.
99 fummaf.
fumas.
108 mofellœ.
moffellœ.
1 16 Amnigenos.
Ainiiigenns.
123 inenfarmn.
men/urarutn.
134 Propexiq^.
Pro/pexiqj ^ .
147 decre/ere.
decre/cere.
148 mitis.
mittis .
154 traâln.
tra6îu.
161 tendentîs.
tentdentis.
162 fluuialis.
fliiialis.
187 Fas mihijîfpro.
Fas mihi pro.
189 fpeties.
fpecies.
190 fliiuius.
fîuiiis.
193 Hefperus.
Hfperus.
202 oras.
ho ras.
208 œqnore.
œquore.
227 a/ios.
alio.
^ C'est cvideminent le simple hasard d'une faute d'impression et non
l'usage du L qui a prospexit, ou du Rh et du Reg qui ont précisément
prospexi, qui amène cette variante dans l'édition de 1501.
DEUXIEME PARTIE XXIX
Vers Éilition 1499. Édition ijoi.
232 alunnœ. alumnœ.
255 preclîl. prœclà.
299 predia. prœdia.
309 Hic tiniis. ///c//»as(sembleenunmot).
310 perimitqj. peremitq^.
318 dtgnum, di'giitint.
352 differre. differre.
399 uicmorabo. meniorabo.
429 potière. protiere.
459 hoiimqj. bonumqj.
Il y a aussi quelques variantes peu importantes dans la
ponctuation, dans Temploi des v ou des te au commencement
des mots, et des s ou des/ à la fin. L'éditeur de 150 1 use aussi
plus volontiers des abréviations que ne faisait Ugolet : il
écrit, par exemple mirât' (v. 2), carias (v. 3), aqtiaR\ (v. 6i ).
Dans l'Introduction de son édition de la Moselle, Tross cite
parmi les ouvrages qu'il a eus entre les mains un Ausone
d'Ugolet, daté de Venise i 500, réimpression de l'édition
de Parme, 1498 : « Die Ausgabe des Thadaeus Ugoletus;
Venedig 1500 4'°. Sie ist, wie die meisten Varianten
ausweisen, ein so genauer Nachdruck der von Ugolet 1498
zu Parma besorgten^. » Tross est généralement inexact: ici,
il écrit évidemment 1498 et 1500 pour 1499 et 1501. La
Notitia Literaria de l'édition des Deux -Ponts mentionne
aussi un Ausone d'Ugolet publié en 1 500 : «i 500 Veneta IV,
4. éd. Thad. Ugoleto. Hujus exemplum habuit Fabricius,
quodfuit olim Alciati, qui loca quaedam fua manu correxit. »
Mais ¥3hx\c\\xs,{Bibliotheca latina mediœ et infimœ cetatis,
lib. I, p. 42 1 , Hamburgi, 1734) dit que cet exemplaire est
de I 50 1 : <■< Poffideo editionem cum Thaddœi Ugoleti Par-
menfis praefatione vulgatam Venetiis 1501. 4. paffimque
notatam manu viri fummi Andreœ Alciati. »
Il ne semble donc pas qu'il y ait eu vuie édition d' Ausone
publiée à Venise en 1 500.
^ Des D. M. Ausonius Mosella von D'" Ludvvig Tross. — Zweite. —
Hamm, 1824. Einleitiuig, X.
Mufonim
PEU HiEROKVMVM AVAHtlVM VERONE^/
«. V-
Lî fponiîo Auronii Ad Theodofâum» Falio* aé
Hpiilok Afila^ir? ad Paulmt^m Folio» 2»
DîLîinû Catmi'Sî larnbii paoliol Ad Âafbaiu, FoUo? â^i*
Pauîini Aufonio Epiiloiaic^unda* 7^?^
Pauîirij Aî^roino Epiltoh tsid^ 70^
Pauii.rl Aisfonio Epiflcla qasria» 7!^
Epiîtola Symachi ad Auf^^nium tS-g
Âatonii Qïmen impe^feSum^ 7^*.;
^ AL^ant! dccus omnmmî
È'i :vji€a£iorommb>yFd
Ingens ocsanum ^^idiiiôi ^Itimog
Europx:aE9 afisE uiditî& Aphiis^»
^nfraâiijiram h^^c lua
Non curât tumidi b>Uns
ScylIamîqiK) hûo d'mtia^i pare?*
En en Aafonis parsipmeas comass]
fl8dsnK% Rac€muîos
Donat Pieiidum choro.
LïtemurmihiS hoc munerc r LirJusj
Bacchemur nimium plauabeî,^ Mcros
NamiamïuauiusedaihU;
Ac ail. cil opuiçmi^s*
l-'ac-simUèdii lilre àe V Kviow. d' Av.iuhiis.
DEUXIEME PARTIE XXXI
C. l'Édition d'avantius (1507).
Six ans après la contrefaçon de rédition d'Ugolet, Avantius
publiait un nouvel Ausone à Venise; c'était un in-4° intitulé:
AufonillS II PERHIERONYMUMAVANTIUMVERONEN || SEM
AR. DOC. EMENDATVS On lit à la fin du volume, charf.
LXXXIII, au recto : (Impreffum Venetiis per loannem
Tacuinum de Tri || dino : Anno Domini. MCCCCC. VII.
Die. VII. Aprilis^.
Dans cette édition, Avantius ne suivait pas son propre
texte de 1496, mais celui d'Ugolet.
Il explique lui-même, dans une dédicace adressée
«MARCO Gornelio. s. m. in Porticu Cardinali », qu'il a
ajouté à ce que l'on connaissait d'Ausone beaucoup de
pièces inédites, et que, pour le reste, il s'est reporté à
rédition d'Ug-olet dont "il s'est attaché à corrig-er les
nombreuses fautes dues à la négligence des imprimeurs :
«... cum nuper repererim aliquot Aufonii Carmina diu in
fitu iacentia : & locis plcerifq3 deprauatiffima : Ea ftatim
(ne prorfus périrent) pro uiribus Emendans reformaui
Iterum enim Emendandum fufcepimus Aufonii codicem non
Venetiis fcilicet noftra cafligatione olim Impreffum : fed
Tadei Ugoleti beneficio a parmenfibus imprefforibus*- nuper
emiffum : hune igitur ut pote locupletiorê Emaculandum
adfumpfimus : diligentiam quidam non Tadei : qui uir ifte
inter dodlos optimus nequaquam potuit prœltare : fed
parmenfium aliorumq3 omnium imprefforum pluribus locis
defideramus.. . > Nous n'avons pas à nous occuper des pièces
inédites ajoutées par Avantius, et dont il donne la liste à la
première page de son édition : « Opéra quae nunc addidimus
nô alias îpreffa fût haec : uidelicet... » (suit la liste). A la
^ Je cite l'édition d' Avantius d'après la collation que M. Jean Larocque
a faite pour moi de l'exemplaire de la Bibliothèque nationale {Réserve Y,
14J4 ; au dos du volume, m Y c, 608).
*2 On voit qu' Avantius ne tient aucun compte de la contrefaçon de Venise
et qu'il s'occupe uniquement de l'édition de Parme.
XXXII INTRODUCTION
même page, il donne aussi cette indication : « Diétiones
emendatae hiït primas duas litteras maiufculas. » Pour la
Moselle, en particulier, cette indication n'est pas rigoureu-
sement exacte : on peut relever plusieurs corrections au texte
d'Ugolet qui ne sont pas signalées par ces deux majuscules
initiales.
Il est assez curieux qu'Avantius ne se soit pas préoccupé
de se procurer le Lanrentianus, et qu'il ait mieux aimé
corriger l'édition d'Ugolet d'une manière conjecturale que de
recourir au ms. dont il devait se rendre compte que l'éditeur
de 1499 avait tiré un parti insuffisant. J'ai donné la liste des
fautes qu'Ugolet a ajoutées à son ms. en le transcrivant
néofliffemment : la liste des corrections d'Avantius fera voir
que celui-ci a laissé subsister beaucoup de ces mauvaises
transcriptions. Un exemple de correction conjecturale
prouve bien qu'Avantius n'a pas usé du L : au v. 390, ce
ms. a conde, qui est la bonne leçon ; Ugolet en fait crede qui
n'a pas de sens. Avantius corrige crede en cède, sans doute
par un souvenir de ce passage de Stace: Cedamus, chely
(Silv. I, V, 3, V. 1 19). D'autre part, quelques changements
o'.i Avantius, en s'éloignant du L et d'Ugolet, rétablit par
hasard la leçon du B, du Rh ou du Reg, ne démontrent pas
suffisamment qu'il ait usé de ces mss. : p. ex., v. 1 na-iiem
(Reg), V. I o 1 fronte (Rh), v. 1 92 prottiUt (B, Rh ';, v . 360 alla-
here (Rh), v. 391 neruis (Rh') : s'il avait connu le Rh ou le
B, il aurait restitué les v. 407 et 483, et n'aurait pas laissé
les V. 418-420 placés entre les v. 445 et 446, comme ils le
sont dans le L et dans Ugolet.
C'est donc sans autre secours que sa propre inspiration
et avec des succès divers qu'Avantius a corrigé le texte
d'Ugolet : toutes ces corrections n'ont pas une égale valeur.
Quelques-unes sont des conjectures définitives; d'autres, en
plus grand nombre, restituent le texte des mss. ; d'autres
encore essaient, sans y réussir, de faire disparaître les absur-
dités d'Ugolet. Il en est enfin qui ajoutent des fautes au
texte de 1499.
DEUXIÈME PARTIE
XXXIII
Voici les corrections d'Avantius qui ont passé dans le
texte de la Moselle:
V. 169 homines (correction définitive à la leçon homintim
d'Ugolet et des mss.)-
V. 237 ceptat (correction inutile à la leçon captât, passera
dans le texte vulgaire).
V. 261 Ciiiq^ (bonne correction au QnJqi d'Ugolet et aux
leçons des mss.).
V. 440 /a^/■^7 (bonne correction au latins d'Ugolet et des mss.).
V. 450 natiis (correction au nati d'Ugolet et des mss., passera
dans le texte vulgaire).
Voici la liste des corrections d'Avantius qui restituent
soit la bonne leçon des mss. dénaturée dans le texte du L,
soit la leçon même du L inexactement rendue dans la
mauvaise transcription d'Ugolet^:
Vers Ugolet.
2 1 hacho .
22 lahent2S tacio.
25 uitev.
40 cereres... remis.
45 pretexeris.
73 leta.
80 fédère.
81 œqiiores.
87 thioria.
88 Purpiirifq^... guftif.
96 Spirantem.
99 Surgit & e.
106 ilUpiciim... binonis.
124 Emet... nitore.
1 27 ohfenio pleno.
132 police.
138 corpora agmina.
147 decrefere.
148 balla.
'59 trhacia.
160 fluentem.
AVANTIUS.
baccho.
labentis tacito.
uitea.
celeres... reini,
prœtexeris .
lœfa.
fecundœ.
œqitorei.
trihoria.
Purpureifq^... gnttis.
Spirantxim.
Gnrgite de.
illiricum.. . binominis.
Fer net... nidore.
obfonia plebis.
poil i ce.
corporis agmina.
decrefcere,
ballena.
thracia.
flaiientê.
* Je supprime dans cette liste l'indication des majuscules qui indiquent
quilquefois les corrections d'Avantius: ainsi l'éditeur de 1597 écrit au
V. 173 trepida/QVe.
XXXIV
INTRODUCTION
Vers Ugolet.
16 1 Sitmis.
172 lefa.
173 trépidas.
174 Torrent.
183 fatiros.
185 MemhrafpecTtt.
189 fuenda.
207 excludet.
308 œqiiore.
2ii acliatis... leta.
213 ni II ace.
214 artes.
217 pulfos.
229 redite.
234 fpe6iate.
237 extende.
259 nndœ.
286 Pretoria.
287 fejîiatinn.
292 furentetn.
299 predia.
309 /oco.
330 far os.
332 captate.
350 dignandimi mari.
354 aduôîa.
362 Precipiti.
365 lœfuram.
370 pingua.
374 ^/6/yi.
381 frigumqi... inofellam.
387 eçwî.
391 necis.
399 mcmorabo.
403 prœtejîati.
408 Perfeâîurarum.
414 «(/ modo.
416 Ze^o.
421 mœnibus.
422 tiinâïos.
424 lattis... hijltri.
434 frantia.
439 fédéra.
AvANTl'JS.
trepidafque.
Terrent,
fat y r os.
Membra petût.
fruenda.
excludit.
œquore.
aùîiacis... lœta.
niliacœ.
arces.
pulfus.
redire,
fpeôlare.
extendere.
tidœ.
prœtoria.
feftiacum.
furentum.
prœdia.
fuco .
pharos.
captare.
dignandûqj mari.
adduôîa.
Prœcipiti.
lefuram.
pinguia.
fi tibi.
frugumqj... mofella.
œqui.
neriiis.
inemorabo.
prœtextati .
Prœfeâlurarum.
at modo.
lœto.
mœnibus.
itinâîos.
latiis... hifiri.
francia.
fœdera.
DEUXIÈME PARTIE XXXV
Vers UgOLET. AvANTlfS.
454 qui. quas.
457 nunc. non,
460 Strigentem. Stringetem.
476 letoqi. lœtoq^.
48 1 dextre... ripe. dextrœ... ripce.
A ces nombreuses corrections qui se trouvent dans le
texte d'Avantius, il faut en ajouter quelques-unes qui se
trouvent dans les Eniendanda {Chart. LXIII-LXVIIl) :
Vers Vers
27 deuexas,?inXiQ\xàe.deuexus. 418 hyaloqj, au lieu de haloq^,
33 murmura, au lieu de mur- texte d'Ugolet, et de
mure. hyalo, texte de l'édition
73 hatid, au lieu de aut. même d'Avantius.
Malgré toutes ces améliorations, il reste encore beaucoup
de fautes qu'Avantius aurait pu aisément faire disparaître-,
certaines nous frappent d'autant plus qu'elles subsistent à
côté de mots heureusement corrigés : ainsi, v. 1 24, Avantius
conserve famofis, alors qu'il a corrigé efiiet et nitore;
V. 138, il conserve /o/ï, au lieu d'admettre /o/mw, alors que
corpora a été changé en corporis; v. 454, qui est corrigé
en qims, mais tanto subsiste; v. 458, horea se lit à côté de
non qui a bien remplacé nunc.
Voici la liste des passages oîi Avantius a essayé sans y
réussir complètement, mais en faisant souvent preuve d'une
finesse ingénieuse, de donner un sens aux leçons absurdes
d'Ugolet :
Vers Ugolet. Avantius.
1 1 clinteaji [ ] inclita. climeaft donins iiiclita.
43 tuos... in amne reciirfam. tiio... in anine recitr/uin.
44 f^g^^i^- fegnes.
65 ingenis. ingenitis.
86 prœtenero fert imegejluf prœteneris fert imegijîtis ari-
arijîif. Jlis.
113 ad médium pinguefcis. ad médium] ]pingue/cis.
114 Vfqjad. Vfqjdfttd.
ii-j facilis ejl. facile efl.
XXXVI
INTUODUCTION
Vers UcOLET.
123 lattis.
167 feruitt cultoribus.
168 Et ruhens.
182 Et ciiin fultanief.
189 conclaueus.
236 pretendat.
246 fenafignis.
249 efcis... letabilis.
312 cedro infafligia.
324 VUatenus.
390 crede.
AVANTIUS.
feriint [ ] cultoribus.
Terra rubens.
Et con/ultantes.
conclaufus.
prœtendit.
femina lignis.
efcœ... lœtabilis.
cedro [ ] in fafligia.
Villa tenus,
cède.
Souvent, il tente de réformer l'orthographe, corrigeant p.
ex. prelia en prœlia (v. 2 1 2), incœfti en incœjli (v. 3 1 4), etc.
Il faut également remarquer l'emploi peu utile d'une
parenthèse aux v. 467-468 (dominœ... adorato). Dans les
Eniendanda, Avantius reconnaît le manque de sens de la
fin du V. 66 qu'il écrit comme Ugolet : lutoq^ latofq^; il
met en note : «falfutn eji id Jiemijiichiiini ». Il corrige aussi
dans ces Eniendanda quelques fautes qui s'étaient glissées
dans le texte : v. 435 habebere limes (texte : habere limes) \
V. 118 gujtus iners (texte : gujîjts ineris)\ v. 274 Qîios
impos damai (texte : dami). Mais, dans ces Emendanda
eux-mêmes, il ajoute des fautes : v. 28 Vt fluuios uitreofqj
(au lieu de Vt jîuuius iiitreoq3)\ v. 431 largitor titrinq^
(au lieu de iitriq^)\ v. 304 Clara fyracufii (retour au texte
d'Ugolet, au lieu de Clara fyracofi).
Avantius d'ailleurs, en outre des fautes du texte d'Ugolet
qu'il laisse subsister, en ajoute quelqvies autres, qu'il faut
attribuer soit à la négligence de l'imprimeur, soit à de
malencontreux essais de correction :
Vers
1 nauein (Reg).
39 fortire (L).
lOi fronte (Rh).
1 50 liquidus.
192 protulit (B,
Rh').
232 nuitix.
Vers
245 augmine.
270 lœtiiB.Rh).
31 0 alicit.
321 agere.
345 liic.
346 Jhnulachra{W).
360 allabere (Rh).
Vers
363 lœuia...faras.
367 Nauiget.
441 cefamq^.
448 tanta nieri...Jî.
461 Saxona.
469 Gorniger.
DEUXIEME PARTIE XXXVII
Je mentionne à part, à cause de son importance, une
variante qui doit être une faute d'impression : v. 442,Ugolet
écrit leta : Avantius, qui corrige toujours leta en lœta
(cf. V. 73, 123, 172, 211,416, 476) admet ici, par erreur, je
pense, Za^aj mot qui a un sens, et qui passera dans la Juntine
et l'Aldine.
On voit qu'il reste encore bien des fautes dans la Moselle
d' Avantius : mais l'éditeur de 1507 donne quelques corrections
définitives; il arrive souvent à rétablir les vraies leçons, et
quand il n'y réussit pas, il a le mérite de l'avoir essayé, ou
tout au moins de faire naître des doutes sur l'authenticité d'un
texte qu'Ugolet admettait sans scrupules. Il semble difficile
de mieux user qu'il ne l'a fait de la détestable édition d'Ugo-
let, plus mauvaise souvent que le Laurentianus lui-même.
Après l'édition de 1507, il fallait que la connaissance
d'un ms, plus correct que le L permît à un nouvel éditeur
de faire mieux.
II
Editions fondées sur un manuscrit inconnu,
qui diffère du Laurentianus
et qui procède du Sangallensis et du Rhenaugiensis.
ÉDITIONS D'ASCENSIUS, DE R. CROCUS, DE JEHAN PETIT.
Ce sont les éditions d'Aleander qui succèdent à la
deuxième publication d' Avantius. Girolamo Aleandro, né
en 1480 dans la Marche-Trévisane, vint en France au prin-
temps de l'année 1508, muni de lettres de recommandation
d'Erasme qu'il avait connu à Venise. Il fut nommé recteur
de l'Université de Paris (1508). Rentré plus tard en Italie,
il devint secrétaire de Léon X (1513), bibliothécaire de la
Vaticane ( 1 520), archevêque de Brindes, cardinal, et mourut
à Rome en 1542. C'est pendant son séjour à Paris qu'il fit
XXXVIII INTRODUCTION
paraître avec l'aide de son élève Michel Humelberg, chez
lodocus Badius Ascensius, la première édition française
d' Ausone, en 1 5 1 1 V Deux autres éditions furent données en
1 5 1 3 et en 1 5 1 7 : il y a peu de différences entre ces trois recen-
sions. Peiper dit de l'édition de 151 1 : <' Repetita est hacc
editio Parisiis, A. 1 5 13 et 1 5 1 7, paucis tantuni niutatis. »
De retour en Italie, à partir de 1513, Aleander n'a pu
évidemment surveiller l'impression des éditions d' Ausone
de 1513 et de 1 5 1 7 . Quant à la part qu'il a prise à l'édition
de 151 1, il est assez difficile de la distinguer nettement :
j'ai dit plus haut, suivant la tradition ordinaire, rapportée
en dernier lieu par Peiper*", qu' Aleander fit paraître la
première édition française d' Ausone avec l'aide de son élève
Michel Humelberg. Chevillier {L'origine de l'Imprimerie
de Paris, Paris, 1694, p. 252) rapporte au contraire l'hon-
neur de cette édition au seul Humelberg. Voici, tel que
Maittaire le cite {Annales Typograjihici, t. II, pars I,
Hagœ Comitum, 1722, p. 306) le passage de Chevillier:
« Cette même année (ann. iSii, intelligit uti ex anfediâiis
conjicio), un Savant nommé Michel Humelberge entreprit
de travailler sur VAufone qu'il fit imprimer in-4'^' ^3.v Jojfe
Bade, après l'avoir revu & corrigé fur plufieurs Manufcrits ;
il avoua qu'il reftoit encore dans ce Poëte plufieurs endroits
obfcurs, qui avoient bien befoin d'être éclaircis & expliquez
par quelque habile homme. Aléandre promit de le faire
publiquement dans ses Leçons : Non inficianmr nonpaiica
in omnibus Aufonii Codicibiis nienda inveniri magna
digna vindice : qitce Hieron. Aleander vir omni landum
prœfatione major, diim hœc iniprimerentiir, alibi occii-
patns, fibi in publico refervat auditiorio difciitienda . »
Je crois que Chevillier fait une confusion : la citation qu'il
donne est tirée d'une note qui accompagne les Castiga-
• Josse Bade, né en 1462, près de Bruxelles, au village d'Assche, d'où
son surnom i!i Ascensius, fonda à Paris, vers 1500, une célèbre imprimerie
qu'il dirigea jusqu'à sa mort (1535). Il eut pour gendres Robert Estienne
et Michel Vascosan.
^^ Die handschriftliohe UeberUcferutig, etc., pp. 2io-2n.
DEUXIÈME PARTIE XXXIX
tiones dont Humelberg a fait suivre l'édition de i 5 1 1 : cette
note qu'on trouvera plus loin, reproduite dans son intégrité,
semble prouver, non pas, comme le dit Chevillier, qu'Humel-
berg est l'auteur de l'édition dont il espère que les endroits
obscurs seront expliqués par Aleander, mais au contraire
qu'Humelberg s'est chargé, en l'absence d'Aleander qui a
préparé le texte, de faire paraître l'édition et d'y apporter
des corrections provisoires que le véritable éditeur rendra
définitives et complétera, quand, de retour à Paris, il pourra
en faire l'objet de son cours public. Fixé en Italie, Alean-
der ne devait plus reprendre ce cours qu'il avait fait, dit le
père Nicéron, «avec tant de fuccès et d'applaudiffemens ».
Nous savons que Michel Humelberg (Michael Humelber-
gius Ravenspurgensis), né à Ravensburg en 1487, fut un
élève et un ami d'Aleander : mais nous ignorons s'il eut
quelque part aux éditions de 1513 et de 1517. Dans la
préface de la première de ces éditions, préface reproduite
en tête de la deuxième, Josse Bade attribue tout l'honneur
des améliorations apportées au texte à un certain Homedeus
qui aurait mis à profit les notes et l'enseignement oral
d'Aleander. Quel est cet Homedeus? Je n'ai trouvé sur son
compte aucune indication. Quant à Aleander, ses princi-
paux biographes, Bayle | et le père Nicéron V, qui s'oc-
cupent en détail de sa vie et de ses œuvres, ne disent rien
de son édition d'Ausone ^5.
^ Dictionnaire historique et critique; article Aleandre (Jérôme).
*i^ Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres dans la
République des lettres, t. XXIV, Paris, M. DGC. XXXIII., article Aleandre
l Ancien (Jerosmej, pp. 261-270.
V Voir sur Aleander une intéressante étude de M. P. de Nolhac : « Le
grec à Paris sous Louis XII. Récit d'un témoin. » (Revue des Études
g-recques, tome I, n° i, janvier-mars 1888.) Dans cette étude, M. de Nolhac
annonçait un ouvrage sur la carrière littéraire d'Aleander, que M. Ernest
Jovy préparait au moment où l'étude a paru. J'ai eu recours à l'obligeance
de M. Jovy pour lui demander quel avait été le rôle d'Homedeus et
d Humelberg dans la préparation des éditions d'Ausone imprimées chez
Bade. M. Jovy a bien voulu me répondre en ces termes : « Malgré d'activés
recherches, je ne suis pas arrivé non plus à démêler d'une façon précise
le rôle d'Aleandro et celui d'Humelberg dans la préparation des diverses
éditions d'Ausone données par Badius et à établir l'identité de l'Homedeus
dont parle la préface de Josse Bade. »
XL INTRODUCTION
Il suffit de jeter les yeux sur le texte de la Moselle, tel
qu'il se trouve dans l'Ascensiana, pour avoir la certitude
qu'Aleander a consulté un manuscrit autre que le Laiiren-
tianus : car il restitue les vers 407 et 483 et met à leur
vraie place les vers 4(8-420. Il a déjà été dit que, d'après
Schenkl, Aleander lui-même affirmerait avoir usé d'un ms.
du monastère de St- Victor; la petite histoire de Schenkl
est quelque peu romanesque : le savant philologue viennois
possède un exemplaire de la Juntine où sont ajoutées quel-
ques feuilles de papier contenant des notes et des variantes ;
dans ces feuilles il est parlé d'un « vetiistus codex e biblio-
theca divi victoris in suburbano parisiis erutiis, in
qiio Ausonianae niosellae statitn subditur hoc de rosis
£io6)vMov.» Qui donc, dit Schenkl, pourrait, excepté Alean-
der, parler de ce manuscrit du monastère de St-Victor, où
se trouve la Moselle? Sans doute les feuillets manuscrits
ajoutés à cet exemplaire de la Juntine ne sont pas écrits
de sa main; mais ce doit être une copie de ses notes j.
Cette argumentation ne me semble pas concluante; elle n'a
pas davantage convaincu Peiper, très sceptique à l'endroit
de ce ms. de St-Victor, dont il n'est question nulle part.
Le dernier éditeur d'Ausone se fonde sur la ressemblance
des leçons du Sangallensis avec celles de l'Ascensiana pour
supposer que Michel Humelberg a simplement transcrit à
l'usage d' Aleander les leçons du Sangallensis, et que,
dans l'Ascensiana, la Moselle n'est fondée directement sur
aucun ms. y.
Avant d'essayer d'établir sur quel ms. le texte de la
Moselle a été établi par Aleander, je crois utile de recher-
cher quelles corrections ce texte a subies dans les diverses
éditions de l'Ascensiana. L'édition de 151 7 est seule citée
dans la <i.Dissertatio» qui précède l'édition in usum Del-
^ Ausone, édit. Schenkl, Prooemium, pp. XXXV-XXXVI.
VAusone, édit. Peiper, Praefatio, pp. LUI et LVIIL. — Peiper identi-
fierait-il Horaedeus et Humelberg? C'est ce qu'on doit peut-être conclure
de cette phrase (p. LUI de la Praefatio) : <: Ex S Gallensi Mosellae lectio-
nes Alaandri in usum Homedeus (M Humelberg) ipse exscripsisse uidetur.»
DEUXIÈME PARTIE XLI
phini, dans la uBibliotheca latina inediœ et infimce
latinitatis r, de Fabricius, et dans la <' Notitia literaria »
qui précède Tédition bipontine. Bœcking, dans W Index
codicum et manu scriptorum et editoriim» qui précède
son édit. de la Moselle, publiée en 1845, donne le titre des
deux exemplaires de TAscensiana qu'il a eus entre les
mains : ce sont deux in-4''; voici la désignation du premier :
Aufonii Pasonii Burdegalenfis Medici Pœtae || Auguftorum
pr^ceptoris Viriq3 j] confularis : opéra diligenter cafti || gâta et in
pulcherrimum ordinem [| e priftina confufione H reftituta: in offi-
cina 11 Afcenfiana. (Prelû Afcënfianû.)
On lit à la fin du volume :
LVTETIAE Parisiorvm || M. D. XI. il Ex Edibus Afcenfianis.
Voici la désignation du second :
D. Aufonij Bur [] degalehfis Poetee.... !] ..opéra diligentius iterû
caftigata, & in meliorem ordinë || per quinq3 Tomos reftituta || ...
...(Prelû Afcëfianïï) [] Vaenundatur in Officina Afcenfiana.
On lit à la fin du volume :
Afcenfiana Ad eidus lulias. Anno. M. DXVII.
Parmi les textes de la Moselle qu'il regrette de n'avoir
pu se procurer, Bœcking cite deux éditions d' Ascensius. :
l'une de 1513, l'autre de 1516. Cette dernière n'existe pas;
Badins Ascensius a simplement édité en 1516 «Griphi
Aufoniani Enodatio, per Francifcum Syluium Ambianatem » .
Bœcking se trompe quand il dit avoir trouvé l'indication
de cette édition de 1 516 (Paris. 4°. ex aedib. Ascensian.1516)
dans la Notitia literaria de Ausonio imprimée en tête de
la Bipontine. On lit simplement, à la page XXI de cette
Notitia : « 1 5 1 6 Par if. 4. ex aedibus Afcenfianis édita Enoda-
tio Griphi.» L'édition de 1513 existe bien. Le titre est à
peu près semblable à celui de 1 51 7 ; et il n'y a dans la men-
tion finale que cette différence : Ascenjiana ad Kalendas
Octobris. M. DXIII.
VI
XLII INTRODUCTION
Je n'ai pu me procurer l'édition de 1511 : j'en cite les
leçons d'après Bœcking que j'ai toujours trouvé exact dans
ses relevés de variantes des éditions que j'avais entre les
mains. Peiper a bien donné une collation de l'Ascensiana
de 151 1 et de l'Aldine^ Mais les grossières errevirs qu'il
commet à propos de l'Aldine m'interdisent d'ajouter aucune
créance aux leçons de l'Ascensiana citées par lui. Il lit en
effet dans l'Aldine :
Vers Vers
68 calydcniis , au lieu de 198 confiidit,3Xi]ieViàQConfun-
Calydonijs, dit.
84 caeruleos, au lieu de caerii- 207 exchidet, au lieu de exclu-
leo; fluitantes, au lieu dit.
de fiuitanteis . 242 piscis, au lieu Aq pi/ces.
'93 profundit, au lieu de pro- 278 captas, au lieu de carptas.
fundi. 392 otis, au lieu de otij.
Je dois à M. Jean Larocque la collation des deux éditions
de 15 13 et de 151 7 : la première, d'après l'exemplaire de la
Bibliothèque Mazarine; la seconde, d'après celui de la
Bibliothèque Nationale.
Voici la description de l'édition de 1513 :
Le volume, in-4" parch., a porté les n°^ 17411, 10579. ^
est maintenant catalogvié, comme édition du xv° siècle
(grâce à VAusone d'Ugolet qui y est contenu), avec le n^g 1 9.
Il contient en effet :
AusONE.EcZ. Ugolet. 149g.
— Ed. AscENSius. I SI 3-
— Edyllion de refurrectione a Fr. Sylvio expojititm. i ^iS.
— Precatio matutina a Fr. Sylvio explicata. ij;iS.
Titre de l'Asc. 1513 :
Aufonii Peonii Biirde || galenfis Poetce : Auguftoi| precep-
toris : viriq3 confularis || opéra diligentius cafligata & in meliorem
ordinem per || quinque Tomos reftituta. |1 In quom primo funt
epigrammata. || InfecundoEdylIia. \\ In tertio Epiftolse. |j In quarto
• Die handschriftliche Ueberlieferung, etc., pp. 218-220.
DEUXIEME PARTIE
XLirt
Gratiarûadliones. Ludusfapientum. Catalo || gus vrbium nobilium.
Labores Herculis. Ccefarum. Xiï. || defcriptiones. || In quinto Ilia-
dos & Odyffeae Homeri in fingulos libros || periochas.
Prelu Ascesianu
On lit au verso du titre :
lodocus Badius Afcenfius : oibus politioris littératu-
re ftudiosis : Salutem.
^^ Lurimum quidem debes iuuëtus ftudiofa
PHieronymo Aleandro : viro (vt nofti) im-
pël'e doéto : qui primus Aufonio Burdega-
len. Poetae lepidifûmo, non folum nalum,
vngues, capillos, & id genus membra vetu-
— I ftati obnoxia reltituit ; verïï etiam caput ip-
fum cum pedibus, bonaqj reliqui corporis parte temporis eda-
citate & faeculoril incuria atqj iniuria ablumptil reformauit :
plus tamen eidë debitura : vbi quod olim côcepit «& iampridë
parturit (quod propediem futuril fperam') pariet : luculëtas
videlicet enarrationes in eiufdë Aufonii tenebras. Interea aïît
grati animi fignificationë faciès Homedeo 2. diligëter ab ipfo
Aleandro adnotata, aut ex eius pre legentis ore excepta aut
diuini ingenii bonitate a fe reperta : fie concinauit : vt Aufo-
niane integritati parum deeffe merito conquerare. Boni itaq3
confules : & quod premonui gratum lectorë âges. Vale. Kalë-
dis Octobris. M. D. XIII.
Le texte de la Mosella commence à la dernière ligne de
la charta XXVIII, v°; il est en rom. minusc: «Mofella
Aufonii accuratiffima recognitus cenfura. »
Le poème occupe la suite jusqu'au milieu du r" de la
charta XXXVIII.
A la fin du volume (charta CXII, r°), on lit après le
mot Finis :
CHabes ledor Lucubrationes Aufonianas & infertitias longe
emendatius ac prius impreffas : in chalcographia Afcenfiana Ad
Kalendas Odtobris. M. D. XIII.
♦
$ »
§onî|l5ur
degaienfisPoers : AûguftorumPrarcqjton'stvirf^ Confu;*
îlarisop:radilfgentiusircmcaftîgata,acm mcliorcm orcjinc
^r qiîin<^ Tomos rf lîituta.
In quorum primo funt Epigraramara,
Infecundo Edyllia»
In tertio Epiftoîa:*
In quarto Gratiariisaîones^Iudus Sap{entum»CataîogiîS
vrbium nobilium^Labores HcrcuIis.Cçfarumtxiiidcrcf ipcio
nés»
In quîntolliados S^OJyfTeœ Homcri in fîngulos libres Pcni
fioch««
Va:nundantur in Ofïïcina Afccnfiana,
Fac-simih' du litre Je /'Ascenciana de j/77
DEUXIEME PARTIE XLV
On trouvera ci-contre le fac-similé du titre de l'édition de
1517, d'après l'exemplaire de la Bibliothèque Nationale qui
porte au dos du volume: Inv. Réserve, m Y. c. 609, plus
bas Y 4- 1466, et au catalogue : 1466 D. Ansonii opéra,
diligeiitius castigata à lod. Badio Ascensio. Parisiis.
lodocus Badins Ascensitts . 1 51 7, in-4°. Au verso du titre on
lit la lettre de lodocus Badius Ascensius qui se trouve dans
l'édition de i 5 13, avec lamême date, calendes d'octobre 1513.
J'ai entre les mains une curieuse contrefaçon de l'Ascen-
siana de 151 7, qui appartient à M. Dezeimeris. C'est un
volume in-40 qui parut également en 1517, le 8 août, chez
le libraire Jehan Petit. En voici le titre exact :
Aufonii Peonij Bur || degalenfis Poetas. Auguftorum pre-
ceptoris : viriq; confula || ris opéra diligentius caftigata & in
meliorem ordinem per || quinq; Tomos reftituta |i In quorum primo
fimt epigrammata. || In f^cundo Edylia ^. || In tertio Epiftolœ. ||
In quarto Gratianmi aéliones. Ludus fapiêtum. Catalogus [| vrbimn
nobiliuj. Labores Herculis. Ccefarum. xij. defcriptio |i nés. || In
quinto Iliados & Odyffeas Homeri in fmgulos libros péri- |j ochae.
Au-dessous de ce titre se trouve la marque de Jehan Petit.
On lit à la fin du volume (Charta CVI, r°), après le mot
Finis :
(Habes câdide leélor Lucubratiôes Aufonianas & ïfer- 1| titias
longe emendatius ïpreffas : in chalcographia lohan |1 nis Petit
Adum die odaua menfis Augufti. M. D. XVII.
Cette édition, qui porte le nom et la marque de Jehan
Petit, l'imprimeur bien connu, est évidemment une contre-
façon, car on lit au verso du titre : C lodocus Badius
Afcensius : omnibus politioris littérature ftudiosis. Salu-
tem. — Suit la préface où Ascensius expose dans un style
bizarrement pédantesque qu'Aleander a rendu à Ausone
mutilé son nez, ses ongles, ses cheveux, etc. Cette préface
est, à quelques' différences d'orthographe près, exactement
• Sic pour Edyllia.
XLVI INTRODUCTION
la même que celle qui précède les éditions authentiques
d'Ascensius. Mais la date (calendes d'octobre 1513) manque
dans l'édition de Jehan Petit. — Dans le volume de
M. Dezeimeris se trouvent d'autres ouvrages, en particulier
« Hesiodi Ascrei opéra et dies », imitation en hexamètres
latins, et « Pomponii Leti, viri clarissitni opuscula » :
ces deux éditions portent la marque de Jehan Petit et sont
l'une et l'autre précédées de préfaces de Badius Ascensius,
La contrefaçon de VAusone d'Ascensius doit être fort
rare, peu connue en tous cas : car Bœcking qui cite toutes
les éditions d'Ausone où se trouve la Moselle, qu'il a pos-
sédées ou qu'il a eu le regret de ne pouvoir se procurer,
n'en dit rien. Je n'en trouve mention nulle part : ni dans la
liste des éditions d'Ausone, donnée par Bayle, ni dans
Fabricius, ni dans Souchay, ni dans la Notitia de la Bipon-
tine, ni à l'année 151 7 des Annales typographici de
Maittaire '. Dans les Kritische Nachtràge de son édition
de la Moselle, Tross dit qu'il a pu se servir d'un exemplaire
de l'Ascensiana de 1517 : les variantes qu'il en donne prou-
vent qu'il avait entre les mains l'édition de J. Petit.
C'est l'Ascensiana de 151 7 que je prendrai pour type
commun des éditions sorties des presses de lodocus Badius
Ascensius, afin de déterminer quels progrès cet éditeur a
fait faire au texte de la Moselle. Cette édition sera désignée
sous le nom d'Ascensiana dans les pages qui suivront.
Aussi, je crois utile, pour mettre en évidence les progrès
effectués dans les diverses réimpressions de l'Ascensiana,
de donner un tableau des variantes des éditions de 1 5 1 1 ,
1513, 151 7. Comme l'édition de Jehan Petit est peu connue
et semble très rare, je ne crois pas inutile de donner le
relevé des variantes de cette contrefaçon par rapport aux
trois textes authentiques d'Ascensius. On trouvera donc
^ M. J. Larocque me signale l'existence, à la Bibliothèque Mazarine,
d'un exemplaire de l'édition de Jehan Petit, dans un volume qui porte au
catalogue le n" C 10560, et qui commence par une édition de 1506 du De
Remedio Amoris.
DEUXIExME PARTIE
XLVII
dans le tableau suivant les variantes des quatre éditions
parisiennes de 151 1, i 513, juillet 151 7 et août 15 17. (Je ne
tiens pas compte des simples différences d'orthographe
qui résultent de conventions typographiques ; par exemple
Cânas au lieu de Cannas, qtiondâ au lieu de quondam,
injîeteq^ au lieu de infietœq^, etc.).
Vers AscENSiANA 1511.
ASCENSIANA 1)13.
ASCENSIANA 1517.
Édit. de Jehan Petit.
I Nauam.
id.
id.
Nauem.
3 latias.
id.
id.
lateas.
6 nulla.
id.
id.
nullum.
8 Dumniffum.
Z)uw Niffuin.
Dumniffum.
Dum Niffum.
1 1 inclyta.
id.
id.
inclita.
13 fudus.
id.
id.
fydus.
14 con/ertis.
id.
id.
conferta.
15 cœlum.
id.
id.
cœlum.
16 vi fenjibus ^.
vifentibiis.
id.
id.
18 ni tentes y.
nitentis.
id.
id.
2i colles.
id.
id.
cornes.
28 imitât e.
id.
id.
imitare.
35 fperante*^ .
fuperante.
id.
id.
47 Siccain primo
Sed Jicca . . .
Sed Jicca...
Sedjicca... af-
refpergit
afpergit...
afpergit. . .
pergit. . . lyni-
vejîigia lym-
lyniphas .
lympha.
phas.
phas y.
65 Vfq;... herbœ.
Vtq;... herbœ.
Vtq;... herbœ.
Vfq;... herbœ.
67 viridem.
id.
id.
viridens.
7 1 Delitiafq; .
id.
Deliciafq; .
Delitiafq;.
74 herba.
hqrba.
herba.
herba.
76 Interludentes.
id.
Interludentes.
. Interludentes.
84 ceruleos flui-
ceruleo flui-
id.
id
tantibus y.
tantibus.
ivi •
86 prœteneris y.
prœ tenero.
id.
id.
104 Prœfignis.
id.
id.
Prejignis.
105 opimatoq;
id.
id.
opinatoq;.
106 illiricTi.
illyrictim .
Illyriciim.
illirycum.
n2 perducit.
id.
id.
perdidit.
^ En marge : aliter vifentibus. — "[^ Dans les Castig., nitentis. — ^3 Dans
les Castig. , fuperante.— ^4 Dans les Castig. , Sed licca vel Sicca fed in primo
afpergit veftigia lympha. — V Dans les Castig., ceruleo fluitantes. —
«6 Dans les Castig., pretenero. — Après le v. 95, le v. 93 est répété dans
VAscensiana de 1511. "Les Castig. relèvent cette faute qui ne se trouve
plus dans les autres éditions d'Ascensius, ni dans celle de Jehan Petit.
XLVIII
INTRODUCTION
Vers AscENSUMA ijit.
117 tnullis.
128 vtrunq;.
140 moliris.
144 atlantiaco.
153 baccheia.
154 Ion go.
158 pangealyeo.
1 59 thracia.
168 amnis.
169 deleôlat.
170 agrejies fa-
tyros.
172 panas.
'75 furatœ.
176 oreiadas.
182 /«a ^er.
183 mer/are... ru-
hidufq; ^.
187 pro parte.
193 Hefperus.
20 1 fulmine ^*.
204 Pupibus,
208 Cuntano.
214 Leucados.
2i6 cutnbce.
218 Jîculo...fpe6îa-
ta.
224 rf?de_g"zY ^î.
227 Jimulachra.
231 /a^e.
232 charœ.
lyj Vibratos cap-
tas ]+.
240 facilis.
254 nutans.
255 excufam flri-
denti.
258 adjibilitat.
259 t;o?cb.
276 claucus.
ASCENSIANA 1513.
ASCENSUNA
1517.
Édit. deJnriAN Petit,
id.
id.
mtilis.
vtrumq;.
vtrunq;.
vtrumq,-.
id.
id.
molliris.
id.
id.
athlantiaco. '
id.
id.
bacheia.
id.
id.
longos.
Pangea lyeo.
Pangea
Lyeo.
Pangea lyeo.
id.
Thracia
thacia.
id.
id.
emnis.
id.
id.
deleâiat.
agrejies
Sa-
egrejles fa-
id.
tyros.
tyros.
id.
Panas.
panas.
furata e.
id.
furatœ.
id.
Oreiadas.
oreiadas. .
id.
id.
fuper.
merfare... ru-
id.
merfere... ru-
dibufq;.
dibufq;. .
id.
id.
parte.
id.
id.
Hefpereus.
fluinine.
id.
id.
Puppibus.
id.
id.
id.
id.
Cnmano
id.
id.
Laucados.
id.
Cumbœ.
cumbœ.
id.
Siculo...
fpec-
ficulo... fpec-
tante.
tata.
redigit.
id.
id.
id.
Jimulacr
a.
fimtdachra.
id.
id.
lete.
id.
id.
cherœ.
Vibratis cap-
tos.
id.
id.
id.
facileis.
facilis.
id.
id.
niutans.
excufam tri-
excujfam
lîri-
excufam tri-
denti.
denti.
denti.
adjibilat.
id.
abfibilat.
vde.
vdœ.
vide.
Glaucus.
id.
id.
• Dans les Cas^i^., rudibufq;. —^ Dans UsCastig., flumine. — V Dans
les Castig., redigit. — ^4 Dans les Castig., captât cod. habêt cœptat.
DEUXIEME
PARTIE
XLIX
Vois AscuNsiANA i;ii.
ASCENSIAN.V I',I5.
AsCIiNSIANA 15 17.
Edit. Je Ji;iiAN Pi:tit
281 Nereos.
id.
id.
Nerips.
288 quis.
id.
id.
qui.
289 calcedonio.
calchedonio.
Calcedonio.
calchedonio.
304 fyracofij.
Syracofij.
id.
Syracufij .
3 '3 ipfe-
ipfa.
id.
id.
316 corus achafes.
id.
Corus Achates corus achates.
321 natiira.
id.
natiui.
«aiwra.
322 procurentis.
prociirrentis.
id.
id.
329 œthere.
œthera.
id.
id.
337 fii-hflinaa\
fubjlru6îa.
id.
id.
356 gratificata.
id.
id.
gratificato.
359 eruhrus.
Eruhrus.
id.
Erubus.
360 arf/atiere^^.
adlambere.
id.
id.
368 To^a.
id.
id. V
id.
3^0 /ï^c tacitam...
/ïoc tacitum...
Aoc tacituui...
hoc tacitum...
pingua ^•^.
pingua.
pin gui a.
pingua.
3-7-7 thybris.
Thybris.
Tybris.
Thybris.
385 concejfiit.
concejjit.
id.
id.
388 veterefq; illu-
id.
veteres qui
veterefq; illu-
Jîrat.
lujîrat.
firat.
389 fpaciatus.
fpatiatus.
id.
id.
396 fubrili.
fubtili.
id.
id.
403 prœtextati.
prœtexati.
prœtextati .
prœtexati .
409 popitliq;.
id.
populumq;.
populiq;.
413 re.ddat.
id.
reddet.
reddat.
414 amodo ^>.
a^ modo.
id.
id.
415 dilatet^^.
dilata.
id.
id.
429 nihil.
nil.
id.
id.
441 pirenen.
Pyrenen.
id.
id.
464 durauide... vo-
■ Duranide...
id.
id.
latils.
volutus.
465 pojlponat.
pojlponet.
id.
id.
469 celebranda.
id.
celebrande.
celebranda.
483 garunnœ.
Garunnœ.
id.
Garumnœ.
Cette liste de variantes montre que les différences entre
ces quatre éditions ne sont pas considérables. On a vu que
certaines erreurs de l'édition de 1 5 1 1 sont corrigées dans
^ Dans les Castig., fubftruifla. — ^^ Dans les Castig., adlambere. —
*5 En marge, Torta. — '4 Dans les Castig., hoc tacitum. — ^J Dans les
Castig., at modo. — ^6 Dans les Castig., dilata.
VII
L INTRODUCTION
des Castigationes. Ces Castigationes se trouvent à la fin
du volume, à la suite du mot Finis, précédées de ce titre :
« Caftigationes errorum infigniorum quos inter imprimen-
dum opifices prae nimia celeritate admiferunt », et suivies
de cette conclusion :
Michael Humelbergius. R.
Ledori. S.
Hœc obiter recognouimus omiffis quibufdam labeculis, quas
unufquifq; vel femidochis ledor per fe caftigare poteft. Non infi-
ciamur tamen non pauca in omnibus Aufonij codicibus menda
inueniri magno digna vindice : Quœ Hieronymus Aleander vir
omni laudum prefatione maior Dum haec imprimerentur alibi
occupatus fibi in publico referuat auditorio difcutienda.
VALE candidilïime Ledlor.
LVTETIAE PARISIORVM
M. D. XI.
Ex edibus Afcenfianis.
La plupart de ces Castigationes, pour ce qui a rapport
au texte de la Moselle, sont bonnes : une, cependant,
est inutile (v. 35 fuperante)\ une seconde, insuffisante
(v. 415 dilata)., une troisième, mauvaise (v. 45 in primo
afpergit).
Ces corrections ont presque toutes passé dans le texte des
autres éditions d'Ascensius, à l'exception d'une (v. 237
Vibratos captât), qui était d'ailleurs empruntée au texte
d'Ugolet. Humelberg écrit, dans ses Castig.: «captât, cod.
habet cœptat » : mais aucun ms. n'a cœptat; l'édition d'Avan-
tius a ceptat. Une autre correction a été suivie d'une manière
imparfaite par les éditions de 1 513 et 1 517 : v. 84, Humel-
berg corrige cerideos fluitantibns en ceruleo fluitantes ;
les éditions suivantes n'admettent que certUeoet conservent
flnilantibus. Les labeciilae dont Humelberg laisse la cor-
DEUXIEME PARTIE LI
rection à l'initiative des lecteurs sont assez nombreuses dans
le texte de la Moselle :
Vers Vers Vers
204 Ptipibtts. 322 prociirentis. 441 pire ne n.
255 escufam. 370 pingua. 464 duraiiide...
258 adfibilitat. 385 concejfiit. volatils.
276 claucus. 396/M6rz7/.
Il suffit de se reporter au tableau des variantes qui pré-
cède pour se rendre compte que toutes ces fautes ont été
corrigées, sinon par l'édition de 15 13, du moins par celle
de 1517.
On a vu plus haut la préface de l'édition de 1 513 ; il n'y
est pas question d'Humelberg. Badius Ascensius attribue
à Homedeus, aidé des conseils et des leçons d'Aleander,
tout le mérite de cette édition diligentius cajtigata. Pour
ce qui regarde le texte de la Moselle, il ne semble pas
qu' Homedeus soit digne de très grands éloges : s'il corrige
la plupart des labecnlae de 1 5 [ i , il en laisse subsister; il en
ajoute même : v. 8 Dîtni NiJJum; v. 74 herba; v. 255
tridenti; v. 403 prœtexati.
L'édition de 15 13 fait cependant faire des progrès au
texte: v. 313 ij^fa; v. 329 œthera; v. 465 pojipoiiet. —
Ipsa et postponet se trouvent dans tous les mss. autres que
le L; aethera n'est que dans le G. Ces trois corrections
permettraient de penser qu'Homedeus a eu entre les mains
un ms., peut-être le même que l'éditeur de 151 1 avait
consulté. Ce ms. est-il le G? On pourrait le croire à cause
de la leçon calchedonio, qui lui appartient en propre
comme aethera, et qu'Homedeus introduit dans l'édition de
1513. Enfin cette édition admet deux conjectures (v. 65 vtq;,
V. 429 nil), qui ne sont fondées sur aucun ms., et qui pas-
seront dans le texte vulgaire à partir de Vinet (i55 0-
Est-ce Homedeus qui a soigné l'Ascensiana de i 5 1 7 <' dili-
genthis iterfi caftigafa>} On peut le supposer puisque
Badius Ascensius reproduit exactement, en 1517, la préface
de I 513, et qu'il n'est parlé nulle part dans cette nouvelle
LU INTRODUCTION
édition d'un autre reviseur qui l'aurait procurée. Quoi qu'il
en soit, le texte de la Moselle est supérieur dans cette édition
à ce qu'il était dans les précédentes, sorties des mêmes
presses. L'orthographe est changée {œ au lieu de e; cinn
au lieu de cïi etc.); les noms propres sont écrits avec des
majuscules initiales; la ponctuation est bien plus satisfai-
sante; les fautes d'impression de 1511, conservées par
l'édition de 1513, ainsi que celles qui sont propres à cette
dernière, sont en général corrigées. En plusieurs endroits,
le texte revient à celui de i 5 1 1 (v. 1 28 vtmnq;, v. 289 Calce-
donio)\ l'emploi des majuscules initiales conduit l'éditeur
de 1517 à une erreur (v. 216 Cnmbœ), qui passera dans
d'autres éditions. Mais l'Ascensiana de 1517 contient trois
bonnes corrections (v. 76 Interhidentes, leçon du G et du
Reg; V. 413 reddet, leçon du Rh' ; v. 469 celebrande, leçon
du B et du Rh), et quatre conjectures dont deux bonnes
(v. 218 fpeBante; v. 409 poptihiinq;), et deux inutiles
(v. 321 natùii; v. 388 veteres qîii luftrat). Elles seront
toutes reprises par Vinet (1551).
C'est évidemment d'après l'édition de 1 5 1 3 que la contre-
façon de Jehan Petit a été imprimée : il n'y aurait pas eu le
temps matériel de composer ce volume entre le 1 5 juillet,
date de l'achevé d'imprimer de l'Ascensiana, et le 8 août,
date de l'édition de Jehan Petit. D'ailleurs, l'orthographe
et la communauté des fautes (v. 255 excujam tridenti;
V. 2,10 pingua ; v. 403 prœtexati) font bien voir quelle est
l'origine de l'^wsowe de Jehan Petit. Le tableau des varian-
tes montre que le texte de la Moselle, fort mauvais dans
cette dernière édition, fourmille de fautes d'impression.
Quand il s'éloigne de celui de l'Ascensiana, pour reproduire
le texte d'Ugolet et d'Avantius ou se rapprocher de quelque
ms., il semble que ce soient de simples rencontres dues à
l'inadvertance du typographe, plutôt que le résultat des
efforts du reviseur dont la négligence et l'inaptitude sont
extraordinaires. On trouve bien : v. i naiiem, dans le Reg,
dans Avantius et dans la Juntine, qui est de mai 151 7;
DEUXIÈME PARTIE LUI
V. 28 iinitare, dans Ugolet et Avantius; v. 140 molliris,
dans le L, Ugolet et Avantius; v. 2,04 fyracîcfii , dans le G,
le B, le L et Ugolet; v. 483 Garumnœ, dans la Juntine. —
Enfin, V. i3/3'</'''S, et v. 153 bacheia, sont deux mauvaises
leçons du Rh, et v. 144 athlantiaco, se rapproche bien de
la leçon de ce ms., athlanciaco : mais, étant donné le grand
nombre des fautes involontaires qui souillent le texte de
Jehan Petit, il me semble qu'on doit y joindre ces concor-
dances toutes fortuites avec le Rh et les éditions d'Ugolet,
d' Avantius et de Junta. Il serait en effet curieux que l'édi-
teur n'eût pris que le mauvais dans ce ms. et dans ces
éditions. J'aime mieux supposer que la leçon Garumnœ, la
seule bonne de Jehan Petit qui ne soit pas dans l'Ascensiana,
provient d'une faute d'impression intelligente.
Aux diverses éditions de Badius Ascensius se rattache
l'édition de Leipzig dont il convient de ne pas exagérer
l'importance. « Une autre édition digne d'être étudiée — ■
dit M. Dezeimeris T — serait celle de Leipzig, 151 5; ni
Vinet, ni Scaliger, ni Tollius, ni Souchay ne paraissent
l'avoir rencontrée ; mais peut-être la trouverait-on dans
quelque bibliothèque publique d'Allemagne.» On la trou-
verait sans doute facilement, puisque Tross (édit. de la
Moselle, Einleitttng, XI) parle des exemplaires de Dresde
et de Gottingue, puisque Bœcking a collationné cette
édition, dont Peiper connaît l'exemplaire qui se trouve à
Gottingue; mais il semble inutile de se mettre en peine
de la chercher, car Bœcking montre que c'est une simple
réimpression, assez négligemment faite, de l'Ascensiana.
En voici le titre exact d'après Bœcking :
AVSONIIPAEONIIBVRDE- 1| galenfisMediciPoetce Augu- 1|
ftonimprœceptorisViriq; || confularis : opéra diligenter cafti- 1| gâta
& in pulcherrimum ordinem || e priftina confufione reftitu- 1| ta.
svTyTTwO-/^ £v >,u4''^ Ttapa ouaXevTivwUtu) 5a[ji,avT-^pw Tria au Tria
TUO)i£W(T 11 TTOXlTl £X£l TW a 71 0 T Y) CT X p Tj (7 T 0 U j| YVVYICTEWCT "/ l >. l 0 <T (i)
TCEvxa- Il xoTiouTO) 7t£VTW vcai II AexaTw.
• A propos d'un Manuscrit d'Ausone, lettre à M. H. Barckhausen,
Bordeaux, 1883; p. 6, note i.
LIV INTRODUCTION
A la fin du vol., qui est un in-4°, on lit, fol. 113 b :
Impreffum Liptzk per ^'■alëtinïï Schuman, || Anno Domini,
Millefimo quingen- || tefimo decimoquinto.
Cette édition fut faite par un Anglais (Richardus Crocus
Anglus), d'après TAscensiana de i 5 1 1 , comme le prouve la
collation donnée par Bœcking. En effet si l'éditeur de 1515
profite des Castigationes d'Humelberg, il laisse subsister
les fautes les plus grossières de la première Ascensiana,
celles, sans doute, dont l'auteur des Castigafiones confiait
la correction à l'initiative des demi-savants (p. ex. v. 258
adfibilitat; v. 464 durauide... voJatus, etc.). Il n'adopte
jamais le texte particulier à l'Ascensiana de 1 513; il écrit,
par exemple : v. 175 furatœ, v. 276 clmtcus, v. 322 gpcu-
rentis, v. 385 concejjlit : toutes leçons qui ne se trouvent
que dans l'édition de 1511. Il ajoute enfin, d'après la col-
lation de Bœcking, de nombrevises fautes d'impression au
texte de 1 5 1 1 :
Vers
Vers 244. Nodofit... vevtif, pour No-
5 aula, pour «Mm. dofis... verrit.
97 tiitilantem , pour ridilan- 264 Turpida, pour Torpida,
tem. 292 f ab l'es, pour rab les.
223 iurgite, pour gurgite. 468 cnrbeU i us, pour tarbellius.
Des mots sont omis. L'édition, en somme, est négligeable.
Des corrections, cependant, lui ajoutaient peut-être un
certain prix : en effet, d'après la Notitia de l'édition bipon-
tine, on lit, après la table des œuvres d'Ausone, en tête du
livre : Stibdenhir caftigationes in unUterfuni opiis ad
calcem operis. Mais ces Castigationes n'étaient pas dans
l'exemplaire d'Ernesti; personne ne les a vues. Tross ne
les a pas trouvées dans les exemplaires de Dresde et de
Gottingue ; et le D-" Ebert, de Dresde, lui écrivait qu'il fallait
sans doute entendre par ces Castigationes une liste des
fautes d'impression. Cette explication est plausible : mais,
n'ayant pas entre les mains l'édition de Leipzig, je ne sais
DEUXIÈME PARTIE LV
pas si elle est ou non suivie d'Errata que Bœcking ne
mentionne pas.
Quoi qu'il en soit, il faut conclure que Tédition de Crocus,
mauvaise copie de TAscensiana de 151 1, et que celle de
Jehan Petit, mauvaise copie de l'Ascensiana de 15 13, n'ont
fait faire aucun progrès à la constitution du texte de la
Moselle. C'est à l'examen des trois éditions authentiques
sorties des presses d'Ascensius qu'il faut demander sur quel
ms. ce texte a été fondé.
On a vu que les variantes de 1513 et 1517 introduisent
dans le texte de 1 5 1 i deux leçons (ipsa et postponet) qui
appartiennent à tous les mss. excepté le L; une leçon du
Rh' (reddet); une leçon commune au B et au Rh (cele-
brande); une leçon commune au G et au Reg (interlu-
dentes); deux entin qui appartiennent au G en propre
(calchedonio , aethera).
Peut-on admettre, conime Peiper, que le texte de la
Moselle a été établi dans l'édition de 1511 d'après des
leçons empruntées au G par Humelberg?
Tout d'abord l'examen des Castigationes introduites
dans l'édition une fois faite est loin de le prouver : v. 18
nitentis est dans le G, mais aussi dans le B' et dans Ugolet \
V. 84 fiuitantes et v. 224 redigit sont dans le Rh comme
dans le G; v. 86 praetenero, v. 201 flumine, v. 237 captât
se trouvent dans tous les mss.; v. 337 sxibstructa, et v. 370
tacitxim, dans tous, excepté dans le L. De plus, tous les
mss., excepté le L, ont v. 41 5 dilata et, et Humelberg écrit
dilata; v. 414 «^ modo est bien une leçon particulière au G,
mais elle se trouve déjà dans Avantius. Enfin, v. 360, la
leçon du G, mauvaise il est vrai, adlahere, est corrigée en
adlambere, leçon du B. Le v. 47, tel que les Castigationes
l'établissent, s'éloigne bien plus des leçons du G, que le
texte même de l'édition.
Quant au texte même de 1 5 1 1 , les leçons particulières au
G s'y trouvent-elles en assez grand nombre pour que l'on
puisse en conclure que ce texte a été fondé sur ce ms.? De
LVI INTRODUCTION
toutes les leçons particulières au G, TAscensiana de 151 1
n'admet que: v. 202 or as, qui se trouve déjà dans Ugolet;
V. 242 defensus . . . piscis ; v. ^06 uohimine; v. 360 adla-
bere; v. 415 detexatnr . On trouve aussi dans cette édition
V. 106 illiricum qui est l'orthographe du mot dans le G,
mais qui se trouve déjà dans Avantius, et v. 365 draclio-
num qui se rapproche plus de drahonum, leçon du G, que
de draconum, leçon du L, admise par Ugolet, et de drabo-
num et trachorum, leçons du Rh et B. Ces emprunts sont
peu nombreux, et il semble que si l'éditeur de 1 51 1 avait eu
à sa disposition le texte même du G ou un extrait de ses
leçons, il aurait mis à profit certaines bonnes leçons qui
semblent s'imposer, en particulier inole sarauus. L'éditeur
n'admet aucune des leçons qui ne se trouvent que dans
le Reg, excepté des similitudes d'orthographe, comme
V. 125 uolgi, qui sont peu probantes, ce qui permet de sup-
poser qu'il n'a pas eu entre les mains ce ms., d'ailleurs peu
utile puisqu'il s'arrête après le v. 180, et d'attribuer à l'usage
du G la leçon v. 27 deuexas, commune à ces deux mss. : cette
leçon, d'ailleurs, se trouve déjà dans les Eniendanda de
l'édition d' Avantius. Il n'admet pas davantage de leçons
particulières au B: v. 144 atlantiaco, cependant, n'est que
dans le B; mais ce mot a déjà été restitué par Ugolet, à qui
Aleander a dû le prendre. Il ne semble pas avoir non plus
usé du L, quoiqu'il ait v. 115 parca, mauvaise leçon du L,
corrigée par Ugolet, et qui doit être dans TAscensiana une
simple faute d'impression. C'est donc au G qu'il aura pris
V. 33 praelapstts, leçon du G, du B et du Reg.
Mais il admet des leçons qui ne sont que dans le Rh :
V. 29 aequiparare, v. 80 haud, v. 175 furatae, v. 312
quadro cui in, v. 361 celebratur, v. 391 neruis; les cinq
premières ne sont ni dans Ugolet, ni dans Avantius; la
dernière, qui appartient au Rh', se trouve dans Avantius;
il en admet quelques-unes qui appartiennent à d'autres mss.
que le G, et qui n'ont pas été adoptées par Ugolet et Avan-
tius: V. 18 nitenfes (B% Rh, Reg); v. 35 reparavc (B,Rh);
DEUXIEME PARTIE LVII
V. 249 indutos (B, Rli); v. 354 Proncae (B, Rh); il en admet
d'autres qui appartiennent au G et au Rh et qui ne se trou-
vent pas dans les éditions d'Ugolet et d'Avantius : v. 1 58
pangea; v. 320 décor mnina ; v. 171 N aidas {diussi dans le
Reg); il en admet enfin qu'on trouve dans tous ou dans
presque tous les mss. et qui n'avaient pas été adoptées par
Ugolet et par Avantius :
Vers Vers
120 et \22>hic{G, B, Rh, Reg). 288 miretur (G, B, Rh).
128 s/>e«es gemmas (G, B, Rh, 296 utrinque {G^,^^'Rh).
Reg). 324 iUa tenens (G, B, Rh).
'93 perfundit (G, B, Rh). 354 adiuta (G, B, Rh).
22i pubertasqice aiiinis et (G, 388 tieteresque illustrât (G, B,
B, Rh). Rh).
22,6 praetemptat (G, B, Rh ; 394 «/V^Y/;» (G, B, Rh).
l'orthographe dumotest, 448 quanta (G, B, Rh).
dans l'Ascensiana, pre- 222 perfuderit (G, B, Rh, L).
têtat). 295 perrniscent (G, B, Rh, L).
246 retia (G, B, Rh). 363 serras (G, B, Rh, L).
256 dexter (G, B, Rh). 437 unus (G, B, Rh, L).
Ces nombreux exemples prouvent que l'éditeur de 1 5 1 1
use des leçons du Rh comme de celles du G; et qu'il ne
connaît probablement pas le B, sans quoi il lui emprunte-
rait ses bonnes leçons des vers 79, 1 18 et 360. Il a déjà été
dit qu'il ne devait pas connaître directement le G, puisqu'il
laisse de côté certaines de ses meilleures leçons, alors qu'il
adopte presque toutes celles du Rh qui semblent correctes,
excepté niagmisqne (v. T49), leçon qui peut d'ailleurs être
rejetée, comme elle l'a été par Peiper.
Je conclurai donc que l'édition de 1 5 1 1 a été établie
d'après des leçons extraites du G et du Rh, et non pas du G
seulement, comme le voudrait Peiper, Les Castigationes
d'Humelberg, les corrections de l'édition de 15 13, dues à
Homedeus, et celles de l'édition de 1 5 1 7 marquent peut-être
une influence plus spéciale du G. Si l'on admet l'hypothèse
de Schenkl relative à l'existence du ms. du monastère de
S*-Victor, il faut supposer que ce ms. dérivait du G et du Rh.
VIII
LVIII INTRODUCTION
Toute la discussion précédente et le tableau des variantes
des trois éditions d'Ascensius ont montre les progrès
successifs du texte de la Moselle dans TAscensiana et sa
qualité déjà bien supérieure en 151 i à celle des éditions
d'Ugolet et d'Avantius. L'éditeur de 1511 a en effet de
bonnes corrections :
Vers Vers
176 oreiadas, 2)11 thybris.
281 tethyii. 465 tarnë.
2,0^ fyracojii. 473 portiibics^.
Il en propose qui sont médiocres ou mauvaises :
Vers Vers Vers
43 quoties. 316 corus. 380 Roniœq; tuere.
298 qui. 317 affliêîainq;. 392 oci.
311 ptolemaidos. j^y] fulphitrea. yfi fuh tegmine.
314 incerti. 365 drachonum. 423 fuperet.
Il doit avoir usé de l'édition d'Ugolet : l'adoption de la
correction v. 277 Cirées ne prouve évidemment rien : il
suffisait de connaître la légende de Glaucus pour en prendre
l'initiative. Mais, sans parler de v. 370 pingtia, barbarisme
d'Ugolet qui se retrouve dans l'Ascensiana où il peut n'être
qu'une faute d'impression, et de mauvaises leçons, comme
v. 336 colonis, qu'Aleander a prises plutôt à l'édition de
1 499 qu'au L qu'il ne semble pas avoir connu, la persistance
dans l'édition de i 5 1 i de certaines mauvaises corrections
particulières à celle de 1499 semble prouver que celle-ci a
été mise à profit pour l'établissement de celle-là: v. 71
locupletibus ufq;, v. i iSNamq;^, v. 2'j8 captas. Par contre,
Aleander paraît ne pas avoir connu l'édition d'Avantius :
s'il admet en général les corrections de cette édition qui
sont confirmées par le texte des mss. et qu'il peut avoir prises
dans ceux-ci et non dans l'édition, il néglige les bonnes
conjectures de l'éditeur de i 507 qu'il suffisait, semble-t-il,
de connaître pour les adopter : v. 169 homines; v. i^yceptat
* Voir, pour portubus , Commentaire, p. 136.
DEUXIEME PARTIE
LIX
(conjecture médiocre, sans doute, mais bien préférable à
celle d'Aleandcr, captos)\ v. 261 ciùq;, v.440 latiHm;v.4$o
natus (conjecture qui, si elle me paraît mauvaise, est du
moins plus séduisante que la leçon des mss.).
L'Ascensiana, de son côté, a beaucoup de fautes encore :
le tableau des variantes a montré quel avait été le progrès
du texte dans la seconde et la troisième édition. C'est
d'après cette dernière (151 7) que je cite les principales
fautes qui restent dans la recension définitive publiée chez
Badius Ascensius :
Vers
^Ç)fuperante.
45 lunigenis (mau-
vaise lecture de
limigenis G ?).
47 Sedficca in primo
afpergit vejîigia
lyinpha.
65 Vtq;.
71 locnpletibîis ufq;.
1 1 1 lutliea.
Vers Vers
115 Parca. 317 Affliëlamq;.
118 Namq; &■. -^yi fulphurea.
l\ii Cunibœ. 380 Romœq; tuere.
237 Vibratiscaptos. 392 oci.
263 innaJidos. 397 fub tegmine.
278 captas. 415 dilata lande.
298 Qui. 422 vinôîos.
311 Ptoleuiaidos. /^zt^ fuperet.
314 incerti.
316 Corus Achates.
429 nil.
464 Duranide.
A ces leçons qui s'éloignent des mss.^ sans les corriger,
il faut joindre un certain nombre de mots où la bonne
orthographe des mss. n'est pas suivie (v. 43 qiiotïes, v. 48,
53, 363 Jeitia, V. 70 baccas, v. 85 herbofas, v. i i^fqiiallef,
V. 478 Pagoriint, etc.).
D'autre part, on a déjà vu (p. LU) que l'Ascensiana de 1 5 1 7
a en propre plusieurs bonnes corrections et quatre conjec-
tures, dont deux sont inutiles et les deux autres définitives.
En dernière analyse, le texte de la Moselle a effectué de
notables progrès dans cette dernière édition d' Ascensius;
les éditions qui vont suivre seront inférieures, et c'est seule-
ment en 1551 que Vinet, marchant sur les traces des divers
reviseurs de l'Ascensiana, parviendra, sans l'usage de mss.,
à constituer un texte meilleur.
Le L
a. parca, et, d'après Schenk!, iiinctos.
LX INTRODUCTION
III
Éditions fondées sur le Rhenaugiensis.
LA JUNTINE ET L'ALDINE.
En 151 7, année où étaient publiées à Paris les deux
éditions d'Ascensius et de Jehan Petit, il paraissait en Italie
aussi deux éditions d'Ausone, la première à Florence, le
20 mai, «fiimptu Philippi Itintœ»^ la deuxième à Venise,
en novembre, <-<in œdibtis Aldi &' Andreœ foceri y>\ celle-ci,
qui est la troisième recension d'Avantius, est précédée d\ine
épître dédicatoire de l'éditeur au cardinal Marcus Cornélius.
On ne sait pas qui a soigné la Juntine : cette édition est
simplement précédée d'une dédicace «Federico Conti Val-
moiitonio principi»^ qni est censée l'œuvre d'Ausone lui-
même. Le poète s'y félicite, avec de pédantesques facéties,
de voir ses œuvres corrigées et mises en ordre, grâce aux
sollicitations de Federicus Contes, eruditorum principuni
longe princeps : « Tu .n. unus fut Anchifes olini apiui nos^
deO.Fabio, longe anteEnnitcmy, inîhicrede,prœdixerat)
non c7in6iando nobis fed ^pciin6iando*\' renirefiitinjii.y>
Voici les titres exacts de ces deux éditions que j'ai entre
les mains. Les exemplaires de la Juntine sont très rares :
Boecking n'a pu s'en procurer. M. Dezeimeris a bien voulu
mettre le sien à ma disposition.
AVSONII GALLI POET.E DISERTIS H SIMI OMNIA
OPERA NVPER || MAXIMA DILIGENTIA || RECO-
GNITA ATQVE II EXCVSA.
^ C'est-à-dire aux Champs-Elysées où se trouve Ausone qui termine sa
lettre par ces mots : Vale, ex Elysijs cnmpis.
*- Allusion au v. S46 du 1. VI de V Enéide.
•' Mauvaise orthographe, qui permet un jeu de mots, du verbe ^erco»-
tor, lequel vient de contus, gaffe avec laquelle les bateliers sondent le
fond d'un fleuve, et n'a aucun rapport avec cunclor, temporiser.
DEUXIÈME PARTIE LXI
A la lin du vol., qui est ua in-8", on lit : FloreiiHœ,
fiimptu Philippi Iiintœ. Anno DTii. M. D. \\XVII. Die.
XX. Mai. Leone. X. Pdtifice.
AVSONIVS. Il ALDVS (La marque des Aides, l'ancre et
le serpent, au-dessous d' AVSONIVS entre AL et DVS).
A la fin du vol., qui est aussi un in-8°, on lit : VENETIIS
IN AEDIBVS ALDI || ET ANDREAE SOCERI || MENSE
NOVEMBRI II M. D. XVIL
Schenkl et Peiper trouvent, pour le texte de la Moselle,
entre l'Aldine et la Juntine des ressemblances étonnantes
qu'ils expliquent, le premier en supposant qu'Avantius a
usé de la Juntine qui avait déjà paru au moment où il
préparait son édition ; le second, en supposant que les deux
éditeurs ont usé d'un même ms. qui procédait du Rhenaii-
giensis. Schenkl cite à l'appui de sa thèse ^ les leçons
suivantes qui se trouvent dans la Juntine et dans l'Aldine :
V. I I Noxiomagiim (qui rie se trouve dans aucun ms., ni
dans aucune édition antérieure); v. x'i^ ferwit (qui ne se
trouve dans aucun ms., ni dans aucune édition antérieure);
v. 2IO Vefeui (leçon des mss. et des éditions d'Ugolet et
d'Avantius); v. 224 rediget (qui ne se trouve dans aucun
ms., ni dans aucune édition antérieure); v. 261 Ciiiq; (qui
ne se trouve pas dans les mss., mais déjà dans l'édition
d'Avantius de 1507); v. 289 Chalcedonio (bonne leçon qui
ne se trouve ni dans les mss., ni dans les éditions antérieu-
res) ; V. 312 quadro cui in (leçon du Rh qui se trouve
déjà dans l' Ascensiana) ; v. 324 Villa tenus (qui se trouve
déjà dans l'édition d'Avantius de 1507); v. 336 nutantia
(leçon qui ne se trouve ni dans les mss., ni dans les
éditions antérieures); v. 345 hic (leçon qui se trouve déjà
dans l'édition d'Avantius de 1507); v. 360 allahere (leçon
du Rh qui se trouve déjà dans l'édition d'Avantius de
1507); V. 407 Britanos {\.q\\q est, il est vrai, la leçon de
l'Aldine; mais la Juntine a Britannos comme les mss, \^)\
^ Prooemium, p. XXXI.
Y De même, au v. 68, l'Aldine a Britanis, et la Juntine Britannis.
LXII INTRODUCTION
V. 461 Saxona (l'Aldine a bien Saxona, qui se trouve déjà
dans l'édition d'Avantius de 1 507, mais la Juntine afaxona);
V. 465 Tagiiin (mauvaise leçon qui ne se trouve ni dans
les mss., ni dans les éditions antérieures).
A l'appui de l'opinion de Schenkl, j'ajouterai même un
certain nombre de mauvaises leçons (dans le genre de
Tagicin), qui se trouvent dans l'Aldine et dans la Juntine,
qui ne se trouvent pas avant, et dont, par conséquent, la
communauté semble bien caractéristique. On lit en effet
dans les deux éditions: v. 49 Trudens (pour Tendens)\
v. 61 leue {-povir lene)\ v. 71 locupletes quœq; fub undis
(leçon qui n'est pas fondée sur les mss. ; l'Aldine admet
une virgule avant quœq;); v. 86 ftirtim (pour fartîin; mais
V. 113, les deux éditions ont bien fartim, comme il
convient); v. 1 14 cauda (pour caudani)\ v. 1 18 Nanq; &
(leçon qui n'est pas fondée sur les mss. •, les premières éditions
ont Namq^ &=); v. 1 30 Fario (pour/arzo); v. 1 93 profundi;
V. 277 Dirces (leçon des mss. corrigée dès l'édition d'Ugo-
let); V. T)(i2) feras ; v. 421 aiigiifiœ (le L a bien auguste,
qui a été corrigé en augufiœ, dès l'édition d'Ugolet);
V. 441 ccefamq; (Avantius, dans son édition de 1507, écri-
vait cefaniq^). — Ces fautes prouvent suffisamment que
l'édition de novembre 1517a usé mal à propos de celle
de mai.
Beaucoup d'autres leçons, la plupart fautives, qui sont
communes à la Juntine et à l'Aldine et qui proviennent des
éditions d'Ugolet et d' Avantius, sans se trouver dans celles
de Badius Ascensius, semblent prouver que les éditeurs
italiens de 1 5 1 7 n'ont pas connu l' Ascensiana :
Vers Vers
I nauem (Reg, Av.). 120 Hinc (L, Ug., Av.).
39 ybr//re (L, Av.). 128 geininas fpecies (L, Ug.,
72 AJJîmilant (G", B,L, Ug., Av.).
Av.). 150 liquidiis (Av.).
80 aM^(G,B,Reg,L,Ug., Av.) 169 homines (Plv.).
89 thedo (L, Ug., Av.). 171 Naiadas (Ug., Av.).
lOi fronte (Rh, Av.). 176 Oreadas (cod., Ug., Av.).
DEUXIEME PARTIE
LXIII
Vers
187 tei^ai!fnr(Rh,L,\Jg. , Av.).
192 protulit (B, Rh', Av.)-
198 confundit {G 1 Ug., Av.).
207 excluait (G, B, Rh, Av.).
215 Miffena (Ug., Av.).
2iS fpecîataÇcod., Ug., Av.).
222 perfimderit (Ug., Av.).
236 prœtendit (Av.).
249 Iinplicitos (Ug., Av.).
256 Dextera (Ug., Av.).
266 &ra;ic/a (G, Rh, Ug., Av.).
281 Thetim (B, Ug., Av.).
288 miratur (L, Ug., Av.).
295 proini/cent (Ug., Av.).
300 Gortitiius (G, B, L, Ug.,
Av.).
304 Syracufij (G, B, L, Ug.,
Av. dans les Kniend.).
Vers
309 Hic tinus (Ug., Av.).
310 AIicit(Av.; auv.348, Av,
et les deux édit. de 1517
ont allicit).
320 decoramine (B, L, Ug.,
Av.).
335 adpa (G\ L, Ug., Av.).
359 S<ir'-s(Rh,B,L,Ug.,Av.)
365 Draconuin (L, Ug., Av.).
374 moles (Ug., Av.).
389 qiiod (G, L, Ug., Av.).
394 uiruriiin (Ug., Av.).
409 popidiq; (cod., Ug., Av.).
415 Z)e2fe/a;z<r (B,Rh,L,Ug.,
Av.).
442 lata (Av.).
448 tanta meri dederitjï (Av .) .
473 portibus (cod., Ug., Av.).
La Juntine et l'Aldine n'ont que deux leçons propres à
l'Ascensiana, qui ne se trouvent ni dans les mss., ni dans
les éditions de 1499 et de 1507. Je ne parle pas àhitrinq;
(v. 296), qui n'est ni dans Ugolet ni dans Avantius, mais
qui se trouve dans le G\ le B et le Rh, ms. auquel les
éditeurs italiens auront emprunté cette leçon; ils n'ont pu
emprunter à aucun ms. connu les deux mauvaises leçons
inualidos{v. 262,)etfitb teg'mine{v. 397), qui ne se trouvent
dans aucune autre édition que l'Ascensiana. Cette commu-
nauté peu importante de leçons doit n'être que fortuite ^. Si
les éditeurs italiens de 151 7 avaient usé de l'Ascensiana,
ils lui auraient sans doute pris autre chose.
Je n'ai noté jusqu'ici que les points de ressemblance des
deux éditions italiennes de i 5 1 7 ; il est évident qu'elles
ont eu toutes deux recours au Rh : mais l'Aldine emprunte
bien davantage au ms., et la Juntine, plus fidèle au texte
^ Il faut d'ailleurs se rappeler que le L et les édit. d'Ugolet et d' Avan-
tius ont fubtegmine , écrit en un seul mot. — V. 389 l'Ascensiana de 15 17
a qiiid; celles de 1511 et 15 13, Çj," je pense que cette abréviation est pour
qidd et non pour qiiod, leçon de la Juntine et de l'Aldine.
LXIV INTRODUCTION
d'Ugolet, se montre nettement conservatrice. Cette tendance
de la Juntine se manifeste d'abord en ce qui a rapport à
l'orthographe; car elle admet, comme l'édition d'Ugolet:
V. 62, 84, 112, 141, 219, 283, 418, 477, 482 certilea, etc.;
V. 47, limjjJias (mais v. 360 lymphis)\ v. 53, 63, 85 hare-
nœ, etc.; v. 254 harundo; v. 74 admixtos; v. 92, 351,
358, 473 oftia (mais V. 369 et 433 lioftio, d'ailleurs comme
Ugolet); V. \ \ j\ fquallet ; \ . 153 Baccheia; y. 158 Rhodo-
j^ein; v. 158, 162 Lyeo; v. 20g fulphiirei; \. 216 cimbœ;
V. 220, 288 ephœbis, ephœhi; v. 221 fafelli; v. 225 letiaq;;
V. 227, ^/^6 fiimdacra; v. 293 contfnertia; v. 3 1 1 Ptoïotnai-
dos; V. 323 uindicat; v. 330 Menphitica; v. ^^j pennixta;
V. 371, 417, 458 fœlix; v. 377 Tibris; v. ^^g fi^aciatus ;
V. 413, 420 premi a (Ugolet a v. 413 prœmia; v. 420 prc-
inia);v. 441 Pireneni*\. L'Aldine a, au contraire, cœrw/ez/5,
lymphas, arena, ariindo, hoftia (Rh), admifios, fqualet
(cod.), Bacchea, Rodopen (Rh), lyœo, fiilfurei, cymbce,
ephebis, fcifeli, Iceuaq;, Jiniulachra, conitnercia, Ptolemai-
dos (comme l'Ascensiana), uendicat (Rh), Memphitica,
permifia, felix, Tybris (G, B), prœmia, Pyrenen. — V. 68,
la Juntine a.CalidoniJs, rAldine,Ca73'(/o;i//'5; les deux ortho-
graphes sont mauvaises et ne se fondent sur aucun ms. ni sur
aucune édition antérieure; v. 84, la Juntine a. fluitantis,
V Aldine, flu itante is : la leçon du G et du Rh est fiziitantes;
V. 260 et 270, la Juntine a Icetalia, lœti (B, Rh), l'Aldine,
letalia, letl (Ugolet), mais, v. 249, les deux éditions ont
letalibus: v. 244, la Juntine a decœpta, l'Aldine, decepta;
V. 253, la Juntine a indithmi, l'Aldine, indiciuin ; v. 314,
la Juntine a incefti, l'Aldine, incœfti (Ugolet, incœfti)\
V. 232, lajuntine écrit c/iaro?, comme l'Ascensiana; l'Aldine,
carœ, comme Ugolet et les mss. L'Aldine écrit d'ailleurs,
comme Ugolet, v. 356 interceptis, v. 437 Cumq;, v. 475 otia,
et la. JnntinQ, intercœ2:)tis, Cîinq;, ocia. V. 392", la Juntine
a ocij, l'Aldine, otij.
^ Les noms propres ne commencent par une majuscule que dans la
Juntine.
DEUXIEME PARTIE
LXV
Les variantes proprement dites sont d'ailleurs assez nom-
breuses entre les deux éditions. Elles viennent:
1° Des leçons particulières au Kh, ou communes au Rh et
à d'autres mss., que l'Aldine emprunte au Rh, alors que la
Juntine reste fidèle au texte d'Ugolet :
Vers Juntine.
45 lenigenis (faute d'impres-
sion ? Ug. lagœis).
56 habens (Ug.)-
74 excolor (Ug. ejî color).
79 Noniinaquœcuiiëîos (Ug.).
95 omn/(Ug.).
1 13 pingiiefcis (Ug.).
136 Aôlea... oliua (Ug.).
149 magnoq; (Ug.).
190 uidetur {\5g,.).
191 conjîitit (Ug.).
20 1 fulmine (Ug.).
227 Vnde (Ug.).
331 expeSlantis (Ug.).
237 Vibratos (Ug.).
240 Nam (Ug.).
286 alternans coinit (Ug.).
2g^puIfu(Vg.).
306 mergei (Ug.).
313 ipfe(\Jg.).
314 ab(\Jg.).
316 chorus (Ug.).
326 Vtq; (Ug.).
329 irrupit (Ug.).
336 colonis (Ug.).
337 fiihduaa (Ug.).
338 aperto (Ug.).
350 memorajje (Ug.).
354 pronea (Ug.).
354 nemofœq; (Ug.).
359 Erubrus (Ug.).
361 celebratus (Ug.).
368 loca(\Jg.).
369 FeJJh (Ug.).
Al.DINE.
liniigeris (Rh).
habes (Rh).
concolor (G, B, Rh, Reg).
Nomina quœ &• cunclos (Rh).
uni (Rh).
pinguefcit (Rh).
A6leo... oliuo (G, B, Rh, Reg).
magnusq; (Rh).
uidentur (cod.).
conjitus (G, B, Rh).
flwnine (cod.).
Viida (cod.).
explorantis (G, B, Rh).
Libratos (Rh).
/a7M(G, B, Rh).
alternas coniunt (G, Rh).
plaufu (Rh).
margei (G, B ; inar Rh).
ipfa (G, B, Rh).
ob (G, B, Rh).
totus (Rh).
Atq; (Rh).
irruinpit (G, Rh).
coluninis (G, B, Rh).
fubfiruaa (G, B, Rh).
operto (G, B, Rh).
memorare (G, B, Rh).
proneœ (G, B, Rh).
nemefœq; (cod.) ^.
Erubris (G, Rh).
célébrât ur (Rh).
uocat (G, Rh).
Fefta (Rh).
\ Les deux éditions conservent cfl (L, Ujj ).
IX
LXVI
INTRODUCTION
Vers JuNTiNE.
370 tacitam (Ug.)-
372 quœq; (Ug.)-
390 tuo (Ug.).
401 régis (\5g.).
41 1 primus (Ug.)-
413 honores (Ug.).
423 fupereji (Ug.).
432 extendit (Ug.).
436 amni (Ug.).
439 nimc (Ug.).
443 circino (Ug-).
446 folicitare (Ug.).
464 Durant (Ug.).
465 poftponat (Ug.).
468 Aturrus (Ug.).
469 et 470 celebranda (Ug.).
471 taurinœ. (Ug.).
Aldine.
tacitmn (G, B, Rh).
qiCêq; (queinque L; quenque B,
Rh).
tui (G, Rh).
reis (G, B, Rh).
prit)iis (cod.).
honoris (G, B^, Rh^).
fuperet (G, B, Rh.)
exlendet (cod.).
amne (Rh).
non (G, B, Rh).
concino (cod.).
follicitare (cod.).
Durani (G, B, Rh).
poftponet (G, B, Rh).
Atiirniis (Rh).
celebrande (B, Rh).
taurinthes (Rh).
2° Des leçons de l'édition de 1 507 que lajuntine conserve
Vers JuNTiNE. Aldine.
22 SubterlabentisiAv.iSO'j). Subterlabentis (G,'Rh,Reg),
440 Latium(Av. 1507). Latins (cod.).
30 Des leçons de Tédition de 1 507 que l'Aldine conserve
Vers
JUNTINE.
Aldine.
28 Vtfluuius lùtreoq; (Ug.). Vt flunios uitreosq; (Av. 1507).
431 utriq; (Ug.). utrinq; (Av. 1507 Emend.).
4° Des leçons d'Ugolet que l'Aldine conserve :
Vers
JuNTINE.
Aldine.
3 Cânas (Ascens. Cannas). cannas (Ug.).
8 Tabernas (correction). tabernas (Ug.).
27 Nauiger (cod.). Nauiget (Ug.).
29 œquiparare (Rh). œquiperare (Ug.).
5° Des fautes de l'une ou de l'autre des deux éditions
Vers JuNTiNE.
10 confpicor.
16 œthratn.
Aldine.
confpicior (faute).
œtrJiam (faute).
DEUXIEME PARTIE
LXVII
Vers JuNTiNE.
73 placide (faute).
90 Effugiensi];.
173 trépidas, qiue {îdLVLÏt).
189 Glauciis (faute).
275 captât.
309 perlita.
318 aut horiini.
369 anguflis (faute).
443 fides (faute).
454 fuhter laberis (faute).
Aldine.
placidœ.
Effigiensq; (faute).
trepidasq; .
glauciis.
cœptat (faute).
per lita (faute).
authorum (faute).
augu/îis.
fide.
fiibterlaberis.
6° Des essais de correction plus ou moins heureux de l'une
ou de l'autre des deux éditions :
Vers JuNTiNE.
35 fperante (Rh, B, L, Ug.).
47 in primo refpergit (Ug.).-
307 hebdojnadas (B).
388 ueteresq; (cod.).
391 uentis (mauv. correct.).
415 tfïYa^a (Ascensiana).
426 itinôîi (cod., Ug.).
Aldine.
fuperante (Ascens.).
ifi priinores fpargis.
hebdomade (manv. correct.).
ueteres qui (mauv. correct.).
neruis (Rh', Av. 1507).
dilata & (G, B, Rh).
îiinâîi (mauv. corr. ou faute).
Enfin, la Juntine a, au v. 483, une bonne correction,
Garunmœ, adoptée par l' Aldine.
Après cet examen des variantes de la Juntine et de l' Aldine,
nous ne pouvons répéter pour la première de ces éditions, à
propos du texte de la Moselle, ce que Peiper dit de l'ensemble
de la recension : « Sumptu Philippi luntae carmina édita quis
curauerit quibusque auxiliis adiutus, non comperi j. » L'édi-
teur inconnu a évidemment usé du Rh, des éditions de 1499
et de 1507, peut-être même de l'Ascensiana, Schenkl a raison
de dire : «Videtur, is qui in luntina Mosellam recensuit,
librum similem Rhenaugiensi ad manus habuisse ^'. » Mais
il devrait ajouter que le recenseur a tiré peu de profit du
Rh, aux leçons duquel il a bien souvent préféré le texte
d'Ugolet.
^ Peiper. Praefatio, p. LXXXVIII.
^^ Schenkl. Prooemium, p. XXXII.
LXVIII INTRODUCTION
Quant à Avantius, il est facile de se rendre compte que,
dans son édition de 151 7, il rompt résolument avec la tra-
dition d'Ugolet qu'il avait suivie en 1507, en essayant d'en
corriger les mauvaises leçons d'une manière conjecturale,
et qu'il se sert avec plus ou moins de critique d'un ms. qui,
s'il n'est pas le Rhenatigiensis , lui ressemble beaucoup.
Avantius a-t-il usé de l'Ascensiana? Peiper affirme que
non^ : il semble cependant difficile de trancher la question.
V. 312, l'Ascensiana, avant l'Aldine, a qiiadro cui in;
mais on peut soutenir qu' Avantius a pris cette leçon au Rh,
ou à la Juntine, et non à l'édition d'Ascensius. V. 246,
Avantius qui, en i 507, écriva.it femina lignis, a sans doute
corrigé dans l'Aldine en retia Jlgnis, d'après le Rh ou la
Juntine, et non d'après l'Ascensiana. V. 176, Avantius
conserve, comme la Juntine, Oreadas, leçon des mss., qui
fait le vers faux, alors que l'Ascensiana donne déjà la correc-
tion Oreiadas. D'autre part, v. 263, Avantius écrit au lieu
d'inualido, leçon d'Ugolet et de son édition de 1507, inua-
lidos, qui ne se trouve ni dans le Rh, ni dans aucun autre
ms., et qui est une mauvaise correction de l'Ascensiana:
mais cette correction se lit aussi dans la Juntine, oii l'Aldine
peut l'avoir prise. V. 303, au lieu de laudatur, leçon du L
et du Rh, adoptée par Ugolet et sa propre édition de 1507,
Avantius écrit laudatus, leçon du G et du B, adoptée par
l'Ascensiana, mais qui est aussi dans la Juntine .L'Aldine a
cependant, V. ^Sfitperante, et v. 311 Ptolemaidos, correc-
tions de l'Ascensiana qui ne se trouvent pas dans la Juntine.
Avantius a-t-il tiré du Rh tout le profit possible? J'ai
déjà montré qu'en même temps que de bonnes leçons, il
lui en empruntait de mauvaises. Il a du moins évité un
certain nombre de leçons inacceptables du Rh :
Vers Vers Vers
13 reseràbat sydîis . 18 nitentes. 25 odoriferi.
17 aida. 20 uillis. 27 diucxas.
■ Praef., p. LXXXVIII : « Ascensianum exemplar, cuius prorsus nul-
lam notitiam habuisse videtur...»
DEUXIEME PARTIE
LXIX
Vers
28 et.
29 aequiparare.
33 precelapsiis .
35 sperante.
51 miraniur.
59 dimersa.
65 frontibus.
77 meatus.
82 horis.
87 cibaria.
90 lioniinum (au
lieu déceler/).
102 mensae.
107 natatii.
I lO finxit.
1 1 1 3;rîs.
Vers
1 16 ainnîgeros.
118 na;/i que...
lide.
c
123 letiis.
134 prospexique.
144 atldanciaco.
145 ho ras.
162 //eo.
169 honiinuin^.
172 panos.
174 fluëius.
i']Sfurate.
198 confiidit.
202 horas.
206 speôîant.
2 16 cimbae.
Vers
233 tiîrgunguîa.
so- 236 horaiii.
254 consensit.
261 qiiiqiie^-.
298 cultus habitus-
que.
309 iioôîia.
365 drabonum.
371 alisentia.
376 yliacis... horis.
378 orrt.
412 libitaqiie.
461 anxoiia.
469 iiioselle per
lieras.
474 ualet.
Mais, en même temps qu'Avantius évitait ces fautes du
Rh, il aurait pu user de ce ms. pour corriger le v. 354 Namq;
&■ proneœ efi, nemefœq; adduôîa, dont les mauvaises leçons
rappellent plutôt celles de l'édition de 1507, que celles du
Rh, et pour enlever de l'Aldine un certain nombre de fautes
qui viennent de l'édition de 1 507 :
Vers
I iiaiiem.
27 Naui'get.
28 fluiiiosuitreosq;.
39 for tire.
80 attf.
89 r/î6-c?o.
i20 Hinc.
i22 Lutins.
140 .4ît^.
171 Naiadas.
204 alacris.
Vers
215 Miffena.
222 perfanderit.
236 prœtendit.
237 cœptat.
249 implicitos.
256 d ex ter a.
295 pro mi/cent.
310 alicit.
320 decorainine.
324 Fî'ZZa tenus.
345 ^«c.
Vers
374 moles.
384 feuera.
389 qiiod.
394 tiirorum.
431 iitritiq;.
437 Î/7Î0.
441 cœfaniq;.
442 ^ato.
448 tanta meri de-
derit Ji.
450 Natiis.
De plus l'Aldine a été imprimée négligemment : on a
déjà vu que les fautes d'impression y abondent; Avantius
<^ e^ *- Leçons communes au Rh et à d'autres mss., déjà corrigées par
Avantius dans son édit. de 1507.
LXX INTRODUCTION
n'y a pas fait preuve d'un grand esprit critique : ayant à sa
disposition un ms., il n'en use pas assez, alors qu'il fait à la
Juntine trop d'emprunts détestables (par exemple, Fario)\
quand il préfère le ms. à l'édition qu'il a sous les yeux,
il joue vraiment de malheur : car il abandonne (v. 440)
l'ingénieuse correction, Latiiim, qu'il avait faite, en 1 507,
au texte d'Ugolet et dont la Juntine s'est emparée, pour
reprendre au ms. la mauvaise leçon Latins.
Pour être cependant meilleure que la Juntine, l'Aldine
est donc loin d'être une bonne édition ; mauvaises conjec-
tures, erreurs ajoutées, fautes d'impression, retour inutile
aux leçons abandonnées des mss., mauvaises leçons du Rli
adoptées et bonnes négligées, les taches de tout genre y
abondent. Il semble étonnant qu'Avantius, qui, en 1507,
avait donné une édition relativement si satisfaisante d'après
le seul texte d'Ugolet, n'ait pas mieux profité du ms. qu'il
avait entre les mains. Quoi qu'il en soit, sa publication de
1517a fait faire un grand progrès au texte de la Moselle en y
introduisant un certain nombre de leçons du Rhenaugiensis .
IV
Éditions de la Moselle qui ne sont fondées
sur aucun manuscrit
et travaux critiques se rapportant au texte de la Moselle
(iS2^-iS64).
A. l'édition de bale (1523).
Entre l'Aldine qui avait introduit l'usage du Rh dans la
correction du texte de la Moselle, et l'édition de Poelmann
qui devait mettre à profit deux autres mss., il se passe une
période de cinquante ans, pendant laquelle les nombreuses
éditions d'Ausone qui se succèdent ne font que reproduire,
du moins pour la Moselle, le texte de l'Ascensiana, de la
DEUXIEME PARTIE LXXI
Juntine et de l'Aldine, plus ou moins amélioré au moyen de
conjectures qui ne se fondent sur les leçons d'aucun ms.
En janvier 1523, paraît l'édition de Bâle in-8°:
Decii II AVSOIJnii Bvrdigalen Hy^s uiri confularis
uaria\\opîifcîda diligenter \\recognita. \\ Bafileœ apud
Valeiitijiuui Curio-\\ nem. Ann. M. D. XXIII.
Cette édition, au dire de Bœcking, « Aldinuni exemplutn
multis locis emendaUcm repraesentat». Peiper ^ jvige sévè-
rement l'édition de Bâle : « Basileae, apud Valentinum
Curionem, anno 1523, mense lanuario édita Ausoni opus-
cula, quo iure dicantur diligenter recognita et num quid
ex codicibus petitum sit auxilii nescio : noui nil accessit
opusculis. » Je ne connais de VAitsone de 1523 que ce que
Bœcking en dit. D'après le relevé qu'il donne des variantes
de l'édition de Bâle, on voit qu'elle corrige un certain
nombre de fautes d'impression de l'Aldine, qu'elle revient
souvent au texte de la Juntine et de l'Ascensiana et qu'elle
fait quelques innovations, surtout au point de vue de
l'orthographe. — Voici ses innovations orthographiques :
v. 204 alacreis (l'édition de Bâle a aussi, comme l'Aldine^
v. 84 fiuitanteis); v. 242, 331 pifceis. — Elle abandonne
souvent le texte de l'Aldine et de la Juntine pour adopter
celui de l'Ascensiana, par exemple :
Vers Vers Vers
80 haud. 198 confudit. 304 Syracojîi.
86 prœ tenero. 2iO Vefœui. 317 Affiitîamq;.
1x9, Namq; Qf. 2â,o facileis. 370 /iîc(Asc. 151 1).
125 uolgi. 256 Dexter. 380 Roniaeq; tuere.
150 liquidas. 261 Quiq;. 423 Lupomidmn.
Parfois elle abandonne le texte de l'Aldine pour adopter
des leçons communes à la Juntine et aux édit. antérieures :
Vers Vers
56 habens. 338 aperto (Ug.)-
149 inagnoq;...additus. 2)^g fpaciatus {\J g., Av.., Asc. i^ii).
294 pulfii. 415 dilata laude (Asc).
« Praefatio, p. LXXXVIIII.
I.XXII INTRODUCTION
Voici enfin ses innovations dans le texte :
Vers Vers
47 Sicca fed in primas /par- 337 fulfurea (Asc.,fulphurea),
gis. 354 Namq; &• Proneœ Neme-
56 atq;, pour utque. fœq; addii£la.
171 Naïades. 367 mollis Araiius (édit. antér.
223 Reddet, pour Reddit. mollis aranus).
309 Hic Tiims (édit. antér., 465 Tarni (édit. antér., tan-
Hictinus ou Hic tinus). dem, Tarnë Tagiim).
L'édition de 1523 est donc une édition éclectique qui
corrige les fautes grossières de l' Aldine {confpicior , cetrham,
Effigiensq;, etc.) quoiqu'elle en conserve un bon nombre,
et qu'elle en ajoute à l'occasion (v. 263 in ualidos;
V. 358 coufunderet). Elle prend son bien où elle le trouve,
de manière à former un texte à peu près passable. Mais les
corrections qui lui sont particulières ont peu contribué aux
progrès du texte.
B. LES DIATRIBES D'aCCURSE (1524).
C'est un an après l'édition de Bâle que parut l'ouvrage
de Marie-Ange Accurse, où la Moselle était l'objet de
nombreuses remarques :
MARIANGELI || ACCVRSII || DIATRIBAE.
On lit à la fin de ce volume in-folio: ROMAE. OCTAVO
KALENDAS APRILIS. || M. D. XXIIII. || IN AEDIBVS.
MARCELLI. ARGENTEI. Je cite les diverses remarques
et corrections d'Accurse d'après Bœcking et l'édition de
Tollius; ce dernier prétend donner les notes du critique de
1 524 dans toute leur intégrité. Souchay, au contraire, dit,
après Fabricius, (page XXXVII de la Dissertatio Editoris
qui précède l'édition in usuni Delphini) que Tollius est
inexcusable d'annoncer qu'il donne l'ensemble des remar-
ques d'Accui'se, alors que son édition n'en contient qu'un
choix : « Nullam fane habet in eo excufationem, quod,
cinn intégras Mariangeli Accurjii animadverfioncs in
DEUXIÈME PARTIE LXXIII
tttulo polliceretnr , feleBas duntaxat ediderit. » Pour la
Moselle, je crois que Tollius a reproduit toutes les remar-
ques essentielles d'Accurse : car dans les notes manuscrites
ajoutées par Poelmann à un exemplaire de son édition,
exemplaire qui sera étudié plus loin, je trouve beaucoup de
citations d'Accurse; Poelmann semble avoir extrait toutes
les notes des Diatribae concernant la Moselle, et je n'en
trouve qu'une seule qui n'est pas dans l'édition de Tollius.
Pour le texte de la Moselle, Accurse n'avait à sa disposi-
tion aucun ms. *I : aussi ses corrections sont-elles toutes des
conjectures ; quelques-unes sont heureuses et ont passé dans
le texte; d'autres s'accordent avec le texte des mss. que
l'on ne connaissait pas encore au temps oià parurent les
Diatribae. Laissant de côté toutes les notes explicatives
d'Accurse, dont l'essentiel se trouvera dans mon COMMEN-
TAIRE EXPLICATIF, je ne cite de ses observations que celles
qui ont rapport à l'établissement du texte.
V. 167 Accurse qui a sous les yeux les textes d'UgoIet et
d'Avantius (1507), prohraferiint [ ] cultoribus, et qui croit
que probra canunt feris cultoribus qu'il lit dans les éditions pos-
térieures est simplement une conjecture {aliis, dit-il, ita ïociim
farcientibus) ^ propose à son tour une correction: probra fer tint
duris cultoribus , qu'il fonde sur ce passage d'Horace, c^iirt^s Vin-
derniator et inviôîus, etc. {Sat. I, vu, v. 29).
V. 193 profundit, leçon du L suivie par Ugolet; Accurse pro-
pose, en se fondant sur des raisons de quantité, perfundit, qui est
en effet la leçon des autres mss. (adoptée par l' Ascensiana) :
« Reôîius perfundit. Natn profundo uix ejl, ut arbitrer, inuenire,
quin primant corripiat».
V. 215 Mijfena, leçon d'Ugolet; Accurse préfère écrire Mef-
fana, disant avec raison que le nom de Messine en latin est
MeJJana. Mais il ne s'agit pas de Messine, et l' Ascensiana avait
déjà rétabli la vraie leçon Mylafena.
V. 218 quales fpe6tata Peloro : « Scribendum qualis, ut ad
naumachiam referatur. » Quales, en effet, est inintelligible si l'on
garde la leçon des mss., speâîata.
V. 224 Et rediit pandas (leçon du L, du B, et des premières
^ Cf. Peiper, Praefatio, p. LVIII.
LXXIV INTRODUCTION
édit.) : « Lego redigit, tiel potius reddit. » Redigit, leçon du G et
du Rh, se trouve déjà dans les corrections de l'Ascensiana.
V. 227 Vnda refert: « Sic legendion.» Accurse avait sous les
yeux le texte d'Ugolet, Viide refert.
V. 240 lam uero, Accurse pense qu'il faudrait peut-être écrire
îiere, au printemps, moment favorable à la pêche.
V. 242 Heu maie defenfas (leçon d'Ugolet) : « In recentioribtis
iioltiminibus imprinii curatuni ejl defenfos non defenfas. »
Accurse semble ne pas connaître l'Ascensiana qui a defenfus...
pifcis; il pense qu'Ausone a bien pu écrire defenfas, s'il adopte
l'opinion de ceux qui croient que tous les poissons, excepté les
cartilagineux, appartiennent au sexe féminin.
V. 245 agmine, Avantius (1507) écrit augniine. Ce mot se
trouve souvent dans Lucrèce, mais Accurse le juge inutile ici :
«quod non augmentum hic aquariun,fed iit/ius ipfe ciirfus irnpe-
ttifque exprimatur »,et il conserve agniine,]ViS\x^é. par le vers de
Virgile, lent finit agmine Thybris(Aen., II, v. 782), imité lui-même
du vers d'Ennius, leni finit agmine fiiinien.
V. 277 Accurse défend Circes contre Dirces «.quod in recen-
tioribus codicibus (par ex. VPddme,) fcriptum efi ». Il cite, pour
la rejeter, la leçon pabula : « In peruulgatis codicibus pabula,
non, gramina legitur. Librariorum errore. » Je ne trouve pabula
dans aucun ms. ni dans aucune édition. Il repousse aussi carptas,
leçon des mss. rétablie par l'Aldine^ et se demande s'il ne faudrait
pas faâîas : <■■ An legendum fit non captas, fed taâas, addithito.
Ipfe enitn Ouidins ait :
Gramine contaClo cœpit tnea prœda inoueri.
» Nam carptas, çz/orf noiiiffinie excufuni efi, oninino displicet. »
Il suppose également qu'Ausone a pu écrire incola, à cause du
passage d'Ovide, nouus incola ponti'^.
V. 281 Accurse préfère conuerrere à conuertere, leçon de toutes
les éditions qu'il pouvait connaître; il préfère aussi, pour des
raisons de quantité, Tethyn, leçon de l'Ascensiana, à Thetim,
leçon d'Ugolet.
V. 288 miratur, leçon du L et des premières éditions; Accurse
préfère miretur qui se lit en effet dans le G, le B^ le Rh, et l'As-
censiana,
^ Le mérite de cette conjecture ne semble pas assez grand pour qu'on
soit tenté de l'envier à Accurse. C'est cependant ce que fait Sclienkl qui
écrit, dans ses notes critiques, au v. 279 «incola Schrader ». Tross disait
avec raison, dans son Kritischer Covinientar, que Schrader (î»î Emend.,
p. 180) avait été précédé par Accurse.
DEUXIEME PARTIE LXXV
V. 309 C'est Accurse qui le premier, d'après un passage du
livre VII de Vitruve, pense qu'il faut lire Ictinus, au lieu de Hic-
tinus ou Hic tinus des éditions. Le G a bictinus, et les autres
mss., hictiniis.
V. 312 Accurse se demande si, au lieu de Dinochares, Ausone
n'a pas écrit Dinocrates, comme l'ont fait d'autres auteurs, par
exemple Vitruve.
V. 313 II suppose que ce vers n'est pas à sa place : « Carinen
hoc perperatn hue reieôîum arbitramur, quando <S° unde pendent
non habet, &" quœ hic de Dinocrate archite6lo, Gfferreo Arfinoës
fimulacro diciintur confitndit &= intercipit.»
V. 323 <s~Lege uendicat. » C'est la leçon du Rh suivie par l'Al-
dine.
V. 380 « Ver/us hic (ni dejint aliqni) huius fane loci non tude-
tur. PoJJit atcteni efje Jpurius. » Schenkl et Peiper pensent aussi
qu'il y a une lacune après le v. 379.
V. 392 ...ignobilis ara (leçon d'Ugolet) : « Legendum ignobilis
oci (c'est la leçon de l'Ascensiana). Neque enim probo quod non
nulli, ocii (la Juntine a ocij) einendauere. » Suivant le même prin-
cipe, il veut lire,v. 304, Syrâcûfi et non Syrâcûfu, ce qui évite en
effet que le vers ne soit faux.
V. 397 Accurse, au lieu de tenui captas qu'on lit dans Ugolet,
voudrait tenui cœptas.
V.461 non Saxona prœceps : «Saxonam qui Jïijîuuiuii, nufqtuttn
eqtiidem coniperi. Autji inueniani, priorem leôîionem non mii-
tarim, quœ fuit Axona. » Cette première leçon d'Ugolet frtA'ono^
se retrouve, améliorée (Axona) dans l'Ascensiana. Accurse cite
l'édition de 1507 ou l'Aldine, qui ont toutes deux Saxona.
V. 468 C'est Accurse qui a changé le texte des mss. Tarbellius
en Tarbellicus : correction qui est restée.
Ces observations d'Accurse dénotent du sens critique, de
l'érudition, et un souci de la quantité qixi lui fait corriger
plusieurs vers faux; il conjecture quelquefois par avance le
texte des meilleurs mss. qu'il ne connaît pas, et il donne
des corrections (Ictinus et Tarbellicus) c^ni sont définitives.
Il semble étonnant qu' Accurse, qui était en rapports suivis
avec Aleander ^, ait l'air d'ignorer l'existence de l'Ascen-
siana. Le texte qu'il cite pour le corriger est celui d'Ugolet
^ Voir édit. Schenkl, Prooemiuni, p. XXXIV.
LXXVI INTRODUCTION
OU ceux d'Avantius; et quelquefois les corrections qu'il
propose se trouvent déjà dans l'édition préparée par Alean-
der. Il est probable que ces Diatribae ont été composées
longtemps avant l'année où elles furent publiées.
C. LES ÉDITIONS LYONNAISES DE SÉB. GRYPHE
(1535 [?], 1537, 1540, 1548, 1549 [?])•
Le célèbre imprimeur de Lyon, Séb. Gryphe, a publié
plusieurs éditions d'Ausone pendant la première moitié du
XVi^ siècle.
Schweiger, cité par Bœcking, mentionne les éditions de
Ï5355 ^537 et 1549; ^3. Notifia de la Bipontine indique les
éditions de 1 540 et de 1 549, comme le faisait déjà Fabricius.
Bayle ne parle que de l'édition «que Ducheri procura & à la
louange de laquelle Nicolas Bourbon fit quatre vers que l'on
voit au revers du titre de l'édition de Lion chez Sébastien
Griphius, en 1549». Bœcking a eu entre les mains l'édition
in-8° de 1540, et l'édition in- 16 de 1548 : M. Dezeimeris a
bien voulu me prêter ses exemplaires des éditions de 1 540
et de 1548, et je dois à l'obligeance de M. Bonnefon com-
munication de l'exemplaire de l'édition de 1537 conservée à
la Bibliothèque de l'Arsenal (catalogué 3182 bis B. L.).
Je n'ai trouvé aucune trace de l'édition de 1535, et je ne
puis en affirmer l'existence. Quant à l'édition de 1549, ^^^^
m'est inconnue et je crois qu'elle n'est autre que celle de
1 548 : les quatre vers de Nicolas Bourbon « que l'on voit au
revers du titre» de l'édition de 1548, comme Bayle préten-
dait les voir au revers du titre de l'édition de 1 549, le
prouvent, semble-t-il, suffisamment. Bayle commet d'ailleurs
de nombreuses erreurs dans la liste qu'il donne des éditions
d'Ausone : nous le verrons en particulier à propos de la
prétendue Lyonnaise de 1557. Cependant Tross dit, dans
V Einleitung de son édition de la Moselle, avoir eu entre les
mains un Atisone in- 12 de chez Gryphe qvi'il désigne ainsi:
DEUXIÈME PARTIE
LXXVII
«Ausonii opéra; Lugduni ap. Seb. Gryph. 1549, 12 mo.»
Et il ajoute : «Cette édition fournit beaucoup d'excellentes
leçons. Est-ce une simple répétition de l'édition donnée par
le même imprimevir en 1540, je ne peux le déterminer, car
je ne possède que l'édition que je viens d'indiquer. » Cet
in- 1 2 n'est évidemment pas l'édition de 1 548 qui est un in- 1 6 :
l'examen des variantes que Tross cite comme empruntées
à son Ausone nous montre bien que ce n'est pas une réim.
pression des éditions de 1537, 1540 et 1548 :
Vers Édit. de Grtphe 1549 (d'après Tross).
I Nauam.
28 imitare.
47 primos... limphas.
51 nec cura.
7î Deliciasq;.
76 Intercludentes.
1 15 parca.
1 18 Namq; 6°.
130 Sario.
159 threcia.
171 Najades.
198 confudit.
2iO Vefaevi.
390 uti.
452 tempus.
Édit. de Grypue /)37, 1540, 1548.
naueni.
imitate.
primas... lymphas.
non cura (1537, 1540).
Délit iasq;.
Interludentes.
perça.
Nanq; <5'(i537, i548)-
Far/o(i540),/aWo(i537, 1548).
Thracia.
Naiades.
confundit ( 1 540) .
Vefeui (1540).
tui.
teinpora.
Parmi ces variantes, il y a d'importantes fautes d'impres-
sion : Intercludentes , threcia, titi, temptcs. Malgré les
nombreuses inexactitudes que Tross commet en citant les
leçons des textes qu'il a sous les yeux, je ne puis supposer
qu'il ait lu assez mal son édition de 1 549 pour y trouver
ces fautes grossières si elles n'y étaient pas. Il faut donc
admettre l'existence d'un Atisone in- 12 sorti des presses
de Gryphe en 1 549, beaucoup plus négligemment imprimé
que les éditions de 1537, 1540 et 1548. Tross aura été le
seul à connaître cette mauvaise réimpression que Bœcking
lui-même n'a pu se procurer.
Des trois éditions que je connais, il en est une, la der-
Lxxvni
INTRODUCTION
nière, qui au premier abord semblerait avoir une imronaace
particulière. ^ En tète d^une édition publiée à Lvor. e:: i 54S.
— dit M. Dezeimeris * — et soignée, paraît-il, par Duché-
rius, poète latin de la Limagne, Nicolas Bourbon de \\ir.-
dœuvre constate ce mauvais état du texte. Rien n'était plus
vrai. Mais lorsqu'il ajoute que son ami Ducherins fDuchier)
y a mis ordre et correction, il me semble s'avancer beaucoup.
Je n'ai jusqu'à ce jour constaté aucune correction impor-
tante datant de cette édition. Il serait bon toutefois d'en
faire \ine collation complète. ^ Pai fait cette collation pour
ce qui concerne le texte de la Moselle : le tableau suivant
des variantes des trois éditions de Gnrphe que je connais
montre que l'édition de 1548 diSère peu de celles de 1537
et de 1 54.0, et ne mérite guère l'éloge enthousiaste que lui
décernaient les deux distiques de Xicoîas Bourbon, inqjri-
més au verso du titre :
NiCOLAYS BORBONFVS
Vandoperanus ad Leâorem.
Amfcmàtum memitis wimemlis wtemiis^ JcaismSti-ai
Mmf* U^ imtUgme DmehmrimiÊm tmtit:
Dasrfo%: «aun ftmmUora^ M»V' t*o8lmm
\
"aî-an"
:ss r35 ^riTiax-s de b.
Lrî-rPfTK,
Vais tîîT-
i>+a-
£Ï*S<
3 Cannas.
id.
cannas.
4S et 563 îem'a.
mtreosg;.
id.
lœatia.
51 no».
id.
•«r.
65 agiiatkr.
85 capîio.
it^/qataâet.
115 delicms.
agirm.
id.
id.
id.
CapOof
JqHaHei.
deUHas.
* A pr-pcg jrm» Mmmmstrit, etc-, p. 6, note 1.
*' Dxa5 réiiition de 154S toos les nocEis de poifssoas sont ëccits arec ime
Œtajascale imùile, exœpte ttmhns ^v, 9q>, la fsraBÎèxe fois qu'Us sont ci ces.
Aa T. i30t cepeniast, l'âditîoa de 1543 a Jkrso. les desx uaXR&,, Jwria.
DEUXIÈME PARTIE
LXXIX
Vers 1537.
1540.
1548.
118 Nanq;.
Namq;.
Nanq; .
125 Quis non &...
Qiiis &> non...
Quis non &... uolgi.
uolgi.
utdgi.
126 Norit?&alhiir-
Norit? Alburnos.
Norit? & alburnos.
nos.
198 confudit.
confundit.
confudit.
2iO uaporiferi.
uaporifera.
uaporiferi.
210 Vefœui.
Vefeui.
Vefœui.
227 &\.T)^,6fimiilachra.
id.
fimulacra.
234 Germanœ.
Gernianœq;.
Germanœ.
261 Quiq;.
Cuiq;.
Quiq;.
298 (3"^-
Quis.
Qui.
381 parens.
id.
pares.
479 increta.
id.
incerf a.
On voit que ces variantes sont peu importantes : la plus
grande différence entre les trois éditions de Lyon, c'est que
les deux premières sont in-8° et la troisième, in-i6; cette
dernière, plus coquette d'aspect, est imprimée en caractères
plus petits et plus agréables à l'œil. D'ailleurs, la disposi-
tion du texte est la même : dans les trois éditions, la Moselle
commence en haut de la page 70 et finit avec la page 86.
Le titre est le même à peu de chose près:
1° DEciiIl AVSOXII||BVRDEGALEXSIS,|| vmi con-
SVLARIS 11 OPVSCVLA || VARIA. |! (Marque de Grj^phe; apvd
SEB. GRYPHIVM || LVGDVNI, || 1537- ||
2° DECii 11 AVSONII II BVRDEGALEXSIS, || viri con-
SVLARIS II OPVSCVLA VA- || RiA. || (Marque de Gryphe)
LVGDVNI APVD SEB. || GRYPHIVM, || I 54O. ||
3°DECii H AVSONII 11 BVRDIGALENSIS || viriconsv-
LARIS II OPVSCVLA |1 VARIA, jj (Marque de Gryphe) APVD
SEB. GRY- Il PHIVM LV- Il GDVNI, Il 1 548. Il
L'édition de 1537 a une faute d'impression (v. 234 Ger-
manœ, pour Gernianœq;) qui se retrouve dans celle de 1 548,
et une autre (v. 479 increta^ pour incerta) qui se retrouve
LXXX INTRODUCTION
dans celle de 1 540. L'édition de 1 540 en a quatre qui lui
appartiennent en propre (v. 65 agirœ, pour agitatœ;
V. 125 Quis ô» non, pour Quis non &; v. 126 Norit?
Albîirnos, pour Norit? &■ alburnos ; 210 uaporifera, pour
tiaporiferi)\ l'édition de 1548, deux (v. 3 cannas pour
Cannas; v. 381 pares, pour parens) qui ne se trouvent pas
dans les précédentes. V. 28, l'édition de 1540 conserve
seule la leçon de l'édition de Bâle ; les deux autres revien-
nent à celle de lajuntineou del'Ascensiana. V. 1 18, l'édition
de 1540 conserve seule, aussi, la leçon de l'édition de Bâle.
V. 198, 210 et 261, ce sont les éditions de 1537 et de 1548
qui conservent la leçon de l'édition de Bâle. V. 298, l'édition
de 1 540 conserve seule la leçon de l'édition de Bâle. — Les
autres variantes ne concernent que l'orthographe.
La ponctuation est sensiblement la même dans les trois
éditions. Enfin, si le texte de 1548 admet certaines abrévia-
tions qui ne sont pas dans les autres (v. 200 célébrât...
pôpas; V. 407 Britânos) c'est simplement, je crois, parce
que les vers 200 et 407 sont trop longs pour le petit format
in-i6 de la dernière édition de Gr3^phe.
Le texte commun des trois éditions de Gryphe ne se sépare
que rarement de celui de l'édition de Bâle *\ :
Vers Êdit. de Bâle. Édit. de 1537, 1540, 1548.
8 Dum NiJJiim. DuninîJJum.
29 œquiperare. œqiiiparare.
55 lœiiia. leuia.
62 cœrulea. cœrulea^.
68 Britanis. Britannis.
79 Nomina qtice &. Nominaq; &.
84 flultanteis. fluitantes.
136 A6ïeo. Aâiœo.
144 et 148 5aZ/ena. halœna.
221 fafeïi. phafeli.
^ Dans l'édition de Bâle les noms des poissons sont écrits avec une
majuscule initiale. On a vu (page LXXVIII, note 2) quelles variantes se
remarquent à ce propos dans le texte des diverses éditions de Gryphe.
VLes éditions de Gryphe écrivent toujours ce mot par un je, et l'édition
de Bâle, par un ce.
DEUXIEME PARTIE LXXXI
Vers ÉJit. de Bile. ÉJit. de 1537, 1540, 1,48.
263 in ualidos. iniialidos.
281 Tlietim. Tethyn.
306 margei. Margei.
358 coufunderet. confunderet.
389 quod. . . fpaciatus. quid.. . fpatiatus.
407 Britanos. Britannos.
448 meri. met.
Presque toujours, quand les éditions de Gryphe aban-
donnent le texte de Bâle, c'est pour emprunter à d'autres des
leçons meilleures. Je n'ai à noter que quatre innovations:
trois qui ont rapport à l'orthographe, dont deux, A6îœo et
phafeli, sont bonnes, et la troisième, balœna, mauvaise;
la dernière, beaucoup plus importante, restitue par une
heureuse conjecture la leçon Noniinaq; & du B, ms. évidem-
ment inconnu à l'éditeur lyonnais. Ces trois éditions, on le
voit, n'améliorent guère le texte de la Moselle; Bœcking
disait des deux qu'il connaissait : « Utriimque exempluniper
omnia fere Basileensem seqititur. » Je dirai la même chose
des trois que je connais, et je pense que la collation de
l'édition de 1535 ne ferait que confirmer ce jugement.
En dernière analyse, si ces trois éditions de Gryphe, sage-
ment éclectiques, valent mieux que l'édition de Bâle, qui
était elle-même en progrès sur la Juntine et sur l'Aldine, elles
se ressemblent beaucoup toutes trois, et ce n'est pas la der-
nière qui est la meilleure. La correction la plus importante
(v. 79) se trouve déjà dans le texte de 1 537 : comment donc
expliquer l'éloge enthousiaste donné par Bourbon de Van-
dœuvre à VAttsone de Duchier? C'est je crois que cet éloge
s'applique aux trois éditions de Gryphe, qui doivent avoir été
toutes soignées par Duchier. En effet, d'après le Supplément
de la Biographie Michaud % Gilbert Diicher (et non
Duchier), originaire d'Aigueperse dans la Limagne,se trou-
vait, en 1537, à Belley, comme secrétaire ou précepteur chez
<[ Article Ducher (tome LXIII) signé des initiales de Labouderie et
Weiss. Cet article renvoie à une étude de Breghot, Archives du Rhône,
tome XI, p. 401 et suiv., année 1829), étude que je n'ai pu me procurer.
XI
LXXXII INTRODUCTION
François Lombard, lieutenant du roi pour le Bugey . En 1538,
de hautes protections le firent nommer professeur au collège
de la Trinité, à Lyon. On ignore la date de sa mort; mais
il est resté de lui un recueil de poésies latines': «Epigram-
vtaton libri duo», Lyon, 1538, in-8° de 137 pages, dont les
14 dernières contiennent des vers grecs et latins composés à
sa louange par ses amis. « Ducher, dans l'Épître qui précède
le premier livre de ses épigrammes (p. 4), promet de mettre
au jour trois livres de Sylves qu'il s'occupe de revoir avec
soin. Ces livres n'ayant point paru, on pourrait conjecturer
qu'il mourut peu de temps après la publication de son
recueil.» Cette supposition est vraisemblable: les auteurs
de l'article que je cite ne parlent pasdel'^W5o;^edeDuchier;
mais ils disent qu'il soigna à Paris, en 1522, une édition
in-4° des Commentaires de César, et, en i 526, une édition
petit in-8° de Martial. Il est très possible que, dès le
moment où l'éditeur de César et de Martial se trouva à
Belley, Gryphe lui ait demandé une édition d'Ausone ; ce
serait celle de 1537^; les deux autres, éditées peut-être après
sa mort, ne seraient que des réimpressions de la première,
à peine modifiées. Les vers de Bourbon de Vandœuvre
seraient alors un simple hommage à la mémoire de l'éditeur
de 1 537- Je ne sais en quelle année ces vers ont été écrits;
je les ai cherchés en vain dans un récent travail consacré à
la biographie et aux œuvres de Bourbon, et je n'y ai pas
trouvé davantage le nom de Duchier parmi ceux des amis
à qui Bourbon a adressé des poésies ^^. Quoi qu'il en soit,
pour que ces vers aient un sens raisonnable, il faut qu'ils se
rapportent non à l'édition de 1548, qui n'est pas en progrès
sur celles de 1540 et 1537, mais au texte même de 1537,
qui valait beaucoup mieux que celui de l'édition de Bâle.
^ La Biographie Michaud ne dit pas si Duchier se trouvait à Belley
dès 1535. Aurait-il été, dès cette époque, en relations avec Gryphe et
aurait-il soigné VAusone publié en 1535 par le libraire lyonnais, si tant est
que cette édition existe?
5^ £>e vita et scriptis Nicolai Borboni Vandoperani, Paris, Hachette,
1888; thèse latine de M. L.-G. Carré.
DEUXIEME PARTIE LXXXIII
D. LA PREMIÈRE ÉDITION DE VINET (Paris, 1551).
En 1 5 5 1 , parut à Paris, chez Kerver, une édition d' Ausone,
bien plus importante que celles de Lyon, C'est le premier
Attsone soigné par Vinet. Il est nécessaire de s'y arrêter,
car ce volume doit être fort rare ; Bœcking lui-même ne le
connaît pas. De plus, la première édition de Vinet, que
celle de 1 575- 1 580 a fait sans doute oublier, renferme, pour
la Moselle notamment, un certain nombre de corrections
généralement heureuses ; elle reprend plusieurs leçons de
l'Ascensiana, qui ont passé dans l'édition de Lyon de 1 558,
à laquelle Schenkl et Peiper en attribuent à tort la nou-
veauté.
Dans la préface de l'édition de 1 575-1 580, sur laquelle il
y aura lieu de revenir longuement, Vinet explique pourquoi
il a fait imprimer son Ausone à Paris dès 1551 ; il insiste
avec soin sur la date, probablement pour montrer que cer-
taines corrections dont on devait déjà faire honneur, et dont
la critique allemande fait encore honneur aux érudits
lyonnais et à Scaliger, appartiennent à l'édition de 1 55 1 , et
non pas à l'édition lyonnaise de 1558, ou aux Ausonianae
Lectiones de 1573. Pendant qu'il mûrissait ses commen-
taires sur Ausone déjà entrepris depuis quelques années,
Vinet, qui veut prendre date pour les résultats acquis, fait
imprimer à Paris son édition, en 1551 : « Qiice nojîra corn-
mentaria dtim maturefcerent, placuit primo quoqiie
tëporefola Aufonij fcripta, vt reftihieram (remarquer le
mot), emittere. Itaque Liitetià mifi lacobo Gtipylo Piôîoni,
amico Latinis Grœcifque litteris do6îiJJimo : qui edenda
curauit anno Chrifti tnillefimo qiiingentejinio 6» qiiin-
qiiagefimo primo : eamqiie editionem ilhistriffimo eritdi-
tijfimoqiœ Cardinali Bellaio, Burdigalenfi Archiepifcopo
dedicauit^. »
^ Édit. de 1575- 1580, Prœfatio, i B.
LXXXIV INTRODUCTION
L'édition de Kerver est un in-i6 où le texte de la Moselle
occupe les pages 101-119. Voici le, fac-similé du titre ^ :
D. M ^ G m
A V SO N !I
P AE ONIÎ.BVR^
DEGALENSIS
PO E T tJ.E,^V.
CVSTORVM P R AE CE PTO RîSj
Opéra
D jîigétfus irerum caftigara,
5i in meliorcm ordinem
ïefliîuta.
£^^Tl^Xi <^ÇOvtîSi( so^^n.§t^A
Apud lacob. Kerucr vja îacobsa»
M. D. L r,
Cum priuilegio Regio.
Le privilège « donné à Paris le XXVIII iour de May, là
de grâce mil cinq ces cinquante et ung» est accordé à
« lacqiies Keruer marchât libraire iure de Vuniverfité de
Paris, et Gndllaume Morel atijji libraire demourâts en
cejîe ville de Paris »; il concerne « ung litire nômé Ati/onij
Poetce Gain poemata noiiuellemët reueu corrigé et aug-
*{ Je dois à l'obligeance de M. Bonnefon, sous-bibliothécaire à l'Arsenal,
communication de l'exemplaire de sa bibliothèque, catalogué 3177 ftisB. L.
DEUXIExME PARTIE LXXXV
inenté par la diligece et efiude de maijîre Helie vinet
rcget en la faculté des arts en l'unùierfité de BordeatUx.»
L'achevé d'imprimer est des calendes de juillet. L'Épître
dédicatoire confirmerait, si la parole de Vinet avait besoin
de preuves à l'appui, que, comme le dit la préface de 1580,
Goupyl s'occupa seulement de surv^eiller l'impression ;
celui-ci écrit en effet au cardinal Du Bellay, à qui l'épître est
adressée: « ...cum Elias Vinetus Santonenfis bonartini
artiumprofejjor in gynmafio quod Biirdigalce regia heni-
gnitate confiitutum eft, hoino ad vtilitateni ptiblicani
natus, poëmatafiiperiornm emporuni infcitiafic neglecîa
videret, vt in his innlta periierfa ejjent, incredibili diligen-
tia omnia qiiœcicnque eoruin exeinplaria extant, cdqjii-
Jiiiit : ad qiiœ cuui poetà hune accurate recognotiijjet,
ineciim pro pari et inter nos inutiia ainicitia, quod prœjli-
tijjet comniunicandum putatiit, et etiam vt ederem per-
inifit.i> L'édition de 1551 n'a pas de préface de Vinet.
Vinet établit le texte de la Moselle d'après celui de
l'Ascensiana : il use surtout de la dernière édition de
Badius Ascensius. Il rompt beaucoup plus résolument que ne
l'avaient fait, depuis 1523, les éditeurs de Bâle et de Lyon,
avec la tradition de la Juntine et de l'Aldine ; non content de
choisir pour base de son édition le meilleur texte imprimé,
il corrige souvent ce texte, et, en général, d'une manière
heureuse. Le sens critique de Vinet se montre très vif et très
sûr: on regrette que l'éditeur de i 55 1 n'ait pas eu à sa dispo-
sition de mss. dont il aurait su faire un meilleur usage
qu'Aleander, Homedeus, Humelberg et Avantius. Mais il
nous dit lui-même, dans son Commentaire de 1580, qu'il n'a
pu user, pour le texte de la Moselle, d'aucun ms. et d'aucune
édition antérieure à l'Ascensiana et à l'Aldine : « Vetiifiio-
ribus egebat codicibus vnde reftitueretur :fed ego Aldinis,
Afcenfianifq; antiquiores nancifci hauddû potui. » {Com-
ment., 242 A.)
Comme l'édition de 1 575-1 580 est très connue et que celle
de 1 551 semble ne pas l'être du tout, quand j'en viendrai à la
LXXXVI INTRODUCTION
seconde recension de Vinet, je ferai la collation complète du
texte de la Moselle dans les deux Ausones de l'émdit Sain-
tongeais. Je me borne, pour le moment, à montrer comment
l'édition de 1551 restreint singulièrement la portée de celle
de 1558, dont l'importance a été exagérée hors de mesure
par les critiques qui ne connaissaient pas le premier Atisone
de Vinet. Je donnerai ensuite la liste des leçons où Vinet
abandonne le texte de l'Ascensiana.
Dans les notes critiques placées au-dessous de leur texte
de la Moselle, Schenkl et Peiper attribuent à l'édition de
Lyon ou à Scaliger beaucoup de corrections qui appartien-
nent à Vinet, ou qui sont des corrections de l'Ascensiana
reprises par Vinet :
V. 65 Vtq; se trouve déjà dans l'Ascensiana (15 13, i5i7)> et dans
l'édit. de Vinet.
Y. 2 \% /pédante se trouve déjà dans l'Ascensiana (1517), et
dans l'édit. de Vinet.
V. 307 Menecratis est une correction de Vinet et non de Sca-
liger^.
V. 316 coriis, correction attribuée par Schenkl et Peiper à la
Lyonnaise de 1558, ne se trouve pas dans cette édition où on lit
Corus. L'Ascensiana fait les corrections coriis (151 1, 1513), et
Conis ( 1 5 1 7) ■• c'est cette dernière que Vinet reprend avant l'édition
de Lyon.
V.331 natiui est une correction de l'Ascensiana (i5i7)> reprise
par Vinet.
V. 409 populumq; est une correction de l'Ascensiana (1517),
reprise par Vinet.
V. 413 reddet estime correction de l'Ascensiana (15 17), reprise
par Vinet.
V.429 m7 est une correction de l'Ascensiana (1513,1 517), reprise
par Vinet.
V. 463 refluns est une correction de Vinet.
V. 468 Numine est aussi une correction de Vinet.
<f D'ailleurs Scaliger, dans le passage des Auson. Lect. (I, 4) où il cite
le V. 307 ne s'attribue nullement le mérite de la correction Menecratis. Il
semble bizarre que Schenkl et Peiper qui citent à tout propos et hors de
propos les innovations de la Lyonnaise de 1558, n'aient pas remarqué qu'on
y lit Menecratis et ne lui aient pas attribué cette correction, comme ils lui
attribuent Vtq;, /pédante, corus, etc.
DEUXIEME PARTIE LXXXVII
Enfin Peiper seul attribue à la Lyonnaise la correction
V. 237 Vibratis, qui se trouve déjà dans l'Ascensiana (1513,
1517) où Vinet l'a reprise; et Schenkl seul attribue à cette
même édition la correction v. 4.^ Sicca fcd in prima adfper-
gis veftigia lympha, qui n'y est pas, La Lyonnaise a
simplement emprunté au texte de 1551 la correction : Sicca
fed in prima afpergis, etc.
Ces corrections, soit qu'elles appartiennent à Vinet, soit
qu'il les ait prises à l'Ascensiana où les éditeurs de Bâle et
de Lyon avaient négligé d'aller les chercher, sont presque
toutes acceptables et, quelques-unes, définitives.
Il faut encore mettre à l'actif de Vinet un certain nombre
de bonnes corrections où la sagacité du critique se rencontre
avec le texte des mss. qui lui étaient inconnus :
V. 118 Nain neq; (B).
V. 285 Qiias (G).
V. 309 lâiinus (correction d'Accurse qu'aucime édition n'avait
encore adoptée).
V. 366 Salmonœ (Rh).
V. 423 Nicrum fuper, &. Cette correction est sans doute em-
pruntée àBeatus Rhenanus de Schlestadt, philologue et historien,
né en 1485 et mort en 1547, auteur en particuUer des Res Germa-
nicae. Vinet connaissait-il, en 1551, cet ouvrage historique, qui
avait paru dès 1531 ? Sans doute, dans son texte de 1575, il admet
Nicrum fuper & Lupoduniim, et il écrit, dans son Commentaire
de 1580 : « Vitra Nicrum, inquit Rhenanus lihro primo rerum
Germanicaruni, &= tertio. Vbi fcrihit hune oriri non procul
fontihus Danubii in Germania, & Neccer hodie vulgo dici...
Lupodunum 6= Lupondum apud Rhenanum. » {Comment., 269.)
Entre 1551 et 1580, aucun éditeur d'Ausone ne cite Rhenanus, à
l'exception de Poelmann, qui, comme nous le verrons, fait des
Res Germunicae une citation inexacte qui sera scrupuleusement
répétée après lui. La phrase du Commentaire de Vinet prouve
bien qu'au moment où il l'écrivait, il connaissait l'ouvrage de
Rhenanus. Rien ne démontre qu'il le connût dès 1551 : la Bibho-
thèque de Bordeaux possède deux exemplaires des Beati Rhe-
NANI SeLESTADIENSIS || ReRVAI GER.MANICARVM LIBRI TRES
Il Basile AE || ex officina Frobeniana, l'un de 153 1, l'autre
de 1551 , provenant tous deux d'un couvent bordelais, où l'exem-
plaire de la première édition pouvait se trouver dès le moment où
LXXXVIII INTRODUCTION
Vinet préparait son Ausotie de 1551. On lit dans les deux exem-
plaires des Res Germanicae (p. 6 de l'édit. de 153 1 , p. 9 de celle
de 1551) le même passage, où Rhenanus après avoir cité la leçon
vulgaire nigrunifuper & Liiponudiini, propose de lire :
... Nicrum fuper ô» Lupondutn.
Il ajoute : « Oiiod Ji quceras, Leëîor, qtiid Jîbi uelit Lupondutn,
fcito quanta ego conieâïura ajfequi pojjum Lupondiini fiue Lupo-
dunuin, aut LuponiDu, eam arcem ejje quœ nojlratibiis hodie
Lnpff dicitur. » Si Vinet connaissait la correction de Rhenanus
avant 155 1, il lui a emprunté Nicrum, en négligeant d'admettre
Luponduin, qui rend le vers spondaïque, ce qui n'est pas dans
l'usage d' Ausone ; s'il ne la connaissait pas, il a changé de lui-même
nigrutn, en Nicrum, nom latin d'un fleuve connu, et conservé
Luponudum qu'il pouvait supposer être le nom de quelque ville
allemande obscure.
L'édition de 1551 est imprimée avec soin; je n'y trouve
guère que deux fautes dans la Moselle : v. 476 letoq; (pour
lœtoq;) et v. 483 Omnibus aquorece (pour Amnibus œquo-
rece). Pour ce qui est de la ponctuation, la collation du texte
de la Moselle de 1 55 1 avec celui de 1575 montrera que dans
le premier elle laisse souvent à désirer; l'orthographe
donnera lieu aussi à quelques observations de même ordre.
J'ai déjà dit que l'édition de 1551 est faite d'après l'Ascen-
siana de 15 17. Vinet, qui lui emprunte quelques fautes
contre lesquelles il semble que son sens critique aurait
dû le mettre en garde (p. ex., v, 1 1 1 liithea, pour hitea;
v. 115 Parca, pour perça), abandonne parfois le texte
d'Ascensius : tantôt pour faire place à ses propres correc-
tions qui ont déjà été énumérées, tantôt pour adopter les
leçons de l'Aldine ou celles des autres éditions qu'il pouvait
consulter à défaut des mss. qui lui manquaient.
Voici les leçons où Vinet abandonne le texte de l'Ascen-
siana pour prendre celui d'une autre édition :
V. 33 prolapfus (Aldine).
V. 45 limigeris (Aldine, leçon préférable à celle de l'Ascen-
siana, lunigenis).
DEUXIEME PARTIE LXXXIX
V. 71 lociipletes qtiœq; (Aldine).
V. 115 delicias (édit. de Lj^on 1537 et 1540, qui ont v. 71 Deli.
tiasq,-. A ce vers, Vinet écrit Deliciafq;, comme l'Ascensiana de
'5'7)-
V. 130 Sario, dans le texte, comme l'Ascensiana, mais en
marge /"ar/o, comme l' Aldine.
V. 163 plèbes (orthographe de l' Aldine, préférable à celle de
l'Ascensiana, plèbes).
V. lôg fcena (leçon de l' Aldine, au lieu de fcena, leçon de
l'Ascensiana).
V. 215 dans le texte Mylafena, comme l'Ascensiana, en marge
Mejfana, conjecture d'Accurse.
V. 256 Dextera (Aldine).
V. 278 carptas (Aldine).
V. 289 Crt/c7îec/o;i/o (Ascensiana de 15 13).
V. 314 incejli (Aldine).
V. 319 fcenas (Aldine).
V. 336 nutantia ...coluninis (Aldine).
V. 359 dans le texte Gelbis, Erubrns, comme l'Ascensiana, en
marge Belgis, Eriibris, comme l' Aldine.
V. 368 Tota comme l'Ascensiana, et, en marge, torta, qui est
aussi dans la marge de l'Ascensiana de 1517.
V. 370 dans le texte hoc (Ascensiana de 15 13 et de 1517); en
marge hic (Ascensiana de 151 1).
V. 371 félix (leçon de l'Aldine, préférable à celle de l'Ascen-
siana, fœlix).
V. 388 veteres qui lujîrat (Ascensiana de 1517), et en marge,
veterefq; illujîrat (Ascensiana de 151 1 et de 15 13).
V. 389 fpaciatus (Juntine ^).
V. 397 fubtegmine (édit. d'Ugolet que Vinet ne connaissait pas ;
édit. de Lyon 1537, 1540, etc., où il aura pris cette leçon).
V. 419 fpaciumq; (mauvaise innovation orthographique inspirée
sans doute à Vinet par \q fpaciatus du v. 389).
V. 422 iunâîos (leçon de l'Aldine préférable à celle de l'Ascen-
siana, vinùîos).
V. 437 uno (Aldine).
V. 439 dans le texte non comme l'Ascensiana et, en marge,
mine, leçon que la Juntine emprunte à l'édition d'Ugolet.
V. 475 ocia (Jmitine).
^ Vinet connaissait-il la Juntine? Il ne le dit pas; mais il est probable
qu'il la comprend, sans la nommer, dans les éditions contemporaines de
l'Aldine et de l'Ascensiana, les plus anciennes qu'il eût à sa disposition.
En tout cas, ce n'est pas à Ug'olet qu'il a pris la leçon fpaciatus, qui se
trouve aussi dans rédition/)rmce^s de la Moselle.
XII
XC INTRODUCTION
Cette liste prouve que Vinet suit le plus souvent le texte
de l'Ascensiana de ! 5 1 7, le meilleur qui ait été publié avant
1 551, et qu'il ne l'abandonne que pour introduire ses correc-
tions personnelles, qui sont en général très bonnes, ou pour
prendre à d'autres éditions quelques leçons qui sont le plus
souvent préférables aux leçons correspondantes de l'Ascen-
siana. On peut cependant regretter qu'il ait gardé, sans
compter liithea et Parca dont il a déjà été question, quel-
ques mauvaises leçons de l'édition parisienne de 1 5 1 7 que
le texte de l'Aldine ou celui de l'Ascensiana de 1513 lui
aurait permis, à défaut de ms., sinon de corriger, du moins
d'améliorer. Par exemple : v. 216 Cumbœ (l'Ascensiana de
1 5 1 I et celle de i 513 ont la bonne leçon, cumbce); 298 Qui;
v. 317 AffliBamq; ; v. 2,31 fulphtirea; v. 415 dilata lande;
V. 464 Ditranide.
Quoiqu'il en soit, l'édition de la Moselle donnée par
Vinet, en 1 55 1 , sans le secours d'un ms., est bien supérieure
à toutes celles qui l'ont précédée.
E. l'édition lyonnaise de 1558 ET LA PRÉTENDUE
ÉDITION LYONNAISE DE 1557. '
La seconde époque de l'histoire du texte d'Ausone en
général est inaugurée par la célèbre édition dont le privi-
lège est daté de Saint-Germain-en-Laye le XV de décembre,
l'an de grâce 1557, et qui parut, en 1 558, chez Jean de
Tournes, imprimeur et libraire de Lyon; c'est un in-8°
intitulé :
U. MAGNI AVSONII |1 BVRDIGALENSIS POETAE, |1
AVGVSTORVM PR/ECEPTO- 1| ris, virique Confularis |1 opéra.
Il Tertiae fere partis complemento auâiora, |j & diligentiore
quam haâenus, |] cenfura recognita. || Cum Indice rerum
memorabilium. [j LvGDVNi, || Apvd I| Ioan. TorN/ESIVM.
Il M. D. LVIIL II Cum Priuilegio Régis.
Cette édition où se trouvent pour la première fois VEphé-
DEUXIEME PARTIE XCI
inôride, le livre entier des Parentales, celui des Profes-
seurs Bordelais, les Épitaphes des héros, etc., était faite
en grande partie d'après un ms. qu'un prêtre de Lyon,
Etienne Charpin, venait de découvrir dans le monastère de
rile-Barbe, sur la Saône. L'édition de i 558 fut soignée par
Charpin, Guillaume de la Barge et Antoine d'Albon : elle
ajoute aux textes anciens « Aufonii opufcula varia quœ
haGïemis delitiierant », et nous donne ainsi le premier
Ausoiie complet que nous connaissions.
Le ms. de l'Ile-Barbe, dont M. Dezeimeris a fait l'intéres-
sante histoire |, et qui est aujourd'hui le codex Leidensis
Vossianiis lat. m, ne contenait pas, comme on sait, la
Moselley. Aussi l'édition de 1558 n'a-t-elle pas pour le
poème en particulier qui nous occupe la même importance
que pour beaucoup des autres œuvres d'Ausone.
Vinet, dit M. Dezeimeris, ne fut pas émerveillé de cette
édition lyonnaise : « ...lorsqu'il eut reçu l'édition de Char-
pin, il comprit que ce lettré et ses collaborateurs avaient
dû ne tirer que médiocrement parti du ms. de l'Ile-Barbe^^».
D'autre part, pour ce qui est du texte de la. Moselle, il dut se
rendre compte qu'on n'avait pas tiré médiocrement parti de sa
propre édition de 155 1 : toutes ses corrections, ses variantes
marginales passent dans le livre de Charpin, qui ne dit pas
à qui il les emprunte. L'édition de 1 558 « qui donne, la pre-
mière, la collection totale de ce qui nous est parvenu des
œuvres d'Ausone]'^», eut, sans doute, tout de suite une répu-
tation qui fit oublier celle de l'édition de 1551 : c'est ce qui
explique que Schenkl et Peiper, qui ne se sont pas enquis de
la première publication de Vinet, attribuent, comme je l'ai
déjà fait remarquer, à l'édition de Charpin, de Guillaume
de la Barge et d'Antoine d'Albon, la majeure partie des
corrections dont Vinet est le véritable auteur.
^ A propos d'un Manuscrit d'Ansone, Bordeaux, 1882.
V Voir page XIII.
^3 Opuscule cité, p. 6.
^4 Ibidem.
XCII INTRODUCTION
Je ne vois guère, en effet, que deux corrections qui appar-
tiennent réellement à l'édition de 1558 :
V. 281 conuerrere (au lieu de conuertere); mais coniierrere, qui
se trouve dans le G, avait déjà été proposé par Accurse ^.
V. 423 Nicrum fuper et Luponuduni (comme Vinet), mais en
marge Lupodiinû. Il est probable que les éditeurs de Lyon, ont
emprunté leur correction marginale Lupodunum à la liste des
noms que Rhenanus donne comme synonymes à Ltipondum, cor-
rection qu'il adopte ^^.
On peut donc faire remarquer que, sur les deux seules
corrections qui appartiennent en réalité au texte de la
Moselle de 1558, texte auquel on en a attribué un si grand
nombre, l'une est d'Accurse, et l'autre a grandes chances
d'être de Beatus Rhenanus.
Constitué évidemment d'après le texte de la Moselle
donné par Vinet en 1551, celui de l'édition de 1558 s'en
éloigne peu. Voici les leçons de la Lyonnaise qui diffèrent
de l'édition de Vinet :
V. 27 Nauiget (comme toutes les éditions excepté l'Ascensiana,
la Juntine et Vinet y).
V. III lutea (comme toutes les éditions, excepté l'Ascensiana
et Vinet).
V. 1 1 1 Iris (mauvaise leçon de la Juntine, de l'Aldine, etc., au
lieu d^iris).
V. 115 Perça (comme toutes les éditions, excepté celles d'As-
censius et de Vinet).
V. 160 Garmnnam (comme toutes les éditions, excepté celles
d'Ascensius et de Vinet).
V. 162 Ljœo (Vinet qui a, comme la Lyonnaise, v. 158 Lyœo,
a, V. 162 lyœo).
V. 177 Paganica (mauvaise innovation au lieu de paganica).
• Voir p. LXXIV.
*2Voirp. LXXXVIII.
^3 A propos de Nauiget, il faut citer une légèreté de Vinet, qui n'est pas
coutumier dufait : dans son. Commentaire (243), il dit: * Quid hic aiitein
verbum nauiget incunCtis codicibus?» Vinet, qui ne connaît pas de mss.
de la Moselle, entend par codices les vieilles éditions : il nous dit d'autre
part qu'il a usé de l'Ascensiana, ce dont il est d'ailleurs facile de s'assurer,
et l'Ascensiana a Naiiiger, aussi bien en isiyqu'en 151 i et 15 13.
DEUXIÈME PARTIE XCIII
V. 182 Nymplias (comme la Juntine, l'Aldine, etc., au lieu de
n\i}iphas).
V. 198 confiindit (bonne leçon d'Ugolet, d'Avantius, de l'Al-
dine, de la Juntine, et de l'édition de Lyon de 1540).
V. 204 alacreis (leçon de l'édition de Bâle et des Lyonnaises
de 1537, 1540, 1548).
V. 220 Nani aliam (faute d'impression pour Non aliam).
V. 256 Dextra (pour Dextera, faute d'impression qui fait le
vers faux).
V. 374 moles (comme toutes les éditions, excepté celle d'As-
censius et de Vinet).
V. 2,^g fpatiatus (Ascensiana, 1513, 1517, Aldine, éditions de
Gryphe).
V. i\\() fpatiumq; (comme toutes les éditions, excepté celle de
>55«)-
V. 476 lœtoq; (au lieu de letoq;, faute d'impression de Vinet).
V. 483 Amnibiis œquoreœ (au lieu de Omnibus aquoreœ, double
faute d'impression de Vinet).
V. 483 Garumnœ (comme toutes les éditions, excepté celles
d'Ascensius et de Vinet).
On voit que ces variantes sont fort peu importantes. Les
deux textes de la Moselle, dans les éditions de 155 1 et de
1 558, offrent d'ailleurs le même aspect. Ils n'ont tous deux
qu'un seul alinéa, au v. 4 1 8 ; la ponctuation est presque iden-
tique; l'orthographe est la même. L'éditeur de Lyon suit
Vinet en tout : celui-ci, par exemple, écrit les noms des
poissons avec une majuscule initiale, excepté le mot timbra;
il en est de même dans l'édition de i 558. La seule différence
orthographique consiste en ce fait que tous les mots com-
mençant par V ou par u minuscules ont indistinctement un
V initial, dans l'édition de i 55 1 , et un ti, dans celle de i 558.
L'éditeur lyonnais reprend toutes les variantes marginales
de Vinet: v. 130 fario; v. 215 MeJJana; v. 359 Bel gis,
Erubris; v. 370 hic; v. 388 que ilhiftrat; v. 439 ntinc.
V. 368, Vinet avait en marge, comme l'Ascensiana de i 5 1 7,
Torta, qui se trouve, dans l'édition lyonnaise, sans doute
par suite d'une faute d'impression, transformé enTerra, mot
qui n'offre dans ce passage aucun sens. L'édition de i 558 a
XGIV INTRODUCTION
encore quelques variantes marginales que celle de 1551
n'avait pas : j'ai déjà dit quelle me semble être la source de
la correction Liipodunû, qui se trouve dans la marge. Le
V. 216 garde dans son texte la mauvaise leçon de l'Ascen-
siana et de Vinet, Cuntbce : mais on lit en marge la leçon
vulgaire, cytnbœ. Le v. 218 a dans le texte quales, dans la
marge qualis, et au-dessous de ce mot, Marian., ce qui
indique sans doute que la correction vient de Mariang.
Accurse. Ce dernier, je l'ai déjà dit, avait raison de rejeter
qtiales qui ne se comprenait pas avec le texte qu'il connais-
sait, qualis fpe6iata Peloro; mais la Lyonnaise admet
/pédante : c'est maintenant qualis qui devient inintelligi-
ble. L'édition de 1 558 emprunte encore, mais cette fois sans
en dire l'origine, une autre variante marginale à Accurse :
Dinocrates (v. 312).
Cet examen du texte de la Moselle dans VAusone de Jean
de Tournes prouve qu'il n'a rien de bien original, qu'il doit
à peu près tout à l'édition parisienne de Vinet; si celle-ci
avait été connue des critiques qui attribuent tant de mérites
à la Lyonnaise, elle aurait certainement bénéficié des éloges
qui lui reviennent légitimement et qu'on a eu tort d'accor-
der à l'édition de 1558.
Parmi les éditions d'Ausone que Bœcking regrette de
n'avoir pas pu se procurer, il en cite une qui aurait paru à
Lyon en 1557 : si je n'ai rien dit de cette édition avant d'ar-
river à celle de 1558, c'est que je soupçonne fort qu'elle
n'existe pas, ou plutôt qu'elle n'est autre que l'édition de
1558, désignée d'une manière inexacte.
En effet, Bœcking ne connaît cette édition que par la
« Notitia literaria » de la Bipontine, où on lit bien après
l'indication de VAusone de Vinet (1551), et avant celle de
VAusone de Jean de Tournes (1558) : « 1557 Lugduni. 8°.
Lud. Mirœi. » Il semble donc que les deux éditions de 1 557
et de 1558 ne se confondent pas, puisque la Notitia consa-
cre un article séparé à chacune d'elles. Mais c'est le seul
DEUXIÈME PARTIE XCV
endroit où il soit parlé des deux éditions à la fois : dans sa
Bibliotheca latina medice et infimœ œ'atis (Hamburo-.
1734, lib. I, p. 421), parlant des éditions d'Ausone, Fabri-
cius dit : Omitto. . . Ltigdniienfem Lndovici Mirœi. 1557.8.
S'il cite, du moins par prétérition, VAusone de 1557, il ne
dit absolument rien de celui de 1558: cette omission de
l'ouvrage de Jean de Tournes ne viendrait-elle pas d'une
confusion établie par Fabricius entre ces deux éditions lyon-
naises? Le Dictionnaire de Bayle nous donne, je crois, la
solution de la difficulté. On y lit (article Ausone, note G) :
« Celle [l'édition] que Louis Mireus fit faire à Lyon, chez
Jean de Tournes, l'an 1 557, eft meilleure que les précédentes :
les Bibliographes en font mention...» C'est cette note du
Dictionnaire de Bayle qui aura conduit Fabricius à men-
tionner l'édition de Mirœus; mais l'auteur de la Bibliotheca
latina néglige de dire que cette édition de 1557 a été im-
primée chez Jean de Tournes. Le rédacteur de la Notitia,
reproduisant textuellement les paroles de Fabricius, est
incapable d'identifier cette édition de Miraeus avec celle de
Jean de Tournes qu'il voit d'autre part citée par les bibliogra-
phes. Il imagine alors deux éditions, l'une de L. Mirœus
(1557), l'autre de Jean de Tournes (1558). Cette erreur est
naturelle de sa part, et la responsabilité en remonte à Bayle.
Quelle est la cause de la double inexactitude de ce dernier,
concernant la date et le nom de l'éditeur? Pour la date, j'ai
déjà dit que le «Priuilege du Roy» est de 1557; d'où, peut-
être, la première inexactitude. Pour le nom de l'éditeur,
l'mdication de Ludovicus Mirœiis doit provenir d'une
défaillance de mémoire de Bayle. Le nom de Ludovicus
Miraeus se trouve bien dans l'édition de i 558 : mais au nom-
bre de ceux dont sont signées les pièces de vers latins qui
célèbrent le grand service rendu par les éditeurs à Ausone.
Huit vers élégiaques — dont un, le sixième, a une faute de
quantité — consacrés à chanter les louanges d'Etienne
Charpin, sont précédés de ces lignes : AD stephanvm char-
pin VxM AVSONII POETAE ASSERTOREM LVDOVICVS MIRAEVS.
XCVI INTRODUCTION
C'est évidemment tout ce qu'on peut trouver de Ludovicus
Miraeus dans l'édition de 1558; et si, comme la phrase de
Bayle semble à première vue le donner à entendre, il avait
fait paraître l'année précédente un Aiisone chez le même
Jean de Tournes, ce serait un acte de vertu et de modestie
rare de la part d'un érudit que d'aller ainsi vanter l'édition
venue après la sienne, sans rien dire de celle-ci. L'imprimeur
qui, dans la préface au lecteur (Typographus Lectori), pro-
teste de son dévouement aux progrès de la science qu'il
veut favoriser sans épargner sa peine et ses frais, ne man-
querait pas, s'il avait réellement imprimé pour Miraeus un
Aiisone l'année précédente, avant la découverte du ms, de
l'île Barbe, de le rappeler pour faire valoir son zèle et
montrer qu'une édition à peine terminée, il n'hésite pas à en
entreprendre une autre.
Le silence du prétendu auteur et du prétendu éditeur d'un
Ausone lyonnais de 1557 me fait douter absolument de
l'existence d'une édition qui n'est, à ma connaissance, men-
tionnée dans les catalogues d'aucune bibliothèque.
F. LES ADVERSARIA DE TURNÈBE (1564).
Avant d'arriver à l'édition de Poelmann, il faut mention-
ner les «Adversaria» de Turnèbe (Tournebœuf) qui datent
de 1564 V Cet ouvrage a, pour ce qui concerne le texte de
la Moselle, une bien moindre importance que les Diatribes
d'Accurse. Le petit nombre de vers du poème cités par
l'auteur des Adversaria ne permet pas de décider de quelle
édition il a usé^- On trouve {lib. II, cap. i) des rapproche-
ments entre les v. 29-31 de la Satire VII du P"" livre
^ Je n'ai des Adversaria que l'édition de Bâle (1581); la dédicace au
chancelier de l'Hospital, qui se trouve en tête de ce volume, est datée de
«Lutetise Pariliorum, Idibus Quintilibus, anno G I O. I O. LXIV ».
<^2 Le ms. de l'Ile-Barbe, où ne se trouve pas la Moselle, a servi à Tur-
nèbe pour plusieurs de ses conjectures qui ne concernent pas notre poème.
Voir la Prœfatio de Vinet (i G).
DEUXIÈME PARTIE XCVII
crHorace et les v. 165-167 de la Moselle : ceux-ci sont écrits
comme dans toutes les éditions, à partir de l'Ascensiana; on
trouve aussi (lib. XIX, cap. xvii) des rapprochements entre
les V. 30 et suiv. du VP livre de VÉnéide et les v. 300-302
de la Moselle : il faut remarquer qu'au v. 300 Turnèbe
écrit Gortynius, comme l'Ascensiana et Vinet. Citant d'autre
part {lib. XVII, cap. IX) la fin du v. 468, il écrit Tarbellicus
(correction d'Accurse qu'aucune édition n'avait encore adop-
tée) ibit Aturnus (leçon de l'Aldine). Ailleurs {lib. XXII,
cap. XXII), il cite les v. 337-340, et écrit v. 337//J/wrea
comme l'édition de Bâle et les Lyonnaises de 1537, i540 et
1548. Les autres citations de la i1/osc//e sont sans importance;
il n'y a que deux corrections à noter : à propos des «Actiaci
ludi», Turnèbe {lib. XVIII, cap. v) rappelle les v. 20S-214
de la Moselle qu'il écrit ainsi :
Taies Cuniano defpeSlat in œquore ludos
Liber , fui pJiurei citni per iuga conjîta Gauri,
Perque vaporiferi graditur vitieta Vefetti :
Cutn Venus A6î lacis Augiijli lœta trophœis,
Ludere lafciiios fera prœlia iujjit aniores :
Qualia Niliacœ clajjes, Latiœque trirèmes,
Subter Apollineœ gejferunt Leucados arces.
Or, trophœis ne se trouve dans aucun ms. et dans aucune
édition, et l'auteur des Adversaria ne dit pas pourquoi il
fait cette correction j. Enfin, il propose {lib. XIX, cap. xii)
de lire au v. 312 ctiui au lieu de cui: «Quin & in heroo
carminé apud Aufoniû C2iui pro ciii fcribendum eft, vt
verfus ruina hoc tâquam tibicine hacque deftina fulciatur.»
Le mot cuui est insolite, et la correction semble peu
heureuse ^^ .
On voit que les Adversaria de Turnèbe ne contribuent
guère à la correction du texte de la Moselle.
^ Voir GOJI-MEXTAIRE EXPLICATIF, p. 78.
\^ Voir Commentaire explicatif, note au v. 312, p. 94.
XIII
XGVIII INTRODUCTION
V
L'Édition de Poehnann
fondée
sur le « Cornelij Gualtheri Mofella, liber antiquus »
et sur le « Gemblacenfis liber» (i$68).
Fondé principalement sur deux mss. jusqu'alors incon-
nus, ou qui du moins semblaient l'être tous deux, le texte
de la. Moselle donné par Poelmann dans son édition complète
des œuvres d'Ausone, a une grande importance pour
l'histoire de ce texte que nous essayons de constituer.
Voici le titre de l'édition de Poelmann :
D. MAGNI II AVSONII II BVRDIGALENSIS || OPERA, || A ||
THEOD. PVLMANNO CRANE- || burgio in meliorem ordinem refti-
tuta, Il correéta, & fcholijs illuftrata : || adiectis graecis qvibvs- (|
dam epigrammatibus, vt conferri cuni \\ Latinis pojjïtit. || Cum Latina Grœ-
coriim interpretatione, & \\ duplici Indice.
(Au-dessous, la marque de Plantin.)
ANTVERPIAE, || Ex officina Chriftophori Plantini, || an. cIo.
lO. LXVIII.
On lit à la fin du volume, qui est un in-i6 :
ANTVERPIAE EXCVDE- || BAT CHRISTOPHORVS || PLANTINVS
ANNO ClO. lO. Il LXVII. MENSE NOVEMBRI.
L'édition est précédée d'une dédicace adressée à Thomas
Redigerus, de Breslau, par Theodorus Pulmannus, de Cra-
nenburg. Dans cette dédicace, Poelmann nous apprend que
forcé par la nécessité de prendre un métier manuel, il n'a
jamais négligé les lettres qui lui ont permis de supporter
les labeurs ingrats de ce qu'il appelle son esclavage. Toutes
les heures qu'il a pu dérober au travail quotidien, il les a
DEUXIÈME PARTIE XCIX
consacrées aux poètes antiques; corriger avec l'aide des
mss. les textes corrompus par l'injure du temps ou gâtés
par les témérités des prétendus savants, joindre à ces textes
quelques notes des érudits : tel a été son dessein pour
certains poètes et en particulier pour Ausone.
Cette épître dédicatoire est ainsi datée : <■< Ex noftro Mufo-
gnapheo,XVL Kalend. Decembreis, anno ciD. ID. LXVII.
Antuerpise^» Je n'ai pu trouver de renseignements sur
Poelmann dans aucun dictionnaire biographique, dans
aucune encyclopédie. C'est dans son « Mufognapheum »
d'Anvers qu'il a écrit sa dédicace : comme le mot yvaictcv ou
y.vasEicv signiûe boîitiqiie, atelier de foulon , y Q\\ conclus que
c'est le métier de foulon que Poelmann exerçait, contraint
par la nécessité (tandem non mea quidem vohmtate, fed
fato quodam ad mechanicam artë fui deieâînsj.
Cette conclusion a été confirmée par les renseignements
suivants que M. Max Rooses, conservateur du Musaeum
Plantin-Moretus d'Anvers a eu l'extrême obligeance de
m'envoyer :
« Voici quelques données sur ce latiniste, puisées à nos
archives et utilisées déjà dans mon Christophe Plantin,
imprimeur Anversois, pp. 106-107 :
» Pulmannus s'appelait Théodore Poelmann; il naquit à
Cranenburg, dans le duché de Clèves, en 1 5 1 1 ; il vint s'éta-
blir à Anvers au mois de janvier 1532. Il était foulon de
son métier et s'occupait dans ses heures de loisir de philo-
logie latine. Il n'était ni correcteur ni employé à aucun titre
chez Plantin, mais fournit à l'imprimeur anversois le texte
de plusieurs classiques. En retour il recevait quelques livres
et de minces cadeaux en argent. Il épousa Elisabeth Her-
man qu'il perdit en 1569. Il eut d'elle cinq enfants dont
deux fils, Corneille et Jean. Ce dernier fut employé de
Plantin et alla fonder une succursale de la librairie planti-
nienne à Salamanque. Théodore Poelmann mourut en 1 58 r .
^ M. Dazeimeris a bien voulu mettre à ma disposition son exemplaire de
VAusone de Poelmann.
G INTRODUCTION
A la fin de sa vie il était employé à la perception des droits
de sortie du vin. Ses papiers de toute nature, y compris ses
manuscrits d'auteurs classiques, devinrent la propriété de
Plantin et sont conservés dans la bibliothèque de notre
musée.
» Philippe Galle a gravé son portrait. On y lit, dans le
cadre Ph' Gallacus IS72 — Aetatis suae 6i. Et sous le por-
trait les vers
Theodorvs Pvlmannvs Cranebvrgensis
« Dum veterum certain ejjejludes Puhnanne librorutn
Et moruni puram cupis effe fldem :
IJîe tibi candor nomen latidemque paravit,
Fortuna at fnerito ejî nonfatis aequa tuo. »
Ce quatrain part d'un bon naturel ; il est plein d'excel-
lentes intentions à l'endroit de l'éditeur dCAusone. Mais
il semble que l'érudit et consciencieux Poelmann, qui a
consacré des loisirs péniblement gagnés à rendre plus correct
le texte des vieux auteurs latins, aurait mérité d'être loué
en vers latins moins incorrects et moins plats. Fortuna at
inerito est non satis aequa tuo. Ces deux distiques en sont
une preuve de plus.
Quoi qu'il en soit, l'examen du texte de la Moselle, le
seul dont je doive m'occuper, montre que Poelmann est
fidèle au programme qu'il expose dans sa dédicace. Les
maro-es de son édition renferment des notes nombreuses
empruntées à M. Accurse, A. Turnèbe, etc., et l'indication
des variantes des deux mss. de la Moselle qu'il a eus entre
les mains, et qu'il intitule, l'un (C.) Cornelij Qualtheri
Mofella, liber antiqims; — l'autre (G.) Geniblacenjis liber,
in qno Mofella, Hercidis œruninœ, &= de XII . Cœfaribiis.
Le titre seul de ce second ms. nous apprend qu'il est
question du B qui contient en effet fol. 72 recto -79 verso,
la Moselle, fol. 80 recto-82 verso « Caesares», fol. 82 verso
« Monostica de ertimnis Herculis ». — De plus, on lit à l'in-
térieur de la couverture de ce ms. : (.'.Provenant de l'abbaye
DEUXIEME PARTIE CI
de Gembloîcx^». D'ailleurs les leçons que Poelmann cite
comme appartenant au Gemblacensis appartiennent presque
toutes au Bmxellensis actuel :
Vers Vers Vers
Il Noiomagum. 167 canunt seris. 367 mollis Arauus.
20 saxis. 198 coiifudit. 368 Tota.
33 praelapsus. 237 Vibratos captât. 374 dia.
35 sperante. 242 defensos. 388 veteresque
45 limigenis. 263 iniuxlido. illustrât.
65 Usqiœ. 278 carptas. 415 dilata et.
79 Nominaque et. 279 accola. 423 nigriim super
80 aut. 2>'^'] Afflatamque. et luponudum
130 sarzo. 359 Belgis. 434 Chamaues.
140 /If. 365 Trachoruni. 437 unus.
Toutes ces leçons se trouvent dans le B ; et c'est dans le
B seul qu'on lit saxis, nominaque et et trachoruni. Il est
vrai que Poelmann dit avoir lu dans le Gemblacensis,
V. 89 Rhœdo, v. 304 Syracttsi; et qu'il attribue au seul
livre de Cornélius Gualtherus la leçon v. 380 Romœ
tennere. Or, le B a, lui aussi, Romae tenuere; mais il a
Syracusii, avi lieu de Syracnsi, et rhedo, au lieu de Rhœdo.
Ces divergences peu importantes n'empêchent pas de
reconnaître l'identité du B actuel avec le Gemblacensis de
Poelmann, et on s'étonne que Bœcking n'ait pas vu que
ces deux mss. ne font qu'un.
Quant au Liber antiqnus Cornelij Gualtheri, il est plus
difficile de l'identifier avec l'un des mss. que nous connais-
sons. D'après Peiper, suivi par Schenkl^% ce ms. serait un
relevé des leçons du G que Cornélius Gualtherus (Wouters)
aurait reçu du comte Hermann de Nuenaar, et qu'il aurait
communiqué à Poelmann; celui-ci se serait quelquefois
trompé en confondant les leçons de ce ms. avec celles du
ms. de Gembloux. Il est certain que Poelmann donne,
^ Gembloux est une petite ville des environs de Namur, qui possédait
une célèbre abbaye de Bénédictins.
*~ Peiper, i)îe Handschriftliche Ueherlieferung, etc., p. 217; Praefatio,
p. LUI; Schenkl, Prooemium, p. XLV-XLVI.
cil
INTRODUCTION
comme extraites de ce ms. de Wouters, beaucoup de leçons
identiques à celles du G :
Vers
1 1 Noiomagum.
33 praelapsus.
45 limigenis.
65 Usque.
80 aiit.
130 sario.
140 At.
167 canunt seris.
Vers
192 propiilit.
237 Vibratos captât
263 iniialido.
278 carptas.
279 accola.
317 Afflatamqiie.
368 Toi'a.
380 Rotnœ tenuere.
Vers
388 veteresque
illustrât.
389 qtiod.
415 dilata et.
423 nigruni super
et liiponudum
434 Chaniaues.
437 îinus.
Il en cite même deux (v. 368 Drahonum, v. 452 mttnera)
qui ne se trouvent que dans ce ms.
D'autre part, quelques leçons que Poelmann dit emprun-
ter au Liber Giialtheri, et qui ne se trouvent pas dans le
G, le font accuser de négligence par Schenkl : v. 1 98 conju-
dit {confiindit G) ; v. 367 mollis arauns {mole sarautis G).
Schenkl aurait pu ajouter v. 35 sperante {spirante G);
v. 89 Rhœdo (rhedo G); v, 374 diica {dia G). Mais j'hési-
terais à accuser de négligence Poelmann qui semble avoir
la conscience et l'admirable bonne foi de notre Vinet. La
note qu'il met en marge du v. 367 nous est une preuve que,
s'il a attribué au G la leçon mollis araims, la faute n'en
est pas à lui : « Hune locû clarifsiniiis cornes Herniànus
Nuenarins, vti à Corn. Gualtero (sic pour Giialthero)
viro integerritno ante imtltos annos accepi, primiis refti-
tuit, no Marian. (Mariang. Accurse) oui tamen Gifanius
hoc adfcribere inahiif, quàm id ipfum in ineo libro anno-
tatû fe vidijje fateri. C., G. &= vulgati, mollis Arauus
inendofè y> . Ainsi donc, c'est le comte Hermann de Nuenaar,
qui, trouvant ingénieuse la leçon du G, a mieux aimé s'attri-
buer l'honneur d'une correction destinée à entrer dans le
texte des éditions que d'avouer que mole saraiius se trouvait
dans un ms. Quant au reproche que Schenkl et Peiper
adressent à Poelmann d'avoir confondu les leçons du Geni-
blacensis avec celles du Liber Gnaltheri; il ne repose
DEUXIÈME PARTIE CIII
que sur l'attribution de conjudit (v. 198) qui se trouve
dans le B, au G où il ne se trouve pas. C'est peu : et
j'aime mieux attribuer au comte de Nuenaar, qui est sujet
à caution, une faute dans ses relevés des leçons du G,
qu'à Poelmann une négligence de lecture. D'ailleurs, il ne
semble pas que le Liber antiqims ait renfermé toutes les
leçons propres au G : si elles s'y étaient trouvées, l'éditeur
de 156S n'aurait pas manqué de citer en marge tout au
moins les bonnes leçons qui devaient peu à peu passer dans
le texte des éditions :
Vers Vers Vers
60 profundi. 297 concurrens. 417 tendus.
178 aureus. y.b felix. 426 hitic.
247 détectas. 378 da Rorna. 470 superno.
249 Inductos. 384 serejia (G, Rh).
Ce que l'on peut reprocher à Poelmann, c'est sa réserve
et sa modestie excessive. Il suit avec une étonnante défé-
rence l'édition de Lyon -, il craint de faire entrer dans son
texte les leçons de ses mss. et les relègue dans les marges
à côté des conjectures d'Accurse et de Turnèbe; quand il
les admet, c'est le plus souvent qu'elles se trouvent dans
d'autres éditions qui les avaient devinées (par exemple, il
admet bien au v. 79 Noniinaque &=, sur l'autorité du Gent-
blacensis : mais cette leçon se trouve déjà dans les éditions
d^ i537î 1540 et 1548)-, enfin Poelmann ne hasarde que
rarement des conjectures qui lui soient propres.
L'édition de 1568 est faite d'après celle de i 558; la plupart
des leçons de la Lyonnaise sont conservées, quand même
elles sont en désaccord avec celles des mss. de Poelmann,
qu'il cite quelquefois en marge :
Vers Texte. En marge.
II Ninomagum. C^ G^ Noiomagum.
20 ripis. G f axis.
'Je désigne dans les listes qui vont suivre, comme Poelmann lui-même,
par C le Liber antiquus, Q\.ça.r G, le. Gemblacensis. Pour éviter toute confu-
sion, le ms. de S'-Gall sera désigné par Sang: et celui de Bruxelles, par Brux.
CIV
INTRODUCTION
Vers Texte.
33 prolapfus.
35 fuperante.
70 baccas (mss. hacas).
7 1 locupletes , qiiœque (le Sang, a Zocm-
pletibus afque; le Brux.,locuple-
tihiisque).
80 haud.
89 Redo.
106 IJî ri (mss. Histri).
192 protulit.
198 confundit.
207 excludet (Sang.QtBnix .,excludit) .
242 defcnfus.
263 inualidos.
304 Syracojij.
317 AffliStaniqiie.
321 natini (mss. natura).
336 nutantia (mss. niteiitia).
337 fulfurea (édit. de 1^'^% fulphurea,
vcïss. fluminea).
359 Gelbis.
365 Drachonuni.
380 Romœque tuere.
388 çwz lujîrat.
389 qiiid.
409 popiilunique (mss. populique).
413 reddet (mss. reddat).
415 dilata laude.
429 «z7 (mss. nihil).
434 Caniaues.
437 îtno.
452 tenipora.
463 refiuus (mss. profluus).
468 Niimine (mss. nominé).
En marge.
C, G prelapfus.
C, G fperante.
C, G a2<^.
C, G Rhœdo.
C propulit.
C, G confudit.
G defenfos.
C, G inualido.
G, Syracufî.
C, G affiatamque.
G Belgis.
C Drahotium, G Tra-
chorum.
C Rome tenuere.
c
c, G g'we illujlrat.
C quod.
C, G dilata & laude.
C, G Chamaues,
C, G unus.
C mimera.
Poelmann emprunte même à l'édition de 1558 une leçon
qui est absurde (v. 27 Nauiget) et une autre qui fait le vers
faux (v. 256 Dextra in)^. S'il corrige, au v. 220, la faute
* Ces fautes sont, il est vrai, corrigées en Nauiger et Dextera, à la fin
du volume dans la « Quorundam erratorutn, ô» locoriini recognitio » où
l'on trouve aussi _^i«toMfî6us (v. 84) corrigé enfluitâtes.
DEUXIEME PARTIE
CV
d'impression de l'édition de 1558, Nain aliatn, pour écrire
Non aliam, il garde comme ses prédécesseurs lyonnais des
leçons heureusement corrigées par Avantius dès 1 507 :
V. 169 homimcm (hommes Avant.); v. 261 qtiiqtie (ctiique
Avant.).
Voici la liste des passages où Poelmann se décide à
abandonner le texte de l'édition de 1558 :
1° Pour adopter les leçons de ses mss.
Vers
45 liniigenis.
46, 53 et 295 litora (G).
65 F/(/»e(dans plusieurs édit.).
79 Nominaqiie &• (déjà dans
les édit. de Gryphe).
96 mandata (G).
102 cenœ (G).
107 Muftela (innstela. G, et
probablement Cornelij
Liber).
1 14 fqualet (squalet, G; proba-
blement Cornelij Liber).
128 Vtrumqiie (probablement
Cornelij Liber; Ugol.).
140 At.
168 Jllica.
196 An numerat (G, JJgol., etc.)
210 Vefeui.
212 et 293 prœlia (probable-
ment Cornelij Liber,
comme le Sang.).
3 16 Cî<;n6œ (probablement Cor-
nelij Liber, comme le
Sang., et l'Ascensiana
de 1513).
221 phafeli (mss., édit. de Gry-
phe).
232 carcB (mss., Aldine).
237 Vibratos captât {v[ï%s..,\3 g.)
296 pœne (probablement Cor-
nelij Liber, comme le
Sang.; les édit. antér.
ont^èue).
296 ntrimque (probablement
Cornelij Liber, comme
le Sang.^ ; aucune édit.
antér. n'a utrinique).
313 pyratnis (mss., Ugol., etc.,
au lieu de Pyramis,
Lyonnaise).
360 allambere (G).
395 inclita (G, Ugol.).
397 fubtemine (G, et probable-
ment Cornelii Liber).
410 çz^anîHî's (mss., Ugol., etc.).
423 nigruni (mss. etédit. antér.
à 1551)-
474 Camenœ (mss. camenaé).
475 otia (mss. et édit., en géné-
ral).
2° Pour adopter les leçons d'éditions antérieures.
Vers Édition de 1 5 ;S. Édition de Poelmann.
21 et 25 baccho. Baccho (Juntine, Aldine, etc.).
53 j 63 st 85 harenœ, arewœ^arena, arenas( Aldine, etc.).
harena, harenas.
74 admixtos. adniijlos (Aldine, etc.).
XIV
CVI
INTRODUCTION
A' ers Édition de iJjS.
144 et 148 Ballena.
153 baccheia.
178 et 222 fol.
209 fidphurei.
254 liarundo.
289 Calchedonio.
290 euripus.
331 j!)z7ces.
337 fidplnirea.
2>S1 perniixta.
367 mollis Arauus.
368 Toî^a.
372 quenq;.
377 Tybris.
392 ocZ.
424 latijs.
453 arâîoi.
464 Duranide.
468 Tarbellius.
478 Pagorum.
Édition de Poelmann.
Balœna{balœna, éditions de Gn-phe).
Baccheia (Juntine, édit. de Gtyphe).
So/ (Juntine, Aldine).
fidfurei (Aldine, etc.).
arundo (Aldine, etc.).
Chalcedonio (Juntine, Aldine).
Euripus (Juntine, Aldine).
pifceis (édit. de Bâle et de Grj^plie).
fidfurea{éd\\.. de Bâle et de Gryphe).
permijla (Aldine, etc.).
inole Sarauus (leçon du Sangallensis,
que Poelmann croit être une corr.
de Hermannus Nuenarius).
Torta (note marginale de l'Asc. 1517^)
quemque (Ascensiana, etc.).
77i^'6rzs (Ascensiana, 151 1, 1513).
otî (les édit. de Gryphe ont oti).
Latijs (Juntine et édit. de Gryphe).
Arêîoi (Juntine, Aldine, etc.).
Diirani de (Juntine, Aldine, etc.).
Tarbellicus (corr. d'Accurse).
pagorttm (mss. et la plupart des édit.).
Les corrections personnelles de Poelmann sont peu
importantes, quoique nombreuses. Elles ont toutes rapport
à l'orthographe : l'édition de Lyon use de Vti initial, Poel-
mann emploie toujours le v; l'édition de Lyon use de
l'abréviation q;, Poelmann écrit que, excepté v. 459 Teq;.
L'édition de Bâle écrit pifceis au v. 33 1 ; la même édition
et la Lyonnaise écrivent v. 204 alacreis, et v. 24.0 facileis:
Poelmann généralise cet usage orthographique ; à l'excep-
tion du V. 1 50 où il écrit pifces, il attribue la désinence eis
à tous les accusatifs pluriels des participes présents et des
substantifs et adjectifs masculins et féminins de la troisième
déclinaison qui ont le génitif pluriel en ùim. Il écrit ainsi:
Vers
30 fonteis.
36 exjianteis.
Vers
69, 125, 196,202 vi-
rideis.
Vers
127, 363 Striden-
teifque.
« Voir p. ex.
DEUXIEME PARTIE
CVII
Vers
1 16,331 pifceis.
131 cohorteis.
170 agrejleis...
tnenteis.
Vers
208 Taleis.
217 iocanteis.
218 qualeis.
223 nantaleis.
Vers
270 trententeis.
273 potienteis.
305 infigneis.
318 Jîmileis.
182 infnltanteis.
196 viteis.
200 dnlceis.
237 crineis.
240, 325 facileis.
267 fabrileis...
332 noualeis.
405, 454 vrbeis
406 fecureis.
204 ahtcreis.
igneis.
Partout, excepté aux v. 306 et 307, il donne à Tadverbe
/îzc la forme archaïque /tefc .' d'ailleurs dans les deux cas
où il admet /i/c, il écrit en marge « forte liinc ». Heic se lit
aux vers 12, 53, 120, 123, 148, 170, 292, 293, 311 : au
V. 123, il faut évidemment hic, pronom démonstratif, mais
Poelmann s'est laissé induire en erreur par le texte de la
Lyonnaise où il lisait hîc. Il introduit encore la diphtongue
et dans le mot Aristides, qu'il écrit Arijîeides ('Apt7T£tS-^ç).
Poelmann apporte encore quelques utiles réformes ortho-
graphiques :
Vers
36 exftanteis.
47 adfpergis.
Vers
259 Exfultant.
266 exfpirans.
Vers
340 exfpirante.
474 adfpirare.
Par contre, il est aussi le premier à écrire v. 258 affibilat
(pour adfibilat), et v. 279 Sumfit (•ponrSicmpJif).
Il écrit, le premier, suivant la bonne orthographe, Pangœa
(v. 158). Mais il écrit aussi, le premier, lethalibits (v. 249),
lethalia (v. 260), lethi (v. 270), mauvaise orthographe que
les mss. ne justifient pas, et qu'aucun éditeur n'avait admise
avant lui. C'est à tort également qu'au lieu de s'en tenir aux
leçons ordinaires, il préfère écrire QuinŒliani (v. 404),
gnatique (v. 422), piUcerrime (v. 428); il fait une autre
innovation inutile en écrivant Miifis (v. 475) au lieu de
mufis. L'édition de Lyon avait v. 106 Iftri, et v. 424 Hiftri:
voulant écrire ce mot d'une manière uniforme dans les deux
passages, il a le tort de l'écrire les deux fois IJiri, puisque
la vraie orthographe est Hiftri qu'il devait lire dans le
CVIII INTRODUCTION
Gemblacensis diw moins, sinon dans le Cornelij Liber . Enfin
la virgule qu'il place entre Corus etAchates (v. 3 16 Corus,
i4c/ia^es) ne facilite pas l'intelligence de ce passage obscur.
Il faut remarquer d'autre part que Poelmann est le pre-
mier à écrire v. 122 ceuoque, comme le Rhenaiigiensis et
le Reginensis, et v, -^-^f) flamas , comme le Rlienaugiensis:
il ne connaissait aucun de ces deux mss. Peut-on supposer
que ces deux leçons du Rlienaugiensis se trouvaient dans
le Liber Cornelij, auquel Poelmann les aurait empruntées,
ou faut-il voir simplement dans l'orthographe attribuée à ces
deux mots, et qui n'est pas sans exemple, une innovation,
d'ailleurs mauvaise, apportée au texte de la Moselle?
Les conjectures personnelles de Poelmann sont peu nom-
breuses; il les présente modestement en marge, souvent
précédées d'un timide /or^e «peut-être! », et escortées des
autorités qui les recommandent; il en est cependant de fort
bonnes :
V. 37 en marge Interfeptus (pour Interceptas) semble inutile.
V. 306 et 307 en rmxge, forte, hiiic (pour hîc) semble mauvais.
V. 306 en marge forte, Marci (pour Marcei). Nâ M. Varro-
neni Hebdomadôn lihros fcripfiffe ex Nonio palain eft. — Très
bonne correction.
V. 370 en marge heic (correspond à la variante marginale de
la L3^onnaise, hic).
V. 462 en marge forte, finis (pour fines). In lexico poetico, in
vocabulo Matrona legitur, Galîosque, Belgosq; interfita fines . —
La correction_/î;iîs est très bonne.
On voit que la leçon tirée par Poelmann de ce lexique
poétique n'est citée par lui qu'à titre documentaire, et ne
lui a servi en rien pour sa correction finis. Peiper cite
cette note d'une manière inexacte qui enlève à Poelmann
le mérite de sa découverte : « Gallos Belgasque intersita
finis, lexicon 2^oeticon a Pulmanno latcdattim sîcb verbo
Matrona. » Il n'y a dans le lexique ni Belgasque, m finis.
Schenkl dit bien «fines Codd., finis Pulmannus » : mais il
note aussi «Gallos Belgasque anonym. apud Pulmannum,
DEUXIÈME PARTIE CIX
volo-0 ». Encore une fois, il n'y a pas Belgasqtie; les deux
derniers éditeurs d'Ausone s'en seraient rendu compte s'ils
avaient regardé plus attentivement, je ne dis pas la note
de Poelmann, mais la copie que Bœcking en donne dans
son édition.
Poelmann cite religieusement en marge les conjectures
et remarques de ses devanciers pour que le lecteur puisse
faire son choix entre ces variantes et son propre texte, et
profiter de ces notes :
V. 95 Tu inelior peiore œuo... (id efl, in feneëlute. Turneb.
lib. XXII. ca. XXI).
V. 167 Prohra canunt feris... (Ita C. G. & Turneb. lib. IL
ca. I. M. [Mariangelus Accursius] duris reponendum crédit.)
V. 201 Remipedes... (Rémi enim pedes videntur quibus naues
ambulant. Turneb. lib. XVIII. cap. XV.)
V. 211 ...triumphis... (tropœis,vide Turneb. lib. 18, cap. $ .)
V. 215 ...Mylafena... (M. Meffana.)
V. 216 ...cumbce... (M. cyinbœ.)
V. 218 ...qualeis... (M qualis, vt ad naumachiam referatur.)
V. 224 ...redigit... (M. reddit.)
V. 240 ...verô... {M. vere, id efl, verno tempore.)
V. 242 ...defenfus... pifcis... (M. defenfas, G. defenfos. Sic
infrà, claufos confepto gurgite pifceis. M. pifceis.)
V. 245 ...aginine... (M. auginine.)
V. 278 ...carptas... (Ita C. & G. taôïas, M. Ouid. Gramine
contaéto cœpit niea prœda moueri. al. captas.)
V. 279 ...accola (Sic C. & G. incola, M. Ouid. alti nouus
incola Ponti.)
V. 312 Dinochares, quadro cui in... (Dinocrates. Vide Ma-
riang. Turneb. lib. XIX. cap. XII. cuui, inquit, pro cui
fcribendum efl, vt ver/us ruina hoc tanquam tibicine, Jiacque
deflina fulciatur. loann. Goropius Becanus^, vir multaru
linguarum, antiquitatisque peritifsiinus, &= medicus longé do-
âîi/simus, cui quadrato, legendum exifliniat.)
V.313 Surgit, ^...(Cartnen hoc perperâ hue reieâiû arbitra-
tur Mariang. quado & vnde pendeat nd habet, Qf que heic de
Dinocrate archifeâlo, & ferreo Arflnoes flmulacro dicuntur,
cofudit & intercipit.)
1 On lit à la fin du volume une petite pièce de cinq distiques élégiaques,
intitulée « loann. Goropii Becani, de D. Anfonio Theod. Pulmanni
opéra rejlituto, Epigramnta ».
ex INTRODUCTION
V. 327 ...hitniili pede... (Planus pes ejl area : humilis pes ejî
locus cuius area humilis ejî. Tiirneh. lib. XXI. cap. XXI.)
V. 337 Qtiid qiiœ... (Thennaruni &= balnearum fudationes fie
veteres œdificabant , vtper te6loria earum tuhi ejjent caiii undiq;
per qiios ex hypocaufio erraret flamina, ô= omnia latera caleface-
ret. Turneh. lib. XXIJ. ca. XX].)
V. 367 ...mole Sarautis... (la note déjà citée, page Cil).
V. 368 Torta... (Torta, ex editione Afioenftana ad orâ libri
exprejfum, heic repofuimiis . C. G. & vulgati, Tota. alij , Terra,
malè.)
V. 380 ...Romcéque tuere...(C . Roinetenuere. Ver/us hic, inquît
Mariang. ni defint aliqui, huiits faite loci no videtur. pojfit ejje
Jpurins.)
V. 397 ...tenuique aptas... (M. tenui cœptas).
V. 423 ...nigruin... (Ita C. & G. Nicrumfuper, <&= Liipodii-
imm, legit Rhenanus rernni Germanicaruni lib. I. loan.
Heroldus verô in cotnmëfariolo de Stationibiis legionuvi in veteri
Germania cap. XXIII. legedum contendit, nigrû fuper &
L?pontiim ^ .)
V. 462 ...fines... (la note déjà citée, page cviil).
V. 468 ...Tarbelliciis... (Sic epifiol. X. Tarbellica iam tenet
arua. Lucantis lib. I. Molliter adinijfiini claiidit Tarbelliciis
œqiior. vulgati Tarbellius.)
V . 468 ...A turrus . . . (Ita Mariang. A turnus, Turneh .lib.X VIJ.
cap. IX.)
Telle est cette édition de Poelmann : tout ce qui vient
d'en être dit prouve que c'est une œuvre de bonne foi où se
montre la conscience, l'exactitude de l'éditeur aussi bien
que sa grande modestie. Ces qualités se manifestent dans
les notes marginales où Poelmann rappelle les remarques
et les corrections de ses devanciers, dans celles où il risque
ses propres conjectures et enfin dans le soin qu'il donne à
l'orthographe : de ses innovations en ce sens quelques-
vmes sont très bonnes, d'autres arbitraires et inutiles. Pour
ce qui est du texte de la Moselle, l'éditeur de 1 568 a eu
la bonne fortune de posséder deux manuscrits, dont l'un,
le Gemblacensis, qui est mis aujourd'hui au nombre des
meilleurs, n'avait pas encore été utilisé, et dont l'autre le
■ Voir la citation exacte de B. Rhenanus, p. LXXXVIII.
DEUXIÈME PARTIE CXI
Coniclij Liber, sans valoir le Sangallensis, dont il semble
procéder, pouvait cependant donner plus complètement les
leçons de ce ms. (p. ex. mole Sarmius)^ que ne le faisait
le ms. d'Humelberg, extrait lui aussi, d'après Peiper, du
Sangallensis, et qui aurait servi à établir le texte de
VAscensiana. Poelmann a-t-il su user de ces mss.? Si son
excessive réserve l'a empêché d'introduire dans son texte
la plupart de leurs bonnes leçons qu'il se borne à donner
en marge, cette réserve ne nuit qu'à son édition même.
Les éditeurs de la Moselle qui viendront après lui, et qui
n'auront plus à leur disposition les mss. qu'il a eus entre
les mains, trouveront dans les marges de VAtisone de i 568
nombre de bonnes leçons qu'ils pourront ainsi faire entrer
dans leur texte.
Poelmann n'a pas procuré d'autre édition d'Ausone que
celle de 1568. M. Rooses m'écrivait qu'il n'a pas rencontré
une édition publiée par cet érudit en 1 567, édition citée par
Paquot dans ses Mémoires pour servir à l'Histoire litté-
raire des Pays-Bas (tom. XVI, p. 343), et par Ruelens, dans
les Annales Plantiniennes . Je suppose que si M. Rooses
n'a pu trouver cette édition, c'est qvi'elle n'existe pas plus
que la prétendue Lyonnaise de 1557 : comme l'achevé d'im-
primer de l'édition de Poelmann est de novembre i 567, on
aura attribué à cette édition la date de 1 567 ; et comme la
première page porte la date de 1568, on aura vu à tort
deux éditions, l'une de 1567, l'autre de 1568, alors qu'il
n'en existe qu'une, imprimée en 1567 et pvxbliée en 1568.
Mais si Poelmann n'a fait paraître qu'une seule édition
d'Ausone, il a pensé, après 1575, à en donner un seconde,
modifiée d'après les résultats acquis par les Atisonianae
Lectiones et le premier Ausone de Scaliger : le Musaeima
Plantin-Moretus possède en effet un exemplaire de l'édition
de 1568, ayant appartenu à Poelmann lui-même et qui est
rempli de notes et de corrections de sa main ; ce livre était
évidemment destiné à servir de copie pour une édition nou-
CXII INTRODUCTION
velle. M. Rooses a bien voulu me communiquer ce précieux
exemplaire, dont aucun éditeur d'Ausone n'a parlé.
Voici ce que le dépouillement que j'en ai fait donne
d'intéressant pour le texte de la Moselle; il est tout d'abord
incontestable que VAusone en question a appartenu à
Poelmann; on lit au verso d'une des feuilles de ofarde :
Suni Theodori Pulntanni Craneburgij .
Au-dessous, cette note :
Digejîa Scalig.
Redaâîa Piil.
En effet, nous constaterons que Poelmann n'a eu que
trop souvent la malencontreuse inspiration d'emprunter à
Scaliger, pour les faire entrer dans ses notes ou dans son
texte, des leçons qui ne valent pas celles de l'édition de
1568. C'est après la publication des Ausoîiianae Lectiones
et de VAusone lyonnais de 1575, et en grande partie sous
l'influence de ces deux ouvrages de Scaliger, que Poelmann
a rédigé les notes manuscrites qui nous occupent. Au-dessous
des « Notae Libroruni » qui se trouvent dans l'édition de
1568, il a ajouté l'indication manuscrite des éditions dont
il s'est servi ; voici la liste de celles qui contiennent le texte
de la Moselle :
S. Aufoniiis a Stephano Charpino aii6ltts, et Lugdmii apud
loann. Tornaejium excufus, anno cIo. lo. LVIII.
E. Aufonius ah Elia Vineto cajîigatus, et Parijîis apud lacob.
Keruer imprejfus, anno cIo. lo. LI.
D. Aufonius à Gilberto Ducherio Vultone etnaculatus, quem
Seb. Gryphius excudebat anno cIo. lo. LVIU^.
Gr. Aufonius apud Seb. Gryphiuni excufiis, anno cIo. 1j.
XXXVII.
A. Aufonius à Hieronyino Aleandro re/iitutus, quem lod.
Badins Afcenjîus imprimebat, anno cIo. lo. XVII.
^ C'est évidemment une erreur de copie, au lieu de 1548. — Duchier
ajoutait en effet à son nom celui de Vulto ou Vulton, qui était, pense-t-on,
le nom de famille de sa mère.
DEUXIEME PARTIE
CXIII
Poelmann est mort en 1 582 \ c'est sans doute peu de temps
après la publication de VAtisone lyonnais, sous le coup de
l'admiration qu'il ressentait pour cette édition et pour les
Lectiories, en tout cas avant la publication du second
Axisone de Vinet (1580), dont il n'est pas question dans ce
supplément aux « Notae Librortim», qu'il ordonnait les
matériaux d'une nouvelle édition, corrigée et enrichie de
notes plus complètes et plus développées ; dans cette édition,
la Mosella, au lieu d'être VEidyllium IX, comme en 1568,
devait devenir VEidyillium X.
Poelmann emprunte à ses mss. de nouvelles variantes
qu'il inscrit en marge :
Vers
84 Diffère cœruleo fliiitanti-
. bits ainne cateruis (G).
193 perfundit reùîius C. G. et
Mariangelus qiiam pro-
fiindit.
198 la note de 1568 « C. G.con-
fudit » est effacée.
218 qualis G . et fie Mariange-
lus.
224 Ita C. redigit, vel potins
reddit M. rediit G. et
libri quidam vulgati
perperam.
228 Jimilainine G.
242 defenfus fie G.
pifceis G.
248 conexa C. G.
256 dexter C. G.
277 graininafic C.G. Marian-
gelus, non Pabula ^ .
Vers
281 conuertere G.
306 Marge i fie C. et G.
307 Menecratos C. Aldus.
316 chorus C. G.
321 natura C. G.
336 nitentia C. G.
337 flutninea C. G.
359 Erubrus C. G.
361 celebratus G.
380 Rome tenuere C.G.
387 fpeculator G.
397 tenuique aptas. Ita C.G.
413 reddat C.
429 nihil C. G.
440 Latins C. G.
468 nomine C. G.
Tarbellus C.
Tarbellius G.
Aturrus C G. et Marian-
gelus.
Il ne semble pas que, dans ce relevé de variantes,
Poelmann se montre rigoureusement exact. Celles qu'il
emprunte à son Gemblacensis se retrouvent en général
dans le Briixellensis : mais ce ms. n'a pas qualis, pifceis; de
^Allusion à une note d'Accurse, que j'ai citée p. LXXIV.
XV
CXIV INTRODUCTION
plus des leçons attribuées au seul Cornelij liber se trouvent
aussi dans le B : Menecratos, rediiat. Enfin, si réditeur
de 1 56S se trompait, au dire de Schenkl, en attribuant au
Corneîij liber, reproduction présumée du G, la leçon confu-
dit, qui ne s'y trouve pas, Poelmann, dans sa re\"ision,
commet une erreur manifeste en enaçant complètement la
mention < C. G. confuiiit» : si l'on peut supposer que le
CorneîiJ liber, que nous ne connaissons pas, n'avait point
conptdif, il est du moins permis d'affirmer que cette leçon
se trouve dans le Gemblacensis que nous connaissons.
Les variantes tirées du CorneîiJ liber montrent que ce
ms. s'éloigne du Sangallensis d'une manière encore plus
sensible que l'édition de 1 56S ne permettait de le supposer :
le Sangallensis n'a pas Erubrus, Tarbellits, mais il a
celebrafits, comme le Bntxellensis.
Poelmann fait entrer dans son texte revisé quelques
bonnes leçons de ses mss. que l'édition de 1 56S se conten-
tait de citer en marge :
V. 317 Affiiitamqtie.
V. 365 Drahonum.
V. 30S veteresque illujirat.
Il admet quelques corrections et modifie surtout l'ortho-
graphe de son édition :
V. 39 cùm, au lieu de cm m.
V. 4S. 55 et 363 leuia, au lieu de h^uia.
V. S4 jîuiùtnù-is, au lieu dtjtin'tantibus. Enmarge : Aldiediiio,
fluitanteis. Gr. fluifanies. (h' Errata de l'édition de 15ÔS avait
jiuitâtes.)
V. S6 prcetenero, au lieu de prœ tenero.
V. 123 hic, au lieu de heic. Cette correction était nécessaire,
puisque nous avons déjà remarqué (.page cvil) qu'il faut ici le
pronom démonstratif et non l'adverbe de lieu.
V. 129 nec dum au lieu de necdum.
V. 256 Dextera au lieu de Dextra. En maige : dextera Aid.
dexter C. G. (L'Errata de l'édition de 15ÔS avait déjà dextera.)
V. 306 et 307 Poelmann corrige hic en heic.
V. 354 Xamque, au lieu de Xanqtte.
DErXlÊME PAETIE
crr
Il écrit par ^£, an commencfiment des vas, toiis les mos
qn'H ècrivaix par Ae su ::s. ^guora. ^quor,
jEtÊntla >. Ct ciiaDgemsiu s:si xct^iqut., puisque le texte de
156S adxQst toujours, dans les minuscule? œ et jamais ae.
D": -. en tr — —" : comme i. le iai: '- -•— ocière jE,,
Po^ . :. se ^ - r:ie à Tusair- de I - _ . :. de Sca-
ligsr.
Cesî éi^alemen: Tinfiuence de rédinom de ScaUfrer qui
amène tm certain - de modincarions dans l'artho-
V. »i2
- 141 . au lien de cenoaue.
V. J36 AciiFo, ac lise de
CE marge
Setmqfa..}
n...
:»i.
lisPochnanr --n n» hm-
^. 1.2. fcC
. tiiiliitiliL r-»:'r;' iij ;iii
.. en
:^ reror-ji: des majusculss et des mTnn=tf:nleB :
' _u- Eôt:-
11 ZfenA.
i-^ et 222 5 .
45- -\
Ci- ■
ttétti,
T'
fol.
C-'? V' jj- ,,/ti7.r rr J- ;.
àt i36Sk. H écrit Cr^paUa
I r. 40~ i. aJors que n de 1 5b^ et Scali^^er caa. Cj
et . . ïi écrit :
tu \2^ 2i^ 27^. 2>
dé Scp.liger qn^il i . zeJz. -i-
en alinéas qn'il indique axLx vers 4À, X2, S5, » 50. 240, 2-
CXVI
INTRODUCTION
3495 38 1 5 418 i et un certain nombre de changements dans
la ponctuation :
Vers Édition de Poelhann.
42 natitœ,
44 méat us.
51 opiis,
56 habens,
58 venti.
63 meatn,
64 fundo,
66 liicetque
68 Jo^a,
85 arenas
94 Liberior,
1 13 pinguefcis,
126 hamis?
133 ieré-s
148 tamen
151 cateruaSj
196 viteis,
207 Pojîhabet,
218 Naiiniachiœ,
264 treniores,
271 animas,
300 aliter
329 ^e(5?o.
356 fluentis.
361 pifcibus
362 rotatu :
370 Aoc
378 pulfa oro
379 lingiiœ :
391 chelyn
394 honos,
404 Quinâîiliani:
410 noinine,
41 1 primis,
422 tyiumphos.
430 fratremfamcefecurus
438 e^o . . . gentem
445 ^e^o;
456 Addam,
478 Flumina,
Notes manuscrites de Poelmann.
meatiis ?
opus :
habens.
venti :
meatu :
fundo.
lucetque,
Tôt a
arenas, (Seal, harenas,)
Liberior
pinguefcis :
hamis,
teres,
tamen,
cateruas.
viteis : (Seal. i/îYes ;)
Pojîhabet:
Naiimachiœ:
tremores.
animas :
aliger,
teSîo,
fluentis :
pifcibus :
rotatu,
hoc,
pulfa, oro,
linguce
chelyn,
honos :
Quinâîiliani(Scal.Qitint...)
nomine :
primis.
trinniphos,
fratem, famœ feciirus ,
ego,... gentem,
peto.
Addam
Flumina :
DEUXIÈME PARTIE CXVII
Poelmann fait d'ailleurs d'autres changements dans la
ponctuation de son édition de 1568-, il se sépare, le plus
souvent avec raison, du texte de Scaliger :
Vers Èdiliou de Poelmann.
36 Cogeris, (Scal. Cogeris.)
50 defpe6lis qiice cenfus (Scal.
defpeClis, qicœ cenfus)
57 aër : (Scal. id.)
60 fliienti : (Scal. id.)
67 inu/cuin (Scal. id.)
80 fas, (Scal. id.)
92 pilis: (Scal. id.)
1 12 fucus, (Scal. id.)
116 dignande, fnarinis (Scal. id.)
133 aluo : (Scal. id.)
137 reor, (Scal. reor.)
199 Collis (Scal. id.)
256 puer, (Scal. puer.)
260 diei. (Scal. id.)
263 plaufus, (Scal. plaufus.)
265 riôius, (Scal. riâîus.)
268 ventos (Scal. id.)
301 Euboicœ, (Scal. Euboicœ.)
307 artes : (Scal. id.)
321 faxi, (Scal. faxi.)
352 amnes, (Scal. amnes?)
356 Sura (Scal. id.)
398 Percurrent; (Scal. Percurrent.)
401 rets, (Scal. reis.)
429 hahet, (Scal. Jiabet.)
445 ciffeGîo, (Scal. affeôlo.)
473 foluis. (Scal. foluis :)
Notes manuscrites de Poelmann.
Cogeris :
defpeôîis, quœ cenfus,
aër,
fluenti,
mitfcum,
fas :
pilis,
fucus :
dignande marinis,
aluo,
reor :
Collis,
puer :
diei,
plaufus :
riâîus :
ventos,
Euboicœ :
artes;
faxi :
atnnes :
Sura,
Percurrent :
reis :
habet :
affeâîo :
foluis,
Si Poelmann se sépare quelquefois de Scaliger pour la
ponctuation, il adopte presque toujours ses corrections.
C'est sans doute pour conformer l'édition qu'il prépare à
celle de 1575 qu'il fait de la Mosella VEidyllium X, alors
qu'elle était, en 1568, VEidyllium IX.
V. 27 il change ATawz^e^ en A'auï^er, en s'appuyant sur l'autorité
de Scahger qu'il cite en marge. (J'ai fait remarquer, note de la
p. civ, que cette correction se trouve déjà dans l'iirra/a de 1568.)
CXVIII INTRODUCTION
V. 65 il change Vf que en Vtque, cédant sans doute à la même
autorité, supérieure pour lui à celle des mss., cités en marge, sur
lesquels il se fondait en 1568.
V. 130 il abandonne Sario pour Fario (en marge Fario Gr.,
et la phrase des Lecîiones I, 3, qui justifie cette leçon).
V. 206 il admet dans son texte la correction y^ecfïa^ trayijire,
dein, que Scaliger propose dans ses Lecîiones, mais ne fait pas
entrer dans son édition.
V. 207 il écrit excluait, comme Scaliger. (En marge, excludit,
Scaliger.)
V. 237 il renonce à la leçon de ses mss. pour écrire, comme
Scaliger, Vibratis cœptat.
V. 242 à l'appui de la leçon defenfus... pifcis, qu'il conserve,
il donne comme argument que c'est aussi celle de Scaliger.
V. 290 il adopte la correction de Scaliger, Magni.
V. 306 les railleries que Scaliger a prodiguées à sa correction
Marci (voir COMMENTAIRE, p. 89) lui font effacer la note où il
l'indiquait.
V. 361 il adopte les deux corrections de l'édition de Scaliger
Gelbis et celebratus, en faisant remarquer que la première appar-
tient aussi à Bois (Gelbis, Chryfanthius Bois et Scaliger, redle),
et que la seconde est confirmée parle Gemblacensis (celebratus G).
V. 368 il trouve vm nouvel argument pour la valeur de la leçon
Torta, dans ce fait que Scaliger l'adopte : <; Tota C. G. Torta ad
oram A. Quo modo récitât Rob. Cjenalis de Re Gallica, lib. II,
Perioche III; quam leclionem Gifanius in colledaneis in Lucre-
tium comprobat. Terra quidam libri vulgati,male. Torta Scaliger.»
V. 380 il conserve la leçon Roniœqiie tuere, en s'autorisant de
l'exemple de Scaliger; de même pour la leçon c?z7afaZaîf(ie(v. 415).
V. 423 c'est l'exemple de Scaliger qui l'amène à admettre
Nicruin fuper et Lnpodiinum. Il rectifie en marge le texte de la
note concernant B. Rhenanus, qui se trouve dans l'édition de
1568^ : «Lupondum legit Rhenanus rerum Germanicarum lib. I.
Eft autem Lupondum, fiue Lupodunura aut Luponum, arx quas
hodie Lupflf dicitur. »
V. 438 il adopte la correction Fw^/ca qu'il attribue à Scaliger;
mais il note en marge Vibifca Gr. L'édition de Gr3-phe de 1537 a
uiuifica. La note de Poelmann « Viuifca Seal, primo, Vibifca Gr. ■>■>
signifierait-elle que Scaliger, qui écrit, d'abord, dans ses Leâiiones,
Viuifca, écrit ensviite Vibifca dans son édition publiée par Gr^^he,
en 1575? Je le croirais volontiers; mais, en ce cas, Poelmann
aurait commis une erreur, car on lit dans l'édition de 1 575 ViviscA.
• Voir p. ex, lignes 15-19.
DEUXIEME PARTIE CXIX
V. 439 il remplace non par niinc pour se conformer au texte
de Scaliger. Il écrit en marge «nunc ad oram E.».
V. 450 au lieu de nati niea niaxinia cura Fafcibus, il écrit (à
l'imitation de Scaliger, qui a natus, mea maxima cura, Fajcibus)^
gnattis, mea maxima cura, Fafcibus.
V. 462 il avait dans son texte de 1568 Gallis Belgifque inter-
Jita fines, et il faisait remarquer en note : « In lexico poetico, in
vocabulo Matrona legitur Gallos Belgosq; interfita fines. » L'édi-
tion de Scaliger admet cette leçon incorrecte, puisqu'il faudrait
Belgas ou Belgicos, Belgus semblant ne pas se trouver en latin.
C'est sans doute à la citation marginale de l'édition de 1568 que
Scaliger emprunte cette mauvaise leçon; et l'autorité de Scaliger
fait que Poelmann reçoit à son tour dans son texte la leçon du
Lexique poétique qu'il ne donnait en 1568 qu'à titre de document.
V. 464 et 481 il admet les corrections de Scaliger, Concèdes
et Dextrce.
Quand Poelmann admet un autre texte que celui de
Scaliger, il met en marge la variante qu'il n'accepte pas.
S'il conserve v. 1 1 Nhwmagu^n, alors que l'édition de
Scaliger a Noiiomagum, c'est que « Seal, in annot. [Leâ.
Aus. I, i] Nhtomaguin notât». V. 45, il conserve liniige-
nis, malgré l'autorité de Scaliger : «Non limigeris vt
Scaliger et vulgati. » V. 107, il conserve Mufiela, mais il
note en marge : « Seal. Miifiella. » V. 331, il maintient la
leçon confepto, mais il écrit en marge : « concepto Seal,
infrà 356 interceptis fluentis . » V. 359, il conserve Gelbis,
parce que Scaliger l'admet dans son texte, mais il met en
marge « Celbis Seal. 1,2, hodie Kelh. » Au même vers, il
conserve aussi Eriibrus, pour la même raison, et il met en
marge : « Ertibris Gr. et Aldi editio. Erubris Seal. I, 2. »
Poelmann cite même des leçons de Scaliger qui semblent
inadmissibles et qui doivent être des fautes d'impression :
V. 69 nuda Seal. maie.
V. 225 fréquentent Seal, maie, nam alternant, ftatim feqimntur.
V. 388 qiiœ illuftrat Seal.; qui ilhifirat Aid.
Poelmann pensait enrichir sa nouvelle édition d'un certain
nombre de courtes notes explicatives, dont beaucoup sont
CXX INTRODUCTION
empruntées aux Ausonianae Lectiones, p. ex. v. 1 03 : «Voca-
tiuus pro nominatiuo incorruptus. Seal. I, 1 1 . » Beaucoup
aussi sont empruntées à Accurse : je ne les cite pas, car on
les trouve dans l'édition de Tollius, à l'exception cependant
d'un passage où Accurse dit que les v. 418-420 lui semblent
ne pas être à leur place : on sait en effet qu' Accurse n'a pas
eu de mss. de la Moselle à sa disposition % et que dans les
éditions d'Ugolet et d'Avantius, les seules qu'il connût,
ces trois vers sont placés entre les v. 445 et 446. Juste en
elle-même, l'observation d' Accurse eût été fausse, transcrite
dans l'édition de Poelmann, en face des v. 418-420 qui y
occupent leur place légitime. — A ces notes de Scaliger et
d'Accurse s'en joignent d'autres de divers critiques. V. 19,
une conjecture, que Canterus propose à la place d'omnia,
est indiquée : « Omina Canterus Emendatorum locorum
Ciceronis lib. II, Epift. XVJI. » Poelmann adopte même
dans son texte une conjecture de Daurat, v. 316 : «Cous
Achates, Auratus telle Cantero legit. » Cette correction
ingénieuse serait acceptable si l'île de Cos eût été célèbre
pour ses pierres précieuses comme elle l'était pour son vin et
ses tissus. Poelmann n'ajoute rien aux notes tirées de Tur-
nèbe, mais il rectifie des indications inexactes : il renvoyait
(v. 95) au lib. XXII, cap. XXI des Adversaria\^\ il corrige
et écrit cap. XXII. Il pousse le scrupule de l'exactitude à
ses dernières limites : alors qu'il désignait d'ordinaire par
des chiffres romains le numéro du livre et du chapitre cités
de Turnèbe, il avait laissé imprimer, dans la note au v. 2 1 r ,
lib. 18, cap. 5: une correction manuscrite rétablit lib. XVIII,
cap. V. Il rétablit de même Gualthero au lieu de Gttaltero,
faute d'impression dans la note du v. 365. On avait imprimé,
en 1568, dans la note au v. 218: «M qîialis, vt ad nauma-
chiam referatur. » Le minutieux reviseur a soin d'ajouter à
la plume le point qui manque après M: «ilf. qiialis, etc.^'».
^ Voir p. LXXIII.
V Voir p. CIX, ligne ii.
V Voir p. CIX, ligne 16; p. GII, ligne 25; p. CIX, ligne 19.
DEUXIEME PARTIE CXXI
Poelmann n'ajoute que peu de notes explicatives, qui lui
appartiennent ; elles sont peu importantes v. i Nattant,
die Nahe; v. 1 1 Niiiomagitni, Neumagen, etc. Il donne sur
les poissons quelques renseignements qvii sont complétés
par une liste générale des poissons d'Ausone avec leurs
noms allemands, rédigée surtout d'après les indications de
Scaliger et écrite sur une des pages de garde du volume. Trois
de ces notes ont seules quelque importance. V. 69, chan-
geant coraZ/m en coralia, il justifie ainsi cette correction:
«Sic Claud. in nupt. Honorij et Mariae : Mergit fe fubito
vellitque coralia Dotho. [v. 179.] Ouid. XV Met. primam
producit et fecundam corripit : Sic et coralium quo primum
contigit auras tempore durefcit. [v. 416]. Item Virg. Ciri.
Coralio fragili ac eledlro lacrymofo. [v. 434.]» Dans une
note au v. 80, il commet une erreur : « Aut pro haut C. G.
more antique.» Haut est une autre forme de haud : jamais
haut n'a été une forme archaïque de la conjonction aut.
Enfin, V. 312,11 ajoute dans le texte même l'indication de la
quantité cuï ïii, et il écrit en marge cïu. Il fait donc de cui
un mot de deux syllabes brèves dont la dernière ne s'élide
pas devant in.
Telles sont les notes manuscrites ajoutées par Poelmann
à son texte de 1568 : si VAtisone qu'il préparait avait paru,
la première édition variorttni de notre poète aurait été
donnée près d'un siècle avant celle de ToUius. L'apparition
en 1 580 du texte de Vinet, suivi du Commentarius a-t-elle
détourné Poelmann de publier son édition? En tout cas, les
deux ouvrages n'auraient pas fait double emploi : les notes
de l'éditeur d'Anvers seraient toujours restées utiles à côté
du commentaire perpétuel de Vinet,
Une dernière question se pose à propos des mss. dont
Poelmann s'est servi : qu'est devenu le Cornelij liber ajiti-
quus? La lecture d'un passage des Adversaria de Barth
(lib. XIII, cap. III) pourrait faire croire que cet érudit a eu
en sa possession les mss. de Poelmann : «Cum Mofellam
Aufonianam commentatur Elias Vinetus, doélus & probiiïï-
XVI
CXXII INTRODUCTION
mus homo, magnoperè dolet animo, nuUos vidiffe luculen-
tiffimi illius Poëmatis libros calamo exaratos. Ego qui duos
trefve manu Pulmani (sic), laboriofi in talibus & accurati
viri, collatos emerim in Belgio, variantibus ex iis fcripturis
fatisfacere fortaffis ftudiofis egregij Poetae potero... Illud
verô dubium me habet aélumne agam an agendum cùm in
Catalogis librorum Plantinianis typis editorum offendam
Aufonium Pulmanni, anne ille more fuo ei editioni lecftiones
iftas appinxerit? nam ipfam nullo pretio & ftudio indi-
pifci poffum... Exemplaria manu exarata his nominibus à
Theodoro noftro cenfentur. Gemblacenfe continens Mofel-
lam, XII. Cœfares & totidem labores Herculis. Cornelij
Cnialteri (sic) Codex continens folam Mofellam.» Il est
curieux que Barth ait pu se procurer des manuscrits de
Poelmann, alors que l'édition a été introuvable pour lui.
Mais que faut-il entendre par ces « libros calamo exaratos...
manu Pulmanni... collatos»?
Il ne s'agit pas des mss. eux-mêmes : car, si Ton ne sait
rien du liber Cornelij , on sait du moins que le Geinbla-
censis n'a quitté le monastère de Gembloux que pour la
Bibliothèque royale de Bruxelles. Barth n'a pas sans doute
acheté le liber Cornelij plus que le Gemblacensis, lequel
n'a pas été en la possession de Poelmann. Celui-ci avait la
coutume d'annoter minutieusement sur des éditions impri-
mées les variantes des mss. qu'il consultait. La Bibliothèque
royale de Bruxelles possède un Prudence interfolié où se
trouvent les matériaux de l'édition plantinienne de i 564 :
M. Ruelens, le savant conservateur des mss. de la Biblio-
thèque de Bruxelles, à l'obligeance duqvael je dois ces
renseignements, pense, en conséquence, que les collations
de mss. dont parle Barth sont des exemplaires imprimés où
Poelmann avait réuni, en vue de son édition, les variantes
des mss. qu'il avait pu avoir entre les mains. Ce devait être
sur des exemplaires de la Lyonnaise de i 558, dont il suit le
texte le plus souvent, que Poelmann avait fait, avant 1 567,
ce travail de collation semblable à celui qu'il fit, après
DEUXIEME PARTIE CXXIII
1575, dans les marges de l'exemplaire de sa propre édition
que je viens d'étudier.
L'indication de Barth ne peut donc nous rien apprendre
sur la destinée du liber CorneUj : ce ms. ne se trouve ni à
la Bibliothèque de Bruxelles où est conservé le Gembla-
censis, ni au musée Plantin d'Anvers, où l'on a recueilli
tout ce que Ton a pu retrouver des papiers de Poelmann.
VI
L'établissement du texte vulgaire.
LES ÉDITIONS DE SCALIGER ET DE VINET (1575-1612).
LES AUSONIANAE LECTIONES DE SCALIGER (1573)
ET LE COMMENTARIVS DE VINET (1580).
Les éditions bordelaises de Vinet et les éditions de Scaliger
suivent de près celles de Poelmann dont elles ont profité.
Vinet et Scaliger ont publié leurs Ausones à peu près en
même temps : le premier Atisone de Scaliger est même beau-
coup celui de Vinet. L'érudit Saintongeais « diligent IJ/iimis
Vinetiis », comme l'appelle N. Heinsius {Adversar., p. 352),
était modeste et réservé ; il n'avançait que ce dont il était
sûr, il ne donnait comme sien que ce qu'il avait découvert,
il osait rarement affirmer d'une manière absolue. La mau-
vaise fortune s'acharnait après lui : au milieu des troubles
qui désolent la Guyenne, le papier manque à son imprimeur,
qui ne peut en faire venir; impossible de mettre sous presse
les Commentaires qui devaient accompagner le texte
d'Ausone; pendent opéra interrupta...
Pendant ce temps, Scaliger avait tous les bonheurs comme
toutes les impudences. Son père, Jules-César, fils lui-même
du miniaturiste Bordoni, prétendait descendre de la noble
maison délia Scala, dont il latinisait le nom pour se
l'approprier, larron de noblesse en même temps que pédant.
CXXIV INTRODUCTION
Digne fils de Jules César, Joseph qui devait disserter de
vehtstate gentis Scaligerae, introduit dans la philologie
des manières de hobereau spadassin. Comme les bravi, ses
contemporains, tranchaient d'un coup de rapière les nez
trop longs ou les oreilles qui leur déplaisaient, Joseph
Scaliger estropie les textes anciens, vrais manants qui n'en
peuvent mais. Rien de commun entre lui et le charitable
Aleander qui, au dire de Badius Ascensius, avait rendu à
Ausone mutilé par le temps, son nez, ses ongles, ses cheveux,
sa tête même et ses pieds ^. Scaliger exécute sans appel :
il faut lire ce vers de telle manière, celui-là de telle autre.
Sic volo, sic iubeo : sit pro ratione voluntas. Le fameux
limae lahor et mora lui est inconnu. Il prend Dieu à témoin
qu'il n'a pas mis un mois entier à préparer une édition de
Catulle, Tibulle et Properce ^^. A la vérité, comme M. Plessis
le fait spirituellement remarquer, « en disant que c'est
l'œuvre de moins d'un mois, il ne ment pas si l'on veut,
mais il trompe»^', car ses notes sont toutes prêtes et il
n'a qu'à les rédiger. Il ne ment pas, mais il trompe, c'est
l'appréciation la plus indulgente qu'on puisse faire de l'édi-
teur d' Ausone aussi bien que de celui de Catulle.
D'ailleurs, comme Scaliger est très sagace, très audacieux,
comme la fortune sourit aux audacieux, comme la sagacité
est souvent heureuse, quand elle ne s'embarrasse d'aucun
scrupule bourgeois, le philologue spadassin a fréquemment
de jolis coups d'épée. Il n'est pas de nœud gordien qu'il
ne tranche, quelquefois avec habileté, alors que l'honnête
patience de Vinet se consume en efforts consciencieux, trop
souvent sans succès. Mais Vinet met loyalement en lumière
toutes les difiicultés de la question, nous indique dans quel
sens on doit essayer de la résoudre, et donne à ceux qui
viendront après lui de précieux éléments pour arriver à la
^ Voir la préface de l'Ascensiana, reproduite p. XLIII.
•^ Paris, 1577, page 3 de la Préface.
^3 Etudes sur Properce, V&rïs, 1884, p. 55, note 2. Voir les passages con-
sacrés par M. Plessis aux éditions de Properce que Scaliger a procurées.
DEUXIEME PARTIE CXXV
solution. Scaliger impose sa volonté : telle est l'explication
qu'il donne ; c'est la seule bonne. . . Il a parfois raison, surtout
quand la solution qu'il présente comme sienne est de quelque
prédécesseur. L'édition de Properce donnée par Scaliger
est, dit encore M. Plessis, « féconde en résultats presque tous
détestables ». S'il a fait moins de mal au texte d'Ausone
qu'à celui de Properce, c'est que, pour Ausone, il a pu
emprunter, sans l'avouer, beaucoup de découvertes de Vinet
qui étaient bonnes.
Scaliger a eu souvent des affaires avec ses contempo-
rains : aujourd'hui l'érudition allemande s'incline devant sa
science. Pour ce qui est de la Moselle en particulier, comme
on ne prête qu'aux riches, les derniers éditeurs allemands
d'Ausone s'empressent d'attribuer à Scaliger bien des cor-
rections qui ne sont pas de lui. Nous avons vu, par exemple,
que Menecratis (v. 307) est une correction de l'édition
parisienne de Vinet "^ : Schenkl et Peiper l'attribuent à
Scaliger et nous verrons qu'ils lui font honneur de bien
d'autres, qui ne lui appartiennent pas davantage.
Qu'on ne s'étonne pas de l'engouement germanique pour
Scaliger : les érudits allemands ont à peu près ses habitudes
de critique, avec la finesse en moins. Il y a une curieuse
affinité entre le ton dogmatique et tranchant de Scaliger
et celui de tels savants hommes d'Outre-Rhin qu'il n'est
pas besoin de nommer. En 1882, M. Dezeimeris disait à
propos de la confusion que Scaliger a réussi à établir entre
sa propre part et la part de Vinet dans l'établissement du
texte d'Ausone : « En somme, pour bien distinguer en cette
œuvre philologique ce qui revient à chacun, il faut regarder
de très près, et je crois que Vinet n'a rien à perdre à une
enquête scrupuleuse de cette nature ^^ » Dans une note de
la préface de son édition d'Ausone, Peiper s'exprime ainsi :
« Quelles sont les corrections de Scaliger, quelles sont celles
de Vinet, je n'ai pu en faire le départ aussi soigneusement
^ Voir p. LXXXVI.
*i- A propos d'un Ma
nuscrit..., etc., p. 7, note 2.
CXXVI INTRODUCTION
que M. Dezeimeris le demandait et que je le voulais moi-
même, n'ayant pu user que de l'édition de Vinet commencée
d'imprimer par Millanges en i 575 ^ »• La défaite est jolie!
Peiper, qui a pu collationner les manuscrits et se procurer
des éditions plus rares que celles de Vinet, aurait pu facile-
ment, s'il l'avait voulu, faire collationner l'édition parisienne
de 1551 et les éditions bordelaises de 1590 et de 1604^^.
D'ailleurs, en l'espèce, ces dernières lui auraient été inutiles
puisque les réimpressions de Millange diffèrent peu, et
puisque Vinet étant mort en 1587, les autres éditions que
celles de 1575- 1580 ne sont pas, à proprement parler, son
œuvre. Peiper a sans doute eu d'autres raisons de continuer
à chanter la gloire immortelle de Scaliger : certaines
Remarques et corrections obligeamment communiquées
par M. Dezeimeris, et dont les résultats ont été publiés sous
le nom de Peiper ou d'autres, dans l'édition de 1886, ne
permettent-elles pas de comprendre pourquoi l'éditeur alle-
mand, qui aime Scaliger, comme il imite ses procédés à
l'égard de Vinet, a craint de rechercher ce qui dans les
corrections signées Scaliger appartient à Vinet, de peur que,
par un juste retour des choses d'ici-bas, quelque indiscret
ne s'avisât d'aller chercher ce qui, dans les corrections
signées Peiper, appartient à Dezeimeris?
C'est au moyen de l'édition de 1551 et de celle de
1575-1 580, que je vais essayer de rechercher ce que Scaliger
a volé à Vinet, pour ce qui est de la Moselle. Il ne faut pas
oublier d'ailleurs que le texte de la Moselle établi par Vinet,
en 1551, a été reproduit par l'édition de 1558, dont Poel-
mann a usé plus encore que de ses deux mss., et enfin que
le texte sur lequel Scaliger travaille en 1 573 pour ses Atcso-
^ Praefatio, p. LXXXVIIII, note : Vineti quae essent, quae Scaligeri
emendationes, non potui, quanta et ipse uolebam et flagitabat Dezeimeris
cura discernere, cum Vineti eo tantura exemplari uti liceret, quod Simon
Millangius suis coepit formis edere VII. Id. Febr. MDLXXV.
V Les éditions bordelaises ne sont pas rares; la parisienne de 1551 est
loin d'être introuvable : sans compter l'exemplaire de la Bibliothèque de
l'Arsenal, dont j'ai pu me servir, la Bibliothèque Mazarine en possède un
(catalogué 21540), et je crois qu'il en existe à la Bibliothèque Nationale.
DEUXIEME PARTIE CXXVII
nianae Lectiones est dû, soit à Tédition que Vinet faisait
paraître en 1 55 1 , alors que lui, Scaliger, n'était qu'un écolier
de onze ans, soit au texte envoyé à Gryplie en i 567, et dont
Vinet avait eu la malencontreuse inspiration de confier la
surveillance au peu honnête philologue.
Je commence par analyser deux documents importants :
une lettre de Scaliger à Vinet, datée de Bâle le quatrième
jour avant les calendes de septembre 1 573 (lettre imprimée
en tête des Avsonianarvm lectionvm libri dvo), et la
préface de Vinet (Eli^e Vineti Santonis pr^fatio in sva
COMMENTARIA IN AVSONII BVRDIGALENSIS SGRIPTA ^ )»
préface qui précède l'édition de i 575-1 580.
Scaliger raconte que le libraire Antoine Gryphe lui avait
écrit de Lyon, vers la fin de mai 1573, pour lui demander,
au nom de Vinet, de lui communiquer les notes et remarques
qu'il pourrait avoir, afin de rendre meilleure une édition
d'Ausone que le libraire préparait. Scaliger se rappela alors
qu'il avait promis à Vinet le concours de ses notes ; toutes
sortes de difficultés où il s'était débattu avaient rendu son
retard excusable ; maintenant encore, il se trouvait fort au
dépourvu, étant loin de chez lui, et n'ayant pas emporté
ses papiers. Enfin, il fait venir quelques-unes de ses notes :
pressé par Gryphe, il s'exécute et rédige à la hâte, par
amour pour Vinet et par respect pour Ausone, quelques
remarques sur le vieux poète bordelais. Ce ne sont certes
pas des commentaires suivis : sachant que Vinet travaille
lui-même depuis longtemps à un commentaire sur Ausone,
Scaliger aurait-il eu l'effronterie d'espérer trouver à glaner
après cette moisson (quod ejjet os metini, poji tua me/feni,
vel fpicilegiû fperare? ) . Ce ne sont que de simples notes,
jetées sans ordre sur le papier, suivant qu'elles se présen-
taient à sa plume. (Qîiare hoc genefe fcribendi vftis fum
vt quicquidfub acumenjlili incideret, chartœ illinereni.)
5 On voit que, dans la Préface, Vinet appelle ses Commentaires « Com-
mentaria »; il donne le nom de « Comnientarins » à chacun des Commen-
taires destinés à expliquer les Parentales, les Idylles, etc.
CXXVIII INTRODUCTION
Quant à la mise en ordre des opuscules contenus dans
l'édition, il a veillé à ce que la disposition indiquée par
Vinet fût respectée. (Libelli poëmatu, ita vt à te concepti
fuerant, EpigrmnmaUtin, Parentalium, ProfeJJorum
Biirdigalenf., Epifiolariim, vt fedibus fuis fecuri, &>
incolurnes ntanereiit, curaimnus.) Enfin — et c'est par cet
aveu que la lettre se termine — Scaliger reconnaît qu'il
n'a entrepris son travail que sur les avis de Vinet : aussi il
le lui dédie, avec l'espoir que son savant ami corrigera
les fautes et comblera les lacunes de ses commentaires.
(Cœterum, mi Vinete, quia tii prinius fne ad hœc fcribenda
iinpuUfti, neq; aliter, quant à te admonitus, videbar ea
fcripturus fuijje, hoc quicquid efi lucubratiûculœ nieœ,
tibi do dedicôq;, his legibus, hisq; conditionibus, vtquce tibi
difpliciterint, qiiœ perperâ à ine diëlafuerint, qitœ nielius
dici poterant, qiiain à me diùla Jlnt, qiice me fefellerint,
eapro tuajingulari eriiditione, &= aniore intne, neindiôîa
neue inemendata reliiiquas.J
Il semble donc, d'après les termes de cette lettre du
29 août 1573, que Joseph Scaliger s'occupe simplement de
surveiller l'impression d'une édition d'Ausone préparée par
Vinet : or, l'édition parut en i 575. Le nom de Vinet ne s'}'
trouvait pas, et, à la première page, l'outrecuidance de
Scaliger s'étalait sans gêne.
Voici en effet quel est le titre de cette édition in-i6 :
D. MAGNi II AVSONII BVR- Il DIGALENSIS, VI- 1| RI
CONSVLARIS, Il AVGVSTORVM || prœceptoris, || Opéra in
meliorem ordinem dîgefia. \\ Recognita funt à lofepho Scaligero
lulij Cœs. F. & Il infinitis locis emendata. || Eiufdetn lofephi Scaligeri
Aufonianarutn leêîionûW libri duo, ad Eliarn Vinehiin Santonem : in
qui- Il bus Cajllgationum rationes reddnntur , &■ dif- \\ ficiliores loci
Aufoniani expUcantur. \\ (Marque de Gryphe.) lvgdvni, || apvd ant.
GRYPHIVM. Il M. D. LXXV.^
^ La Notitia de la Bipontine cite deux éditions de YAusone de Scaliger,
chez Gryphe, en 1575, l'une in-8°, l'autre in-24, toutes les deux suivies des
Lectiones, et, en outre, une édition lyonnaise des Lectiones seules, publiée
en 1573. Fabricius ne parle que d'une édition in-12. Bœcking n'a pas eu
entre les mains l'édition de 1575: mais il cite, d'après Schweiger, deux
DEUXIÈME PARTIE CXXIX
Le modeste Vinet se garda des récriminations violentes
qui n'étaient pas dans son caractère. Mais qu'on lise soigneu-
sement la Préface de son édition de i575-i58o : la simple
constatation qu'il fait de la date de ses travaux, la mention
de ses notes communiquées à Scaliger, tout cela permet de
comprendre que, pour ne pas crier au voleur, Vinet n'en
tenait pas moins à montrer sans bruit qu'il se sentait volé.
Vinet, dans sa Préface, commence par nous dire, non
sans un certain accent de découragement, que ce sont les
sollicitations des Bordelais, plus que son propre désir, qui
l'ont poussé à s'occuper d'Ausone. Les difficultés d'une
édition étaient grandes : aucune des nombreuses biblio-
thèques locales ne possédait d'anciens exemplaires de
l'illustre Bordelais. (Mirabar equidem vehementer, quod
qmim in antiqui[fima opulentigimaque ciuitate, miUtœ
ejTent bibliothecœ, varijs fcriptoribiis injlruaœ, in nulla
extarent ciuis tam nobiHsfcripta.JVinet se met cependant
à coUationner les éditions qu'il peut se procurer (cœjn, que
habuiformis exarata exemplaria aliquot conferre...), et
à rédiger des commentaires pour justifier ses corrections et
expliquer, autant qu'il le peut, les passages les plus difficiles .
C'est alors qu'il fait imprimer à Paris, par les soins de
Jacques Goupyl, son ami, le texte seul de ce que l'on
connaissait d'Ausone (t550- Pendant ce temps, il mûrit
ses commentaires^.
Quelques années plus tard, Etienne Charpin lui annonce
la découverte du ms. de l'Ile-Barbe. C'est avec bonheur
qu'il reçoit l'édition lyonnaise de 1558; c'est avec une
certaine déception qu'il la lit : il lui semble que les éditeurs
éditions in-iô, l'une de I575, l'autre de 1574- La P-^^^^^f^ '^^ J^^i* P^^j^s
bien que l'édition n'a paru qu'en I575 ; les Lecttones seules ont ete publiées
en 7S74; leur titre porte cette date particulière dans l'édition in-i6 de 1574,
îrseuit que je connaisse, où elles se trouvent avec une pagination spéciale
à la suîte du ?exte d'Ausone daté de i575, comme le prouve le titre repro-
^l'vinet aurait bien dû faire violence à sa modestie et dire quelles correc-
tions Uavaï apportées au texte de la Moselle, en particulier, dans cette
ÏdUron de 1551^ cela aurait épargné de lourdes erreurs a l'érudition
allemande qui ne connaît que l'édition lyonnaise de i55»-
XVII
CXXX INTRODUCTION
de Lyon auraient pu tirer un meilleur parti de ce ms., qu'il
ne connaît pas encore^. Il se hâte de demander qu'on le lui
communique : mais le précieux ms. est à Bourges, aux mains
du savant juriste Cujas, qui s'en occupe avec ses amis,
A. Turnèbe en particulier, qui devait y trouver l'occasion
de plusieurs remarques pour ses Adversaria. Cujas envoie
cependant à Vinet le manuscrit qui lui permet plusieurs
corrections qu'il communique à ses amis (...multa, que ex
eo rejlitiierâ cominuiiicajjem cum amicis Burdigalëjibus
philologis...). Les prières des Bordelais deviennent plus
pressantes : Vinet s'exécute, et comme, dans son excessive
modestie, il ne juge pas encore ses Commentaires dignes
de l'impression, il fait seulement publier chez Marnef, à
Poitiers (1565), la partie des Commentaires qui avait trait
aux Clarae Urbes, et où il était beaucoup question de
Bordeaux, sujet bien choisi pour intéresser les Bordelais.
Peu de temps après, le libraire lyonnais Antoine Gryphe
demande à Vinet son Ausone avec promesse de l'imprimer
sans retard. Vinet envoie le texte à Lyon (vers 1566 ou 1567),
en gardant encore, pour les perfectionner, ses Commen-
taires.
C'est alors que, pour son malheur, il est mis en rapport
par un ami commun, Jacques Salomon de Narbonne, avec
Joseph Scaliger, à qui Salomon indique quelques-unes des
plus remarquables corrections apportées par Vinet au texte
d' Ausone (...locûque aliquot ex ijs, quae emédaueram,
infigiiiora indicaiiit). Scaliger admire surtout la restitution
de Viuifca au lieu de viuifica fqiiû Scaliger. . . tnihi multa
falute afcripta, locû illû de Viuifca, pro viuifica mire
probajjet...); il ajoute que, de son côté, dans ses voyages
en Belgique, il a fait de nombreuses observations au sujet
de la Moselle. Sur ces entrefaites, il va suivre à Valence
les cours de Cujas, et Vinet, confiant dans son nouvel ami,
prie le disciple et le maître de surveiller l'impression de
^ Voir p. xci.
DEUXIEME PARTIE CXXXI
son Ausone que Gryphe avait en mains depuis cinq ans.
Scaliger promet de donner tous ses soins à l'édition : il
s'engage à collationner avec le texte de Vinet le ms. de
rile-Barbe qui était rentré en la possession de Cujas; il
recherchera ce qui aura pu échapper à son devancier; il
publiera le texte et les commentaires de Vinet (incis coni-
mentarijs illujiratiis). Il fait même plus qu'il n'avait promis,
comme ajoute Vinet, avec une certaine mélancolie. (At plus
etiavi Jîbi diixit faciendimi Scaliger quant proniiferat.)
Car il compose ses Atisonianae lectiones, et les dédie {pro
fua in me beneuolentia, dit Vinet, peut-être sans ironie) à
celui qui lui avait demandé simplement de hâter une édition
en souiïrance : sans le concours de Scaliger, la publication
de V Ausone de Vinet n'avançait pas; aussitôt que Scaliger
s'en occupe, l'édition paraît, mais elle ne porte pas le nom
de celui qui avait fourni le texte à imprimer.
Vinet se doutait probablement de ce que Scaliger lui
préparait : tenant à avoir son édition, puisque celle de Lyon,
si elle paraissait enfin, ne serait plus la sienne, il céda sans
peine aux sollicitations de Millanges qui venait d'établir
à Bordeaux une imprimerie importante. Le manuscrit
fourni à Millanges était mis sous presse en février 1575 et
achevé d'imprimer au commencement de l'été, au moment
même ovi l'édition de Gryphe, si longtemps attendue, arrivait
enfin de Lyon. (Cœpit itaque Aufonius edi Burdigalce,
menfe Februario. . . abfohtebatiirqiie ineiinte œftate, quiim
a Gryphio accepimus qiiod niniiû diu expe6laueramiis .)
Mais le papier vint à manquer : mis par les troubles politi-
ques qui désolaient la Guyenne dans l'impossibilité de s'en
approvisionner, Millanges dut retarder jusqu'en juillet 1 579
l'impression des Commentaires, qui étaient destinés à
accompagner le texte. Vinet en profita pour une nouvelle
collation du ms. de Cujas.
On trouvera ci-contre le fac-similé un peu réduit du titre
de V Ausone de Bordeaux : c'est un volume grand in-4°, dont
la page a o™ 290 de long sur C" 198 de large.
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illujlrata per Eljam Vînstvm Santonem»
INDICES PRAEFATÏONl TB.ES SVBÏVNGTÏ, ScrlpSOrUni
hic contentoriîm5rcrum,&: verborum.
Burdigaî^,
Apud Simonem MiUangiumTypographum Regium.
DEUXIÈME PARTIE CXXXIII
On lit au verso de ce titre :
SENATV, P. Q. BVRDIGALEN.
AVGTORE, AC AVSPICE, AVSO-
NII BVRDIGALEN. VIRI CONSV-
LAR. SGRIPTA AB ELIA VINE-
TO SANT. EMENDATA, GOMMEN-
TARIISQ. ILLVSTRATA, SIMON
MILLANG. LEMOVIX, GLARISSI-
MJE GIVITAT. TYPOGRAPHVS
AG GIVIS, SVIS GOEPIT FORMIS
EDERE, VIL ID. FEBR. AN. GHR.
M. D. LXXV.
A la dernière page des Commentaires :
SIMON MILLANGIVS, TYPOGRA-
PHVS REGIVS, EXGVDEBAT
BVRDIGAL.E, ANNO GHRISTI
M. D. LXXX.
Rien ne prouve que les deux parties de l'ouvrage aient
été publiées séparément, le texte en 1 575, les Commentaires
en 1580. La Préface semble dire le contraire; c'est donc
sans fondement, je crois, que Fabricius (op. cit., p. 421)
distingue une édition du texte en 1575, une autre du texte
et des Commentaires, en 1 580 : « Luculenta Aufonii editio,
cura viri doBi Elise Vineti vulgata, Burdegalœ A. iS7S-
4. una cîim commentariis ejusdem A. i^8o.y> La première
édition de la Bibliotheca de Fabricius plaçait la publication
des Commentaires en 1 575 ■- « Si l'on veut parler exadement,
il ne faut point dire que la meilleure Edition d' Aufone eft celle
qui fut publiée à Bourdeaux, l'an 1575, avec les Commen-
taires d'Elie Vinet. Prœ reliqtds vero laudanda luculenta
Aufonii Editio cum Commentariis viri doôîi Eliœ Vineti
vulgata Burdigalœ A. i$TS; & pofi ejus obitumA. iSÇO-
(Joh. Albert. Fabricius, Bibl. lat., p. iJJ-) Car, encore
un coup, ces Commentaires ne parurent qu'en 1580... La
CXXXIV INTRODUCTION
Bibliothèque de M"" l'Archevêque de Reims fait mention
d'un Aufone imprimé chez Millanges à Bourdeaux, l'an
1575, avec les Commentaires d'Elie Vinet. Je m'imagine
que cette faute eft venue de ce qu'on a appliqué à toutes
les Pièces reliées enfemble la date de 1575 qui ne convient
qu'aux Œuvres d' Aufone qui sont à la tête du Volume ^.»
La Notitia de la Bipontine admet l'existence d'une édition
de Vinet, in-4°, 1575 (Sernis, ajoute-t-elle,o6 belli periciila
pyodit't.J; d'une édition in-4° des Commentaires, 1580, et,
la même année, d'une édition petit in-folio, du texte et des
Commentaires : je crois que tout cela se réduit à l'édition,
commencée en 1575, terminée et publiée en 1580.
Vinet mourut le 14 mai 1587. Le 1" août 1590, Simon
Millanges donnait une réimpression de son Ausone, précédé
des Ausoniatiae Lectiones de Scaliger et de quelques
extraits des travaux de divers érudits. Par suite d'une ironie
de la mauvaise fortune qui s'attache à Vinet, même après sa
mort, Scaliger met son nom à côté de celui du défunt savant
saintongeais sur le titre de l'édition bordelaise de 1590,
comme il l'avait imposé, en son lieu et place, à la première
page de l'édition lyonnaise de 1575. Le titre en effet ne
porte plus : « Cunâîa... illuftrata per Eliam Vinetvm»,
mais : «Cunâïa. . . illuftrata per Eliam Vinetvm Santonem,
loSEPHVM ScALiGERVM & alios...». On lit d'autre part,
dans l'édition de 1 590, à la suite des trois premières lignes
semblables à celles de l'inscription de 1575, à cette diffé-
rence près que, ligne 3, BVRDIGALEN. devient BVRDIGAL.,
SCRIPTA AB ELIA VINETO
SANT. ET lOSEPHO SCALIGE-
RO EMENDATA, COMMENTA-
RIISQ. ILLVSTRATA, SIMON
MILLANG. LEMOVIX, CLARIS-
SIMiE CIVITAT. TYPOGRAPHVS
AC CIVIS, SVIS FORMIS EDE-
BAT. ANN. CHR. M. D. XC.
^ Bayle, Dictionnaire, article Ausone, note G.
DEUXIÈME PARTIE CXXXV
Millanges trouve nécessaire de faire précéder cette édition
d'une Préface où il dit que, les Commentaires de Vinet ne lui
semblant pas suffisants (quia vero commentaria illa, etiam
emendata & au£la ab aii6lorefiio paticis annis ante quâ è
viuis excederet, non videbâturfatis explicare Poëtœ nofiri
opéra obfcura mutila &= corrupta in multis...), il avait
demandé aux savants de Paris s'il ne serait pas bon d'y joindre
une compilation de tout ce que les critiques avaient écrit à
propos d'Ausone (eis adiungere quœcunque audirë viros
do6los fcripfijfe hi ea). On eut le bon esprit de détourner
Millanges de cette entreprise; l'éditeur se borna donc à
extraire sept pages de notes « ex Adriani Turnebi adtier-
fariis, lujii Lipfii criticis, lunii, & Canteri librisy> : mais
s'il avait agi sans se soucier des conseils qui lui furent
donnés, Vinet aurait été après sa mort dépouillé à peu près
complètement par son éditeur lui-même de son édition
bordelaise, comme il avait été, de son vivant, chassé par
Scaliger de VAiisone de Lyon.
L'édition bordelaise de 1 590 fut réimprimée à Bordeaux,
sans changements, en 1598 et en 1604.
Le texte de la Moselle, qui doit seul nous occuper, est,
à bien peu de différences près, le même, dans l'édition de
1575 et dans celle de 1590. Voici le relevé des variantes :
Vers IS7S. '>90-
25 baccho. BaccJio.
106 IJîri'\. Hiftri.
140 qiiuin. cum.
167 Pro6a (faute d'impr.^^). Probra.
16S filua. fylua.
225 lœuaqiie. leuaqiie.
271 Collegijfe. CoZ/zo-î/Tè (faute d'impr.).
289 Chalcedonio. Calcedonio.
293 caurorum. Licet. Caurormn, Licet\^.
300 Gortynius. Gortiniusy.
^ Dans le Comment., Hijlri.
"I^Dans le Comment., Probra.
VDans le Comment., (1580 et 1590) caurorum.
^4Dans le Comment., Gortynius.
CXXXVI
INTRODUCTION
Vers 157;.
322 crepidinœ (faute d'impr).
367 molle *\ .
376 oris.
392 otij.
410 Tantumnon^^.
1590.
crepidine.
mole.
orsi (faute d'impr.).
otj.
Tatituni non.
A l'exception de v. 289 Calcedonio, qui est peut-être un
retour au texte de l'Ascensiana, ces variantes n'ont aucune
importance. On peut aussi remarquer quelques différences
de ponctuation, qui sont en général des fautes dans l'édition
de 1 590 :
Vers 157s.
52 egejias.
196 vîtes,
237 crines.
244 verrit.
261 vigor,
283 traôlu
361 pifcibus.
377 honores.
406 fecures.
422 triiimphos,
445 peto. Sunt
1590.
egejias,
vîtes.
crînes,
verrit,
vîgor
traâîu.
pîfcibus :
honores,
fecures,
triuniphos.
peto, Sunt
L'édition de 1 590 est loin d'être un progrès V- On voit que
Vinet n'était plus là pour en surveiller l'impression. Aussi
pouvons-nous la négliger et ne tenir compte que de VAusone
de 1575- 1580. C'est celui-là qu'il convient de mettre en
parallèle avec l'édition de Gryphe qui parut en 1575, et
sur le titre de laquelle s'étale le nom de Scaliger. On a
vu^"^ que l'édition de Millanges était déjà imprimée quand
arrivèrent à Bordeaux les exemplaires de VAttsone que Vinet
avait confié à Gryphe et dont Scaliger ne s'était que trop
occupé. Ce simple rapprochement de dates prouve bien que,
5 Faute d'impression, corrigfée dans les Emendanda.
52 Dans le Comment., (1580 et 1590) Tantmn non.
^3 On peut remarquer que, dans cette édition, chaque section du texte est
immédiatement suivie de la section correspondante du Commentaire.
•4 P. CXXXI. Cf. édit. de Vinet, Prœfatio, I F.
DEUXIEME PARTIE CXXXVII
si tant est que Scaliger a ajouté à la correction du texte de
la Moselle, l'édition bordelaise n'a pu profiter du résultat
de ses travaux. Au demeurant, la collation des deux éditions
prouve bien que la Lyonnaise est loin d'être la meilleure :
Vers Édit. Je Vinet.
lO Et tandem.
I I Niuomagiim.
21 Baccho.
33 prϔapfus.
48, 55 et 363 leuia.
69 nuclat.
85 iiiterlucet.
100 qiium.
102 cenœ.
1 1 1 iris.
144 et 148 ballœna.
167 Pro6a (faute d'impression).
178 Sol.
204 ahicres.
209 fulfurei.
225 fréquentant.
240 faciles.
248 coniiexa.
262 anhelantis.
263 iniialido.
290 iiiagni.
293 Prœlia.
293 caiirorum.
313 pyramis.
316 totus.
332 crepidtnœ(ia.nte d'impr.).
331 confepto.
337 ftdfurea.
357 psrmijîa.
361 celehratur.
365 Drahonum.
367 molle (faute d'impression).
368 To/a.
374 moles.
388 g'u/ illufirat.
404 Ouinctiliani.
410 Tantumnon.
Edit. de SCALIGHR.
jE^ tamen (faute d'impression).
Nottomagum (Juntine, Aldine).
baccho (édit. de 1551).
prolapf us (édit. de 1551).
/cewm (édit. de 1551).
jiwJa (faute d'impression),
zn^cr /z^ce^ (édit. de 1551).
CMw (édit. de 1551).
cœnrt? (édit. de 1551).
Iris (édit. de Poelmann).
Ballœna.
Prohra.
fol (Lyon 1558; vulgo).
alacreis (édit. de Poelmann).
fulphurei (édit. de 1551).
fréquentent (faute d'impression
ou mauvaise conjecture).
facileis (édit. de 1551).
connexa (édit. de 1551).
anhelatis (édit. de 1551; vulgo).
inualidos (édit. de 1 55 1 ; vulgo).
Mas[ni.
Prœlia (Lyon 1558).
Caurorum(édit. de 1 55 1 ; vulgo)
Pyramis (Lyon 1558; vulgo).
Cor us (édit. de 1551).
crepidine.
concepto.
fui pliurea (édit. de 1551).
permixta (édit. de 1551; vulgo).
célébrât us (Ugolet, Juntine).
Drachonum (édit. de 1551).
mole.
Torta (édit. de Poelmann).
molles (faute d'impression).
quœ illufirat (faute d'impr.).
Oui)itiliaiii (édition de 1551).
Tantmn non (édit. de 1551).
XVIII
CXXXVIII INTRODUCTION
Vers Édit. de Vinet. Édit. de Scaliger.
444 mufœ. Mufœ (édit. de 1551).
454 fuhterlaberis . fuhter laheris (édit. de 1551).
462 Gallis Beîgifque. Gallos Belgosq; {Lexique cité
par Poelmann).
464 Concedet. Concèdes.
475 otia. oc/a (édit. de 1551).
481 dextrœ. Dextrœ.
Dans cette liste, à la colonne des variantes de Scaliger,
j'indique le nom des éditions les plus récentes auxquelles
il a dû emprunter ses leçons. Ainsi, v. 1 1 1 Iris se trouve
dans la Juntine et l'Aldine, bien antérieures au texte de
Poelmann; beaucoup de leçons, comme v. 21 baccho, v. 33
prolapfus appartiennent à des éditions qui ont précédé celle
de 1551", Corus a été emprunté par l'éditeur de 1551 à
l'Ascensiana de i 5 1 7 : mais je cite de préférence le premier
Ausone de Vinet, et ceux des éditeurs lyonnais et de Poel-
mann, que Scaliger aura consultés plutôt que les anciennes
éditions. A côté de ces variantes, on peut en mentionner
quelques-unes de moindre importance, mais qui montrent
elles aussi que l'édition de Scaliger suit de beaucoup plus
près l'édition de 1551 que ne le fait la seconde de Vinet: ainsi
l'édition de 1551 n'avait qu'un seul alinéa, avi v. 418. Alors
que Vinet, en 1575, admet ceux qui sont restés généralement
dans le texte vulgaire, Scaliger n'en a pas aux v. 22, 169,
200, 287, 469. Scaliger suit le plus souvent la ponctuation
de l'édition de 1 55 1 , abandonnée par Vinet en 1575 ', il écrit
en particulier, comme Vinet en 1551, v. 116 dignande,
niarinis Soins. La virgule n'est pas à sa place. Il suit aussi
le texte de 1551 dans l'emploi très fréquent des abrévia-
tions rendues, peut-être nécessaires par le petit format des
deux éditions in-i6de 1551 et de 1575: q;,ineât.,. aqiiarû
(v. 6S), Mêbra (y. i\$),pdpas (v. 200), pyimû{v. 360), etc.,
alors que l'édition bordelaise de 1575 admet qîie, ineant,
aqiiariini, nienihr a, pompas, prinmm, etc. L'examen de la
liste de variantes qui précède montre également que, abstrac-
tion faite d'un certain nombre de fautes d'impression dont la
DEUXIÈME PARTIE CXXXIX
responsabilité incombe aux typographes de Millanges et
de Gryphe^, la principale différence des deux éditions de
1575 vient de ce que Vinet essaie des innovations, alors
que Scaliger garde le texte de l'édition de 1551, adopte
celui de 1 558 et de 1 568 ou revient aux leçons de la Juntine
et de TAldine. Le texte de Scaliger est donc, semble-t-il,
celui que Vinet avait envoyé à Gryphe vers 1 566 ou 1 567
— avant de connaître l'édition de Poelmann. Scaliger a
peu changé à ce texte : il l'a modifié au moyen de celui de
Poelmann (v. 368) et des notes qui y étaient citées en marge
(v. 462), et au moyen de ses propres corrections. Vinet,
pendant les huit ou neuf ans que Gryphe gardait son texte
sans se décider à l'imprimer et qu'il travaillait lui-même à
perfectionner ses commentaires, a évidemment amélioré son
premier Ausone; il a usé de l'édition de Poelmann (cf. v. 365
Drahonuni), il s'est de plus en plus, à tort ou à raison,
éloigné de son texte de 1551 : et, en dernière analyse, sa
Moselle, remaniée depuis 1 567 et imprimée à Bordeaux en
1575, diffère de celle qu'il avait envoyée à Gryphe en 1 567,
et que Scaliger avait modifiée de son côté par ses emprunts
à des éditions antérieures et par ses propres corrections.
Parmi les changements de Scaliger, la liste précédente
des variantes en relève peu qui lui soient personnels:
V. 144 et 148 Ballœna au lieu de ballœna n'est qu'une simple
variante orthographique.
^ A propos de certaines fautes d'impression de la Lyonnaise de 1575, je
nepeuxm'empêcher de faire une observation, qui semblera sans doute d'une
subtilité exagérée. Je suppose que Vinet avait envoyé pour composer sa
nouvelle édition un exemplaire de son Aiisone de 1551, coi'rigé à la main,
couvert de notes marginales : c'est ainsi que nous avons vu Poelmann pré-
parer sur un exemplaire de son texte de 1568 sa seconde édition qui n'a pas
été publiée. C'est justement dans les passages où Vinet modifie son texte
de 1551, que l'édition de Gryphe présente les fautes d'impression les plus
grossières. Par exemple, Vinet écrivait, en I55i> v. 374 mores, v. 388 qui
luftrat, leçons qu'il change, dans son édition de 1575, en moles et qui
illuftrat. Ces corrections devaient surcharger le texte de 1551 envoyé à
l'imprimeur de Lyon : Scaliger les aura mal lues, et c'est pour cela qu'il
écrit dans son édition molles, qiice illuftrat, fautes évidentes, qui ne
peuvent s'expliquer que par une mauvaise lecture des corrections, d'ailleurs
médiocres, que Vinet apportait à son premier texte et qu'il a conservées
dans son édition bordelaise.
CXL INTRODUCTION
V. 225 fréquentent me semble une faute d'impression plutôt
qu'une conjecture.
V. 290 Vinet qui écrivait magnum en 1551, comme tous ceux
qui ont édité la Moselle avant lui et après lui jusqu'à Poelmann
compris, admet magni, en 1575, et Scaliger écrit Magni : à qui
revient l'honneur de cette correction? Schenkl et Peiper l'attri-
buent, le premier à Freher, ce qui est bizarre, puisque la Moselle
de Freher ne parut qu'en 1619, le second à Scaliger^ ce qui n'est
pas rigoiureusement exact, puisque Peiper met dans ses notes
critiques «290 magni Scaliger i, 4», alors que Scaliger écrit
Magni : « Quod vulgo edituni ejl : Régis opus magnum : nonplacet :
legendum enim, Magni.» {Auson. Le6î. I, 4.) Les Lectiones ont
paru en 1574 : préparé depuis longues années, le Conimentarius
de Vinet n'a été publié qu'en 1580; on y lit: « Régis opus magnum,
magni, mallem. » (Comment. 261 .) Est-ce le Magni des Lectiones
qui a conduit Vinet à écrire magni dans son édition et dans ses
commentaires, ou la correction déjà faite de Vinet, déjà introduite
sous la forme de magni dans le texte envoyé à Gryphe en 1567,
qui a conduit Scaliger à écrire Magni dans ses Lectiories et dans
son Aiisone?]Q n'en sais rien. Mais comme Vinet, dont la loyauté
est indiscutable, dit qu'il a préféré écrire magni, je suppose que
cette correction, admise par Schenkl et Peiper, appartient réelle-
ment à Vinet.
V. 331 Scaliger admet le premier concepto, leçon du B qu'il ne
connaissait pas. Comme il ne justifie pas cette innovation dans
ses Lectiones, il est permis d'y voir une faute d'impression, plutôt
qu'une conjecture, d'ailleurs inadmissible.
V. 464 Scaliger fait une correction Concèdes, que j'admets.
Schenkl qui ne l'adopte pas l'attribue bien à Scaliger; mais Peiper,
qui l'adopte, ne dit rien de son origine. On trouvera le passage
des Lectiones qui justifie cette correction, dans le Commentaire
EXPLICATIF (p. 134, note au v. 464).
V. 481 Scaliger corrige dextrœ en Dextrce. Schenkl et Peiper
adoptent tous les deux cette correction, sans en nommer l'auteur.
On trouvera, dans le Commentaire explicatif (pp. 137-140,
note aux vers 480-481), le passage des Lectiones qui justifie
cette correction, et l'exposé des raisons qui me font ne pas
l'adopter.
J'ai établi quelles sont les différences des deux éditions
de la Moselle publiées en 1575 par Vinet et par Scaliger.
Comme les Aiisonianae Lectiones, qui ont joui d'une
immense notoriété, ont paru avant l'édition bordelaise de
DEUXIEME PARTIE
CXLI
Vinet, on peut supposer qu'elles l'ont aidé puissamment
à moditier son texte de 1551 : il est donc important de
coUationner d'une manière complète les deux éditions de
1551 et de 1575, et de rechercher ce que Vinet a pu
emprunter aux Lectiones de Scaliger pour l'établissement
de son second texte.
lia été déjà dit (p. LXXXV) que Vinet n'eut à sa disposition
ni les mss. de la Moselle, ni les textes antérieurs à ceux
d'Ascensius et d'Aide. Voyons l'usage que l'éditeur de 1 575
a fait, pour moditier son ouvrage de 1551, soit des anciennes
éditions, soit des nouvelles, c'est-à-dire de la Lyonnaise qui
lui avait plus emprunté qu'il n'avait à lui reprendre, et de
l'édition de Poelmann qui lui donnait les leçons de deux
mss., soit enfin des Ausonianae Lectiones de Scaliger.
Vinet nous indiquera souvent lui-même dans son Commen-
taire pourquoi il juge à propos d'adopter telle ou telle leçon.
Vers Édit. parisienne de i)5i.
2 vico,
3 Cannas,
8 Tabernas,
12 aër,
14 rauiis
17 diei.
18 cuin
19 Bui'digalœ
21 baccho
24 Belgœ :
26 ripas :
27 Nauigcr...pelagns,..
28 fluiiiiis,
33 proJapfiis
34 faxi :
36 Cogeris,
37 habes,
Édit. bordelaise de 1575.
vico :
Cannas :
Tabernas :
aër :
raniis,
diei :
quant *[
Burdigaîœ,
Baccho ^-
Belgce.
ripas,
.undas Nauiger, ...pelagus :
fluuius :
prœlapfus ^5
faxi.
Cogeris :
habes :
.undas.
^ L'édit. de 1551 a toujours cum, celle de 1575, presque toujours quum.
Je note ici cette variante une fois pour toutes. L'édition de 1575 n'admet
ciim qu'aux vers 172 et 338. — '-Leçon de Poelmann. — *5 Comment.
244, A: «Sic veiujlijjima nojîrorum e.vemplariimi.» L'Ascensiana, en
effet, a prœlapfus ; d'ailleurs les mss. cités par Poelmann portent pre-
lapjus.
CXLII
INTRODUCTION
Vers Édit. parisienne de i; ;r.
Édit. bordelaise de 1575.
41 remulco
rewu/co.
43 quoties
qiiotiens *
44 iiieatus.
vieatus ?
45 vluis,
vluis :
46 cœno,
cœno :
48 lœuia
leuia ^-
49 cainpunt :
campum.
50 defpeSiis
de/peôîis.
51 o/)»s.
opus :
56 habens,
habens.
57 aër ;
aër.
59 demerfa ...vif a
demerfa, ...vif a,
60 Cernimiis, . . .fluenti :
Cernimus : ...fluenti
61 >neâ^ ...aquarîl
meant ...aquarum
63 meatii.
nieatu :
65 Jierbœ
herbce.
66 aqiias,
aquas :
67 Calculus,
Calculus :
68 To^a,
Tota ^5
79 Nomina qiiœ
Nominaque, & Y
80 /asj /zajfrf ille finit
fas. haud ille finit :
81 Sortis,
Sortis :
82 or/s
cris.
83 choros,
choros.
84 fluitantibus
fluitantes ^^
85 z;î!^er /i(ce^ harenas
interlucet harenas,
86 arifiis.
arifiis :
87 inenfis :
menfis.
88 ^u^a's ;
guttis.
89 i?e(?o.
REDO. ^6
92 ^î7zs ;
puis.
93 amnem
amnem.
^ Correction de Vinet, puisque qiiotiens ne se trouve avant lui que dans
l'édit. d'Ugolet qu'il ne connaissait pas. L'édit. de Scaliger (1575) a aussi
quotiens. — ^^ L'édit. de 1551 a toujours teîii«, celle de 1575, leuia. ]e note
donc ici cette variante une fois pour toutes. Vinet emprunte à l'Aldine
l'orthographe leuia. — ^5 L'édit. de 1575 met en marge de ce vers une * qui
prouve les réserves que fait Vinet sur l'authenticité du texte. Le Comment.
(246, A) parle de ceux « locum Jnmc qui fine vitio ejfe putant ». Vinet ne
partage pas leur avis. — ^4 Leçon de Poelmann. — V Leçon empruntée
aux Castigationes de l'Ascensiana de 151 1 et aux Lyonnaises, 1537, etc.;
les édit. de 1558 et de 1568 ont encore fluitantibus. — ^6 Dans l'édit. de
'575> tous les noms de poissons sont en capitales; répétés plusieurs fois,
ils ne sont en capitales que la première. Je note donc ici cette variante
une fois pour toutes.
DEUXIEME PARTIE
CXLIII
Vers ÉJit. parisienne de 1551.
94 Liberior,
95 «"«o^
98 Tra)ijie>'iin,
01 peâîore,
02 cœnœ^
04 capîtis,
06 i/^r^
1 1 tergmn, . . .luthea ^- . . .iris,
1 2 fucus,
13 pinguefcis,
15 Parca*\^ Jileho
16 dignande, marinis
18 iners,
19 coëunt,
22 Lucius ...vltia
23 Objîdet : ...uftis
26 hciDiis?
28 getninas neutrûque 6°
29 mnbiguufque
30 Sario (en marge /ar^o)
35 Silure,
36 y4(5?eo
37 »'eor,
38 Lober is, ...foluis
39 t'Z»/s,
42 aquœ :
44 et 148 Ballena
45 vento iiiotu vefuo
46 mare,
47 ^quora,
48 tamen... Mofellœ
49 ^y^.
Ëdit. bordelaise de IS7;.
Liberior
œuo.
Tranfierim :
peâîore
cenœ, ^
capitis :
Iftri,
terguui: ...lutea ...iris,
fucus,
pinguefcis :
PERÇA filebo,
dignande marinis,
iners.
coëunt.
LVCIVS, ... vlua,
Objïdet. ...ufus,
hauiis,
geminas, neutrumque, ô=
aiiibiguufque,
FA RIO y
SIL VRE :
Aôiœo'^i
reor.
Laberis : ...foluis,
vluis :
aquœ.
ballœna *6
vento, motu vefuo,
mare :
jEquora :
tamen, ...Mofellœ,
ejî:
* Leçon que Poelmann a empruntée à son Gemblacenjïs. — *- et '3 Mau-
.•aises leçons de l'Ascensiana. — ^4 Poelmann admet Sario, d'après
'autorité de ses mss. Vinet reprend la leçon de l'Aldine et des éditions
suivantes. Cf. Comment. 250, B « Fario. Ita exëplaria omnia noftra,
prêter parifiëfe, quod Fario fcribebat, S pro F. » Vinet oublie de citer
l'édition de Poelmann; il ajoute plus loin que Fario lui plaît davantage
parce que, en allemand, truite se dit Forhin. — •> Vinet doit avoir
emprunté la correction orthographique A£iceo aux éditions lyonnaises
(1537, etc.). — ^6 Leçon qui ne se trouve que dans cette édition et celles de
1590 et 1604. Le commentaire de 1580 a balœna, celui de 1590 et 1604,
ballœna.
CXLIV
INTRODUCTION
Vers Édit, parisienne de i;;!.
1 52 pompant,
1 55 iugi flexiifque finit/que
158 Rhodopen, ...Pangea
1 59 collis :
160 Garunnain.
161 c//m2
163 lyœo.
164 clorfo.
1 65 clamoribus :
166 laheiis
167 Prohra... cultor/hus :
168 fylua
169 locoriim :
lyi ripis :
173 vadis,
174 Terrent ...fiucîuni
176 aniicas
178 Dicitur
1^9 fretniii ...forores
181 œjîiis :
182 iiymphas,
183 vadis, ...natandi
184 viaiius,
185 Mëbra ...liquidofq;
187 loqui,
1 89 fpscies,
1 90 fluiuus :
194 inotihus,
198 médium ...confiidit
200 quoq; ...p~opas.
203 pratis.
204 Puppibus &> proris alacris
. . .magijîros
205 inanïi ...vagâtem
206 c?/e?;î
Édit. bordelaise de IJ").
pompain :
iugi, flexufqiie, sinufque,
Rodopen : ...Pangœa^
collis.
Garumnam.. ^^
Lyœo.
dorfo,
clamoribus .
labeiis,
Proba... cultoribus. ^5
locorum.
ripis,
vadis :
Terrent, ...fiuâîum.
arnicas,
Dicitur,
fretuin, ...forores,
œjlus,
Nyinphas,
vadis : . . .natandi,
inaniis :
Membra . . . liquidofqiie
loqui.
fpecies :
fluuius,
motibus :
médium, . . . confundit ^ >
quoque ...pompas!
pratis,
Puppibus, 6» proris. alacres
..,magiJîros.*\^
manum ...vagantem,
dieni.
^ Rodopen, leçon de l'Aldine; le Commetit. de 1580 a Rhodopen, celui
de 1590 et 1604, Rodopen; Pang-œa, correction de Poelmann. — ^- Leçon
vulgaire; garunnam ne se trouve que dans l'Ascensiana — '3 Proba est
une faute d'impression qui ne se trouve ni dans le Comment, de 1580, ni
dans les édit. de 1590 et 1604. — ^/ijilua est la leçon de Poelmann;
fyliia reparaît dans les édit. de 1590 et 1604. — V Leçon de Poelmann. —
^(> Alacres que je ne trouve dans aucune édition antérieure, paraît être
une correction orthographique de Vinet, comme v. 2^0 faciles.
DEUXIEME PARTIE
CXLV
Vers Édit. parisienne de I5)i.
Édit. bordelaise de 1575.
207 Poffhabet, excludet
Pojihabet : exchidit *
209 Liber fulplmrei
Liber, fulfurei ^ *
2 1 0 Vefœiii :
Fe/eî«' ; ^ '
2 1 1 trimnphis
triiDnphis,
212 prœlia... amores.
Prœlia... amores t^'i
216 Ciinibœ :
cymbœ : f s
218 Naumachiœ,
Naumachiœ :
219 pont us :
pontus.
223 formas,
formas :
225 dextra
dextra,
227 iiautas,
nautas.
231 honorem.
honorem
232 charœ
carœ \ 6
233 /»(Zo,
/î<c?o ;
234 piielîœ :
puellœ.
235 métallo.
métallo :
236 acws.
acus :
237 captos
cœpfat f 7
238 ludibria
ludibria.
240 facileis
faciles ^
242 pifcis :
pifcis ?
243 /î'ua
lina.
245 fliiinen
flîwien.
247 vndas
vndas,
248 connexa
conuexa ^9
251 inuajit.
inuafit :
252 /erre.
ferri :
253 indiciiim
indicitim :
254 harimdo.
harundo :
255 mora,
mora
256 /)wer.
puer.
258 crepat,
crepat :
259 rapinœ.
7-apinœ :
262 anhelatis
anhelantis ^ '°
^ Comment., 255 : « Excludet. Mallem prae.fenli tempore excludit. »
L'édition de Lj'on et Poelmann ont excludet. Vinet emprunte excludit à
1" Aldine et aux éditions de Séb. Gryphe. — ■ ^ Leçon de Poelmann. — ^ 3 Leçon
de Poelmann. — ^+ Leçon de Poelmann. — ■ > Conjecture d'Accurse admise
en marge par l'édition de Lyon et par Poelmann; cymbœ se trouve aussi
dans le texte de l'Aldine, etc. — ^6 Leçon de Poelmann. — ^7 Leçon de
l'Aldine. — '^^ faciles, que je ne trouve dans aucune édition antérieure,
semble être une correction de Vinet. — ^9 conuexa est une correction de
Vinet. — '^° anhelantis est une correction de Vinet qui se rencontre avec
la leçon du B qu'il ne connaissait pas.
XIX
CXLVI
INTRODUCTION
Ytrs Édit. parisienne de 15 51.
263 inualidos ...plmifns,
264 treniores,
265 ricins,
267 Sic
271 animas,
278 Experius
281 coiiuertere
284 faxis ...culmine villœ
286 Amnis,
289 Calchedonio
290 magnum, ...vndis
291 Europœq;
293 Caurorum :
296 ^ene nianus,
298 potis... retexens
300 aliger
301 Euboicœ,
303 Cecropïus, ...hojle
Édit. bordelaise de 1)7).
inualido ...plau/us. ^
riâîus :
Sic,
animas :
Experius,
conuerrere ^^
faxis, ...culmine, villœ.
Amnis :
Chalcedonio ^5
tnagni, ... vndis, '^'^
Europœque,
caurorum.
pœne manus. ^5
poiis, ...reiexens,
aliger,
Euboicœ.
Cecropius : ...hofte.
306 marqué d'un * dans l'édition de 1575 ^6.
307 Hehdomas, ...aries :
308 ^% ...nianus,
309 ISiinus,
3 1 o volucres, perimiiq;
312 Dinochares,
314 ainoris
316 Corus Achates,
318 er^^o ...Jimiles
320 villas,
321 /rtXZ,
322 crepidine ripœ,
Hehdomas. ...aries,
Atque ...manus :
lôîinus.
volucres : periniitque
Dinochares :
aînoris,
totus Achaies, * ^7
erg^o, ...Jimiles,
villas.
faxi.
crepidinœ ripœ. ^s
f L'édition de Lyon etPoelmann gardent inualidos; mais ce dernier note
en marge la leçon inualido de ses mss., que Vinet adopte. — ^^ conuerrere,
conjecture d'Accurse (confirmée par le texte du G), admise par l'édition de
Lyon et par Poelmann. — ^5 Chalcedonio, leçon de Poelmann. — V Com-
vtent., 261 : « Régis opus magnum, magni, mallem.. Darius Perfarum
rex, Xerxis pater, coftrato in nauibus ponte, exercitum in Europa hac
traijecit (sic)... Opus autem hoc magnum ait, vt mirum atq; ingens facinus,
quum propter peruicax maris ingenium, tum ob pontis magniludinem. »
On attribue d'ordinaire cette correction à Scaliger qui écrit Magni. —
'^'y pœne orthographe de Poelmann. — '6 Comment. 262 : « Ego de ifto
Margeo, feu Mergeo, vt aliter fcribitur, nihil comperi... Marci pro Mar-
geilegendum effe,funt quidam fufpicati...». — ^7 Vinet ne dit pas pourquoi
il revient à totus, leçon de l'Aldine : « Quam incertœ periculofeque funt
conjeClurae. » (Comment. , 263 C.)—*\i crepidinœ est une faute d'impression
qui ne reparaît ni dans le Comment, de 1580, ni dans l'édit. de 1590.
DEUXIÈME PARTIE
CXLVII
Vers
324
325
328
329
330
337
341
353
354
356
357
359
361
362
365
366
367
368
369
370
372
373
374
376
377
378
379
381
385
386
388
ÉJit. parisienne de i;;i.
refit git ,captnmq; ...amnem .
collent
afpera vifus,
montis,
Sublïniiq; ...teâîo
altatn ...Memphitica
fulphurea
laiiacri
Pojfent,
Pronece
fiuentis,
permixta
Gelbis ...Eruhrus
celfis ...pi/cibus
rotatu :
tenuemq; Drachonum :
fluorés.
mollis Aratius
vocat,
atigujîis ...mûris
hoc... labës
alij
cupiunt,
mores :
oris,
Tybris
mihi ...potens, pulfa ara
Inuidia, . . .linguœ :
frugumq; virumq;
Ingenium
Catones,
qui lujlrat
Édit. bordelaise de i;";.
refiigit: captumque ...amnem.
collent,
afpera, vifus :
montis :
Sublimique ...teâîo,
altam, ...Memphitica,
stclftirea ^
lauacri,
Poffent :
PRON^My
fiuentis :
perniifla ^ 5
GELBIS, ...ERVBRVS,
Gelbis ...pifcibus. Y
rotatu,
tenuemque DRAHONVM, *{•
fluorés :
molle SARAVVSY
vocat :
Augujîis ...mûris,
hoc, ...labens,
alij,
cupiunt.
moles. ^7
oris :
Tibris ^ s
mihi, ...potens. pulfa, oro,
Inuidia: ...linguœ,
fruguntque, virum^que
Ingenium,
Catones :
qui illuftrat ^
* Leçon de Poelmann. — ^^ Tous les noms de fleuves, jusques et y
compris ALisONTiA, sont en capitales dans l'édit.de 1575. CowtweM^., 265 :
« Quidam Hhri Pronœœ (faute d'impression dans l'édit. de 1590: Prœneœ)
fcribunt, média diphthongo. » Je ne trouve Pronœœ, dans aucune édition
antérieure à celle de 1575. — *i^ permijîa est la leçon de Poelmann. —
•[4 Comment., 266 A : « Legendum prorfus, vt ante, Gelbis, nifi forte malis
cum Scaligero noftro Gelbis. » — ^> Leçon du liber C. Gualtheri que
Poelmann donne en marge. — *6 molle est une faute d'impression, corrigée
dans les Emendanda,à. la fin du volume. « Annotauit Pulmannus, Gomitë
Nuenariû, locum hune fie emendaffe. » {Comment., 266 G.) — •" Leçon
de l'édition de Lyon et de Poelmann. — *8 Leçon de la Juntine. — ^^ Leçon
de l'Aldine.
CXLVIII
INTRODUCTION
Vers Édit. parisienne de 15 51.
2,Sg/paciatus
391 cJielyn
393 oci
394 ho nos,
395 mores,
397 Piérides,
398 Perciirrent,
40 1 reis,
404 Quintiliani :
406 fecures :
4 1 o Tantû non
41 I priniis,
412 fuurn,
415 virorum,
417 fliiuiiim, Rheniq;
418 Rhene
4 1 9 péplum, fpacinmq;
...fluenti
420 aquis :
421 î;r6/s
422 triumphos.
423 Litponuduin,
424 latijs
425 6e/Zz ;
^2(y feret, ...itinâîi,
428 Rliene videri :
429 habet,
430 No mine : tu fratreni ...
adopta,
432 r?>is,
435 tremant,
436 anini,
438 viuifica... gentetn
439 hofpitijs, non (en marge
442 mores
Édit. bordelaise de 1575.
fpatiatus ^
chelyn,
otij ]^
ho nos :
mores.
Piérides :
Perciirrent.
reis.
Qiiinâîiliani. ^ 5
fecures.
Tantumnon^^
primis.
fuxim :
virorum.
fiuiiimn : Renique ^ 5
péplum : fpatiiimque*\^
...fluenti,
aquis.
vrbis,
triumphos ,
Liipodunum, ^7
Latiis '8
belli.
feret. ...iunâîi :
René videri,
habet.
Noinine. tu fratrem, ...
adopta .
ripis :
tremant.
amni.
VIVISCA...gentem,y
hofpitiis nunc ^'°
^ Leçon de l'édit. de Lyon et de Poelmann. — ^^ Leçon de l'Aldine. —
^3 Leçon de Poelmann. — ^4 Le Comment, de 1580 a lantiim non (faute
d'impression); le Comment, et l'édit. de 1590 ont Tantum non. — ^> Reni-
qtie, René (v. 418 et 428), leçon particulière aux édit. de 1575 et 1590. —
•6 Leçon de l'édit. de Lyon et de Poelmann. — '7 Correction admise en
marge par l'édit. de Lyon et par Poelmann. — ^8 Latijs, leçon de Poelmann.
— ^9 Correction de Vinet.— V° L'édit. de Lyon et Poelmann ont non dans
le texte, nnnc en marge.
DEUXIÈME PARTIE
CXLIX
Vers Édit. parisienne de 15 51.
443 concinofas
444 Mufœ.
445 affeôlo, veniam peto,
446 amnis
447 Aganippen :
450 Augujlus,... nati... cura
451 decoratuin
452 disciplinœ :
454 fubter laberis alueo,
455 niiiris :
456 Addam, ...rerum:
458 colonos,
459 labores
462 7ion Gallis
463 œ/ÎM
464 Duranide
465 Amnis, ...Tarneni,
471 honorent,
4'J2 meatus,
473 /o/«îs :
474 Cainœnœ,
475 ocza
476 letoq;*^^
477 fontes
478 Flumina, ...Pagorum^^
479 ripis,
481 tneat... Rhodanns
483 Omnibus aquoreœ (faute
d'impression).
483 Garunnœ.
Édit. bordelaise de 1575.
concino. Fas
mufœ. ^
affeôio. veniam peto.
amnis,
Aganippen.
Augujlus... natus... cura, ^
decoratum,
disciplinœ,
fubterlaberis alueo :
m.uris.
Addam... rerum,
colonos.
labores,
non, Gallis,
œftu.
DVRANIdey
Amnis: ...TARNEM.
honoretn :
meatus :
foluis,
camenœ, ^+
otia^'^
lœtoque
fontes,
Flumina: ...pagorum
ripis.
méat, ...RodanusY
Amnibiis œquoreœ
Garumnœ'i^
Pour que cette collation des deux éditions soignées par
Vinet soit complète dans tous ses détails, il faut ajouter que
l'édition de 1551 n'a qu'un seul alinéa, au v. 418.
f Leçon de l'Aldine.— ^ Les édit. de Bâle et de Séb. Gryphe ont natus.
— *3 Leçon de Poelmann; tous les noms de fleuves, cités dans les vers
461-479, excepté Mofella, Roclaniis, Garmnna, sont écrits en capitales
dans l'édition de 1575. — *^ Poelmann écrit Camenœ. — V Leçpn de
que
pas. — ^9 Leçon de l'édit. de 1558 et de Poelmann.
CL INTRODUCTION
Le texte de la Moselle, donné par Vinet en 1575, est
donc, à peu de différences près, ce qu'il était vingt-quatre
ans auparavant dans l'édition parisienne. Ces différences
portent principalement :
1° Sur la ponctuation. — Vinet semble abuser en 1575
des signes de ponctuation qu'il multiplie sans nécessité. Il
n'y a guère d'amélioration en ce sens qu'au vers 116; par
contre le point introduit au milieu du v. 204 constitue une
véritable faute.
2° Sur l'orthographe. — Vinet évite les abréviations : il
écrit toujours que et non q;, comme en 1 55 1 , pompas et non
pôpas, etc. L'orthographe de Poelmann a sensiblement influé
sur celle de l'édition bordelaise ; la tradition de l' Ascensiana
se fait beaucoup moins sentir qu'en 1551 ; plusieurs chan-
gements orthographiques sont empruntés à l'Aldine, alors
que Poelmann reste fidèle au texte d'Ascensius. Les seules
corrections orthographiques qui appartiennent à Vinet
sont: V. 43 qiiotiens, v. 481 Rodanits{(\m se trouvent déjà
dans l'édition d'Ugolet qu'il ne connaissait pas ; la première
est bonne, la seconde, mauvaise); v. 144, 148 ballœna,
V. 354Pro7ifea?, v. 417, 418, 428 i?e;wgne, i?e«e (mauvaises
corrections); v. 204 alacres, v. 240 faciles, v. 474 cajwewce
{Camence, Poelmann) : ces trois dernières sont bonnes.
Pour ce qui est des changements proprement dits dans
le texte, Vinet prend à Poelmann surtout et aux éditions
antérieures quelques bonnes leçons (v. 79, 84, 198, 207,
281, 365, 367, 423, 464), et quelques mauvaises (v. 374,
392, 439). Cinq corrections lui sont personnelles :
V. 262 anhelantis (leçon du B, que Vinet ne connaissait
pas); cette correction est mauvaise et Vinet ne l'explique pas
dans son Comment. C'est peut-être une faute d'impression.
V. 361 Gelbis. Cette correction, que je n'adopte pas, est
la seule oii l'on puisse noter l'influence des Lectiones. Vinet
cite et discute le texte proposé par Scaliger, sans s'y confor-
mer (voir p. CXLVII, note 4).
Les trois autres constituent des améliorations très impor-
DEUXIÈME PARTIE CLI
tantes : v. 248 conuexa; v. 290 magni; v. 438 VlviSCA.
La première de ces corrections est bien attribuée à Vinet
par Schenkl et Peiper; il a été dit plus haut (voir p. CXL)
pour quelles raisons la deuxième semble due à Vinet et non
à Scaliger; enfin tous les critiques font honneur de la
troisième à Scaliger.
Scaliger, d'ailleurs, se vante en termes exprès de cette
correction ; il s'exprime ainsi au commencement du chapi-
tre V du livre I de ses Ausonianae Lectiones : « N^on patiar
injignem labent in tant excellenti poëmate refidere, quœ
hodie in epilogo eiufdem operis legitiir :
Hœc ego viuifica ducens ab origine gentent.
« Legendum enim Viuifca. Burdigala enim Caput Bitii-
rigwn Viuifcorum; &• ita in infcriptione Biirdigalenji
legitur :
AVGVSTO SACRVM
ET GENIO CIVITATIS
BIT. VIV.
« Alioqui Vibifci, &■ Binifci fcriptnm legitur. » Voici le
texte exact de cette inscription qui se trouve à Bordeaux
au dépôt d'antiques de l'hôtel Jean-Jacques Bel, tel qu'il a
été reproduit par M. Jullian : ^
AVGVSTOSACRWl
eTgeniocviTaTis
BIT- VIV-
Cette inscription était connue longtemps avant Scaliger :
« La première mention de ce monument se trouve en i 534,
dans le recueil d'Apianus... Vinet qui vit le monument
*f Histoire d'une Inscription: lecture faite à la Société archéologique
de Bordeaux, le 12 novembre iS^t, tt Inscriptions romaines de Bordeaux,
Bordeaux, 1887, t. I, p. i.
CLII INTRODUCTION
dès 1552, en ignora toujours l'origine : le ne faurois dire
— dit-il dans son Antiquité, éd. de 1574, s. 28 — commet
s'eji tromié cete antiquité. » | Sans doute, L' antiquité de
Bourdeaitx, \\ Prefentee au Roy le treziefnie iottr d'Auril,
Il Van mille cinq cens foixante &= cinq. \\ A Poitiers, \\
de l'Imprimerie d'Engnilbert de Marnef. \\ iS6S-V || ne
renferme pas la phrase concluante qui se trouve dans la
deuxième édition de VAntiqtdté.
On lit, en effet, dans L'ANTIQVITÉ || de || BOVR-
DEAVS, Il Et de Bovrg, prefentee au Roi Charte neu-
fief me, le treziefme j| ioiir dtc mois d'Auril, l'an tnille cinq
cens foixante & cinq, \\ aBourdeatis,^ Ihor s premièrement
publiée, tnais \\ dejniis reueiie, &> augmentée, &' a cefte
a7i- Il tre imprcjjion enrichie de phtfieurs \\ figures, parfon
azf^ewr II ElieVinet. || || ABovrdeavs, |] par Simon
Millanges, rue Saint lamme, près [| la maifon de la ville.
Il 1574. Il , à la suite d'une discussion sur le fait que, dans
l'antiquité, « ceus qui lors tenoint Bourdeaus f'appelloint
Bitvriges Vivisci » (s. 22), ces lignes oii Vinet revendique
hautement la paternité de la fameuse correction : « Nul ne
doute, que le poëte AvsONivs n'ait efté enfant de Bourdeaus.
Il s'appelle Viuifque fur la fin de la Mofelle, en cette forte.
Hcec ego Viiiifca ducens ah origine genteni.
» Il eft vrai, qu'en tant que Ton a veu encore de liures
imprimés, il i a Viuifica, pour ce Viuifca, mais que pourroit
élire la ce fot mot de Viuifica? lequel ie n'ai onques douté,
qu'il n'euft efté fait par quelqu'vn qui n'auoit onque leu, ni
oui parler du nom de Vitiifcus : & ainfi n'ai fait difficulté de
foudain le rechanger. » Quand Vinet écrivait ces lignes qui
furent publiées en 1574, il ne connaissait pas encore le
« liure imprimé», les Ausonianae Lectiones où l'impudent
Scaliger se posait en correcteur de Viuifica; mais, alors qu'il
*\ Jullian, Inscript, rom. de Bordeaux, t. I, p. 5.
■ 2 In-40 Biblioth. Nation. — Rés. L K 7 1 1 12.
DEUXIEME PARTIE CLIII
a en mains et les Lecilones de 1574 et l'édition lyonnaise
de 1575, il répète son affirmation avec plus de force; dans
son COMMENTARIVS IN AVSONII VRBES (208, C), il dit
encore, à propos des Bituriges Vivisques : « Veru altero
illo Buniigalenjln vocabulo etià Aiifoni' Diinligalenjis
fe appellarat in extremo Mofella, vbi nos repofnunus
ViViSGA, pro Viuifica, viëdofo verbo : qiiod in ônibtis
noftris exeplarib' . » En 1580, dans sa Préface, Vinet fait
encore allusion à sa correction : sans s'abandonner à des
récriminations qui ne conviennent pas à son caractère, il
se borne à rappeler que Scaliger lui-même a beaucoup
approuvé le changement de vivifica en vivisca : « Qtiû
refcripjijjet Scaliger, ac niihi milita falnte afcripta, locû
illTi de Vinifca pro viuifica mire probajfet. . .» ( 1 , D.) Cette
simple constatation de fait est une exécution sommaire et
sans appel de Scaliger^.
Nous avons essayé de faire, pour ce qui concerne les
corrections apportées au texte de la Moselle par Vinet et
par Scaliger cette « enquête scrupuleuse » que demandait
M. Dezeimeris dans une note de sa lettre « A propos d'ttn
manuscrit d'Ausone », note citée plus haut. Quel est le
résultat de cette enquête?
Vinet, dès 1551 , a emprunté àl'Ascensiana les corrections
suivantes :
Vers Vers
65 Vtq;. 321 natiui.
2id> fpe£iante. ^^og popiUiunq;.
237 Vibrât is captos. 413 reddet.
316 Coriis. 429 nil.
corrections attribuées par Schenkl et Peiper à l'édition de
Lyon de 1558 qui les a simplement prises dans VAusone
de 1 55 1 . Schenkl attribue en outre à la Lyonnaise la correc-
tion Sicca fed in prima afpergis vejîigia lyinpha (v. 47),
qui appartient à la première édition de Vinet.
1 Voir p. GXXX.
XX
CLIV INTRODUCTION
Schenkl et Peiper attribuent à Scaliger la correction
Menecratis (v. 307), qui appartient à la première édition
de Vinet.
Schenkl et Peiper attribuent à la Lyonnaise les corrections
refljctis (v.463) etNiunine (v, 468), qui appartiennent à la
première édition de Vinet.
Peiper attribue à Scaliger la correction viagni (v. 290)
qui appartient à la deuxième édition de Vinet. Scaliger
proposait Magni.
Schenkl et Peiper reconnaissent à Vinet la paternité de
la correction conuexa (v. 248), qui se trouve dans sa
deuxième édition.
Schenkl et Peiper attribuent à Scaliger la correction
Vivifca qui appartient à la deuxième édition de Vinet.
Voilà la part de Vinet : quant à Scaliger, dans ses Lec-
tiones, il propose v. i hunine, correction inutile qu'il
n'adopte pas dans ses éditions, pas plus que ne l'ont fait
Schenkl et Peiper. (Voir mon Commentaire, p. 49.)
V. 359 et 361 , Scaliger propose Celbis (voir mon Commen-
taire, p. 103), qu'il n'adopte pas dans ses éditions, mais
que j'admets comme l'ont fait Schenkl et Peiper. V. 464,
Scaliger admet Concèdes, correction que j'adopte-, V. 481,
Dextrœ, correction qui me semble mauvaise. En somme,
quatre corrections en tout pour les 483 vers de la Moselle; et
sur les quatre, deux en tout qui me paraissent acceptables.
On voit que, pour la Moselle, qui seule nous occupe, « Vinet
n'a rien à perdre à l'enquête scrupuleuse » que M. Dezeimeris
demandait.
J'ai extrait du Commentaire de Vinet et des Leçons de
Scaliger tout ce qui a rapport à l'établissement du texte.
L'essentiel des remarques historiques, géographiques, etc.,
contenues dans ces deux ouvrages se trouvera dans mon
Commentaire explicatif. Réimprimés plusieurs fois, ils
l'ont été tous deux sans changement, tout au moins pour ce
qui concerne la Moselle. En tête du texte des Lectiones,
contenu dans cet Ausone de i 590, qui renferme à la fois la
DEUXIEME PARTIR CLV
Préjace où Vinet établit qu'il est l'auteur de la correction
ViViSGA et les Lectiones où Scaliger prétend que l'honneur
lui en revient, Millanges annonce au lecteur que s'il y a des
modifications, la responsabilité en revient à Scaliger lui-
même : <iHis meis precibns ille commoUis . . . correxit qiice
iam fcripferat & detraxit nonmilla*^.» Pour ce qui a rap-
port à la Moselle, je ne trouve qu'un mot changé : le texte
de 1575 avait Narbonam (I, 5); celui de i^go a. Maffiliani.
La modification est au moins malencontreuse^^. Quant aux
Commentaires de Vinet, une lettre de Scaliger citée par
Fabricius \ > prétend qu'ils ont été considérablement modifi.es
après 1580, grâce aux Lectiones: iEjtis fecimdœ editionis
commentarii ineminit Jofeplnis Scaliger p. 40^. Epijt.
Gryphum ternarii Aufoniani exptojîtîirus ad Nicoianm
Michaëliîim : Scis quam non vulgaris eruditio fit in poëmatis
Aufonii. In quibus Gryphus ternarii melioribus seui nofl:ri
Grammaticis crucemfixit, quamquamconatus omnium elufit
recondita & vélo aenigmatum fummota doârina : Nam
Syluius Ambianus nihil nifi triuiali moneta percuffit. Bonus
Vinetus non folum fibi, fed & eruditioribus, etiam in iis, qua3
plana lunt, diffidit. Et quamuis in commentario fecundo,
quod nuper pofl; ejus mortem recoélum eft, multa de noftris
leélionibus Aufonianis in fuas diatribas tranfcripferit,
nihil tamen quo dodioribus Aufonius familiarior fieret
exprompfit. » Que veut dire Scaliger par le second Com-
mentaire de Vinet? Désigne-t-il le Commentaire de 1590?
Mais celui-ci ne diffère en rien du Commentaire de 1 580*1 ^
Est-ce à ce commentaire de 1580 qu'il fait allusion, et
entend-il par premier commentaire celui que Vinet préparait
dès avant 1 55 1 , comme il le dit dans sa Préface, celui qu'il
^ « Simon Millangius typographns Leôiori », au verso du titre où on
lit : « Omnia ah Auâiore recognita ô= emendata hac poftrema editione. »
■- Voir Commentaire explicatif, p. 138.
•5 Bibl. Med. et Inf. Lat., 1. I, p. 421-422.
V J'ai cité (p. CXXXV) la phrase de Millanges qui prétend que Vinet a
corrigéetaugmentésesCommentaires après 1580: maisles Commentaires de
la Moselle et de quelques autres pièces que j'ai collationnésminutieusement
(p. ex. celui du Go'j!'/'!«s) sont exactement en 1593 ce qu'ilsétaient en 1580.
CLVI INTRODUCTION
gardait dans ses cartons alors qu'il envoyait le texte seul à
Gryphe, en 1567, celui que Jacques Salomon communiqua
à Scaliger, et où se trouvait la correction Vivisca que ce
dernier admirait tant? Le second Commentaire serait alors
le travail revu et corrigé entre 1575 et 1580 pendant les
loisirs forcés que le manque de papier faisait à Vinet : c'est
pour ce travail que nous connaissons seul, qui a été seul
publié, que Vinet aurait pillé les Lectiones . Scaliger le
prétend au moment où Vinet ne peut plus répondre et
alors que nous ne connaissons pas, pour le comparer au
Commentaire de 1580, le premier travail inédit préparé
entre 1 55 1 et 1 575. Mais, nous savons que Scaliger a volé la
correction Vivisca; il en a pris d'autres probablement aux
notes de Vinet que Salomon avait eu l'imprudence de lui
communiquer. Nous ne pouvons attacher aucune créance
à ces imputations calomnieuses : Scaliger n'use-t-il pas du
procédé familier aux filous qui après avoir dérobé quelque
objet à un étalage, sont les premiers à courir dans la rue
en criant au voleur? Souchay, qui rapporte ce passage de
la lettre à N. Michaëlius^, est partagé entre son respect
pour Scaliger et son estime pour la consciencieuse érudition
de Vinet: «Severtim quidem ac panlo iniqiiiiis jndiciimi.
Etfi enUn verbofus eft Vinetus ut qiti maxime, atqxie
habet longe phirinia qiice nihil ad rem faciant, in eo
tamen laudandus venit , quod mnltnm aperce ac laboris in
emendando Poëta noftro confuynpferit. » La verbosité de
Vinet ! C'est le grand reproche qu'on lui adresse : dans son
avis au lecteur, Tollius parle du mal qu'il a pris à couper
l'inutile de ces trop longs Commentaires : «Phirimus labor
exhaîcjtus eji in circumcidendis verbojîjjîmis Vineti com-
inentariis.» Vinet est verbeux comme l'était son contem-
porain Lambin, le savant commentateur de Lucrèce, comme
le sont tous les érudits consciencieux qui veulent expliquer
leur auteur à grand renfort de preuves et de rapprochements.
* Edit. in us» Delph., Dissert, p. XXXVJ.
DEUXIExME PARTIE CLVII
qui ne craignent pas les longs développements quand ils
leur semblent nécessaires pour amener la persuasion dans
l'esprit du lecteur. Scaliger a beau jeu à ne pas être ver-
beux, lui qui affirme sans prouver, lui qui impose son opinion
infaillible en style d'oracle : douter, après qu'il a daigné
parler, serait un sacrilège. Les traditions du prophète des
Atisonianœ Lectiones sont suivies fidèlement par les criti-
ques allemands qui font précéder leurs corrections d'un
ego sacramentel, sans les faire suivre d'une justification
nécessaire. «Moi, dis-je, et c'est assez! > Mais le lecteur
français, qui veut être respecté, comme l'on sait, ne se paie
pas de mots : une bonne démonstration à Tappui ferait bien
mieux son affaire. C'est pourquoi aux aphorismes concis de
Scaliger nous préférons les verbeux développements oîi
Viriet nous donne la raison de ses corrections et de ses
doutes; car il sait douter et confesser qu'il hésite et qu'il
ignore. D'autre part, il est bien flatteur pour le lecteur de
s'entendre dire, surtout par Scaliger, qu'il est plus docte
qu'un laborieux commentateur : « Bonus Vinehis nonfolimi
Jibi fed &= eruditioribits etiam in Us qtice plana fnnt
dijfidit. » Après avoir parcouru les patients commentaires
de Vinet, on trouve facile et indigne d'explication ce que
Vinet a permis de comprendre ; on s'indigne contre ce
bonhomme qui se défie du sens de plus érudit que lui. On
méprise l'esprit terre à terre de Vinet; Géronte, qui admire
les mots latins de Sganarelle, priserait peu la science du
médecin qui lui expliquerait tout simplement pourquoi sa
fille est muette. Les Gérontes sont légion, et le pédantisme
de Scaliger les éblouit : on admire l'audacieux qui tranche
le nœud gordien, on prend en pitié le travailleur qui le
dénoue laborieusement et qui a même l'honnêteté de s'avouer
impuissant à s'en tirer.
Sans compter l'édition de Lyon (1575), oi!i Scaliger met son
nom à la place de celui de Vinet, et les éditions de Bordeaux
(1590, 1598, 1604), où il l'impose à ses côtés, en vrai
CLVIII INTRODUCTION
parasite, un grand nombre d'Ausones « ex recognitione
lofephi Scaligeri » ont paru, de son vivant et même après
sa mort, à Genève, à Heidelberg, à Leyde, peut-être à
Anvers. L'auteur des Lectiones mourut en 1609 : une
édition, qui porte son nom, était encore publiée par la
maison Plantin en 161 2.
Parmi ces éditions, j'ai pu coUationner les suivantes :
I ) D. MAGNi H AVSONII II BVRDIG. VIRI |1 consvla- ||
RIS II OPERA. Il A lofepho Scaligero & Elia |1 Vineto denuo
recognita, di- || fpofita, & variorum notis il- || luftrata : Cetera
Epiitolaad || leôtorem docebit. || H TypiS || IaCOBI Stoer. j]
M. D. XIICMlin-16.
2) D. MAGNi II AVSONII H BVRDIGALENSIS, [| VIRI
CONSVLARIS, jl AUGVSTORVM || praeceptoris, || Opéra in me-
liorem ordinem digejla. \\ Recognita funt a lOSEPHO scaligero
lulij lî Caes. F. & inlinitis locis emendata. |! |1 HEIDELBER-
GAE, !| cIo. lo. LXXXVIII. || in-8o^^
3) D. MAGNi 11 AVSONII 11 BVRDIGALENSIS, || viri
CONSVLARIS, Il AVGVSTORVM || praeceptoris, || Operain melio-
rem ordinem digejla. \\ Recognita funt a Iosepho Scaligero
Iidij II Caes. F. & infinitis locis emendata. || || In Officina
Sanctandreana. Il cIo. lo. LXXXVIII. || in-8°.
^ Cette notation insolite signifie 1588. —Je dois à l'obligeance de
M. E. Labadie communication des éditions i), 3), 4), 6).
1 2 La Notifia de la Bipontine qui donne exactement le titre de cette
édition dit qu'elle parut chez Commelin, ce que répète Bœcking qui ne la
connaît pas. Je ne trouve nulle part, dans l'Ausone d'Heidelberg, mention
du nom de Commelin. D'autre part le titre de l'édition, imprimée « in
officina Sanctandreana » est exactement semblable à celui de l'édition
d'Heidelberg, que j'ai entre les mains. Or, on sait que la maison de Com-
melin est souvent désignée par le nom d'« officina Sanctandreana ». Les
deux éditions de 1588 que je note 2) et 3) sont deux ouvrages identiques,
différant seulement par les indications du titre. La justification est abso-
lument la même, il n'y a pas une variante à noter, pas un détail typogra-
phique qui diffère. Ainsi, v. 284, le dernier e de Pendentes est peu lisible
dans les deux; elles ont l'une et l'autre v. 273 Defper atarum. Bœcking a
négligemment coUationné son édition publiée « in officina Sanâlandreana »;
en effet elle a bien v. 203 attnnfis, v. 355 degener ire, v. 462 interfita,
alors que Bœcking prétend que attunjis ne se trouve que dans les éditions
de Raphelengius et que tous les Ausones « ex recognitione J. Scaligeri »
qu'il connaît ont les leçons degenerare et inter fita. Il aurait dû noter de
plus que l'édition de 1588 a, v. 214, la mauvaise leçon Lancados.
DEUXIEME PARTIE CLIX
4) D. MAGNI II AVSONII II BVRDIGALENSIS, 1| viri confu-
laris, Augg. || prasceptoris || OPERA, || Ex recognitione \\
lOSEPHI SCALIGERI || IVL. CES. F. || LVGDVNI BATAVORUM, ||
EX OFEiciNA PLANTINIANA, î| Apud Francifcum Raphelengium.
Il cIO. lo. XCV. Il in-i6.
5) D. MAGNI 11 AVSONII 11 BVRDIGALENSIS || V. G. ||
OPERA, I! Ex recognitione \\ Iosephi Scaligeki |j IVL. G.îîS.
F. Il Ex OFFIGINA PLANTINIANA || RAPHELENGlï. Il ClO. lo.
cv. Il in-i6.
6) Même titre, môme format; la date seule change : cIo. lo.
CXII. ^.
Bœcking a collationné, parmi ces éditions, celles que je
désigne par les numéros d'ordre i), 3), 4), 5), et en outre,
une seconde édition de Stoer, dont le titre et le format sont
identiques à ceux de la première, et qui porte la date de
«M. D. XCV. ». Il cite encore, sans les avoir eues entre les-
mains, deux éditions qui parurent chez Stoer en i 598 et
en 1608. Schweiger et la Notifia de la Bipontine ne men-
tionnent pas d'autres éditions de Scaliger que celles que
je viens de décrire ou de citer.
On comprend que Scaliger n'ait pu soigner lui-même les
diverses réimpressions de VAtcsone de 1575 qui paraissaient
à Genève, à Heidelberg, à Leyde à peu près en même temps.
Il ne semble donc pas utile de donner une collation complète
* La première édition de Raphelengius est de Leyde, comme son titre
même le prouve. La Notifia de la Bipontine cite ce titre tel que je le
connais ; mais ell» indique un autre Ausone qui aurait paru chez I3 même
Raphelengius la même année, in-24 et non in- 16, à Liigdiimiin et non à
Liigduniim Batavorum : « 1595. Lngd. 24. ap. Rapheleng. » Cette seconde
indication est évidemment erronée. — Quant aux deuxième et troisième
éditions de Raphelengius, le titre ne dit pas où elles furent publiées. La
Notitia, qui se trompe au sujet du format du volume, indique Anvers comme
lieu d'origine: « 1(05 Antv. 12 ex off. Plantin. » Pour l'édition de 1612,
elle donne cette indication incomplète : « 16 12 ex recogn. Jos. Scaligeri.
12. » Cette édition est in-16. Bœcking, qui ne la connaît pas, dit, d'après
Schweiger, que c'est un volume in- 12 publié à Anvers. Mais on sait que
François Rapheleng, gendre de Plantin, dirigea à partir de 1585 l'impri-
merie plantinienne établie à Leyde : il est donc probable que les éditions
de 1605 et de 1612 qui portent son nom ont été imprimées à Leyde, comme
celle de 1595.
CLX INTRODUCTION
de toutes les éditions qui portent le nom de Scaliger. Toutes
celles que je connais, soit pour les avoir examinées moi-
même^, soit par les renseignements de Bœcking*^, ont
emprunté à.VAiisone lyonnais de 1575 un certain nombre
de leçons communes, différentes de celles de Vinet (1575),
parmi lesquelles on peut citer, entre autres :
Vers Vers.
1 1 Noiiomagiiin. 337 fulphiirea.
33 proîapfiis. 357 permixta.
48, 55 et 363 lœiiia. 3^5 Drachonum.
204 alacreis. 368 Torta.
240 faciJeis. 4^4 Concèdes.
290 Magni. 475 ocia.
331 concepto. 481 Dextrœ.
L'édition de Stoer (1588) est la plus incorrecte que je
connaisse. Elle conservée toutes les fautes d'impression et
toutes les mauvaises leçons du premier Atisone de Scaliger
que j'ai déjà signalées (pp. cxxxvii et cxxxviii). D'ailleurs
l'édition genevoise de 1588 semble faite d'après la lyon-
naise de 1575. Le format et la justification sont identiques;
dans les deux éditions composées en italiques de même
force et de même aspect, la Moselle commence à la cin-
quième ligne de la p. 141 et finit à la vingt-quatrième de
la p. 157. L'édition de 1588 a une faute d'impression,
v. ^ig/enas, que n'a pas celle de 1575; elle écrit avec des
majuscules initiales deux mots v. 290 Etiripus, v. 402
Senatum, qui sont en minuscules dans le texte de i575i
elle emploie tantôt l'abréviation q;, tantôt elle écrit que;
elle admet v. 16 cethram, mais elle écrit v. 298 retexes,
alors que la lyonnaise a œthrâ et retexens. Elle sépare A E
(p. ex. V. 3 édition de 1575 : jEquaitit ; édition de 1588 :
AEqîiauit)\ les points et les virgules disparaissent quelque-
■ Édition de Lyon 1575, les deux d'Heidelberg 1588, celle de Genève
(Stoer, 1588), celles de Leyde (Raphelengius, 1595, 1605, 1612).
V Édition de Stoer (1595). —Je ne connais pas les éditions de Stoer
(1598 et 1608), que Boecking cite sans les avoir vues.
DEUXIÈME PARTIE CLXI
fois : V. 123 et 187, on ne voit pas après Objîdetet loqtii le
point qui est nettement marqué dans l'édition de 1575.
A la suite de VAiisone de Stoe-r, se trouve, avec la date
de « M. D. Lxxxviii », une édition des Aiisonianae Lectio-
nes «Adïeâîis prceterea, Doâîifsimontm id gemts aiUho-
rum : vtpote Adriani Ttirnebi, Hadriani hiiiij, Guilelmi
Canteri, lufli Lypjij (sic), &- Eliœ Vineti notis». Les notes
de tous ces érudits, exception faite de celles de Vinet, sont
religieusement reproduites par Millanges, à la suite des
Lectiones de Scaliger, dans son édition de 1 590. Quant à
Vinet, son Commentaire est réduit à la plus simple expres-
sion ; Tollius, et tous ceux que nous verrons se plaindre de
la verbosité de l'éruditsaintongeais, auront été charmés, s'ils
ont eu entre les mains l'édition genevoise où les notes sur
les Épigrammes, qui occupaient soixante-deux pages dans
le volume gr. in-4° de i 580, tiennent dans cinquante pages
du volume in-i6 de 1588. Je ne sais comment Stoer aurait
résumé le Commentaire consacré à la Moselle : il s'arrête
après les notes sur les Épigrammes, disant : « Et hœc ha6îe-
nus iîi librum Epigrainniatû Aîifonij . plura aliqtiando
fi Deus perfniferit : cû ab ipfo Vineto, tû ab aliis excepta
datîiri.» Peut-être Stoer a-t-il donné ces nouvelles notes
dans son édition de 1595 : je ne connais celle-ci que par
Bœcking, qui ne dit rien des notes qui peuvent l'accompa-
gner. D'après lui, l'édition de 1595 ajoviterait deux fautes
d'impression v. 1 1 1 quia (au lieu de qtia), v. 144 Atlatitico
(au lieu de Atlantiaco), et corrigerait v. 128 vtrunq; en
vtrumq;. Mais le texte de 1595 a-t-il v. 355 degenerare et
V. 462 inter fita, leçon que Bœcking attribue à toutes les
éditions de Scaliger indistinctement ? Je n'en sais rien ; ce
que je puis affirmer, c'est que ces leçons ne se trouvent pas
dans les éditions publiées en 1 588 à Heidelberg et à Genève,
éditions que Bœcking dit avoir collationnées. Quant aux
textes publiés par Stoer en 1598 et en 1608, je n'ai rien à
en dire, n'ayant trouvé nulle part aucun renseignement à
leur sujet.
XXI
CLXII INTRODUCTION
L'édition d'Heidelberg est bien supérieure à celles de
Lyon (1575) et de Genève (1588) : elle corrige la plupart
des mauvaises leçons du texte de 1575 et n'en ajoute que
deux: l'une v. 214 Laiicados, qui se trouve déjà dans
l'édition de J. Petit; l'autre, v. 203 attttnfis, qui passera
dans les éditions de Raphelengius. Celles-ci sont à peu près
identiques au texte d'Heidelberg : les variantes proprement
dites sont rares: v. 21 et 25 Baccho (pour haccho)\ v. 355
degenerare; v. 462 inter fita. Mais les textes de Raphe-
lengius imprimés en très petits caractères sont d'une lecture
difficile ; beaucoup de lettres à peu près effacées se distin-
guent mal. Les fautes d'impression paraissent nombreuses ;
je lis, en particulier, dans l'édition de 1595 : v. 2^ promis
m undas; v. 398 ptipura; v. 475 in his in dignahitur;
V.481 Rodatnis; dans celle de 1612: v. 194: rîiga motibtcs.
Cette dernière a en propre qvielques variantes d'orthographe :
v. 36 ex/tantes; v. 266 exfpirans (mais v. 340 expirante,
v. 471 Exeris)\ v. 260 lethalia (mais v. 249 letalibits;
V. 270 leti) \ V. 263 vibratus; v. 293 Prœlia; v. 372 qnemq.
(les éditions de Raphelengius abrègent que en q., au lieu
d'admettre l'abréviation ordinaire q;). Les textes sortis
de l'imprimerie Plantin sont, en somme, comme ceux de
Genève, inférieurs à VAusone d'Heidelberg qui est, à ma
connaissance, le meilleur de tous ceux qui portent le nom
de Scaliger.
La Bibliothèque de Bordeaux possède un exemplaire de
l'édition genevoise de 1 588 dont les marges contiennent de
nombreuses annotations de la main de Gilles Ménage. La
plupart sont des notes explicatives tirées et résumées des
Lectiones de Scaliger, ou des corrections apportées grâce
à d'autres textes à celui de Stoer (p. ex., v. 140 At, v. 248
conuexa, v. 3 1 7 Afflatamqtie, v. 3 1 g/cenas, v. 33 1 confepdo,
V. 336 nitentia, v. 368 Tota : au lieu de Aut, conuexa, Affli-
6laniqiie,fenas, concepto, mitantia, Torta); des remarques
peu importantes: v. 68-72 fuperfltd fiint hi qiiinqne
DEUXIEME PARTIE CLXIII
verfus; v. 279 malim incola ; v. 405 sqq. defe ipfo Aîtfonius
loquihir, etc. On peut enfin relever quelques essais de
corrections :
V. 32 vmnimine. Ménage veut lire inoHmine. N. Heinsius a
inscrit la même conjecture dans la marge ô.\m. Aiisone de 1558.
Ménage et Heinsius étaient en rapports : je ne sais si la coïncidence
de cette conjecture commune est fortuite, ou si cet essai de cor-
rection appartient à l'un des deux qui en aura fait part à l'autre.
V. 35 Nonfuperante. Exubérante ; correction inadmissible qui
ferait le vers faux.
V. 269 alïiidens. Ménage propose aJlidens, correction inutile;
allidere indiquerait un heurt et non le jeu de la soupape.
V. 349-350. Ménage propose de lire :
Sed utïhi qui tandem finis tua, glauca, fluenta
Dicere, dignandumque mari meniorare, Mofella?
Cette correction est mauvaise; elle ressemble beaucoup à celle
que Bœcking devait proposer, évidemment sans connaître la note
de Ménage.
"o^
On voit que ces notes n'ont pas grand intérêt; celles qui
concernent les autres poèmes d'Ausone ne semblent pas
plus importantes.
Enfin, avant de laisser de côté les éditions de Joseph
Scaliger « lulij Cœs. F. », il peut paraître curieux de
rechercher ce que Jules César a fait pour le texte de la
Moselle : aussi bien la faveur admirative dont il est de mode
aujourd'hui d'entourer le fils semble s'étendre jusqu'au père.
On a essayé récemment de réhabiliter le pédant auteur de la
Poétique : il serait, en France, le fondateur de la discipline
classique, et si Voltaire l'a écarté du Temple du Goût, la
postérité doit se souvenir que Jules César Scaliger, un des
premiers, a frayé la route qui conduit à ce temple : «Equidem
minime querimiir ilhini prohiberi «Jiidicii temple» a
Voltario edito, dmnmodo posteri nieminorint (sic) e primis
fuisse qui ad illud Tenvpdtim viain affectaverint . . . Nonne
habes in Scaligeri Poetice expressum ex Aristotelis corn-
nientatione et Virgilii ciiltîi qtndquid prœcipuum in hac
CLXIV INTRODUCTION
disciplina inest qtiœ classica vocaUir ?^ » Voyons comment
cet homme de goût parle de la Moselle : dans les deux pages
qu'il lui consacre^-, après avoir accordé de grands éloges
à l'art du poète, il refait un certain nombre des vers de la
Moselle, sans doute pour montrer que son art est encore
plus délicat que celui d'Ausone. Voici les vers que Scaliger
veut mettre à la place de ceux du texte :
V. 63. Quod fiiblata leui flexu crifpatur arena...
V. 82 sqq. Tu iiiïhl cœruleis ludens lafciuafub undis,
Luhrica fluinineœ Nais vêtus accola ripœ
Squamigeri gregis ede choros : patrioq; fuh alueo
Diffère perpétua florentes anine cateruas.
V. 159-160 Sic viret Ifniarius latefuper œqiiora collis
Thracia. Sic celerein pingunt vineta Garuninani,
V. 161-163 Quippe iugis pronus qua tendit in vltima cliuus
Conferitur viridi margo fluuialis laccho.
Ou bien (car il laisse le choix) :
Quippe iugis qua deuexus petit vltima cliuus,
Pingitur amnicola margo fluuialis laccho.
Scaliger ne pousse pas plus loin le corrigé des vers de
l'élève Ausone. Il suppose en avoir assez dit pour éveiller
le goût de sa classe : « Verum fcitis hcec futtira fpero ad
acuendam eiiis, qiiem /ormaimis, poetce diligentiam. »
Si Jules César Scaliger n'a d'autres titres que des correc-
tions de ce genre au grand nom de fondateur de la discipline
classique en France, on peut donner le nom de fondateur de
l'orthopédie au légendaire Procruste. D'autre part, l'héré-
dité et l'exemple paternel sont des circonstances atténuantes
pour le pédantisme de Joseph, fils et élève de Jules César.
Qtialis pater, talis filins, dit la grammaire latine que
connaissaient si bien les Scaliger, père et fils.
■ DeJ.-C. Sca/î^eriPoe/zce, thèse latine de E.Lintilhac, Paris, Hachette,
1887; Proœmiuni, p. 3; Conclusio, p. 83.
V Je cite d'après IV editio quinta, in Bibliopolio Commeliano », CIo lOC
XVII. lib. VI, p. 7£8-7C9.
DEUXIÈME PARTIE CLXV
VII
Le texte vulgaire et les travaux des éritdits
pendant le XVII' et le XVIII' siècle.
Après les travaux de Vinet et de Scaliger, la Moselle est
publiée nombre de fois, soit séparément, soit avec d'autres
pièces d'Ausone dans des recueils, soit dans les éditions
complètes des œuvres du poète bordelais; les érudits
s'occupent à diverses reprises de corriger et d'expliquer le
texte. Mais ces études et ces éditions ne sont fondées sur
aucun ms. Entre l'édition de Poelmann(i 568), qui avait eu
en mains le B, et celle de Tross ( 1 82 1 ), qui reçoit communi-
cation du G alors que son édition est presque entièrement
imprimée, et qui doit se borner à en citer les leçons dans
les dernières pages de son Commentaire et dans un Appen-
dice, il se passe deux siècles et demi ; pendant ce long espace
de temps, les éditeurs ne font que réimprimer sans notables
changements le texte de Vinet ou celui de Scaliger.
Une édition, au xvii^ siècle, et deux, au xviiiS méritent
qu'on s'y arrête : celle de Tollius ( 1 67 1 ) qui est la première
editio variorum; Veditio in usuni Delphini (1730) et la
Bipontine (1785), qui appartiennent l'une et l'autre à des
collections célèbres, et qui ont exercé une grande influence
sur les textes d'Ausone publiés pendant la deuxième partie
du xviiP siècle et la première du Xix^
A. ÉDITIONS ANTÉRIEURES A L'ÉDITION DE TOLLIUS.
a. — Les divers « Corpus » ou « Chorus Poetarum latinorum ».
Pendant la première moitié du xviP siècle paraissent de
nombreux recueils qui renferment l'ensemble des œuvres,
des poètes latins anciens. Bœcking cite les éditions du
CLXVI INTRODUCTION
« Corpus omnium veterum poetarum latinorum » publiées à
Genève en 1603, 161 i, 1627, 1646. Il a collationné le texte
de 161 1 qu'il trouve identique au texte des éditions de
Scaliger: « Has duas variantes enotavi: v. 248 connexa,
V. 355 degener ire. Nam v. 87 duraturis, v. 144 Atlantico,
V. 198 omni, v. 232 Quant, v. 237 cœptas, v. 22>9fruihis,
V. 2^"] fcopxdis (Bœcking veut dire fcopulis), v. ^j^molles
meri operarum errores habendi sunt. » Bœcking ne connaît
pas la première édition de Scaliger, sans quoi il se rendrait
compte que connexa et degener ire ne sont pas des varian-
tes, mais bien la reproduction des leçons de l'édition de
1575 Vi degener ire se trouve également dans les éditions
d'Heidelberg et de Genève (1588); molles se lit aussi, non
seulement dans l'édition de 1575, mais dans les deux
Ausones de Stoer que Bœcking connaît. Les éditions du
« Corpus » me paraissent avoir été faites d'après les textes de
Gryphe (1575) et de Stoer; celle de 1603 a paru à Lyon,
et non à Genève, comme le dit Bœcking, d'après \sl Notifia
de la Bipontine, qui ne cite que les éditions de 1603, de
161 1 et de 1627; enfin ces éditions doivent être plus
nombreuses que Bœcking ne le croit, car en outre de celles
qu'il cite, je trouve dans les catalogues l'indication d'un
«Corpus» de 1640: «Poett. Latt. sec. seriem temp. éd.
Bassseus. éd. II, Aureliae Allobrogum, 1640. 4°.»
Voici les titres des éditions du « Corpus » que j'ai consul-
tées à la Bibliothèque de Bordeaux :
1° CORPVS 11 OMNIVM VETERVM 1| poetarum lati-
norum... Il LVGDVNI II InofficinaHug. APorta. Sumptibus
loan. Il Degabiano & Sam. Girard. || M. D. C III.
2" Même titre, avec ces indications d'origine :
SECVNDA EDITIO PRIORE || MVLTO EMENDATIOR || Aurc-
lice Allobrogum, \\ EXGVDEBAT SAxMVEL CRISPINVS
Il M. D. CXI.
^ Bœcking lui-même fait d'ailleurs observer, dans ses notes critiques,
que V. 144 Ailantico se lit dans l'édition de Stoer de 1595 ; v. 248 connexa,
et 374 violles, dans les deux éditions de Stoer de 1588 et 1595-
DEUXIEME PARTIE CLXVII
Le texte de la Moselle occupe dans la première édition
les pp. 645, col. 2 — 649, col. 2, et dans la deuxième, les
pp. 648, col. 2 — 653, col. 2, pars II de ces volumineux
in-4°. Les titres des deux éditions portent cette mention :
Pofirejno accejjerunt varice leôiiones, /mon onmes prœci-
pjice tainen, inagisqiie necejfariœ . » Il y a en effet des
variantes au-dessous du texte de certains auteurs, mais il n'y
en a aucune au-dessous de celui d'Ausone.
La Bibliothèque de Bordeaux possède enfin un recueil»
qui, pour ne pas avoir le même titre que les diverses
réimpressions du «Corpus», ne laisse pas cependant de lui
ressembler beaucoup \ c'est le
CHORVS II POETARVxM 1| CLASSICORVM || DVPLEX,
SACRORVM II ET PROFANORVM || Liiftratus illuftra-
tus... Il LVGDVNIW ApudLvuovicvMMVGVET, in vico
Mercatorio, || ad infigne Prouidentige diuinœ || M. DCXVI
Il CVM PRIVILEGIO REGIS^.
Dans ces trois recueils, le texte de la Moselle n'est qu'une
réimpression peu soignée des plus mauvais Ausones de
Scaliger, celui de Gryphe ou ceux de Stoer. Les textes de
1603 et de 161 1 ont toutes les leçons de l'édition lyonnaise
^^ 1575 qui ont été déjà relevées*]', à l'exception de v. 388
veteres quœ, corrigé en veteres qui; elles ont aussi de
mauvaises leçons qui viennent du texte de Stoer, p. ex.
V. 1 1 1 qina, v. 144 Atlantico, v. ^ig fenas, etc.
L'édition de 1 603 a en outre beaucoup de fautes grossières :
Vers Vers
23 tigris, pour agris. 86 et i i2,furtiin, pour fart im.
45 vlnis, pour vluis. 121 vi, pour vis.
56 vtiq; ainus, pour vtq; 122 vluas, ]pom vlua.
cilmus. 144 Bellœna, Tpour Ballœna.
76 Intercludentes^^^ , pour 162 Lycœo, pour l^yœo.
Interhidentes. \%() fpeSles, pour fpecies.
* Ce recueil est ainsi désigné dans la Notitia de la Bipontine : « 16 16
Lugd. 4. in corp. poet. latin, ab. Alex. Ficheto. S. 1. edito. »
«2 Voir pp. CXXXVII et CXXXVIII.
*3 C'est la faute que Tross trouvait dans son édition de Gryphe de 1549,
et que je ne rencontre nulle part ailleurs.
CLXVIII INTRODUCTION
Vers Vers
191 Fulminei, pour Fluminei. 281 Nereas , pour Nereos .
222 et 232 quant, pour qiium. 284 faiiis, pour /axis.
237 cœptas, pour cœptat. 290 Eurippus , pour euripus.
239 fruitus, pour fruitur. 359 Ter^ pour Te.
247 fcopulis, pour fcopulis. 360 Fejiimant, pour Fe/?/-
273 Defperaturum, pour -De/^ nant.
peratarmn. 413 Preniia, pour Prcemia.
La seconde édition « priore multo emendatior » corrige
V. 69 ;îïfr/a en nudat; v. 86 Intercludentes en Interluden-
tes ; V. 359 Ter en Te; v. 360 Fejiimant en Fejlinant;
V. 413 Premia en Prcemia. Mais elle garde les autres fautes
de 1603, et en ajoute quelques-unes : v. 87 duraturis (pour
dtiraturus); v. 291 yEJiœq; (pour AJiœq;); v. 369 otia (pour
oftia). Elle ne diffère d'ailleurs de la première que par quel-
ques signes de ponctuation; elle a de plus v. 21 Baccho,
alors que le texte de 1603 avait baccho. Je ne sais si ces
fautes grossières ont été reproduites dans les autres réim-
pressions du «Corpus» que je ne connais pas. Mais l'état
misérable des deux premières éditions d'un recueil dont les
nombreux tirages prouvent la vogue montre à quel degré
de décadence est arrivée la correction des textes au commen-
cement du xvii^ siècle.
Le « Chorus » est peut-être plus déplorable encore : il garde
la plupart des fautes qui souillent les textes de 1603 et de
161 1 (tigris, vlnis, vtiq; alnus, Intercludentes, Ter, etc.);
il reprend de plus une mauvaise leçon de l'Aldine (v. 8 Dum
Nijjum)^ et une autre d'Ugolet (v. 314 Iiijfus ab)\ il ajoute
de plus une série de barbarismes, d'inepties, de mots qui
font les vers faux: v. 22 tacititrno; v. 47 Circafed; v. 85
Sqnammeus; v. (^A^Balbe; v. gj ptmiceus; v. \2^propinis;
V. I ^^2 fpe6iacula vitrea; v. 172 lata proteruia ; v. 224 Et
redigit paulas; v. 266 Redidit mortiferos ; v. 367 Sara-
nus, etc.
Si ces pitoyables éditions n'étaient pas datées de 1603,
1611 et 1616, si elles n'avaient pas dans leur texte, en
DEUXIEME PARTIE CLXIX
capitales, la correction de Vinet, VIVISCA, on se croirait en
face d'ouvrages contemporains de VAtisone d'Ugolet. Il était
difficile de tirer un plus mauvais parti que ne l'ont fait les
éditeurs de Lyon et de Genève, de tous les progrès que le
texte de la Moselle avait réalisés depuis un siècle.
p et y. — Les Éditions de Caen (1610) et de Pont-à- Mousson (161;).
Fabricius cite une édition de la Moselle publiée à Pont-
à-Mousson en 161 5 : « Deciimmi [Idyllium] five Mofella...
cum felcâîis TibiUli Propertiique elegiis illujîratuni a
Paido Duizio, Mujfiponti 161$. 8°... prodiit.y>
La Notitia de la Bipontine, qui reproduit cette indica-
tion, ajoute: « S ed ibidem quoqiie Aufonii epigraimnata
pljirinia, cum feleôîis veterutn ac recenfiortim, ilhiftrata
prodiere, annotante Sotichœo in dijf. prœmijfa Aufonio
fiiop. XXXVII.»
Voici en effet ce que dit Souchay, dans sa dissertation :
« Non Mofellam tantum, nti viilt Fabricius, fed &■ phirima
Cîim feleâîis veterum ac recejitiortim, petito ex optimis
quibufque Commentario, illtijlravit anno 161$. epigram-
matiim ele6lor MitJJlp)ontimis. Qui an fit Patihis Diiizius,
itt Fabricio placet, indagare nonpotiii, cum inexemplari,
qitod iinuni habere licuit, quamvis eo anno quem ille
memorat, non eadeni tanien forma edito, nufquam Ele-
âioris nomen appareret. »
Quant à l'édition de Caen, je ne la trouve mentionnée
que par Tross qui la désigne ainsi dans son Einleitung :
«Die Mosella; bei Catull, Tibull, te. Properz, Cadomi,
1610.» Tross ne connaît pas l'édition de Pont-à-Mousson,
et il suppose que c'est une simple réimpression de celle de
Caen. Bcecking ne connaît ni l'une ni l'autre ; il cite la
première d'après Tross, et la seconde d'après la Notitia de
la Bipontine.
Les deux recueils de Caen et de Pont-à-Mousson se
trouvent à la Bibliothèque nationale: ce sont deux in- 16
XXII
CLXX INTRODUCTION
catalogués, le premier Y. 1539, et le second, Y. 1540%
Voici leurs titres :
EX TIBVLLO ET || PROPERTIO \\ ELEGIiE || EX CA-
TVLLO, MARTIALE, Il AVSONIO, alijfque fcriptoribus ji tum
antiquis tum recentibus || EPIGRAMMATA SELEGTA || Et petito
ex optimis interpretibus commen- \\ tario hrevijfimè illujîrata. \\
CADOMI II Apud Adamvm Cavellivm || 1610.
Le titre du recueil de Pont-à-Mousson est le même à ces
différences près :
Le mot ET est transporté à la seconde ligne ; le mot com-
mentario est divisé ainsi : coin- \\ mentario; le nom de l'éditeur
de 161 5 est ainsi désigné: Muffiponti || Apud Melchiorem
Bernardum Vni- 1| uerfitatis Typographum. || 161 5.
Dans le premier recueil, le texte de la Moselle occupe les
pp. 451-468, et les notes, les pp. 468-51 1 ; dans le second,
le texte occupe les pp. 443-460, et les notes, les pp. 460-503.
Une longue préface « Ledori Benevolo», exactement la
même dans les deux éditions, ne donne aucun renseignement
sur les éléments qui ont servi à établir le texte des divers
auteurs dont les fragments composent l'ouvrage. Le nom de
Paulus Duizius n'est pas plus mentionné dans le volume de
161 5 que dans celui de 1610. Souchay a eu raison de faire
observer que le recueil de 1615 n'est pas in-8° comme le
prétendait Fabricius ; ce recueil n'est qu'une simple réim-
pression de celui de 1610, avec quelques variantes en fait
de fautes d'impression, tout au moins pour ce qui concerne
la Moselle, le seul texte dont nous ayons à nous occuper.
Tross, que je n'ai presque jamais consulté sans trouver
chez lui une indication fausse, prétend que l'éditeur de Caen
propose V. 32 moliniine : « Der Editor Cadom. schlàgt
tnolitnine vor y . »
S'il en était ainsi, c'est à l'édition de 1610 que Ménage
et Heinsius auraient emprunté leur conjecture moliniine.
« Je dois à M. J. Larocque la collation des textes de la Moselle contenus
dans ces deux recueils.
V Kritischer Commentai, p. 136.
DEUXIEME PARTIE CLXXI
Mais M. J. Larocque me dit n'avoir trouvé cette conjecture
ni dans les notes, ni dans le texte des deux éditions, où on
lit iHîcnimine.
Le texte de la Moselle, dans les deux recueils, est
constitué d'après les éditions de Scaliger et non d'après
celles de Vinet, comme le prouvent les leçons suivantes :
Vers Vers Vers
33 prolapfus. 262 anhelatis. 368 Torta.
48, 55, 363 lœiiia. 290 Magni. 404 Quintiliani.
102 cœnœ. 316 CorusAchates. 410 Ta^itum non.
204 alacreis. ■^yj fulphurea. 444 Miifœ.
209 fulphurei, 357 permixta. 454 fuhter laberis.
22z^ fréquentent. 361 celehratus. ^62 GallosBelgosq;.
240 facile is. 365 Drachomim. 481 Dextrœ.
D'ailleurs les deux textes corrigent les fautes d'impression
de la première édition bordelaise de Vinet (v. 167 Proba;
V. 322 crepidinœ ; v. 367 tnolle), mais ils en ajoutent bien
d'autres, dont certaines, comme v. 86furtlni, v. 413 Pre-
inia, semblent trahir l'influence du « Corpus », de 1603 ", ils
en ont en propre un grand nombre :
Vers Vers
79 Nommaq;,poni Nontinaq;. 244 dicepta, pour decepta.
193 mente, pour monte. 434 Ca^nanes, pour Camaues.
242 famine pofcit, pour flitr 470 f rente, ^o\xr fonte.
mine pifcis. 471 auris tum, pour aiiratum.
On pourrait noter d'autres fautes dans ces textes dont le
caractère est, paraît-il, souvent illisible. L'édition de 161 5
a quelques leçons différentes de celles de l'édition de 16 10;
elle corrige surtout plusieurs de ses fautes grossières :
Vers Texte de 1610.
Texte deiéi.
26 vindijjime.
vii'idijjfime.
53 arenœ.
harenœ.
63 arena.
harena.
78 Quaq;.
Quœq;.
89 Rhedo.
Redo.
1 17 fiicilis.
facilis.
CLXXII INTRODUCTION
Vers Texte de
1610.
Texte de 161 5.
197 caudicio ...
œqiior alembo.
cattdiceo ...œquora lembo
223 nauales.
nautales.
243 hu>nantia.
humentia.
281 conuertere.
conuerrere.
283 defpe£îans.
defpeôîant.
288 Abydenfretœ.
Abydeni fréta.
298 i mimer os.
innumeros.
352 quamquam.
quanquam.
354 Namq;.
Nanq;.
372 quemq;.
quenq;.
381 tnagnœ.
■magne.
389 fpaciattis.
fpatiatus.
468 Numen.
Numine.
Une seule de ces variantes, nauales, pourrait mériter
qu'on s'y arrêtât, car Barth la proposera sans d'ailleurs y
tenir : mais l'incorrection du texte de 1610 permet de sup-
poser que c'est une simple faute d'impression résultant de
l'omission du t. Au demeurant, ces deux éditions semblent
à peu près aussi négligées que les divers «Corpus».
Les nombreuses notes explicatives qui suivent le texte
expliquent peu de choses. Souchay en a extrait quelques-
unes. La seule qui semble avoir quelque importance essaie
de donner un sens à la leçon des mss., v. 221 Ptibertasqtie
amnis que Barth devait corriger : Souchay la cite pour
combattre la correction Pubertasqiie amnisque : « Nihil
autent hnnmtanduin cenfeo. Etenim pubertas amnis /?^;i^
herbœ & arbores quœ ripas veftiunt, ut re6le annotât
Mujfipont. » Cette interprétation ne semble pas admis-
sible.
En somme les recueils de Caen et de Pont-à-Mousson
donnent un texte misérable; les éditeurs ont tiré un très
mauvais parti des résultats acquis par Vinet et par Scaliger.
Leur texte conserve les traditions barbares du « Corpus » que
le « Chorus » de 1616 devait encore dépasser. C'est seulement
avec l'édition deFreher que nous trouverons un texte soigneu-
sement établi et des notes sérieuses.
DEUXIEME PARTIE CLXXIII
5. — La Mosella de Marquard Freher (lôig).
En 1619, l'imprimeur Gotthardus Voegelinus publiait une
édition de la Moselle très importante, sinon par son texte,
qui suit d'assez près celui de Vinet, du moins par ses
Commentaires, très intéressants surtout au point de vue
historique et géographique. L'auteur de cette édition de la
Moselle, Marquard Freher, connaissait, en effet, parfaite-
ment la géographie du bassin de la Moselle, où il avait sou-
vent voyagé, et l'histoire des régions dont Ausone s'occupe.
Freher, né en 1 565 à Augsbourg, fut professeur de droit
à Nuremberg ; il remplit diverses missions diplomatiques
et publia un certain nombre d'ouvrages historiques sur la
Bohême, l'Allemagne et la Moscovie. Il était mort depuis
cinq ans lorsque son édition de la Moselle parut. Dans la pré-
face qu'il a placée en tête de l'ouvrage posthume de Freher,
Voegelinus expose quel soin il a mis à recueillir et à éditer
les opuscules d'un savant estimé, à qui J. Scaliger avait fait
l'honneur d'adresser une lettre très élogieuse en 1604. Cette
préface est datée du i 5 mars 1619; la date ne se trouve pas
sur le titre de l'in-folio imprimé par Voegelinus.
D. MAGNI II AVSONII || BVRDIGA- || LENSIS |1 MOSEL-||
LA. Il cvM II COMMENTARIO |j MARQ. FREHERI || p. m.
CONSILIARII AR- || CHIPALATINI ET CVRI.E \\ Pr.ESIDIS Vi- |j
CARII : Il In quo prœter AvsONlI, niulta Av- || CTORVM aliorum,
milita veteris \\ Germanle, iUuflran- jj tur & expli- \\ cantitr. \\
Cum PriuilegioquindecenniS. Rou. || Imp. ViCARn. || TypisGotthardi
VOEGELINI*.
Dans le volume C. 6139 de la Bibliothèque Mazarine,
l'édition de la Moselle est précédée de la dissertation de
Freher sur Lupodumim^.
*Je dois à M. J. Larocque la collation de l'exemplaire de Freher conservé
à la Bibliothèque Mazarine et catalogué C. 6139.
*^ Voir Commentaire explicatif, pp. 123-124.— La Bibliothèque
Mazarine possède un autre e.xemplaire de l'édition de Freher (catalogué
263 A.) auquel la dissertation sur Lupodunum n'est pas jointe.
CLXXIV INTRODUCTION
Voici le titre de cet opviscule :
DE LVPODVNO ANTIQVISSIMO ALEMANI^E
OPPIDO COMMENTARIOLVS.
Marquardo Frehero P. M. Confiliario
Archi-Palatino et Curias prasfidii
Vicario avdtore.
AVSONIVS MOSELLA :
Hoftibvs exactis Nicrvm fvper et LVPODVNVM
Et fontem Latiis ignotvm annalibvs Iftri.
Cvm privilegio qvindecenni S. ROM.
Imp. Vicarii
Typis Gotthardi Voegelini.
Quant à l'édition de la Moselle, elle forme un volume
de 140 pages environ, dont le texte et les commentaires,
intercalés avec les vers qu'ils expliquent, en occupent 128.
Freher suit en général les leçons de Vinet, celles de 1 575 de
préférence ; il ne les abandonne que pour corriger les fautes
d'impression, comme l'édition de 1 590 (v. 167 Probra;
V. 322 crepidine; v. 367 mole; v. 410 Tantum non)^ et
pour écrire avec des majuscules initiales, comme cette
édition, v. 25 Baccho; v. 293 Caurorum. Freher emploie
le plus souvent le j initial (v. ^jacent, v. 14 jani, etc.); il
écrit cependant v. 25 iiiga, v. 155 ùigi : mais, v. 157
jugtirn. La ponctuation est sensiblement la même, mais il
abuse du point-virgule. Quand l'éditeur de 1619 s'écarte
du texte de Vinet, c'est en général pour adopter celui de
l'édition d'Heidelberg de 1588.
Vers Texte de Vinet. Texte de Freher.
I flumine. Imnine (Aus. Leél. I, i).
14 confertis. co7tnexis^.
15 cœlum. cœluni.
24 imperio. Imper io.
48, 55 et 363 leuia. lœuia. (Seal.).
1 Conjecture de Freher : « Imitatur Lucanum. Alii legunt, confertis. »
DEUXIEME PARTIE
CLXXV
Vers Texte de Vinet.
62 cœriilea.
85 interlucet.
102 cenœ.
1 I I iris.
128 vtrunque.
129 necdum.
144 et 148 ballœna.
153 baccheïa.
173 et 179 forores.
187 tegatur.
206 diem.
209 fulfurei.
240 faciles.
262 anhelantis.
271 citatos.
281 Tetliyn.
290 magni.
297 conciirrit.
313 pyrainis.
316 tôt us.
317 Affliôîamque.
327 et 384 Quinetiam.
337 fulfurea.
357 permijîa.
358 ponto.
360 qiiaui primtun.
36 1 celebratur.
368 To^a.
369 Augujlis.
372 quenque.
404 Qiiinôliliani.
410 quaniiis.
417, 418 et 428 i?en/ç»e ...René.
422 natique patrifque.
434 Cauiaues.
435 iwnc.
Texte de Freher.
cœrulea ^ .
inter lucet (Seal.).
cœnœ (Seal.).
/rzs (Seal.).
vtrumq; (Seal.).
Ballœna (Seal.).
Baccheïa (Poelmann).
Sorores.
legatur (faute d'impression).
(Ze/H (Aus. Leét., I, 4).
fiilphurei (Seal.).
facileis (Seal.).
anhelatis (Seal.).
citâtes (faute d'impression).
Thetyn (faute d'impression ?)►
Magni (Seal.).
Pyramis (Seal.).
Corus (Seal.).
Afflntainqiiey.
Qiiin etiant^*.
fulphurea (Seal.).
permixta (Seal.).
quamprimum (Seb. Grj-ph.).
celebratiis (Seal.).
Torta (Seal.).
augujlis (Poelmann).
quemq; (Poelmann).
Quintiliani (Seal.).
quaniuis (Seal.).
Rhenique ...Rhene (Poelmann).
Natique Patrisq;
Chamaues {Seh. Gryph.).
ttun.
^ Freher écrit toujours ce mot par un œ comme l'Aldine, etc.
^^ Freher restitue par conjecture la leçon du G.
^5 « Corus Achates, verior Scaligeri leiflio quam iotus Achates. Affla-
tarnqtie. Ita idem Scaliger ex prifca l'criptura reponit pro Affliôîamque . »
1^4 Qw/n efiawî en deux mots comme dans les lyonnaises de 1537, 1540,
1548, et auparavant dans l'édit. d'Ugolet, la Juntine et l'Aldine. — V.384
Ouin etiam ne se trouve que dans l'édit. d'Ugolet, la Juntine et l'Aldine.
CLXXVI
INTRODUCTION
Vers Texte de Vimet.
Texte de Freher.
437 hicornis.
iî/cor;n's.
444 miifœ.
iJfM/œ (Seal.)-
449 quum.
quuum (faute d'impression).
450 natiis.
iVa^Ms (Juntine, Aldine).
453 arâîoî.
Arôloi (Juntine, Aldine, etc.)
462 Gallis Belgifque.
Gallos, Belgosque (Seal.).
462 hiterjita.
inter Jita (Scal.,édit. Raphel.)
464 Concedet.
Concèdes (Seal.).
467 dominée.
Domince.
474 catnenœ.
Catnenœ (Poelmann).
475 ;nuj^s.
Mujis (Poelmann).
481 dextrœ.
Dextrœ (Scal.).
481 Rodanus.
Rhodaniis (vulgo).
483 ^e.
Te.
Le texte de Freher est composé en italiques un peu plus
fortes que celles de Vinet. Le mot AvsONiUS (v. 440) y est
seul en capitales : à l'imitation de Scaliger, Freher écrit
en caractères ordinaires les noms des poissons et des fleuves
et même le mot viuifca, que Scaliger écrivait en capitales;
il emploie tantôt l'abréviation q; et le signe 6», tantôt que
et et. Il abuse du tréma {vigilere, Ptoleniaïdos , etc.) et des
majuscules {Imperio, Sorores, Ponto, Bicornis, Natus,
Domince, Te). Il n'admet pas d'alinéa au v. 85.
Freher n'introduit dans son texte, correct en général
(cf. legatur, citâtes, quuum, et Thetyn, qui doit être aussi
une faute d'impression) et sagement établi d'après ceux de
Vinet et de Scaliger, que deux conjectures, v. 14 connexis,
qu'il fonde sur un vers de Lucain (Phars., III, 400), et
V. 297 concîirrens, qui est la bonne leçon du G. Les Com-
mentaires de l'édition de 1619 sont très utiles, surtout au
point de vue de l'histoire et de la géographie : on en trou-
vera l'essentiel dans le COMMENTAIRE EXPLICATIF. Freher
connaît bien la région de la Moselle (voir COMMENT,, p. 55,
note au v. 38 ; p. 75, note au v. 200 ; p. 99, note aux v. 337-
348, etc.). Il est inspiré par un patriotisme local (voir en
particulier Comment., p. 53 note au v. 12) qui donne de
l'intérêt et de la vie à ses observations, quelquefois aux
DEUXIÈME PARTIE CLXXVII
dépens de l'impartialité. Il aime à dire: «J'étois là, telle
chose m'avint», comme Boecking, dont les remarques
rappellent souvent celles que faisait au commencement du
XVlV siècle le savant diplomate d'Augsbourg.
£• — Les éditions d'Amsterdam (1621 , 1620, 1631).
A la suite de la Mosella de Freher, la Notitia de la
Bipontine mentionne les éditions suivantes d'Ausonc :
« 1621 Amjiel. 24.» et « 1629 Amjîel. 16. D. Magni Aufonii
Burdigal. opéra apud Jo. Janlïonium. » Schweiger cite ces
deux éditions (la seconde, d'après lui, est un in-24); il
indique en outre un Atiso7ie in- 12 publié à Amsterdam
en 163 1 chez Blaeu. Ces trois éditions que j'ai entre les
mains *[, sont toutes trois des in- 16. Les deux premières ont
été publiées chez Janssonius. Le format des éditions de 1 62 1
et de 1629 est identique, mais le texte est plus fin dans la
seconde. La Moselle qui occupe les pp. loo-i 1 1 de l'édition
de 1621, occupe les pp. 95-105 de celle de 1629. Le titre
est le même : le prénom seul de l'éditeur, l'orthographe du
nom latin d'Amsterdam, et la date diffèrent.
i)D. MAGNI II AVSONII II Burdigalenfis H OPERA H Amjîel-
redami |] Apud Guiljel: lanjfo. \\ A°. cIO. loc xxi.
2) D. MAGNI 11 AVSONII II Burdigalenfis H OPERA. 1; Amftel-
rodanii, j Apud loann. lanjfonium || A°. cl 3 loc xxix.
Les variantes du texte de la Moselle dans ces deux
éditions sont insignifiantes ; la deuxième corrige une faute
d'impression de la première (v. 188 comijja); elle écrit
V. 372 qiieniq;, au lieu de qitenq;, v. 392 otii, au lieu de
otij, v. Z'^~i fuh tegmine, au lieu à<à fiMegmine, v. 417,
418, 428 Rhemqiie, Rhene au lieu de Reniqxie, René, v. 12,
57,315 aër, aère au lieu de aer, aère, et modifie en quelques
* Je dois à l'obligeance de MM. G. Bouchon et E. Labadie communi-
cation dis Ausones de 1029 et de 1631.
XXIII
CLXXVIII INTRODUCTION
endroits la ponctuation. Le texte de 1629 conserve encore
certaines fautes d'impression: v. 45 tilnis^^ pour tiluis;
V. 1 1 2 ceruleîis (ce mot est écrit partout ailleurs avec un ce) ;
V. 401 nos, pour qtcos (le texte de 162 1 avait tios); v. 456 du-
bitarum. Elle en ajoute une : v. 438 Hec, pour Hœc.
La Moselle, dans les éditions de Janssonius, est constituée
d'après le texte des meilleures éditions de Scaliger; l'édi-
teur d'Amsterdam corrige toutes les fautes de Gryphe et de
Stoer (v. 10 tamen, v. 69 niida, etc.); il suit les leçons de
Commelin et de Rapheleng (v. 203 atUmfis, v. 22$ fréquen-
tant, V. 248 coniiexa, v. 263 innalido), plus spécialement
peut-être celles de Rapheleng (v. 21 et 25 Baccho, v. 354
Nanique, v. 355 degenerare). Il ne s'en sépare que pour
admettre quelques leçons de Freher, p. ex., v. 15 cœhtm,
V. 481 Rhodanus. Il écrit encore, contrairement à l'ortho-
graphe de Scaliger, v. 2,04. Syracicfii. Il emploie \e j et Vtt
initial fjacent, non iacent; ut, non vt), le v au milieu des
mots (convexa, invalido), et le V initial (Vnibra, Vtqiie).
Enfin, par inadvertance, sans doute, il écrit v. 144 balœna
et V. 148 Ballœna, v. 212 prœlia et v. 293 Prce/m ; cette
dernière inconséquence d'orthographe se trouve aussi dans
quelques éditions de Scaliger.
L'édition de 1631, donnée par G. Blaeu, est exactement
semblable de format et d'aspect à celles de G. et de J. Jans-
sonius ; en voici le titre :
3) D. MAGNI II AVSONII II Burdigalenfis || OPERA ij Amjlel-
redami \\ Apud Guiljel: Blaeu \\ A°. clo loc xxxi.
Le frontispice des trois éditions est le même : le titre est
inscrit sur une sorte de bannière dont les deux coins supé-
rieurs sont levés par deux Satyres, accroupis à droite et à
gauche. En bas, de part et d'autre du titre, se tiennent un
guerrier antique et un personnage vénérable à grande barbe
^ Cette faute se trouve déjà dans les éditions du Corpus de 1603 et
1611.
DEUXIEME PARTIE CLXXIX
coiffé d'un turban, un gros livx'e à la main, et qui semble
un docteur de la loi, La Moselle occupe les pp. 98-108 de
l'édition de 163 1 . Le texte est à peu près le même que ceux
de Janssonius; Blaeu corrige les fautes d'impression des
éditions de 1621 et 1629, à l'exception de v. 401 nos, faute
de la première, à laquelle il revient; il en ajoute de son
côté: V. 69 Qiuin, pour Qmini; v. 114 extremwn, pour
extretnmn; il écrit, comme Janssonius, v. 212 prœlia,
V. 293 Prœlia, mais il change v. 144 balœna en ballœna.
Il revient aux leçons de 1621 , modifiées en 1629 : aer, aère,
qiienque, otii, fnbtegmine, Reniqiie, René. Il admet v. 440
Nonien Latitan, alors qu'on lit, dans les éditions de 1621
et de 1629, nomen Latitun.
Blaeu semble avoir donné plus de soin que Janssonius à
l'élégance typographique de l'édition. Il ne double qu'un
seul vers (v. 128) alors que les éditeurs de 1621 et de 1629
avaient souvent recours à ce procédé quand ils rencontraient
des vers trop longs. Blaeu use des abréviations pour faire
tenir de tels vers dans une seule ligne; p. ex., v. 200 Hœc
quoq; quâ dtilces, etc.
Les éditions d'Amsterdam, on le voit, reviennent à peu
près au même ; elles n'ont fait faire aucun progrès au texte
de la Moselle; elles n'ont pas un commentaire utile comme
l'édition de Freher : mais, du moins, leur texte est presque
correct et ne ressemble en rien à ceux de Caen, de Pont-
à-Mousson et des diverses réimpressions du misérable
« Corpus » .
B. — l'édition variorum de tollius
(1671).
Les éditions de Tollius (i66g et lOji) et les travaux des érudits
du XVir siècle.
lacobus Tollius ( 1 630-1 696) a donné chez le libraire loann.
Blaeu d'Amsterdam deux éditions d'Ausone; la première,
est un vol. in- 16 dont l'aspect rappelle celui de l'édition
CLXXX INTRODUCTION
donnée en 1631 par Guiljel. Blaeu", le frontispice est le
même. Voici le titre:
D. MAGNlIlAVSONII II Burdigalenfis II OPERA || laco-
bus Tollius II ex vett. Codd. rejlituit. \\ Amjlelredami \\ Apud loan.
Blaeu. Il A°: Clo loc LXix^.
La seconde est un vol. in-S", dont voici le titre :
D. MAGNI II AVSONII 11 BVRDIGALENSIS || OPERA, Il
lACOBVS TOLLIVS, M. D. recenfuit, || ET INTEGRIS ||
SCALIGERI, MARIANG. ACCVRSII, || pREHERI, SCRIVERII ;
Il SELECTis II Vineti, Barthii, Acidalii, |i Gronovii,
Gr^VII, Il Aliorumque NOTIS accuratiffime digeftis, || nec
non & fuis animadverfionibus || illuftravit. || AMSTELO-
DAiMI, Il Apud lOANNEM BLAEV, |1 M DC LXXI.
Tollius fait précéder l'édition de 1669 qu'il dédie à son
père « Viro jufto &= niorum veteruni loanni Tollio» d'une
intéressante préface «Leâiori benevolo » , où il explique le
but de son Ansone et les ressources dont il a usé: pendant
qu'il prépare une grande édition «cton integris plerifque
Do&iJJimomni Virormn cotnmentariisy>, il a cru utile de
publier une editio tninor, sans notes, où il se borne à
corriger le texte autant qu'il est en son pouvoir. Il a
consulté deux mss., celui de l'Ile-Barbe et celui deduTillet,
qui étaient déjà aux mains d'Isaac Vossius; aucun des deux,
comme on sait, ne contient la Moselle qui nous occupe.
C'est l'édition de Scaliger, corrigée en maints passages,
qui lui a servi après les mss. à établir son texte: «Pojt
exaratos mami libros prima inihi fuit Scaligeri editio,
quant etiain nitnc tibi exibimtis, fed ab inmuneris typo-
thetarum primum vitiis repurgatatn, dein locis circiter
oâloginta tant ipforuin librortcm ope, qnam ex conjeâltira
reftitutis accuratiorem.» Il professe d'ailleurs la plus vive
admiration pour Scaliger «ingeniinn cœlejîe ilhid ac vcre
Oetcv»; il met bien au-dessous de lui Vinet «honiinem
probuni atque ertcditurîi», et, au-dessous de Vinet, Poel-
^ Je dois à M. E. Labadie communication de son exemplaire de l'édition
ds 1669.
DEUXIEME PARTIE CLXXXI
mann, dont il se plaît toutefois à reconnaître le mérite et le
zèle. Il cite également tous les érudits qui se sont occupés
d'Ausone, depuis Accurse «inaturum ac feiiile Mariangeli
Accîirjii judichiniy), jusqu'à Barth, qui «fparjlm infignem
in Adverfariis fuis opérant conferre potins conatus eft,
qtiarn contiilitr>^ sans oublier, pour la Moselle, le «politijji-
inuin conimentaritim» de Freher. D'ailleurs, il se réserve de
donner dans les notes de sa grande édition les plus utiles des
remarques de ces érudits, ces médecins du texte d'Ausone,
comme il les appelle, unies aux siennes propres.
Le texte de la Moselle est presque identiquement le même
dans les deux éditions de ToUius ; quelques signes de
ponctuation diffèrent; le petit format de l'édition de 1669
nécessite des abréviations qui ne paraissent pas en 1671 :
p. ex., V. 200 Hec qtioq; quR dulces, etc. Mais je relève
seulement les vraies variantes dont la liste suit :
Vers Édit. Tollius 1669. ÉJit. Tollius 1671.
32 niiinimine. manamine.
1 1 1 quœ. qua.
179 Vt ...freto. Ad ...fretum.
279 SuiHpfit. Sumjit.
308 arte. arce.
323 vîndicat. vendicat.
331 concepto. confepto.
350 dignandumque . dignandamque.
355 degenerare. degener ire.
365 Drachonuni. Drahoniun.
368 Torta. Tôt a.
422 natique patrifque. Natiqne Patrifqtte.
469 et 470 celebrande. celebranda.
L'examen de ces variantes montre qu'en 1671 Tollius
abandonne un certain nombre de leçons qui se trouvent dans
la plupart des éditions de Scaliger : Stimpfit, concepto,
degenerare, Drachonum, Torta. C'est d'après l'autorité
d'Ugolet qu'il adopte confepto : « Lege cum Vgoletto,
confepto giirgite. » Quœ est une innovation à laquelle il
semble ne pas renoncer tout à fait dans une note où il
CLXXXII INTRODUCTION
rappelle le v. 1 1 1 en écrivant quia, leçon d\ine des éditions
de Scaliger, au lieu de qua, leçon qu'il adopte dans son texte :
<.'. Oiiiahitea circuit Iris] Lege & diftingue : Atra fnperne
Piin6la notant ter gimi; quœ hitea circuit Iris. Nempe atra
punéta. Sed Vgolettus aliique ediderunt : Pun6ia notant
tergiim; quà hitea circuit iris, quam leétionem vulgatse
ceu corruptae preetulerim. » C'est encore d'après l'autorité
d'Ugolet que Tollius écrit celebranda : « Et hoc, & fequente
verfu, celebranda fuit in Vgoletti editione; quod ideo
amplexus fum, quia omnia fluviorum nomina in a exeuntia
ab Aufonio fequiore fexu proferuntur. » C'est sans doute
pour le même motif qu'il écrit dignandamque, innovation
sur laquelle il ne s'explique pas. Il ne justifie pas non plus
les majuscules initiales de Natique Patrisque, qui semblent
d'autant plus déplacées qu'il écrit v. 450 pater, & natus.
C'est d'après Accvirse qu'il écrit vendicat; d'après deux
corrections de Gronovius qu'il écrit ntananiine et Ad . . .fre-
tuni. Enfin arte semble être une simple faute d'impression
de sa première édition qu'il corrige dans la seconde.
L'édition de 1671 est la première édition varioruni
d'Ausone que nous possédions. Tollius en expose le plan
dans un avis au lecteur placé au commencement du volume
immédiatement après une « Dedicatio Perillujîri, Magni-
fico ac Generofo Vira, D. Florentio Cant, Reip. Goudanœ
Senatori etc. », dédicace qui ne nous apprend rien sur
l'édition et ne contient que de grands éloges à l'adresse de
Cant^. L'avis au lecteur renferme au contraire de précieux
renseignements. Tollius rappelle d'abord qu'il a promis son
édition un an et demi auparavant : on pourra maintenant
voir s'il a rempli ses promesses : « Sefquiannus efi , Benivole
Leclor, quttm Aufoniiis, multo quam JiaGlenusfuerat opéra
mea emendatior, ininori forma cxcujus eft. Promifijj'e
^ Cette dédicace est datée « Goud^e in Batavis, cIo IDC LXXI. a. d.
Kal. Iulias ». Tollius était alors directeur du collèg-e de Gouda, après avoir
été commis chez le libraire Blaev, d'Amsterdam, qui publiait les éditions
d'Ausone de 1669 et 1671.
DEUXIEME PARTIE CLXXXIIE
Uim tetnporis memiiiï, daturunt me propediem editioiiein
aliam, quœ tibi intégras Scaligeri, Acciirfii, Freheri,
circiimcifos imitili mole Vineti, & hinc inde felcSios
Barthii 6= Varioriini feu commentarios, feu notas, una
cnm ineis animadverfionibiis exhiberet. Liberaverini
fideni, nec ne, icbi hœc perlegeris, cognofces . » J'ai déjà
dit^ qu'on a reproché à ToUius de ne pas avoir exécuté sa
promesse en ce qui concerne les Diatribce d'Accurse, et j'ai
expliqué pourquoi il me semble qu'il doit avoir, au moins
pour la Moselle, donné l'essentiel de ce qu'elles contien-
nent. Tollius se plaint de l'ennui que lui ont causé, du grand
travail que lui ont rendu nécessaire (devoratiim tœdiiim
. . .phirinius labor exhmiftiis) la mise en ordre des notes
d'Accurse et de Scaliger et le soin des coupures à faire dans
le Commentaire de Vinet. Il a reproduit toutes les reinarques
de Freher, et fait un choix dans celles de divers autres
érudits, Barth en particulier : « Collegi prœterea ex diverfis,
&> inpriniis Gaspere Barthio non ofnnia, fed quœ cenfe-
bamfeleâîiora : inio nec ex omnibus. » Ce qui l'a empêché
d'être plus complet, c'est la pénurie de sa bibliothèque et
le peu de ressources qu'il trouvait dans la bibliothèque
publique qu'il avait à sa disposition : « Non enim mea
bibliotheca tant loctqjles, ut in hos ufus fufficiat ; ô= civi-
tatis noftrce publica ejiifmodi eft, ut, qui illiiis adornandœ
curam gefferint, humaniores literas hmid multum aniaffe
cenfeas. Atque hac quident occafione non poffum non
deplorare forteni meam, qui in condenfa fcholaftici pul-
veris nebula adeo hic nulla alieni Jideris luce collujîror,
ut in meris me verfari tenebris exiftimem. Soins igitur &=
abfque ullo in his literis elegantioribus exercitati hominis
confortio, librortini cumfcriptorum, tutn editorum, copia
defraiulatus, ncgotiis cumjjlurimis obrutus, unica melio-
ris fortunée fpe fubnixtis, doôloruni honiintim veftigia
follicite lego, ô= per fpinofam, & nimis quam dif[icilem
' Voir p. LXXII.
CLXXXIV INTRODUCTION
viam lentis pajjlhiis ad Eruditionis templum feftino . Ouid
hœc ad nos? inquies. Haiid nmltiini fateor. » Tollius a
raison : ses doléances et ses récriminations nous touchent
d'autant moins que nous savons qu'il s'était attiré par sa
faute les malheurs qu'il déplore; son indélicatesse lui avait
déjà aliéné un puissant protecteur, le grand pensionnaire
Heinsius, comme elle devait plus tard lui aliéner l'électeur
de Brandebourg. Ce qu'il y a à retenir de ce passage, c'est
qu'il n'a pas eu en mains d'autres mss. d'Ausone que ceux
dont il s'était servi pour sa première édition : quant aux
textes imprimés, ses notes prouvent que, sans compter les
Ausones les plus récents, tels que ceux de Vinet, de Sca-
liger,etc., il a mis à profit de vieilles éditions, celle d'Ugolet,
l'xA-ldine, etc. Après les plaintes, viennent les remercie-
ments : Tollius témoigne sa reconnaissance à Graevius,
qui lui a donné des notes, et surtout à Gronovius « ciijus
Viri ea fuit benignitas, ut queni olini ad Immaniora
Jiudia infonnaverat, mine quoque doctijjiniis fuis Emen-
dationibiis ad exornandas hafce laboris niei primitias
impertiverit». Déjà, dans sa préface de 1669, il comparait
au divin Scaliger l'érudit qu'il nomme maintenant «incom-
parabilis Grofiovhis». L'édition renferme enfin quelques
notes de l'éditeur : « Vltimzim lociim obtinentfnec merentur
aliimt) animadverfiones aliquot meœ. » Ce sont des notes
hâtives, qui se sont présentées d'elles-mêmes à son esprit,
pendant qu'il rassemblait celles des érudits, «forte oblatœ,
atque adeo inter coUigendzim deproperatœ, tantum veniœ
merentur quantum habtiere feftinationis y>. L'excuse est
médiocre, car «le temps ne fait rien à l'affaire».
Comme l'édition de 1671 est avant tout une édition Va-
riortmi, il semble utile, avant d'examiner le texte de la
Moselle qui y est donné, d'étudier tout d'abord, soit d'après
leurs recueils de remarques eux-mêmes, soit d'après les
extraits que Tollius en rapporte, ces travaux des érudits
du XVIF siècle que l'éditeur hollandais a mis à profit pour
établir son texte.
DEUXIEME PARTIE CLXXXV
On trouve dans les notes placées au-dessous du texte de
la Moselle des extraits de Barth, de Gronovius, de Salma-
sius (Saumaise), deGraevius et de Reinesius, sans compter
des passages d'Accurse, Vinet, Scaliger, etc., dont nous
avons déjà examiné les travaux,
Gaspard Barth (15S7-1658) avait, au dire de Fabricius,
composé des remarques sur Ausone, qui n'ont pas vu le
jour: «Nec Cafparis Barthii animadveriionesadAufonium
...unquam viderunt lucem, quod fciam^. » Si ces remarques
n'ont pas été publiées dans leur intégrité, nous en possédons
cependant un certain nombre. Il a déjà été parlé (p. cxxii)
des mss. de Poelmann que Barth dit avoir achetés en
Belgique : ces mss. lui donnent l'occasion de faire sur le texte
de la Moselle des observations auxquelles sont consacrés le
chapitre iil du livre XIII et le chapitre Xil du livre XIV des
Adversaria^- . Dans ces deux chapitres, l'examen du texte
va jusqu'au v. 84. Barth fait plusieurs remarques littéraires
dont je n'ai pas à m'occuper; voici quelles sont ses obser-
vations critiques :
V. I il adopte la conjecture de Scaliger, luniine*\'^.
V. 18 il propose de changer cultuinqiie en vultumque. « Mihi
diibiiim non ejî AufoniumfcripJîJJe :
...vultumq; nitentis
Burdigalœ.
Traduâiione à facie honiinis, quant in alto recognofcere ex
intervallo videuiur. Vultum de regiom dici frujlra fefellit
librarios. Sic maris \u\X.\.\^ apnd Virgil.lib. V.» Cette conjecture
subtile ne semble pas admissible.
V. 28 Barth n'est pas éloigné d'admettre la leçon duB, imitante.
« Optimum exemplar habuit imitante, quod ego contemnendum
non arbitror. »
V. 32 Barth repousse le mot munimine: « tô munimine fu-
fpeôlum nabis eji; quœ enim munimina rsflui ponti? quœquideni
^ Bibl. lat. mecl. et infim. cet., Hamburgi, MDGCXXXIV, lib. I, p. 424.
^- Les Adverfariortim Commentnriorum libri LX ont été publiés pour
la première fois à Francfort en 1624. J'ai en mains l'édition de 1648.
^3 Voir Commentaire, p. 49.
XXIV
CLXXXVI INTRODUCTION
Mofella haheat. » Mais il est peu heureux dans le choix des mots,
undamine, unimine qu'il propose à la place de la leçon des mss.^
V. 35 au texte de Poelmann :
Non fuperante vailo rapidos reparare méat us,
Barth préfère la leçon des <s.fcripti libri in qiiihus » ;
Nonfperante vado rapidos prœparare meatus...
Je ne sais à quels mss. il fait ici allusion : fperante se trouve dans
le B, le Rh et le L, et preparare dans le Reg. La leçon prœparare
se trouve-t-elle dans le Cornelij Liber? Poelmann, en tout cas,
ne la cite pas dans son édition; peut-être l'indiquait- il dans les
papiers que Barth avait achetés.
V. 37 Barth adopte interfeptiis, conjecture marginale de Poel-
mann qu'il semble prendre pour une leçon des mss. «Illud vero
certuin interfeptus ex iifdem libris reducendum; major enini res
ejî intercipi fluviuin quàm quce hîc innuitur; uhi tantùm de
ohjîaciilis interjeSlis fermo ejl.»
V. 44. — J'ignore dans quel ms. se trouve « legitimisq; non légi-
timas», leçon, qui d'après Barth «m libro uno eft». Poelmann ne
la cite pas non plus, et l'auteur des Adversaria ne se prononce
pas sur sa valeur: « Videant argutatores. »
V. 45 Barth adopte la leçon des mss. de Poelmann : « Lege
cum MS. Limigenis, quce enafcmitur putri limo. »
V. 47 Barth donne exactement la leçon du G et du B qui n'est
pas reproduite dans l'édition de Poehnann, et proposé une conjec-
ture : « FortaJJis legas :
Sicca, niji prima, /par gas vejîigia lymfa.
Sicca fint vejîigia littore fpâtiantium, niji prima, hoc ejl,
primo loco, ea fpargas limfâ. Vulgata leGiio ji ab libris non
interpolar e ejl, longe melior ejî. Sane tw prima ego puram
lymfam ad contrarium ojîendendum fubjîituere 7ion verear. » —
Ces conjectures ne semblent pas utiles. La leçon des mss. est plus
simple et vaut mieux.
V. 65 Barth rejette la leçon des mss. adoptée par Poelmann:
« Vitiofe duo Codices: ufque.-^ Il propose de l'expression ingenui
fontes une explication qui a été généralement reproduite V-
V. 68 il propose Nota au lieu de Tota ^3.
* Voir Commentaire, p. 54.
• 2 Voir Commentaire, p. 57.
■3 Voir Commentaire, pp. 57-58-
DEUXIEME PARTIE CLXXXVII
V. 71 il propose locupletibus œqua fuh tmdis. «.Hoc ejl paria,
paris coloris «S* variationis. » Encore une conjecture bien subtile :
Barth prête à Ausone, qui en est déjà assez riche, des finesses
auxquelles le poète ne songeait guère.
V. 73-74- Barth lit haut dans les deux mss. où il lit aussi
ammixtos. Il propose immijîos : € Ego verô immiftos, hoc ejl,
non permijîos temerè, fed ordine quodam naturali aut ingenuo
lesenduni duco. »
V. 80 il constate que la leçon des mss. est aut.
V. 84 «MSS. duo claris Utteris : fluitantibus amne catervis.»
Le B est le seul ms. connu qui ait cette leçon; le L a fluitan-
tibus... cateruas; le Reg, fluitantibus... carteruas. Le Cornelij
Zî6er serait donc ici identique au B. Barth ne trouve rien à changer
à la leçon des deux mss.: <s.Me auôîore nihil miitabitur.» Il
admet cependant qu'on modifie la ponctuation, pour écrire :
Squamigeri gregis, ede, choros, liquidoq; fub alveô
Diffère cœruleo fluitantibus amne catervis.
C'est avec cette remarque sur les v. 83-84 que s'arrête le
commentaire de Barth ; il est regrettable qu'il ne soit pas
poussé plus loin, moins sans doute à cause de la subtilité
extrême de ses conjectures que parce qu'il donne sur les
mss. de Poelmann des renseignements qu'on ne trouve pas
dans les marges de l'édition de 1 568. Les leçons du Cornelij
liber, citées par Barth, s'éloignent sensiblement de celles
du G et des autres mss. pour se rapprocher cependant
quelquefois de celles du Reg. Il faut, à propos de ces
mss., remarquer que Bœcking, qui n'a pas su identifier le
Geniblacensis de Poelmann avec le Bruxellensis, ne se
rend pas compte davantage que les mss. cités par Barth
sont simplement ceux de Poelmann : il a le tort, dans ses
Notes critiques, de citer à part les «2 coda. Barth».
On trouve çà et là, dans les Adversaria, d'autres remar-
ques sur le texte de la Moselle. Elles sont généralement
peu importantes.
Lib. I, cap. II. Le v. 396 est cité parmi les exemples de « tranj-
latio à texentibus, aut lanatn in fila diicentibus ■» .
Lib. VIII, cap. xvili. Le mot ciii, v. 312, est cité comme
CLXXXVIII INTRODUCTION
exemple des voculae dont on peut se dispenser de faire l'élision:
« Porro eadem etiani vocida jus hoc habet ut aliquando non
elidatur. »
Lib. IX, cap. x. A propos du v. 66, Barth dit: «Ltccere auteni
ejî calculoruni ob clarmn & profpicuian colorem.»
Lib. XV, cap. ii. Le v. 84 est cité comme exemple du sens
peu classique de disserere : « DiJJerere abfolutè pojitum pro
dicere aut fer ibère, quod rarô apud bonos fcriptores ita pofitum
inventes. »
Lib. XXIII, cap. xiv. Le v.372 est cité comme un exemple des
licences prosodiques d'Ausone: « Iti cotitrahendis nonnullis etiam
prifcoruni licentiam Aitfonius fequitiir. Prout una fyllaba eJî
Mofellœ verfu CCCLXXII. »
Lib. XXVII, cap. x. Barth revient sur le sens de tacito runiore
(v.22): « Tacitum rumoretn pro clément i inurnmre u/iirpat Ati/o-
«nis»j qu'il expliquait déjà (Lib. XIII, cap. m) par «aguœ obfcurus
fonus». (Voir aussi, Lib. XXV, cap. Vlll « rumorem Mofellœ
pro fonitu feu murmure», et Lib. XLI, cap. xxi « rumor obfcxv-
rum fonum. fonat » .)
Tollius donne enfin d'autres remarques de Barth, emprun-
tées sans doute aux notes de sa grande édition de Glaudien
(Hambourg, 1650), ou à celles de son édition de Stace
(Zwickau, 1664), que je n'ai pu me procurer; je cite la seule
qui soit importante :
V. 221 « Neceffario fcribendutn :
Pubertafque, amnifque, &■ pi6li roftra phafeli. \.
...In altéra [v. 223] minime fana eft & imi/ïtata vox nautales.
Credo fcripfiffe Poëtam : non taies. Inverfas nimirum de
proximo ludentium epheborum formas reddit fol médium cœliim
tenens...An fimpliciter fcripfit navales? Navales Jjau^ce, & navi-
gantes in mari, apud Romani oris fcriptorem Iulium Obfeq.
Prodig. cap. XXVI.»
De ces diverses conjectures de Barth, une seule est bonne
celle qui concerne le v. 221 ; partout ailleurs, il montre
trop de subtilité; il veut changer le texte à tout propos, il
^ Voir Commentaire, p. 81.
DEUXIÈME PARTIE CLXXXIX
affirme son opinion eVun ton tranchant, qui rappelle la
manière de ScaligerV
Dans les Variarum Lectiomim lihri très priorcs (Alten-
buro-i MDCXL) de Thomas Reinesius (1587- 1667), parmi
quelques notes sur Ausone, je n'en trouve que deux
concernant le texte de la Moselle : Tune (lib. I, cap. XXV,
p 1 18) prouve qu'il lisait Erubris (v. 359); l'autre (lib. II,
cap. I, p. 129) soutient contre Scaliger la conjecture A/arcî
(v 306), proposée par Poelmann^-
■ Les Observationmn libri très (Lugd. Batavorum, anno
1662) de J. Fred. Gronovius (161 1-.672) contiennent deux
chapitres (lib. I, cap. xix; lib. II, cap. XVii) entièrement
consacrés à corriger, défendre et expliquer le texte de la
Moselle. Le premier a pour titre : Atifonius ter correctes;
iQstconà, Aufonhis defenfus, alibi correaxis&illiiftratus.
V 23 Gronovius défend longuement la propriété de l'expression
tacito rumore, employée dans le sens de «murmur lahentis
fluvn».(Ub. II, cap. xvi,p. 345-346-)
^ V 29 Gronovius propose l'unportante correction ^o«, qui a ete
admise par toutes les éditions à partir de celle de Tolhus. « Ver-
• T. ^ni, nourtant citer une remarque de Barth, rapportée par Tollius,
f:i::7i" 'nots y^ ^oco fcriptan^fcripturan^, fonte
(page 43s, noie ^ly; _ Unmpyus ait de Sèerchio. Barthius. > Mais
fe^;.^:'nlfav^nirï'U^S'^Ur7dat Stte^citation fuperno. J'avais
dfnc sansTe slvo r Fautorité de Barth pour moi, quand je proposais
SoDter lalecoldu G; il est vrai que si je préfère superno, c'est pour
fu°sui« d""r«o";,/Ï?«e"e„V«SUs peu Lpomn.es „r .e se„, Je
« tacito rumore » (pp. 35 et 461)-
• ^ Voir Commentaire, p. 91-
CXC INTRODUCTION
bum, potes, Jiic importiinum ejl. Naviger, promis, irai tate,(^«<?</Me,
enim patitur fenfus to imitante, quod ex Ms. probat Barthius
lib. XIII Aclverf. cap. 1 1 .) fimile adjedtiviim requirunt, quod
fuit oliin, potis: rivos trépide potis asquiperare. Ut infra: Quis
potis ïnnumeros...» (Lib. I, cap. XIX, p. 148.)
V. 35. Gronovius propose une correction beaucoup moins
heureuse que la précédente. Il conclut d'une longiie discussion
sur le sens de vadum que ce mot signifie «.locus brevibus aquis».
Ce sens du mot le détermine à modifier le vers ; « Scripjit vero
Aufonius :
Nonfperante vado rapidos fuperare meatus
Cogeris.
Hoc ejl, non in aôîmn agit te vadum fperans emicare, emer-
gereque & inhibere liberos rapidofque meatus fluminis, quia
prope abeji ab ejus fuperficie.» (Lib. I, cap. Xix, pp. 149-151.)
— L'explication me semble forcée, et la correction inutile.
V. 316 Gronovius se moque de l'interprétation de Corus Achates
donnée par Scaliger (de Coro Achate habet aliquid vir illujîris
in leCiionibus, &■ hijîoriolam profert, quœ tamen non eji ex
veterum thesauris), il rejette la conjecture de Saumaise, et
suppose qu'Ausone avait écrit ses vers tout autrement qu'on ne
les lit dans les mss. «Puto autem fcriptum fiiijfe olini:
Spirat enim teôîi tejîudine vera magnetis ,
Afficîamqiie trahit ferrato crine piieUam.
'G Màyvriî ôf ô [layTOT/iî 6° ^ [xayv^.Tiç dicunt Grœci... EJi autem
duplex hoc notnine lapis: verus ille qui ferrum trahit... & alius
quidem facie argentea... Ad diJîin6lionem igitur horum dixit
Aufonius vera magnetis. Ut verae iafpides, verae fmaragdi...
Corripuitque primant propter mutam cum liquida. Aftidiam
maloex Vinetilibris quam affiatamex Puhnannianis. Videntur
enim hoc fuppofuiffe, tum ut refponderet tô) fpirare, tum quod
illud effet infolêtius.» (Lib. I, cap. XIX, p. 152-153-) — Vera
magnetis fait le vers faux ; cette leçon s'éloigne du texte des mss.
et n'offre pas un sens satisfaisant. Vinet dit bien que des exem-
plaires récents portent «.afflidla & affiâîa»; mais je ne trouve
affiôia dans aucune édition, et Gronovius est le premier qui
admette cette mauvaise leçon.
V. 405-414 Gronovius commente et modifie tout ce passage.
Comme il fonde ses corrections sur des raisons historiques, ce
n'est pas ici le lieu de les discuter: je renvoie aux pp. 117 et 118
du Commentaire où ce long passage des Obser vatio nés (Lih. II,
cap. XVII, pp. 346-353) est examiné.
DEUXIEME PARTIE CXCI
Telles sont les remarques, concernant le texte de la
Moselle, qui se trouvent dans les Observationes . Tollius
en donne plusieurs autres dont j'ignore l'origine ; peut-être
étaient-elles inédites, et est-ce de leur communication qu'il
témoigne tant de reconnaissance à Gronovius :
V. 32 « Lego : & bivio refluus manamine pontus. Id ejî, mare :
qiiod non imafoluni via comineatjine reditu, ut flumina ,fed quod
accelfum liabet ô» recejfum. Deleùîatur ea forma vocabuloruin,
ut hoc ipfo carminé : Gaudet fimulamine. Et : celfas fluvii deco-
raniina villas. 6° ; tenui libamine Mufae. » — Cette correction
excellente a passé dans presque toutes les éditions.
V. 179 & Lego : Ad commune fretum. In ripa quaji comtnunis
aquce. » — Excellente correction, presque universellement adoptée.
V. 206 « Dum/peôiat. Quis ille? videturfcripjiffe : Qui fpeâat
tranfire.» — Cette conjecture a le tort de s'éloigner du texte
des mss. ; il semble qu'on peut rendre le vers intelligible sans y
introduire le mot qiti^.
V. 213 « Malim : Niliacee claflis latiasque trirèmes. » — Cette
correction, inspirée sans doute à Gronovius par le v. 675 In média
classes aeratas, Actia bella, du livre viil de V Enéide, me semble
d'autant plus inutile qu'Ausone veut, je crois, établir un contraste
entre les galères d'Octave et les innombrables flottes de Ciéopâtre.
V. 215 « Scrihendum : Mylaea. »Y
V. 218 Gronovius écrit qualis, comme Accurse : « Qualis,
inquit, nauniachiœ pulfus innocuos, &■ pugnas jocantes réparât
pontus, &c. »
Tollius n'emprunte que quatre notes à Saumaise : l'une
(p. 376, n. 84) concerne la imistcla; la seconde (p. 396,
n. 184) défend la correction Marci contre l'audacieuse
conjecture de Scaliger^^ : <■< Lege : Marci ^ro quo codices
fcripti vitiofe Margi vel Marges prœferunt, ex quo nefcio
quem Mapvéa fibi hariolatiis eji Scaliger. » La troisième
(p, 398, n. 190) a trait à la confusion qui s'est établie entre
Dinochares et Dinocrates'\^. La dernière (p. 399, n. 191)
est la conjecture citbi ( v. 3 1 2) que Tollius cite sans l'adopter.
• Voir Commentaire, pp. 76-77. '3 Voir Commentaire, pp. 88-91.
*2Voir Commentaire, pp. 79-80. *4 Voir Commentaire, pp. 92-94.
CXCII INTRODUCTION
Il aurait pu tirer encore des Claiidii Salmasii Exercita-
tiones in Solimcm (2 vol. in-fol., Paris, 1629) un certain
nombre de conjectures et de corrections que Bœcking
rapporte dans les notes critiques de son édition de la
Moselle :
V. 136 corpora au lieu de tergora {Exercit., p. 940).
V. 149 tnagnoqiieJionor additus[\Q.<^on an G] {Exercit., ■ç-9\o).
V. 316 Doras Achates, Afflatamque {Exercit., p. 575).
L'éditeur de 1671 ne cite de Graevius qu'une correction
inutile : v. 467 Doininœ] Leg. Doinini.
Ce sont ces notes empruntées à divers érudits qui font
l'intérêt de VAiisone de Tollius. L'éditeur annonce, comme
on l'a vu, dans sa Préface qu'il en ajoute peu de personnelles.
Parmi ces dernières, voici celles qui ont rapport à la consti-
tution du texte de la Moselle :
V. 35 Tollius défend la leçon yif/>era«fe ; « to fperante venit a
lihrariis non advertentibus literam v , qiice per compenditun
folet fuperfcribi . »
V. 37 il approuve, sans l'adopter pourtant^ la conjecture de
Poelmann, Inter/eptus: « lnterieptu.?>Pulmann. ad oramfuœ edit.
Quod non difplicet. »
V. 68 il admet dans son texte la conjecture de Barth, Nota au
lieu de Tota : « Probo, Nota. Facile, ut alibi notajfe niemi>ii,
priniœ ver/us literœ depravari potuere. »
V. 71 (S. Mali m : Delicias hominum locupletum : quasque sub
undis... »
V. III il justifie par l'autorité d'Ugolet la leçon qua, qu'il
reprend, après avoir hasardé quœ dans son texte de 1669.
V. 140 il admet a^, d'après Poelmann.
V. 193 il propose, sans l'adopter, perfudit à la place de per-
fundit. Schenkl fera entrer dans son texte la conjecture de Tollius^.
V. 206 il voit une lacune dans ce passage et propose un vers
supplémentaire ^ ^ .
V. 223 il défend nautales contre Barth : « Nihil mutandum
Nam nec nautarum, nec nauticas, nec navales pojjit vim novi
hit jus vocabuli exprimere. »
^ Voir GoMMEXTAiRE, p. 74. — ^2 Voir Commentaire, pp. 75-76.
DEUXIÈME PARTIE CXCIII
V. 242 il supprime toute ponctuation entre le v. 241 et le v. 242,
qu'il écrit ainsi :
Heii maie clef enfos pénétrait fltimine pifceis !
Il s'applaudit avec raison d'avoir supprimé le point, le point-
virgule, ou la virgule, qui, dans les éditions précédentes, séparait
les deux vers et les rendait peu intelligibles : « Ita ut dijiinxi, &
emendavi, legeiidiim ejje nemo nifi àiAouatÔTepoc negaverit. Pifcis
in pifceis viutavi ne iterum errori prœberet anfam, quamvis
veteres itafcripjijfe Grammatici notent. » Les éditions de Bâle
et de Lyon (1537, etc.) avaient àé]k pifceis. Tollius ne semble pas
les connaître.
V. 281 il donne plusieurs exemples à l'appui de la leçon
converrere.
V. 297 il approuve, sans l'admettre dans son texte, la leçon
concurrens.
V.. 312 il propose de lire qiiadro cuji: «Ego cuji prceferam.
Antiquos enim quis, quuius, 6» quoius, quuji <&• quoji declinaffe
certain efl, quœ deinde in quoi «S* cui contraéJa funt. » Mais il
garde, dans son texte, qiiadro cui.
V. 331 « Lege cum Vgoletto, confepto gurgite. »
V. 337 « Proxime ad veruni editio Vgoletti, g»œ fulminea^ro
fulphurea exhibuit. Lego fluminea. » Tollius a raison de reprendre
fliuninea, qui est la leçon des mss. Mais il se trompe, quand il
dit que l'édition d'Ugolet admet fui mi tiea; c'est bien fi iiminea
qu'on y lit.
V. 388 il abandonne le texte vulgaire, ueteres qui iUuftrat,
pour admettre celui des mss. de Poelmann : « Multo prœfiantius,
quod in duobus Puhnannianis, veterefque illuftrat Athenas.
Quapropter ita edere non dubitavi. »
V. 437 il approuve ici encore le texte des mss. de Poelmann,
tmus, qu'il adopte.
V. 452 Pofi tempora] «In Pulmanniano fuit, munera. Vtra
glojfa fit, non liquet. »
V. 469-470 il écrit celebranda en se fondant sur l'autorité
d'Ugolet, confirmée par ce fait que, dans Ausone, tous les noms
des fleuves terminés en a sont du genre féminin.
&>^
On trouve enfin, dans les Omissa Cominissa (p. 798) une
conjecture à propos du v. 302 patrii pepulere dolores :
« nialim repulere » .
Dans ces remarques, Tollius fait souvent preuve de sens
XXV
CXCIV
INTRODUCTION
critique^; mais, comme il convient au compilateur d'une
édition variorum, il se défie de ses propres conjectures
et n'ose guère les admettre dans son texte, qui est, à vrai
dire, celui de Vinet et de Scaliger. Son édition de la Moselle
est fondée sur celle de Vinet; quand il l'abandonne, c'est le
plus souvent pour suivre les leçons de celle de Scaliger. Il
use encore assez souvent des textes de Poelmann, de Freher
et d'Ugolet.
Dans le tableau de variantes qui suit, je cite le texte de
Vinet d'après l'édition de 1 575-1 580, celui de Scaliger,
d'après l'édition d'Heidelberg de 1588.
Édit. ToLLius ié"i.
lumine (Freher).
cœlictn (Freher).
Baccho (Poelmann).
potis (correct. Gronov.).
œquiperare {Gïorvo'v . , Aldine).
inanamine (correct. Gronov.).
prolapfus (Seal.).
exJlantes(P otlmSinn exjianteis) .
limigenis (Poelmann).
cœrulea (Freher) 1^.
Nota (correct. Barth).
inter lucet (Seal. , Freher).
cmn (Seal.).
cœnœ (Seal., Freher).
Iris (Seal., Freher).
utrumque (Seal., Freher).
At (Poelmann).
balœna (Poelmann Balœna).
Ballœna (Freher).
Rhodopen (Poelmann).
Probra.
fylva (Vinet 1^90 fyhia).
fol (Seal.).
Vers Édit. Vinet ij8o.
I flmnine.
15 cœluni.
25 baccho.
29 potes.
29 œquiparare.
32 munimine.
33 prœlapfus.
36 extantes.
45 liinigeris.
62 cœrulea.
68 Tota.
85 inter lucet.
100 quum.
102 cenœ.
1 1 1 iris.
128 vtrunqiie.
140 Ant.
144 ballœna.
148 ballœna.
158 Rodopen.
1 67 Proba (faute d'impression).
168 Jilua.
178 Sol.
•[ Dans sa note au v. 65, il commet une singulière inadvertance. Poelmann,
qui admet Vfque, écrit en marge : « Ita C. G. non Vtque. » Tollius qui
écrit Vtque, et qui ne dit rien d' Vfque, écrit en note : « Duo Pulmanniani
Ita lesrunt pro utque. » Il semble croire que la leçon des mss. de Poelmann
est Ita.
•2 Tollius écrit toujours cœrulea, cœruleo, etc.
DEUXIÈME PARTIE
CXCV
Vers Éait. ViNET 1580.
179 Vt.
204 alacres.
206 tranjire diem.
209 fulfurei.
212 amores.
221 amnis, 6f.
240 faciles.
242 defenfiis...pifcis.
259 Exultant.
262 aiihelantis.
266 expirans.
279 Sumpfit.
290 magni.
293 Prœlia caurorum.
296 pœne.
306 Margei.
313 pyramis.
316 ^o^j<s 4c/m^es.
317 Affliéîamque.
322 crepidinœ (faute d'impr.)-
323 vindicat.
337 fnlfurea.
340 expirante.
350 dignandunique.
354 Nanque.
357 permijîa.
361 Gelbis.
361 celebratur.
367 )uo//e (faute d'impression).
372 quenque.
388 veteres qui.
404 Quinôîiliani,
410 Tantutnnon... quanuis.
411 Parfuerit.
415 dilata lande.
417 Reniqtie.
418 et 428 i?eue.
422 natique patrifque.
434 Camaites.
437 î;no.
444 mufœ.
Édit. ToLLius 1671.
^c£ (correct. Gronov.)-
alacreis (Seal.).
tranjire, dein (Freher).
fidphurei (Seal.).
amnifque, & (correct. Barth).
facileis (Seal., Freher).
defenfos. . .pifceis (Seb . Gryphe)
ExfuUant (Poelmann).
anhelatis (Seal., vulgo).
exfpirans (Poelmann).
Sumjit (Poelmann).
ilfrto^«i (Seal.). '
Prœlia Caurorum (Seal.).
/>enè (édit. Lyon, 1558).
Marci (d'après Saumaise).
Pyramis (Seal., Freher).
liera Mao-nef/s (corr. Gronov.).
A ffiôîanique (correct. Gronov.).
crepidine.
vendicat (d'après Accurse).
fulphurea (Seal.).
exfpirante (Poelmann).
dignandainque .
Namqiie (Seh. Gryphe, etc.).
permixta (Seal.).
Cé'/&« (Seal., ^ws. Leciî.).
celebratus (Seal.).
mole.
quemque (Freher).
veterefque (d'après les mss. de
Poelmann).
Quintiliani (Seal., vulgo).
Tantum jion.. .quamvis (Seal.).
Prœfuerit (correct. Gronov.).
dilata &■ laude (note en marge
de l'édit. Poelmann).
Rhenique (Freher).
Rhene (Freher).
Natique Patrifque (Freher).
Chamaves (Freher).
unus (ms. de Poelmann).
Mufœ (Seal.).
CXCVI INTRODUCTION
Vers Èdit. ViNET 1580. Édit. Tollius 1671.
453 araoi. ArBoi (Freher).
462 Gallis, Belgifqiie. Gallos, Belgafque.
464 Concedet. Concèdes (Scai.).
468 Tarhellius. Tarbellicus (d'après Accurse).
469 et 470 celebrande. celehranda (d'après Ugolet).
471 Exeris. Exferis.
474 afpirare camenœ. adfpirare {VoQlmann) cainœnœ
(édit. Lyon, 1558).
481 dextrœ Rodanus. Dextrœ (Seal., Freher) Rho-
danus (Freher).
On voit que toutes les fois que Tollius se sépare du texte
de Vinet, c'est pour adopter celui de Scaliger, de Freher,
de Poelmann, d'Ugolet, ou ses propres corrections et celles
des érudits qu'il cite dans ses notes. Je relève deux inno-
vations orthographiques, sur lesquelles il ne s'explique pas
dans ses notes : Amores, et Exferis. C'est sans doute pour
être conséquent avec lui-même qu'écrivant celebranda, il
corrige v. SSO dignandumque en dignandanique, et je pense
qu'il emprunte la correction qu'il admet, v. 462 Gallos,
Belgafque, au texte légèrement amélioré de Freher, Gallos,
Belgofq;.
Tollius conserve la même division en alinéas que Vinet ;
il écrit comme lui Ifiri (v. 106) et Hijîri (v. 424), ciim
(v. 100 et 1^2) et quum, partout ailleurs : mais Freher, avant
Tollius, avait reproduit ces singularités. La ponctuation de
Vinet et de Tollius est à peu près la même : v. 242 cependant,
Tollius, comme on l'a vu, explique dans une note pourquoi
il change la ponctuation adoptée avant lui. Enfin, il y a
quelques différences dans l'emploi des i et des u : Vinet
écrit vt, conuerrere, maior, iubas, etc., et Tollius : ^it,
converrere, major, jubas, etc. Tollius écrit Pompejani,
Bajas, alors que Vinet admet Pompeiani, Bâtas.
En somme, malgré la timidité dont il fait preuve, Tollius
donne un texte de la. Moselle assez satisfaisant : c'est le texte
de Vinet habilement amélioré, grâce aux notes et aux
corrections des érudits du xviF siècle.
DEUXIÈME PARTIE CXCYII
Nous aurions une édition d'Ausone bien plus audacieuse
que celle de ToUius, si le célèbre Nicolas Heinsius avait
publié celle qu'il projetait, comme nous l'apprend son bio-
graphe P, Burmann : « Si longior ipfi fuperfuiffet vita, edere in
animohabuerat... Aufonium, ut patet exGronoviiEpift.430
ad Heinf. T. III Syllog.^. » Les Adversaria d'Heinsius
publiés en 1 742, plus de soixante ans après sa mort (7 octo-
bre 1681), par les soins de P. Burmann, ne contiennent
que peu de remarques se rapportant au texte de la. Moselle :
ces quelques essais de correction ne peuvent permettre de
préjuger ce qu'aurait été l'édition. Voici, en effet, tout ce
que je trouve dans les Adversaria :
Lib. I, cap. vin, p. 83: « Idem [Aufonius] Mofella (vf. 372.)
Mille alii, prout quemquefuus inagis intpetus iirgitet.
Eujidem loquendi modum in hoc ipfo Aufonii poëmate (vf. 79.)
librariorum culpa opinor exfulare,
Nomina qiiae ciinâîos numerofae Jîirpis aliimnos
Edere f as.
Editio Aldina, Nomina quae & cundos. PoJJis, nomina quae
cundis alumnis, vel nominaque & cundos alumnos. Arridettameu
impenfe,
Noniine qitemqtie fuo numerofae Jîirpis alumnos
Edere f as. t>
Lib. III, cap. XVI, p. 533: «Etiam apud Aufonium Mofella
reponendum videtur :
nie autemfcopulis fubj'eëîas promis in undas
Inclinât lentae convexa cacumina virgae
Infutos efcis jaciens letalibus hamos.
Non connexa cacumina, nec Indutos efcis hamos. Etfi nec illud
damnanduui plane, aut ImpHcitos, quod Aldi Manutii editio
expreffit. Sed ipfe Aufonius non alio videtur vocare, qui epifiola
ad Theonem,
Et jacula &> f undas & nomina villica Uni,
Colaque &> infutos terrenis vertnibus hamos.»
• P. Burmanni... de Vita... Nicolai Heinfii... Commentarius, p. 56,
en tête de Nicolai Heinsii... Adversariorv.m libri IV, nv>jqv\m
ANTEA EDITI, Harlingae, cIo Id ce XLII.
CXCVIII INTRODUCTION
Enfin, Heinsius cite (Lib. III, cap. xvil, p. 547) le v. 337
Qitid quae fulphurea (Aid. fluntinea) fîibftriiôla , etc., de
manière à montrer qu'il ne connaît pas de mss. de la. Moselle,
puisqu'il prend flutninea pour une simple variante de
l'Aldine.
Les deux essais de corrections au texte de la Moselle
qui se trouvent dans les Adversaria ont peu d'impor-
tance; il est cependant probable que si ToUius les avait
connus, il en aurait fait son profit pour son édition. Mais
l'ouvrage était inédit, à supposer même qu'en 1671 il fût
déjà composé, et il aurait été imprudent de confier de l'inédit
à un homme aussi peu délicat que ToUius ; au demeurant,
Heinsius connaissait bien Tollius, puisque, au moment de
son départ pour l'Italie, il avait pensé à se l'attacher comme
secrétaire : on l'en avait détourné, en lui disant que Cor-
nélius Tollius, le frère du futur éditeur d'Ausone, avait été
chassé pour vol, de chez Isaac Vossius, quod Lavernae
facris manu Jiniftra ejjet operatus, dit Burmann, le bio-
graphe de N. Heinsius. Tollius semble ne pas avoir gardé
rancune à Heinsius : il le cite souvent avec éloges dans ses
notes ; en particulier, dans une note au v. 3 1 2 de la Moselle,
il renvoie le lecteur au Prudence que N. Heinusis venait de
faire paraître en 1667 : «Vide, Ji lubet, EruditiJJ. Heinfinm
in fuis ad ijlum poëtam notis. »
En même temps que N. Heinsius rédigeait ses Adver-
saria, il jetait de nombreuses notes sur les marges d'un
exemplaire de la Lyonnaise de 1558, qui est aujourd'hui
conservé à la Bibliothèque de Leyde^ et dont Bœcking a eu
communication. Il est évident que les conjectures que l'on
y trouve ne doivent pas être considérées comme définitives;
ce n'est qu'un premier brouillon auquel il ne faut pas attacher
une importance exagérée, sous peine de faire, du savant qu'on
a appelé le restaurateur des poètes latins, un destructeur
du texte de la Moselle.
• Peiper, qui s'est servi de cet exemplaire, dit qu'il est catalogué 758 F 1 1
(Praefafio, p. LXXXVIIII).
DEUXIÈxAlE PARTIE
CXCIX
Voici, en effet, les notes manuscrites de N. Heinsius que
Bœcking reproduit :
Vers
12 forte his, pour hic.
32 forte molimine, pour mu-
niiniiie.
37 Interfeptus , pour Inter-
ceptus.
42 leg. mulorifin, & fie Schef-
fer de milit. nauali^.
47 leg. in prima radis vel
pateris, feriias lymplia.
49 forte Siemens.
51 cara, pour cura.
52 Foetaqiie iaéîuris cui.
65 inriguis, pour ingenuis.
66 forte Vibrant Jï patiuntur
aqiui.
68 'Lo^a vet. ms.'^^
73 leg. lenta.
79 Nomine quemquefuo (com-
me dans les Advers.).
80 forte aiit ille finat.
83 forte liqiiidique.
84 fluitantis.
Vers
86 leg. praeteneris... arijlis,
vel Vifcera praeieneris.
91 z'/a; rt(5?e 5araMï. Mais H. re-
nonce à cette correction,
et ajoute : « Nil opus ■> ^ 3 .
359 Molibus hic caefis (?).
374 die, pour dia.
378 forte parens, pour potens.
387 iox\.Q.fe6îatory-ç.fpectator.
391 leg. extrema (ou externa)
ad carmina.
402 forte procerumqiie fena-
tum.
425 iy/c, pour Haec.
433 fi'idet, Tpourfundet.
435 certus, pour vents.
439 Belgarum ,hospitii non^^ .
446 furores, pour Jîuores.
448 inihi, pour ;«eï.
457 0"^^ modo.
467 domini.
468 Tarbellicus.
La simple lecture de cette liste de corrections, proposées
par Heinsius, montre qu'elles sont pour la plupart inutiles.
Il en est même qui me semblent absurdes, par exemple,
V. 359 Molibus hic caefis. Heinsius a-t-il réellement pro-
posé cette variante? J'ai cité la remarque de Schenkl, à
■ Scheffer, De Militia naiiali vetertim, Upsalae, 1654, p. 326. — Voir
Commentaire, p. 55.
■- Il paraît que Bœcking a lu à tort vet. ms. au lieu de vel mo. C'est
Schenkl qui l'affirme: « Ne quis ex Bœckingii adnotatione ad v. 68 coni-
ciat Heinsium veteri quodam Mosellae libro usum esse, scito Heinsium in
exemplari Lugdunensi 'Lota vel Mo' scripsisse, itaque aut 'Lota' aut
'Mota' proposuisse, utrumque absurde. » (Prooemiiim, p. XLVI.)
•3 V. 2g4 hifu, d'après Schenkl et Peiper.— V.216 Cumne, v.22>2caitales
(pour nouaîes) et v. 340 aeftn expirante (pour aestu spirante), d'après
Peiper qui admet cette dernière correction.
•4 Bœcking ajoute: « Quid pro praec . vocab. mniûcsL pos ititm sit legi
nequit. »
ce INTRODUCTION
propos de la manière fantaisiste dont Bœcking a lu la note
au V. 68. Je serais tenté de croire que l'éditeur de 1845 a
aussi mal lu ce qu'Heinsius avait écrit en marge du v. 359.
En tout cas, Heinsius aurait souvent bien fait d'ajouter à
ses conjectures le «Nil ojncs» que Bœcking relève à la
suite de la correction au v. 91 . La note au v. 32 se rencontre
avec celle de Ménage, comme je l'ai déjà fait remarquer'.
La conjecture au v. 37 Interfeptus et la correction au v. 468
sont déjà dans l'édition de Poelmann. La conjecture œjîu
expirante (v. 340) a été adoptée par Peiper; v. 387 Heinsius
n'admet pas spectator, ce dont je ne saurais le blâmer,
puisque je n'admets pas davantage cette leçon: il préfère
sectator, qui diffère peu du texte des principaux mss., et
qui peut bien être la vraie leçon, mais que je n'adopte pas.
(V. Commentaire, p. 1 1 1 ). En somme, ces notes marginales
n'ajouteront rien à la réputation d'Heinsius, et je suis per-
suadé que, s'il avait donné l'édition qu'il projetait, il n'en
aurait fait passer que bien peu dans son texte.
L'édition de 1671 a servi de base à un certain nombre
d^Ausones publiés au XVIIP siècle, et même au commence-
ment du Xix^. Je ne m'occupe pour le moment que du texte
de Maittaire qui parut en 171 3. Maittaire suit, en effet, à
peu près exactement les leçons de Tollius dans son recueil
des anciens poètes latins, intitulé:
OPERA II ET H FRAGMENTA || VETERUM j] POETA-
RUM LATINORUM || profanorum & ecclefiafticorum.
Il LONDINIW ApudJ.NiCHOLSON, B.TOOKE & J. TONSON.
il MDCCXIIL
La Moselle occupe les pp. 1307 col. i — 13 10 col. i du
vol. II de ce recueil in-folio. Bœcking, qui fait observer
•[ Voir p. CLXIII.— On peut supposer que Ménagea eu connaissance de
la conjecture de N. Heinsius, car ces deux érudits étaient en rapports. Je
trouve, dans les ^Egidii Menagii Mifcellanea (Pariliis, MDG. LIL), p. 78,
une épigramme grecque adressée par Ménage à N. Heinsius, et, dans le
Liber adoptivus, qui est imprimé à la suite, pp.48et49, deux poésies latines
dédiées par N. Heinsius à Ménage.
DEUXIEME PARTIE CCI
que Maittaire adopte même la ponctuation de Tollius, ne
relève que ces variantes :
Vers ÉJit. de Tollius. Édit. de Maittaire.
29 œqiiiperare. œquiparare.
193 perfundit. profundit.
392 otii. otî.
441 extremos inter,. exfremos, inter,.
Le texte de Maittaire est évidemment une reproduction
de celui de Tollius; mais, pour être complet, il faut, en
outre des variantes relevées par Bœcking, noter deux fautes
d'impression: v. 122 obfcuros (au lieu de obfcuras) et
V. 266 brachia (au lieu de branchia). On peut aussi
remarquer deux fois l'usage de Vi au lieu du j (y. 215
Pompeiani, v. 346 Baias) alors que Tollius écrivait Poni-
pejani et Bajas, et, deux fois aussi, l'usage de l'accent
circonflexe, v. 256 Dexterâ, v. 370 hôc, alors que Tollius
écrivait Dextera et hoc.
C . Veditio in usum delphini ( 1 730)
ET LES ÉDITIONS QUI EN PROCÈDENT (175O-1782).
Cinquante-neuf ans après l'édition de Tollius, en 1 730,
paraissait à Paris un Atcsone qui est le dernier ouvrage
dont se compose la collection in usum Delphini, qu'avait
inaugurée en 1671 , l'année même de l'édition de Tollius, la
publication des Panegyrici veteres, due à J. de la Beaune.
Voici le titre de cet Ausone destiné à l'instruction du
Dauphin, et qui ne fut publié qu'une trentaine d'années
après la mort de l'élève de Bossuet :
D. MAGNI II AUSONII i| BURDIGALENSIS || OPE-
RA. Il INTERPRETATIONE ET NOTIS || illustravit ||
JULIANUSFLORIDUS,CAN.CARNOT.||/Z75St7||CHRIS-
TIANISSIMI REGIS || IN USUM \\ SERENISSIMI DEL-
PHINE Il Recenfuit, fupplevit, emendavit, D iffertationem de
Vita & Scriptis Aufonii \\ fiiafqiie [Animadverjiones adjunxit
XXVI
CCII INTRODUCTION
Joannes-Baptista Souchay, Il Regiœ Infcript. &■ Human.
Litter. Academiœ Sociiis. \\ PARISIIS, || Typis JacOBiGuerin,
ad Ripam Auguftinianorum. || M. DCC. XXX.
Dans la Prœfatio Editoris, Souchay raconte par quelles
vicissitudes cette édition a passé. Julien Fleury, chanoine
de Chartres, qui avait déjà donné à la collection un Apulée
en 1688, travaillait à VAiisone : on avait composé et tiré les
cent soixante premières pages de cet in-4°, quand le mariage
du Dauphin mit un terme aux éditions entreprises à son
usage. Les libraires, qui n'étaient plus soutenus par la
subvention royale, reculèrent devant les frais, et on cessa
d'imprimer VAuso7ie, qui en resta à sa vingtième feuille.
L'édition semblait définitivement condamnée, Fleury lui-
même était mort depuis trois ans, lorsque en 1 728 l'impri-
meur Jacques Guérin, plus désintéressé que ses confrères,
confia le soin de parfaire l'œuvre de Fleury à Jean-Baptiste
Souchay, chanoine de Rodez, qui était alors âgé de quarante
ans, et qui faisait partie depuis 1726 de l'Académie des
Inscriptions.
Souchay reprit le travail de son prédécesseur, corrigeant
le texte, complétant et améliorant les Commentaires de
Fleury. Pour corriger le texte, il use des éditions qu'il peut
se procurer et de deux mss. de la Bibliothèque Royale, où,
bien entendu^ la Moselle ne se trouvait pas ; pour compléter
et améliorer les Commentaires de Fleury, il a recours à tous
les travaux des érudits depuis Accurse jusqu'à Tollius. Une
Dissertation préliminaire est consacrée à une étude sur la
vie, les œuvres et les éditions d'Ausone : il a déjà été dit
que Souchay est un de ceux qui reprochent à Tollius de ne
pas avoir reproduit, comme il le promettait, toutes les notes
d' Accurse *[ . Il se montre très sévère pour l'édition de Tollius :
« Once res diiœ, fides minùne liberata, & coinphira quce
Poëtce luceni attulijjent, propter lïbroriun pemiriam,
omijja, efficere mihi videntiir, ne Tolliana editio fit
omnibus numeris abfoUita. » Ce jugement semble d'une
1 Voir p. LXXII.
DEUXIÈME PARTIE CCIII
sévérité d'autant plus déplacée que l'édition de 1 730 doit
beaucoup à celle de 1671 . Bœcking a pu dire avec raison :
«Prope ad exemphim ToUianuni accedit hœc editio niinis
laudata. » Mais Souchay juge l'édition de ToUius si peu
définitive qu'il ne s'étonne pas de voir que des érudits en
aient promis d'autres : « Itaqtte non miror curiofam fed
haôîejms exfpeâîatavi, ut docet Olaiis Borrichius dijjert.
de Poëtis, fpopondijje loannem Blajiwn JtLrifconfulhim
Amfielodamenfem; ac etiamniun /pondère umnn e Btirdi-
galenjîs Academice fociis. » L'académicien bordelais qui
préparait un Aiisone se nommait Belet. La Bibliothèque
Françoife {Mai & Juin 1726, p. 52) annonçait ainsi son
ouvrage : « Il fixe le temps auquel ils [les ouvrages d'Au-
sone] ont été compofés, il rappelle les occafions qui les ont
fait naître; les perfonnes qui y ont donné lieu. Et tout cela
eft rempli de traits de critique et de perfonalités littéraires
fort intereffantes. » UAiisone de Belet n'a pas paru, non
plus que celui du jurisconsulte hollandais * : pour ce dernier,
Soucha}', d'ailleurs, aurait dû désespérer absolument de le
voir publier, puisque Borrichius place la promesse de cette
édition « haélenus exfpe&ata » avant la publication de celle
de Tollius : « Aufonii editio feleâiior eft Jof. Scaligeri,
&> Elise Vineti. Spopondit curiofam Jo. Blafius, JCtus
Amftelredamenfis, quœ, quantum confiât, nondum vidit
publicayn luceni. Editns quoqiie efi Aufonius Amfielr. ex
rece)ifione]3.cohiTol\iicit}nnotisvariorîcm, Anno 1671 y.»
L'édition de 1 730 se termine par un certain nombre de
remarques personnelles de Souchay « Editorïs Animad-
verfiones », qui sont souvent en désaccord avec les notes qui
accompagnent le texte. La Moselle commence au bas de la
p. 295 et se termine en haut de la p. 333. Les leçons sont
* La Bibliothèque de Bordeaux possède un volume de manuscrits de
Belet, qui contient une vie d'Ausone et des notes sur plusieurs ouvrages du
poète bordelais ; mais on n'y trouve pas les matériaux de l'édition annoncée
dans la Bibliothèque Françoife.
V Olai Borrichii Dijfertationes Acadeinicce de Poetis, anno 1683,
Francofurti; Dijfert. II, p. 73-74.
CCIV
INTRODUCTION
presque toujours les mêmes que celles du texte de Tollius.
Voici le tableau des variantes de ces deux éditions :
Vers Édition de 1671.
Édition de 1730.
29 œqiiiperare.
œquiparare.
36 exjîantes.
e.xtantes.
48 le via.
lœvia'i.
62 cœrulea.
cœrulea ^ ^ .
71 Deliciafque hominutn
Delicias hominuin lociiple-
locupletes.
tutn.
85 inter lucet.
interlucet.
1 1 1 qtia.
quœ.
1 17 mullis.
Mullis.
140 At.
Aut.
144 balœna.
Balœna.
148 Ballœna.
Balœna.
j68 fylva.
Jilva.
178 et 222 fol.
Sol.
206 traiijire, dein.
tranjire diem.
212 prœlia.
prœlia 'li.
215 Potnpejani.
Pompeïani.
221 amnifque.
amnis.
242 defenfos... pifceis!
def en/us . . . pifcis !
279 Siimfit.
Sumpfit.
290 Magni.
magni.
297 concurrit.
concurrens.
309 noâiua.
Noâiua.
316 î;era Magnetis.
Corus Achates.
317 Affiâîamque.
AffliSîamque.
323 vendicat.
vindicat.
336 nutantia.
nitentia.
337 fulphiirea.
fluminea.
350 dignandamque.
Dignandumque.
361 Celbis.
Gelbis.
392 O^ïï.
otî.
412 fortuna/uum.
fortuna, tiium.
4 1 3 Prœmia, jam .
Prœmia jam,.
431 nymphis.
Nymphis.
469 et 470 celebranda.
celebrande.
474 adfpirare cauiœnœ.
afpirare camenœ.
• Dans l'édit. de 1730, ce mot est toujours écrit avec un œ. — '^ Dans
l'édit. de 1730, cœrulea, ccertiletis, etc., sont toujours écrits avec un œ. —
•3 Par une inconséquence bizarre, l'édit. de 1671 a v. 293 Prcelia, et celle
de 1730, Prœlia.
DEUXIÈME PARTIE CCV
L'édition in nsiim Delphini a presque toujours la même
ponctuation que celle de ToUius : j'ai signalé une variante
(V. 41 3) ; on peut remarquer aussi que v. 241 , Fleury n'admet
pas la suppression des deux-points due à Tollius. Fleury
attribue des majuscules initiales aux mots qui commencent
une phrase après un point, un point d'exclamation ou un
point d'interrogation (p. ex. v. 350 Dignandumque), ce
que son précécesseur ne fait pas toujours; enfin, l'éditeur
français écrit toujours Unde, Jam, etc., et non Vndey
lam, etc.
Quand l'éditeur de 1 730 abandonne les leçons de Tolhus,
c'est le plus souvent pour adopter celles de Vinet. Il
emprunte à Scaliger les leçons lœvia, Corus Achates; à
Poelmann, les leçons Mullis, Balœna, otî, Nymphis. Les
autres variantes ont pour origine des notes de Tollius que
l'éditeur de 1730 résume dans les siennes; mais, plus
audacieux que Tollius, il fait entrer dans son texte des
leçons que son prédécesseur se bornait à proposer sans les
admettre.
V 71 Delicias etc.. «Itafcribe cuin ToU{o.->-> (Voir p. cxcii.)
V 1 1 1 qnœ. « Sic lege, & interpiinge cmn Tollio. Quœ refertur
ad punda illa atra. * Quce est la leçon de la première édition de
Tollius, leçon qu'il abandonne en 1 67 1 , pour écrire comme Ugolet.
(Voir p. CXCII.) ,. . .,
V 297 concurrens. L'éditeur de 1730 ne dit pas pourquoi il
adopte cette correction de Freher. Il est probable que c'est a cause
de la note où Tollius approuve concurrens, sans l'admettre dans
son texte.
V. 336 nitentia. Tollius, qui écrit nutantia, se borne a citer une
note de Vinet : « Legitur & nitentia. » L'éditeur de 1730 explique
pourquoi il adopte la leçon nitentia : « Id ejî fulta. Letlto-
neni hanc malo, quant nutantia, quod mihi parum appofitum
videtur. » -, 1 1
V. 337 fluniinea. L'éditeur de 1730 dit qu'il reprend la leçon
d'Ugolet; il fait d'ailleurs remarquer que Tollius la cite inexacte-
ment. (Voir p. CXClll.)
V 412 Errorenifortiina, tumn. Tollius citait cette conjecture
de Gronovius, sans l'adopter. L'éditeur de 1730 s'en empare : « Sic
letro & expono ad nienteni Gronovii. »
CCVI INTRODUCTION
C'est donc, on le voit, à l'édition de Tollius, aux notes
comme au texte, que Fleury emprunte le plus volontiers.
Les notes de Fleury ne sont guère que le résumé de celles
de Tollius : il cite de seconde main Vinet et Scaliofer :
p. ex., note au v. 481 , il répète « Majfiliam îifqite », au lieu
de « Narbonam tifque », ce qui prouve qu'il n'a pas eu
recours aux premières éditions des Lectiones, mais simple-
ment à la citation que Tollius donne de celle de 1590%
Fleury ne se borne pas à citer les remarques des érudits,
comme faisait Tollius, il ajoute souvent son opinion person-
nelle. On a vu fp. CLXXXV) la conjecture de Barth au v. 18,
que Tollius reproduit sans observations; l'éditeur français
écrit : « Barthius non temere fufpicatiir Aiifoniuni fcrip-
fiJJ'e vultum 11011 cultum. Viiltiis loci [xsTasopr/.wç eji ejus
prima fpecies. »
C'est à des remarques de ce genre que se réduit le
travail personnel de Fleury; quelques-unes de ses notes
sont consacrées à l'éloge de V « Interpretatio » qui accom-
pagne et prétend expliquer le texte. Ainsi, dans la note
au V. 35 Non fiijierante vado, Fleury écrit: « Senfns eft
apertijjlnms queni exprejfi in interpretatione. » Cette
« Interpretatio » n'est pas fort utile : elle délaie les passages
faciles d'Ausone et n'éclaircit pas ceux dont le sens est
obscur. On peut en dire ce que S. Reinach dit très bien des
traductions latines d'auteurs grecs : « Il faudrait une bonne
fois renoncer à ces trad. latines qui permettent d'imprimer
et de traduire ce qu'on ne comprend pas, en rendant
obscitrum per obsciirhis^^. »
J'ai déjà dit que Souchay a imprimé à la fin de l'édition
de 1730 des «Editoris Animadverfiones » qui contredisent
souvent les notes de Fleury : on trouve, en particulier, un
exemple frappant de ces contradictions à propos de l'expli-
cation des V. 409-414^- Dans ces «AniinadverJÎ07ies»,
• Voir COMMEx\TAIRE EXPLICATIF, p. 138.
V Manuel de Philologie, tom. I, p. 30, 2^ édit. Paris 1883.
^,5 Voir COJIMENTAIKE EXPLICATIF, p. I l8.
DEUXIÈME PARTIE CCVII
les notes critiques, ayant rapport au texte de la Moselle,
sont peu nombreuses et médiocres :
V. 12 Souchay fait observer que Freher, cité par ToUius, a
tort d'attribuer au v. 640 du vi'-' 1. de l'Enéide les leçons Purior
hic campis aer. Il rectifie lui-même inexactement Purior hic
campos cether (au lieu de Largior hic, etc.); de plus il semble
proposer Purior hic cauipos, etc., ce qui est une mauvaise conjec-
ture : tout au moins, il cite ainsi les premiers mots du vers en tête
de la note dont ce vers fait l'objet.
V. 18 il défend la leçon cultumque contre Barth.
V. 35 il défend contre Barth et Gronovius la leçon Non fupe-
rante, etc. c Vulgata autem cum feiifum planum habeat non
foUicitanda. »
V. 64 Souchay écrit fremunt , en tête de la note, au lieu de
tremimt. Est-ce une conjecture? il ne le dit pas; une faute d'im-
pression? elle n'est pas relevée dans les Emendanda.
V. 196 Souchay écrit delufas navita au lieu de derifus sans
autre explication. C'est une inadvertance et non une conjecture.
V. 237 Vibratis cœptat digitis. a Malle m vibratos. Senfus ejf,
puellam extendere, digitorum ope, ad oram frontis crinesferro
ujîulatos & xmdatim colleClos. » Vibratos cœptat est, en effet, une
leçon préférable à Vibratis cœptat.
V. 2\oJam vero. Souchay défend le texte reçu contre la conjec-
ture d'Accurse, vere.
V. 306 Marci. Il défend avec Saumaise cette conjecture de Poel-
mann contre Scaliger, ce que Fleury faisait déjà dans ses notes.
V. 316 Corus Achates. Il adopte cette conjecture et explique
fpirat «quod Achat is fignum Jlc erat affabrefatlum, ut vivere
&= fpirare videretur».
V. 317 Affliôlanique. «Legendtim omnino Afifidam/eu Affixam,
fcilicet Coro Achati e inagnete puellam ferreani. » AffiGlam est
la conjecture de Gronovius, adoptée par ToUius; Affixam est une
conjecture, peu heureuse d'ailleurs, de Souchay.
V. 235 Ouid quœ fluminea. «Sic nojier, fuadente Tollio qui
veterem tainen leêîionem fulphurea in textu fuo retinuit. Hanc
ego mallein.»
Quant aux notes explicatives de Souchay, elles n'ont pas
grand mérite. Fleury avait pris tout ce qu'il avait pu aux
notes de l'édition de Tollius ; Souchay met à contribution le
Commentaire de l'édition de Pont-à-Mousson, probablement
parce que Tollius ne la connaissait pas et qu'il lui avait été
GCVIII INTRODUCTION
facile, à lui-même, de la consulter à la Bibliothèque royale.
J'ai déjà dit (p. CLXXII) que Souchay lui emprunte en
particulier une explication inadmissible du sens de Piiber-
ta/que amnis, destinée à défendre la leçon des mss. contre
la correction de Barth.
En somme, malgré les efforts de Fleury et de Souchay
r«editio in usum Delphini» ne donne guère qu'une répé-
tition du texte de la Moselle de Tollius et des notes qui
accompagnent ce texte. Cependant, probablement à cause
de la célébrité de la collection à laquelle elle avait l'heu-
reuse fortune d'appartenir, cette «editio nimis laudata»,
comme dit Bœcking, a exercé une influence prolongée.
Gorpet disait encore, en 1842, dans la Notice qui précède
sa traduction: «C'est sans contredit, malgré ses défauts, la
meilleure édition d'Ausone.» Bœcking a établi la liste des
éditions de la Moselle du xvili« et du XIX^ siècles dont le
texte est fondé sur celui de Fleury et de Souchay,
Je vais passer en revue celles de ces éditions qui ont
paru au XVIIP siècle, en commençant par VAiisone de
Wetsten, que Bœcking n'a pas collationné. Cet Atisone,
publié en 1750, fait partie d'une collection in-i6, élégam-
ment imprimée, sans notes ni préfaces, et qui comprend les
principaux auteurs latins: César, Horace, Juvénal et Perse,
Ovide, Plante, Salluste, Tacite, Térence, Virgile, etc.
Voici le titre de V Atisone :
D.MAGNI 11 AUSONII 11 BURDIGALENSIS |I OPERA, H
ex doctor: Virorum \\ Emendatione. |j AmSTEL^DAMI j] apud J.WeTS-
TENIUM, 1750^-
Le texte de la Moselle qui occupe les pp. 1 13-124, est
constitué d'après celui de 1730. Il ne s'en écarte que
rarement; l'orthographe est la même à peu de choses près:
V. 48, 55, 363 l'édition de 1750 a levia (Tollius) au lieu
de lœvia; en général cœrulea (Tollius), etc., au lieu de
cceriilea, etc., excepté v. 112, 141, 283,011 elle admetcceru-
» Je dois à l'oblig-eance de M. Dezeimeris communication de son exem-
plaire de VAusone de 1750.
DEUXIEME PARTIE CCIX
leus, etc., comme l'édition de 1730; v. iGSfylva (ToUius),
au lieu de Jilva ; v. 2 1 2 prœlia (Tollius), au lieu de prœlia;
V, 215 Pornpejani (Tollius), au lieu de Pompeïani. Il y a
quelques différences dans l'emploi des majuscules: v. 178
et 222 fol (Tollius), V. 290 Eiiripus, v. 475 Mufis, au lieu
de Sol, eiiripus, mtifis. Wetsten n'emploie les abréviations
que lorsque l'exiguïté de son format les rend nécessaires
(p. ex., V. 127 Teq;, v. 272 amnë). La ponctuation serait
identique, si Wetsten n'abusait des deux-points (v. 25 Bac-
cho:, V. 45 ulvis:, etc.); les variantes peu nombreuses,
sont, excepté v. t,t,'] fulphtirea, leçon empruntée à Tollius,
de simples fautes d'impression :
Vers Édit. de 1750.
Édit. de 1750
42 maloriitn.
majorum.
78 fuccedunt .
fecedunt.
194 ahfens.
ahfena.
224 redigit.
redegit.
258 aëre.
aëre.
397 fubtegniine.
fub tegmine.
Le texte de 1750 n'est donc qu'une répétition, souvent
incorrecte, de celui de 1730.
Il faut mentionner pour mémoire l'édition de l'abbé
Jaubert, qui est accompagnée d'une traduction extraordi-
naire, « ein elendes Machwerk », dit Tross qui, cette fois,
ne se trompe pas. La Notitia de la Bipontine donne ainsi
le titre de cette édition : « 1 770. Parif. 1 2, 4 voU. cum gal-
lica verfîone Tatiberti, Abbatis, & auéloris vita. » L'inepte
traducteur se nomme Jaubert et non Taubert; son ouvrage
est daté de 1769 et non de 1770; en voici le titre :
ŒUVRES II D'AUSONE II TRADUITES EN FRANÇOIS [|
par M. l'abbé Jaubert, de l'Académie || Royale des Belles-
Lettres, Sciences & || Arts, établie à Bordeaux. || A PARIS,
chez Delalain || MDCCLXIX.
Le texte de la Moselle et la traduction qui lui fait face
occupent les pp. 2-75 du troisième de ces quatre volumes
xxvti
CCX INTRODUCTION
in-i2. L'abbé Jaubert nous dit {Discours préliminaire,
p. Ixviij) qu'il a suivi le texte de l'édition de 1730 : « La
meilleure [édition] & c'eft celle que nous avons fuivi (sic)
eft celle qu'a donné (sic) à Paris M, l'Abbé Souchay, avec
l'interprétation latine de M. l'Abbé Fleuri, » Cependant,
le texte de 1769 s'écarte quelquefois de celui de 1730
(p. ex., V. 45 liniigeris au lieu de liniigenis). La traduction
ne permet pas de deviner si le traducteur lisait liniigenis
ou litnigeris. Il est inutile d'insister sur un texte établi
sans critique; quant à la traduction, elle est honteuse. Il
suffira de dire que, gêné sans doute par ses souvenirs bibli-
ques et animé d'une foi robuste aux miracles, l'abbé croit
que V. 427 mare purpureuni signifie la mer Rouge, où le
Rhin accru de la Moselle va déverser ses flots.
En 1 770, laiV/05eZ/e était imprimée àMannheim, pp. 43-77
du premier volume in-8° des actes d'une Société savante de
l'Allemagne occidentale. Voici, tel que le donne Bœcking,
le titre de cette édition que je ne connais pas :
Beitrsege \\ zur Sittenlehre, Oeconomie, Arze- [|
neiwissenschaft, Naturlehre und Geschichte || Aus
den II Westlichen Gegenden Teutschlands. || Erstes
Stiick. Il Mannheim, 1| Bei C. F. Schwann. || 1770 *.
Bœcking relève dans cette édition les variantes suivantes
par rapport au texte de 1 730 :
Vers Édit. de 1730. Édit. de 1770.
29 œquiparare. œquiperare.
32 tnanamine. munimine.
48 etc. lœvia. levia.
62 etc. cœrulea. cœrulea.
71 lociipletum. locupletes.
140 Aut. At.
148 Balœna. Ballœna.
168 Jilva. fylva.
179 Ad commune fretum. Vt commune freto.
', Bœcking écrit ce titre en caractères gothiques ; la Notitia de la Bipon-
tine le donne en caractères romains.
DEUXIÈME PARTIE CCXI
Vers naît, de 1730. Édit. de 1770.
206 fpeBat ,tranfirediem. fpeBat tranfire, dein.
221 Puberta/qneamniStOf. Pubertafque, avinis, &>.
232 aliimnœ. alutnnœ.
242 defenfus . . .pifcis ! defenfos . . .pifceis !
259 Exfultant. Exultant.
293 Prœlia. Prœlia.
297 concurrens. concurrit.
300 hoc. hac.
308 arce. arte.
316 Corus Achates. vera Magnetis.
317 Affli6lamque. AffiGlamque.
331 conjepto. concepto.
336 nitentia. nutantia.
337 flti7ninea. fulphurea.
355 degener ire. degenerare.
365 Drahonum. Drachonum.
368 Joto. Torta.
392 o^î. O^/î".
412 /or^wna, tnum. fortuna,fuum.
413 Prœmiajam, vert. Prœmia, jam vert.
474 came«ce. camœnce.
Abstraction faite de deux fautes d'impression évidentes
(v. 232 ahimnœ, v. 300 /tac), presque toutes les fois que
l'éditeur de Mannheim s'écarte du texte de 1 730, c'est pour
adopter les leçons des deux éditions deTollius : les variantes
desv. 32, 179, 308, 331, 355, 365, 368 sont empruntées à
l'édition de 1669, les autres au texte commun des deux
éditions de 1669 et de 1671, à l'exception de la leçon
V. 259 Exultant, qui appartient aux éditions vulgaires, anté-
rieures à Tollius. V. 221, il n'y a qu'une simple différence
de ponctuation entre les éditions de 1 730 et de 1 770. V. 241 ,
l'éditeur de Mannheim supprime, comme Tollius, tout signe
de ponctuation après profundo. V. 412, il écrit fortttna,
fimm, comme l'édition de 1669-, celle de 1671 n'a pas de
virgule entre fortwia et fitimi. Bœcking fait remarquer
qu'il y a d'autres variantes dans la ponctuation des éditions
de 1730 et de 1750, mais il ne les juge pas assez importan-
tes pour les relever.
CCXII
INTRODUCTION
C'est aussi le texte de l'édition de 1 730 qui est donné, à
peu de différences près, dans le vol. I du recueil in-8° de
Wernsdorf intitulé :
POETAE II LATINI MINORES jj || curavit || lO.
GHRISTIANVS WERNSDORF. |! ALTENBVRGI. || EX OF-
FIGINA RICHTERIA. MDCGLXXX.
Laissant de côté les différences de ponctuation qui sont
peu importantes et les changements de la majuscule ou de
la minuscule initiale de certains mots, Boecking note les
variantes suivantes :
Vers ÉJit. de 1730.
1 1 et 395 inclyta.
29 œquiparare.
36 extantes.
46,53,289,295Zïï^ora,etc.
48, 55 et 363 lœvia.
53, 63, 85 harenœ, etc.
62,84, 1 12 cœrulea, etc.
71 Delicias...locupletum.
85 interlucet.
86 pr ce tenero.
96 inlaudata.
140 Aut.
204 alacreis.
2i2 prœlia.
221 P liber ta/que amnis.
222 Sol.
279 Sumpjit.
296 pêne.
297 concurrens.
317 Affliâîamque.
336 nitentia.
337 flwninea.
350 Dignandumqiie.
352 qiianqiuim.
361 Gelbis.
397 fnbtegmine.
412 tuum.
413 Prœinia jant, vert.
469 et 470 celebrande.
481 Dextrœ.
Èdit. de Wernsdorf.
inclita,
œquiperare.
exjiantes.
litora, etc.
levia.
arenœ, etc.
cœrulea, etc.
Deliciasque... locttpletes.
inter lucet.
prœtenero.
illaudata.
At.
alacres.
prœlia.
Pubertafque, amnij'que.
fol.
Suinjit.
pœne.
concurrit.
Afflatamque.
niitantia.
Julphurea.
dignandamque.
quaniquam.
Celbis.
fubteniine.
fuuni.
Prœmia, jam veri.
celebranda.
dextrœ.
DEUXIÈME PARTIE CCXIII
Quand Wernsdorf abandonne les leçons de l'éditeur de
I 730, c'est presque toujours pour adopter celles de Tollius.
II emprunte probablement à Vinet les leçons alacres, pœne,
dextrœ; à Poelmann, les leçons litora, arenœ, illatidata,
quaniquam,ftMcmine; à l'Aldine, les \<t^ons prœtenero,
Afflatamque (qui se trouve aussi dans l'édition de Freher)-,
à Ug-olet, la leçon iuclita, qui se retrouve (v. 395 seulement)
dans le texte de Poelmann.
Wernsdorf accompagne son texte de notes abondantes et
à'Excursus. Je ne parle pas des notes explicatives qui s'ins-
pirent en général de celles de Tollius et de Souchay. Mais
il fait quelques remarques critiques: p. ex., v. 33, tout en
admettant ^ro/a;>/«s. il explique les raisons qui lui feraient
préférer prœlapfus. Il propose certaines conjectures qui
semblent peu heureuses :
V 42 f}talorum.— « Atmihilegendum videtiir coWomnl^mm:
nam mullcB antiquitus remidco adhibitœ et a nantis aâiœ »
V 155 -E^ rupes. — « Malim it rupes, tit detnceps addit aliur-
gunt. Itfuper, velfuperius in ripa Mofellœ, ardua rupes longo
traëïu. >
V. 316 Wernsdorf propose CWorzrfos a/es T-
On ne peut séparer du recueil de Wernsdorf celui que
Lemaire a publié sous le même titre et d'après les travaux
de l'érudit philologue saxon. Le texte de la Moselle, les
notes et les Excursus de Lemaire qui accompagnent le
poème d'Ausone occupent les pp. 241-281 des
FOETM LATINI H MINORES || || CARMINA ||
QU^ NOTIS VETERIBUS AC NOVIS ILLUSTRAVIT || N. E. LEMAI-
RE li VOLUMEN PRIMUxM || PARISIIS || M. DCCCXXIV.
Lemaire, dans sa « Prœmonitio novi editoris ad Lec-
torem>^, explique qu'il ne s'est pas cru forcé de suivre
servilement le texte de Wernsdorf et de reproduire toutes
ses notes. Pour le texte de la Moselle, en particulier, si la
collation que Bœcking donne de celui de Wernsdorf est
^ Voir Commentaire, p. 98.
CCXIV ' INTRODUCTION
exacte et complète, Lemaire s'éloigne parfois des leçons de
son prédécesseur pour revenir à celles de l'édition de 1 730.
Il écrit, en effet, inclyta, œqiiiparare, cœrulea, etc.,
prœlia(v. 212 et 293), Stimpfit, Dextrce. L'éditeur de 1824
abandonne assez souvent les leçons communes aux textes
de 1730 et de 1780, et cela, presque toujours pour obéir à
la logique: ainsi les éditeurs de 1730 et de 1780 qui
admettent partout ailleurs l'orthographe quum, écrivent
V. 172 et 338 ciim. Lemaire admet quum d'une manière
générale. Wernsdorf écrit arenœ, mais harimdo; alacres,
mais facile is ; exftantes, mais ajfita, afpirare; v. 106 IJtri,
mais V. 424 Hifiri : Lemaire écrit v. 106 et 424 Ifiri; il
admet arundo comme arenœ , faciles comme alacres, adspi-
rare, adsita comme exstantes ^ . Cet amour de la logique
amène Lemaire à faire v. 469 une correction indispensable
si l'on admet le texte de ToUius et de Wernsdorf :
Corniger externas celehranda Mofella per oras.
Il semble bizarre que l'une des épithètes de Mosella soit,
au masculin (Corniger), l'autre, au féminin (celebranda).
Lemaire est conséquent avec lui-même, puisqu'il adopte la
conjecture celebranda, quand il écrit :
Cornigera externas celehranda Mosella per oras.
Il écrit aussi, suivant la bonne orthographe, v. 1 5 cœluni,
V. 384 Quin etiam; il revient à la leçon vulgaire v. 242
defensos... pisces. Ses notes n'ont rien de bien personnel;
elles appartiennent pour la plupart à Wernsdorf : Lemaire
distingue les siennes propres en les faisant suivre de cette
indication <.<Ed.».
En somme, Lemaire, s'il ne fait faire aucun progrès au
texte de la. Moselle, l'établit du moins d'une manière logique
■ L'édition de Lemaire est de 1824: on n'y trouve plus le signe &, ni les
ligatures Ci qXJî, ni la lettre/, etc.
DEUXIEME PARTIE CCXV
d'après les résultats acquis par les éditions antérieures,,
et Téclaircit par un choix sagement fait dans les notes de
Wernsdorf qu'il complète au moyen des siennes.
Un an après la publication des Poetae Minores de
Wernsdorf, une édition d'Ausone paraissait à Bâle. La
Notitia de la Bipontine ne cite pas cet Aiisone in-8°, où la
Moselle occupait les pp. 184-202, et dont Bœcking donne
ainsi le titre :
D. MAGNI 11 AUSONII II ... Il OPERA 11 EX DOCTORUM
VIRORUM II EMEXDATIONE || BASILIC. || Apud lOHANN. SCHWEl-
GHAUSER. Il MDCCLXXXI.
Je ne connais cette édition que par Bœcking; mais le
titre même {ex do6îormn viroriini eniendatione) et les
variantes citées par Bœcking me font supposer que VAiisone
de 1781 procède de celui de 1750 plutôt que de celui de
1730. Bœcking dit en effet : « In his aberrat : v. 16 vifcen-
tibus; V. 42 majoriim; v. 224 redegit; v. 397/^6 tegmine,
Ceterum levia, cœrz^Z. habet quotiens levia, ccericl. ina^ est.
Paucissimislocisinterpunctionem, et scripturam his duobus
locis mutavit : v. 140 At; v. 337 fulpluirea. » L'édition de
Wetsten écrit correctement vifentibiis, mais on y trouve les
fautes d'impression inajorum, redegit, fut tegniine que
Bœcking relève dans le texte de Bâle. Wetsten écrit de
même toujours levia et presque toujours cœrtdea, etc., et il
admet V. 337/«Z/)/^«rea; v. 140^^ est une leçon admise par
Tollius qui ne se trouve ni dans l'édition de 1 730, ni dans
celle de 1750.
La société littéraire de Mannheim semble s'être beaucoup
occupée d'Ausone : non contente de l'édition de la Moselle
qu'elle donnait en 1770 dans ses Beitrœge, et d'une réim-
pression du Commentaire de Freher qu'elle publiait, dans
le même recueil, en 1772 (1772 Annotationes Marq.
Freheri ad Aiifonii Mofellam, in ejus CoUeâionis parti-
^ CTj dans l'Index de Bœcking, désigne l'édition de 1 730.
CCXVl INTRODUCTION
cula II, pp. 1-41, dit la Notitia de la Bipontine), elle fait
paraître en 1782 une édition complète d'Ausone :
D. MAGNI II AVSONII II BVRDIGALENSIS [j OPERA |I
EX EDITIONE \\ IX VSVM || DELPHINI II MANNHEMII, ||
Cura & Sumptibus Societatis literatae || M D CCLXXXIT.
La Moselle occupe les pp. 192-214 de ce volume in-8°.
Le texte est le même que celui de 1 730, à peu de différences
près : l'éditeur de Mannheim écrit ae, oe, et non œ, œ;
Aequavit, Vnde, etc., et non jEqiiavit, Unde, etc. ; caeliim
et non cœlum; levia, et non lœvia; fylva, et non Jilv a;
Exeris, et non Exferis. Bœcking note deux fautes d'im-
pression : V. 232 Qiiarn (pour Oîiicvi); v. 261 Qiiinqiie
(pour Qiiique). Il aurait pu relever aussi v. 178, 222 fol,
pour Sol; v. 207 Pofi hahet, pour Pofthabet ; v. 215 Poni-
pejani, pour Pompeïani; v. 290 Magni, pour '}nagni;
V. 384 Onin etimn, pour Quinetiatn; v. 423 natiqiie
patrifqiie, pour Natique Pairifqiie. Ces variantes sans
importance n'empêchent pas l'édition de Mannheim d'être,
comme le dit son titre, une reproduction assez exacte de
Veditio in usum Delphini. Les éditeurs de Mannheim n'ont
pas réimprimé les notes de Fleury et de Souchay ; quoique
Bœcking ne s'explique pas à ce propos, je suppose que
l'édition de Bâle est aussi sans notes.
D. LES TRAVAUX DES ÉRUDITS DU XVIIie SIÈCLE.
Avant d'arriver à la Bipontine, je dois examiner une
édition de la Moselle, celle de Christ ( 1 746), qui ne procède
pas de Veditio in 2isiim Delphini, et les notes critiques
consacrées par Cannegieter au poème d'Ausone (i 739). On
trouve aussi un certain nombre de remarques concernant la
Moselle dans les éditions des Silves de Stace et du poème
de Lucrèce, données par Markland (1728) et par Wake-
iield (1796), et dans les deux volumes de V Anthologie de
Burmaun ( i 759-1773). Je ne parle pas du texte d'Ausone
DEUXIÈME PARTIE CCXVII
qui se trouve dans la Collectio Piscmrensis (1766) : car je
ne connais point cette collection que Bœcking ne cite même
pas; le texte en a servi à Migne pour constituer son édition
d'Ausone qui est sans valeur. Je ne parle pas non plus de
lELSilva Critica de Boit (Harlem, 1 766) : ce recueil d'obser-
vations, qui ont trait, pour la plupart, à Ausone, ne renferme
aucune note sur la Moselle.
^_ _ L'édition des Silves de Markland (1728).
Je ne connais pas l'édition des Silves que Jérémie Markland
publia à Londres en 1 728 ; c'est d'après les Notœ du Stace
de la collection Lemaire, que je cite les notes critiques de
l'érudit anglais. Ausone, dans la Moselle en particulier, a
souvent imité les Silves de Stace : Markland constate un
grand nombre de rapprochements entre les deux poètes -, il
n'y a pas lieu de s'en occuper ici. L'éditeur des Silves cite
aussi plusieurs vers de la Moselle qui lui servent à corriger
le texte de son auteur. Il n'est pas utile de rappeler ces vers.
Je me borne simplement à donner les passages de la Moselle
que Markland veut corriger.
V. 263-266. Lege modo hos élégant ijjïino s Aufonii verfus, nbi
defcrihuntur pi/ces capti et in ripa moritiiri... uhi malim
haufta aura; licet alterum per appofitionem /lare poffit. Hinc
vides To hiare non fat is ejfe ad terreftria denotanda, nifi fimid
probetur aquatilia non hiare; quod ex hoc Aufonii loco faljinn
effe convincitur: qiiid enim efi reddere hauftas auras, «?yî refpi-
rare , vel remittere auras hiatibus acceptas ? (Ad Silv. III, li , v . 6 1 .)
V. 292-296. Lege falutigeras voces, itt Epifi. XXV, Salutigen
libelli; aliares eji falutiferas. Deinde, Et vifus et pœne manus,
patet ex fenfu et locoruni comparatione. Nec maie fi pro per-
mifcent litora voces, legas permittunt. {Ad Silv. I, m, v. 29.)
V. 447 «doôîamque folent haurire Aganippen». Ita legendmn;^
vulgo totamque folent, qtiod abfurdtim videtur; nemo enim dici
potefi folere haurire totum aliquod; quippe, qui femel haufit
totum, non potefi iterum haurire ifiud totvim; et, confequenter
non Met haurire totum ^. (Ad. Silv. V, i, v. 167.)
<^ Voir Commentaire, p. 128.
XXV III
CCXVIII INTRODUCTION
Je ne trouve nécessaire aucune de ces corrections de
Markland, qui les propose en passant, pendant qu'il en fait
beaucoup d'inutiles au texte même de Stace.
p. — Les « Notae ad Aufonii Mofellam » de Cannegieter (17 3Q)-
H. Cannegieter a publié en 1 739 des notes sur la Moselle
qui occupent les pp. 161-200 du vol. X (tom. II) des
MiscELLANEAE OBSERVATIONES (mai-août 1 739), recueil
in-8° édité à Amsterdam « yl/»îf t/ J anssonio-Waesbergios » .
Après un très long- développement sur les v. 1-13, où
Cannegieter établit qu'il faut lire v . i flumine et non hmiine,
l'auteur des Notae s'excuse de sa prolixité et promet d'être
plus bref à l'avenir : « In Us quae feqiientur brevitate pla-
cerejiiidebo. » Il donne cependant de longues explications,
souvent peu nécessaires. On trouvera dans le Commentaire
Explicatif l'essentiel des observations de Cannegieter
(pp. 70, 76, 81, 83, 86, 98, loo-ioi, 1 1 i-t [2); mais, tout
en laissant de côté ses notes explicatives, je dois transcrire
ici ses notes critiques et ses corrections, qui sont générale-
ment inadmissibles.
V. 39-42 Cannegieter propose d'écrire, sans expliquer les motifs
de sa correction :
Tu duplices fortite vias. (Et quum atnne feciindo
Défiais, &" celeres feriunt , etc.
Il ferme la parenthèse après nautae.
V. 47 Quidjl in pura legatur? Jic videtur fuadere immundum
coenum, qtiod praecedit .
V. 51-52 Quidji ita etnendenius?
Naturae mirabor opiis, fecura nepotmn
Laetaqiie jaSturis fibi luxurietur egejias,
V. 57 Vixfero haec in uno ver/u conjunëîa intuitu, obtutibus,
fedopem,Ji qua dejideratur , fevant alii. [Peiper, dont j'adopte
la correction, a remédié, comme Cannegieter le demandait, à
l'imperfection du texte.]
V. 63-64 Cannegieter propose Ona fidcata, qua graniîna :
« Qua pro \xh\ frequentatiim Poëtae iiojîro. »
DEUXIÈME PARTIE CCXIX
V. 71 Viri do6ii omnes fatentur corruptum ejje verfum 7/...
eum ita fano :
Delicias homimim locupletes. Ifta/wb undis
Adfimilat .
Ifta nempe ptSitira, de qua v. 68.
V. 119 Segmentis coëttnt. C orr igo Segmenti.
V. 138 agmina iolvis. Forte tamen praejliterit agmina \o\\is.
V. 139 defenfa. Lego detenta ^.
V. 186 Sed non haec fpe6lata tilli, neque cogiiita vifu.
Sed qiiae differentia inter Ipedare & vifu cognofcere hoc loco?
refcribe cognita ab ufu.
V. 204-206 Hoc modo corrigo atqiie difpono :
Puppibus et proris alacris gejlire magifter
Impubemqiie maniim fuper amnica terga vagantem
Dumfpeêtat, tranfire diem, &c.
V. 218 Cannegieter revient à la leçon qiialis fpeâîata: « Vox
qualis refertitr ad Naumachiam. t-
V. 255 Nec niora &>. «Plane languet xb &. Et fexcenta Poëta-
rutn exempta et reclamant. »
V. 260 Quique. li Anne reâïins Cuique?»
V. 284 Inftanti. aMalim exftanti. s-
V. 302 Anne praejîat repulere?
V. 306 Haec ita legi meliiis puto :
Hic habeat, decimo celebranda volumine, Marci
Hebdomas .
V. 316 Gorus. «Forte nojîer curvusAchsites a forma convexa.»
V. 351 Légère ita tnalo :
Innumeri quot te diverfa per oftia late
Inctirrunt ainnes !
V. 380-381 Cannegieter veutintervertirl'ordre de ces deux vers.
V. 394-395 Cf. Commentaire, pp. 1 1 i-i 12.
Aucune de ces conjectures ne paraît bonne. Cannegieter,
qui s'avance beaucoup en proposant des corrections inuti-
les, ne me semble dans le vrai que lorsqu'il signale le
mauvais état du texte du v, 57, en laissant à d'autres le
soin de l'améliorer. Il faut aussi remarquer que l'auteur des
^ Voir Commentaire, p. 70.
CCXX INTRODUCTION
Notae ne connaît rien des mss. de \3. Moselle : il leur attribue
à tous la leçon du L, v. 167. Il parle aussi de mss. consul-
tés par Accurse (note au v. 242), qui n'en connaissait pas.
y. — Le Villaticum de Christ (1746).
En 1746, Fr. Christ publiait à Leipzig un poème latin
dont il était l'auteur, Villatictini libris III ; à la suite de
ce poème, où il chantait, comme il l'annonce dans sa
Préface «vitae inodeftiarn prùiatae, innocentiamqiie agri
fine fordibus colendi», Christ a inséré, au nombre des
Excîirsus qui occupent les pp. 47-337 de son volume, une
édition de la Moselle qui prend place, naturellement, après
les deux Silves de Stace, dont Ausone s'est surtout inspiré,
et qui se trouvent aussi réimprimées dans le Villaticum.
Publié en 1 746, le texte de la Moselle donné par Christ
ne procède pas cependant de ceux de Tollius et de Souchay ;
Christ annonce qu'il a consulté les anciennes éditions, et
qu'il a corrigé le texte quand il Ta jugé nécessaire :
«Mofella Aiifonii, fcctindum vetera exetnpla, et ea qiiae
Piclmano (sic), Scaligero, Vineto, Frehero placuerant , cuit
qiiae nobis non perfiinCiorie recenfentibus, vtciinque
repraefentata.y> C'est cette indépendance de Christ, rare à
une époque sans critique, oià tous ceux qui réimpriment
Ausone suivent servilement Tollius ou Souchay, qui fait
l'intérêt principal de sa publication ; peut-être l'auteur du
Villaticutn va-t-il trop loin dans la défiance qu'il manifeste
à l'endroit du texte vulgaire; ainsi, v. 27 il écrit Naniger;
mais il ajoute en note: «Nauiget. Sine dubio Icgendîini
eji, Nauiger : quod recens piiblicatahabent. Nos vetnjîa, et
Pulmaniana maxime exetnpla repraefentatniis .•» Pourquoi
cette note en désaccord avec le texte où ne se trouve pas la
leçon qui fait l'objet de la note? Christ tient à nous appren-
dre qu'il suit l'édition de Poelmann: s'il avait vu V Errata
de l'édition de 1568, il se serait rendu compte que Poel-
mann corrige Naniget en Nauiger. V. 438, il est le seul qui
DEUXIÈME PARTIE CCXXI
conserve vinifica leçon abandonnée universellement depuis
Vinet. Il écrit en note: «Viderunt doBi, legcndnm ejfe,
Viuifca, a Biturigibus Vibifcis. » Mais il n'en conserve
pas moins l'ancienne leçon, sans doute parce qu'elle a le
mérite d'être ancienne.
Il n'est pas utile de faire une collation complète du texte
de Christ-, ce qui le distingue c'est le retour constant aux
leçons des vieilles éditions ; ces leçons sont souvent discutées
dans les notes qui proposent des variantes empruntées à
d'autres textes ou des conjectures propres à l'éditeur lui-
même de 1746; c'est l'examen de ces notes qui doit seul
nous arrêter.
V I fluinine. « Scaliger aliiqiie doBi praeferunt, qttod ejl
melius, lumine. » Il était plus simple d'admettre dans le texte
lamine, comme l'éditeur de 1730, et de supprimer la note.
V. 4 inopes fuper arua. «Mallem ego veroji lihri addicerent,
inopesque per arua. » J'adopte cette conjecture qui me semble
fort bonne. (Voir Commentaire, p. 50.)
V. II Niuomagum. «Non erat fpernendum, qiiod Ptdnianus
in duobus libris veterihus inuenerat, Noiomagum : nampropius
abejî a Tabulae Peutingerianae Nouiomago. »
V. 12 catnpisaer.<i.Efihoc reBins, quant quod Freheroplacuit,
campos. » Freher n'a jamais proposé campos : Christ semble s'être
laissé induire en erreur par la note inexacte de Souchay concernant
ce vers. (Voir p. CGVll.)
V. 18 cultwnqice. « Non ejl fine ratione quod Barthius malint,
vultumque. »
V. 22 Suhter lahentis. « Subter labentis diuifim fcrihendum
efi. peccant hic édita. » Ugolet avait Subter labentes; Avantius,
Subter LAbentis, etla Juntine, Subter labentis. Tross et Peiper
(celui-ci d'après le B), après Christ, écriront Subter labentis, cor-
rection qui ne semble pas utile.
V. 29 potes. « Reëiius efi xb potis Gronouianum. »
V. 32 biuio munimine. « Hic non placet Gronouianum, mana-
mine. Potefi enim vtrinque in mare procurrens moles intellegi,
quae biuium ideo miinimen dicatur : ac tam tutam nauibus tu
fluiiio fiationem dicit,quam efi ad littora maris intra molem. »
Bœcking reprendra munimine. (Voir Commentaire, p. 54.)
V. 37 Interceptus. « Noti efi reiiculum, quod Pulmani marge
habet, Interfeptus. »
CCXXII INTRODUCTION
V. 43 Ipfe tuos. « Sic, fi lihrorum fides accederet, equidem ifla
reôîiiis confiituerem : Ipfe tuo quotiens miraris in amne recurfus,
Legitimoque putas prope fegnius ire meatus? Id e/i, tu putas te
irefegnius quant remulco traôia. » Cette conjecture ne me semble
pas utile.
V. 68 Tota. « Non accedo Barthio qui refcripfit, Nota. Namque
hoc tota in fine pofitum , vt nihil omnino glareae lateat^gratiam
hahetfingularem. » Je n'admets pas Nota, mais il ne semble pas
que le rejet Tota. Caledoniis, etc., déjà admis dans les anciennes
éditions qui font suivre Tota d'un point ou d'un point-virgiile, ait la
grâce singulière que Christ admire. (Voir Commentaire, p. 58.)
V. 71 locupletes. « Non efl melius, qiiod in recens editis extat,
locupletum. » Christ a raison; mais la bonne leçon est locuple-
éibus, leçon des éditions d'Ascensius qu'il ne connaissait pas
probablement.
V. 84 fluitantibus. « Recentiora exemplapraeferunt,ûuïtantes.
Sed non efl opus. Dicit auteni. Diffère fororibus tuis fluitantibus
choros et cateruas gregis. Cumulatae funt ifla, liquidus alueus,
amnis caeruleus, orae flumineae, qnanqnam proha. Ideo dubita-
bani, ne non legi pojfet, liquidaque fub aluo. » La conjecture aino
est mauvaise; l'explication du v. 83, telle que Christ la donne,
n'est possible qu'à condition de sous-entendre/ororî6«s^ ce qui me
paraît difficile.
V. 86 praetenero. « Vnum efl verbum, conitcnSîim/cribendum,
non diuiflni, vt exhibent maie exempta quae vidi omnia. » Christ
a raison : mais beaucoup d'anciennes éditions, l'Aldine, etc.,
écrivent avant lui prœtenero.
V. 107 caperis. (.An, raperis, propter celeritatetn natatus.»
Cette conjecture est inutile.
V . 1 30 Sario. « Sic exempta vetera et bona. recentia praeferunt
Fario. »
V. 140 At. « Sic reôle legitiir qiiod dudum monuerat Piil-
inanus. Tamen recentia exempta perperam tenent, Aut. Dein
maueli)n/cribi tranquille. » Tross et Bœcldng adoptent la conjec-
ture tranquillo, qui, d'ailleurs, serait, d'après ce dernier, une
leçon du Rh.
V. 207 excludet. « Sic libri veteres cufi. Récentes, rations non
reddita cnr mutarent, excludit. »
V. 215 Mylafena. « Accurfius hic Meffana refcribere tentaiiit,
Gronoiiius, Mylaea. Quo pacîo pericida, id efi praeexercitatio-
nes ac ventilatio belli, fi ad Mylas ferio pugnatum efl ? nam
illos qiioqiie Niliacae et Latiae clajfiiim ludos dicit, non vera ad
Aâîium praelia.*
V. 216 cumbae. a Aut cymbae. Dubitabam an f'cribi deberet.
DEUXIEME PARTIE CGXXIIl
Euboicae... Cumae. » Cette conjecture, qui est un vrai contresens,
aurait, d'après Peiper, été déjà proposée par Heinsius.
V. 237 captât, a Recentia exeinpla praeferunt, coeptat. non
ejl opus.»
V. 242 def en/us... pif cis. « Non eji diibium, refcribi debere,
defenfos... pifces. » Christ a raison : mais pourquoi n'admet-il pas
dans son texte la leçon qui lui paraît la bonne?
V. 299 teâîonicas. « Non placet, qiumqiunn receptmn fit ab
omnibus. Videndiimfi in vetufliffimis libris non extet teétorum. »
Aucun ms. n'a tectoriim; il ne semble pas qu'il y ait lieu de chan-
ger la leçon tectonicas.
V. 312 cui in fafligia. «. Aiit pyrrichius eft, cui, hiatu metrico,
ac Tw iota propter infequentetn vocaIe)n correpto non fpondeus :
aiit fcribendum, quadro cuius falligia cono Vrget et ipfa fuas
cetera. Intellegit autem regiain, cuius fafligia premerentur . :>
La conjecture de Christ ne semble pas utile. (Voir Comment aire,
P- 94-)
V. 317 Afflictamque. « Olitn adnotauerat Pulmanus in libris
veteribus calamo exaratis legi Afflatamque; quod niulto, quam
illud, elegantius non habebant cur fpernerent recentiorcs inter-
prètes. Sed non receperunt. » Freher a cependant Afflatamque ;
mais Christ semble ne pas connaître son édition qu'il cite inexac-
tement d'après Soucha}', dans sa note au v. 12.
V. 336 nuta)itia. « Pulclierrimuvi Jioc. iia?n hoc vocabulo teCîi
altitudo dicitur. non efi recipiendum Galli interpretis nitentia. »
V. 337 fulfurea. « Hoc qiioque vocabulum, pulcriini et veriim,
recentia exempta mutant inepto, fluminea. » Dans les notes aux
V. 336 et 337, l'admiration de Christ pour les vieilles éditions
l'induit en erreur; les mss. sont encore plus respectables que les
vieilles éditions, et c'est conformément aux mss., qu'il ne connais-
sait pas d'ailleurs directement, que le Gallus interpres, c'est-à-
dire l'éditeur de 1730, a restitué nitentia q\. fluminea.
V. 338 opertum. « Opertum hic arcanum efl, et fecretum fub
terra, vt in facris Bonae Deae Opertum dicebatur. mox tectoria
non funt camerarum quas ars feciffet : fed folum tenue, quo
fubterraneae fpecus naturaliter excauatae tegebantur . Adeo
verum efl, f ponte natas thermas, non balineas artefacias, quod
Floridus putabat intellegi. Arguit quod viuas aquas dicit, quod
Baiarum^;;z2(Zacra.i> Toute cette explication me semble erronée;
elle est fondée sur la mauvaise leçon fulfurea que Christ a le tort
de trouver si exacte.
V. 348 nullum parit. « Quam vellem, fi libri aflipularentur,
reGtiorefententiafcripfiffe A ufonium, nuUo périt oblectatio luxu.»
Ce changement ne s'impose pas.
CCXXIV INTRODUCTION
V. 367 Saramis. Christ reproduit la note où Poelmann attribue
au comte de Nuenaar la correction 7noïe Sarauiis ; il ajoute :
« IJiiid aiitem memoriae Nuenarii fanSiae dediinus, de eo viro
qunlis effet, quondam Noâfiuin Academicarian libro tertio qiiae-
dam non protrita comnientati. Dein v. ^6g. inalleni fcribi, vt
folueret oftia. » J'ai déjà dit (p. Cil) ce que je pense du comte de
Nuenaar et de sa prétendue correction; quant à la conjecture vt
folueret oftia, elle me semble bonne, et je l'admets, comme Tross.
(Voir Commentaire, p. 106.)
V. 380 Romaeque tiiere. « Non dubito quin fit einendandum,
Imperii hanc fedem Romae tenuere parentes, id efi, Angufii
patriae vrbisque patres appellati. » (Voir Commentaire, p. 109.)
V. 409 Quique capiit. « Non fe dicit poeta, fed Atiguftiun
futuriim aiit Confiilem origine Beïgam, in qiio erroreni fuinn
Fortuna abfoJueret. Belgas enim viros fe proniittit fcripturuin,
non alios. » Cette interprétation me paraît erronée. (Voir Com-
mentaire, p. 116 et suiv.)
V. 41 1 Par f lier it. « Récent ia exempta, Praefuerit. Sed ilhid
■vêtus initlto eft reêîius. »
V. 452 tempera. « Vnus Pulmani liber, munera, quod placet. »
Ces notes de Christ sont intéressantes. J'adopte deux de
ses conjectures que je trouve très bonnes. Quant aux autres,
si elles paraissent inutiles ou mauvaises, elles témoignent
du moins d'un esprit critique, rare au XVIII*^ siècle. Alors
que l'on se contente de réimprimer Ausone d'après les
éditions de Tollius et de Souchay, l'auteur du Villaticinn
discute les leçons de ces deux textes à la mode. Il est
animé à leur endroit d'une sage défiance, dont l'excès
cependant l'amène par esprit de réaction à préférer a priori
ce qu'il trouve dans les anciennes éditions, qu'il ne connaît
d'ailleurs que d'une manière incomplète. S'il avait eu à sa
disposition les mss. de Moselle, il en aurait donné une édition
bien supérieure à toutes celles qui ont paru au XVIII^ siècle.
8. — Les notes de ^Anthologie de Burmann (1759-177 3) •
Dans les notes des deux volumes de son Anthologie, qui
ont paru à Amsterdam, le premier en 1759, le second en
1 773, Burmann fPcfnts Biinnanmis Secnndus) propose un
DEUXIÈME PARTIE CGXXV
certain nombre de conjectures au sujet de divers passages
de la Moselle.
V. 1 1 1 circuit. <.< Legi pojjet circinat; nam circuit & circinat
etiam aliis in locis confundi notavi ad Lib. iv,p. 212.1) (Vol. II,
lib. V, p. 309.)
V. 139 Burmann appuie la leçon cZe/èn/a. (Vol. II, lib. V,p.4i2.)
V. 160 flaventem. Burmann propose labentem, «frigidius »,
comme Bœcking le remarque avec raison. (Vol. II, lib. VI, p. 657.)
V. 194 Totanatant. «Forte La.Qta,Fota,vt'lFoQta praejliterit.»
(Vol. II, lib. VI, p. 657.)
V. 198 anini confitndit iinago. «Scribe:
anni confundit imago
CoUis &" umbranim confinia proferit amni.
Vel umbrato amni... Proferere inalo quant conferere, quod &>
inagis id appojitum Qf ad rein praef entent. 6= conciirfus durior
Twv confundit, confinia, ô» conl'erit. palmite confitus amnis Jam
praecejferat. » (Vol. II, lib. VI, p. 657.) Bœcking a raison de dire:
« Burniannus qui totum locuni corrupturus fuit. » Mais il se
trompe quand il ajoute : v. 198 aninii (pro amni) G (défend. Burm.
l. c). Le G a bien la leçon animi, mais Burmann ne défend pas
cette leçon : il propose anni, qui me semble une conjecture subtile
et inadmissible.
V. 396 nebunt mihi carmina. Vulgo fubtegmine (au v. 395;
Burmann a raison d^ écrire fubtenti ne). Ubi forte etiam praejlite-
rit nebunt mihi ftamina. » (Vol. I, lib. m, p. 649.) Cette conjecture
a le double tort de remplacer l'image d'Ausone par une expression
prosaïque et d'introduire un sigmatisme dans le vers.
Ces quelques conjectures de Burmann sont sans valeur;
la manie de corriger le texte sans nécessité l'entraîne à
modifier des passages intelligibles qui ne demandent aucun
changement. Il aurait mieux fait de réserver ses corrections
hypothétiques pour les vers de la Moselle dont le sens est
au moins douteux.
£. — L'édition de Lucrèce de Wakefield (iTQO-iTgj).
Je n'ai pu me procurer le Lucrèce publié par Wakefield
en 1 796 et i 797 (Londres, 3 vol. in-4°) ; je ne connais celles
de ses notes qui ont rapport au texte de la Moselle que par
XXIX
CCXXVI INTRODUCTION
Tross, autorité sujette à caution, s'il en fût, fallax saepe
ante repertiis. C'est donc sous toutes réserves que je trans-
cris les remarques de Wakefield que je trouve citées dans
son «Kritischer Commentar» :
V. I Wakefield {ad Lucret., V, v. 464) détend la lei^on fiumine
contre la conjecture de Scaliger, liimine.
V. 62 Wakefield {ad Lucret., II, v. 143) propose respersas au
lieu de dispersas.
V. 83 Wakefield {ad Lucret., V, v. 469) propose liquidoque suh
arvo : « Vulgo alveo liquide ; sed liquide arvo respondet flumineis
oris lU fliiitantes (Tross imprime fluiantes) catervae toî; squami-
geri grèges. '>
V. 86 Wakefield {ad Lucret., II, v. 538) propose conseptus au
lieu de congestus.
V. 129 ^ Qui nonduin Salino, nec jam Salar, auihigiiusque
es. Sic rescribendum putem, addito es et distinctione posita
post To es. » (Wakefield, ad Lucret., V, v. 837.)
V. 219 Wakefield (ac? Lucret. ^ II, V. 42) propose de lire : reparet
suh margine.
V. 444 Wakefield {ad Lucret., VI, v. 621) propose prae-
strinxisse au lieu de perstrinxisse.
Aucune de ces conjectures ne me semble acceptable.
E. l'édition des deux-ponts (1785).
C'est en 1785 qu'un Aiisone paraissait dans la célèbre
collection des Deux-Ponts.
Cette édition in-8° est intitulée :
D. MAGNI II AUSONII |I BURDIGALENSIS || OPERA
Il AD OPTIMAS EDITIONES COLLATA || pr.emittitur ||
NOTITIA LiTERARiA || STUDIIS SOCIETATIS BIPONTIN^
il EDITIO ACCURATA \\ BIPONTI |i Ex ïypographia
SOCIETATIS II ClO lO CC LXXXV.
UAusone de 1 785 est précédé de la vie du poète tirée
des Lectiones de Scaliger et de la «Notitia Literaria»
empruntée à Fabricius, qui est complétée par 1' «Index edi-
tiomcm» quej'ai souvent cité, principalement pour en relever
DEUXIEME PARTIE
CCXXVII
les erreurs. Après avoir indiqué l'édition la plus récente:
« 1782 Mannhemii, 8. ex editione in ufum Delphini recifa»,
l'éditeur de la Bipontine ajoute : «Nos quidern texhcm éd. in
ufum Delphini par iter feciiti fiimiis, fed demio collatiint
cum Scaligeriana &> Tolliana. » C'est donc un texte éclec-
tique qui nous est promis ; mais il semble que la collation
avec les Ajisones de Scaliger et de ToUius n'ait pas donné
de résultats notables, car, du moins pour la Moselle, l'édi-
teur de 1785 suit fidèlement celui de 1730; il ne s'en sépare
que pour l'orthographe de quelques mots et la ponctuation
de quelques passages :
Vers Édit. de 1730.
1 1 et 395 incîyta.
18 qiium.
36 extantes.
46, 53, etc., littora.
53, etc., harenœ.
96 inlaiidata.
125 volgi.
127 opfonia.
153 baccheïa.
178 et 222 Sol.
179 Ad.
196 Adniimerat.
204 alacreis.
212 prœlia.
215 Ponipeïani.
240 facile is.
254 hariindo.
258 adfibilat.
262 anhelatis.
279 Sumpfit.
296 pêne.
309 Noôîua.
360 adlambere.
384 Quinetiam.
422 Natiqtie Patrifque.
474 camenœ.
475 mujis.
Édit. de 1785.
inclita.
cuni^.
exjiantes.
litora.
arenœ.
mandata,
vulgi.
ohfonia.
Baccheïa.
fol.
Af.
Anninnerat.
alacres.
prœlia.
Pompejani.
faciles,
ariindo.
ajjibilat.
anhelantis.
Sutnjît.
pcene.
no6lua.
allambere.
Quinytiam.
natique patrifque.
Caniœnœ.
Mu fis.
^ La Bipontine admet toujours l'ort'îo^raphe cum.
CCXXVIII INTRODUCTION
L'auteur de VAusone de 1785 semble avoir surtout usé
des éditions récentes, plutôt que de celle de Tollius, pour
modifier l'orthographe de Souchay : c'est au texte de 1 782
qu'il emprunte Pompejani, Quin etiam, natiqtie patrif-
que; et à celui de 1780, inclita, exfiantes, litora, arenœ,
mandata, alacres, fol, prœlia, Sunifit, pœne. Il ne prend
à Tollius aucune variante qui ne soit dans l'édition de
Mannheim ou dans les Poetae Minores. L'éditeur des Deux-
Ponts ne fait presque jamais commencer par une majuscule
le mot qui vient après un point ou un point d'interrogation.
V. 430, il n'y a aucun signe de ponctuation entre Noniine
et tufratretn. Les autres leçons de la Bipontine qui ne se
trouvent pas dans 1' «editio in usum Delphini» ont été
prises un peu partout; une seule v. 262 anhelantis a quelque
importance : c'est, on l'a déjà vu, une mauvaise correction
de Vinet, qui ne se trouve que dans les éditions bordelai-
ses. La leçon v. 179 At me semble inintelligible: c'est, je
pense, une faute d'impression. Tross^ affirme que Werns-
dorf admet At dans son texte, mais Ad dans ses notes :
c'est donc aux Poetae Minores que la Bipontine aurait
emprunté cette faute d'impression, que je n'ai pas citée
dans mon relevé des leçons de l'édition de Wernsdorf, ne
connaissant cette édition que par Bœcking, qui ne cite pas
la leçon v. 179 At, et n'accordant, en connaissance de
cause, qu'une très médiocre confiance aux affirmations de
Tross.
La Bipontine n'est pas une édition critique : elle n'a fait
faire aucun progrès au texte; ce n'est pas une édition
varioruni, car elle n'a aucune note. On ne peut expliquer
la vogue dont elle a joui longtemps que par sa correction
typographique, bien supérieure à celle de VAtisone de
1782, par la commodité de son format, et surtout par la
célébrité, plus ou moins justifiée, de la collection dont elle
fait partie.
• Kritisch. Gommentar, p. i6o: « Die Bipontiner und Wernsdorf haben
ut, wofûr aber in des letztern Anmerkung ad citirt wird. »i
DEUXIÈME PARTIE CCXXIX
VIII
Le texte de la Moselle au XIX' siècle.
Depuis le commencement de ce siècle, la Moselle a été
souvent publiée, soit séparément, soit avec les autres œuvres
d'Ausone, soit dans des recueils de poètes latins qui
contiennent les pièces d'Ausone. La liste des éditions
vulgaires ou critiques est longue; je ne prétends pas la
donner complète : de mes deux guides, l'un, VIndex de la
Bipontine, fait naturellement défaut pour le Xix<^ siècle;
l'autre, VIndex de Bœcking s'arrête en 1 845 -, encore, n'est-il
pas absolument complet pour les quarante-cinq premières
années du siècle, puisqu'il ne mentionne pas VAusone de
Valpy (1823). J'espère, cependant, n'omettre aucune des
éditions qui ont fait faire un progrès au texte de la
Moselle.
Je commence par énumérer les éditions vulgaires -, parmi
celles-ci, j'examine d'abord les textes qui font partie des
divers recueils où se trouvent les œuvres d'Ausone.
A. LE TEXTE VULGAIRE.
a. — Les divers recueils où se trouvent les œuvres d'Ausone.
a. — ie « Corpus» de Weber (1833).
La. Moselle occupe les pp. 1242 recto — 1246 recto du
«Corpus» de Weber, publication in-4°, que je connais seu-
lement par Bœcking, qui en donne ainsi le titre :
CORPUS 11 POETARUM LATINORUM H |1 edidit
GUILIELMUS ERNESTUS WEBER H H FRANCO-
FURTI AD II MŒNUM, |1 sumptibus et typis henrigi ludo-
VICI BRŒNNERI || MDCCCXXXIII.
CCXXX INTRODUCTION
Bœcking dit que Weber a établi le texte de la Moselle
d'après Tédition de Tollius, dont il ne diffère que :
1° Par les fautes d'impression : i 1 1 nota (pour notât);
V, 328 celli (pour celfi) ; v. 441 cessamque (pour celfamqtte).
2° Par la ponctuation qu'il modifie souvent : il écrit, en
particulier, v. 241 profundo : Heu maie, etc., et v. 413
Praemia jam, au lieu de Prœmia, jam.
3° Par l'orthographe. Weber écrit litora, arena, arundo,
caeriileus, silva, v. 106 et 424 Istri, v. 144 et 148 balaena,
miistela, phaseli, v. 212 et 293 proelia.
Il a encore des variantes orthographiques plus impor-
tantes^ :
Vers Tollius.
29 œquiperare.
43 qiiotiens.
47 n/pergis.
85 Capito inter lucet.
96 inlaudata,
1 14 fquallet.
173 et 179 forores.
196 Adnutnerat.
204 alacreis.
207 Pojîhabet.
240 facileis.
258 adpbilat.
279 Sunifit.
290 Magni.
323 vendicat.
327 Quinetiam.
331 confepto.
360 adlanihere.
yil Tibris.
392 otii.
397 fiibtegmine.
422 Natique Patrifqiie.
Weber.
aeqiiiparare.
quoties.
adspergis.
capito interlucet.
mandata.
sqnalet.
Sorores.
Aimmnerat.
alacres.
Post habet.
faciles.
assibilat.
Sumpsit.
magni.
vindicat.
Quin etiain.
consaepto.
allambere.
Thybris.
oti.
siibtemine.
natique patrisque.
^ Bœcking a évidemment commis de nombreuses confusions dans son
relevé de variantes. Il dit que Weber diffère de Tollius en écriva.ntaequi-
perare, inlaïKlata, etc. Gomme Tollius a justement les leçons «(/«('/•erarf,
inlaudata, Bœcking, je suppose, veut dire que Weber diffère de Tollius
en écrivant aeqniparare, mandata , etc.
DEUXIÈME PARTIE
ccxxxr
4° Par des essais de corrections qu'il emprunte à d'autres
textes :
Vers TOLLIUS.
33 prolapfiis.
65 Vtque.
71 Deliciafque hominmn
locupletes.
1 1 1 qiut.
140 At.
206 tranfire, deinfua.
232 Qunni primicm.
242 defenfos. . . pifceis !
316 vera Magnetis.
317 Ajfitîamqiie.
336 nutantia.
337 fidphurea.
350 dîgnandumque.
361 Celbis.
412 Erroremfortunafuum.
469 et 470 celehranda.
Weber.
praelapsus.
Usqtie.
Delicias hominum locupîetum.
qiiae.
Aut.
transire diem, siui.
Quant priniiim.
defensus.. . piscis !
Corus Achates.
Afflictaniqiie.
nitentia.
fluminea.
dignandumque .
Gelbis.
Errorem, Fortuna, tuiim.
celebrande.
D'après ces renseignements de Bœcking, le texte du
«Corpus» de 1833 me semble fort satisfaisant malgré ses
trois fautes d'impression, auxquelles il faut ajouter la mau-
vaise leçon V. 232 Qiiam, qui est déjà dans le «Corpus»
de 1603 et de 161 1 et dans l'édition de 1782. Les corrections
orthographiques de Weber sont, en général, bonnes: il est
le premier qui écrive consaepto, véritable orthographe du
mot que Schenkl et Peiper reprendront après lui. Quant
aux corrections proprement dites, il en est beaucoup, p. ex.
praelapsus, Usque, nitentia, fluminea, etc., qui améliorent
d'une façon notable le texte de Tollius.
p. — ie « Corpus » de Walker (1841).
C'est d'après Bœcking que je cite le « Corpus » de Walker,
comme j'ai cité celui de Weber. Bœcking ne connaît que
l'édition de 1841; il n'a pas eu entre les mains celles de
1827 ou 1828 et de 1835. Depuis l'époque où Bœcking
CCXXXII INTRODUCTION
faisait la collation du « Corpus » de Walker (vers 1 844
ou 1845) une nouvelle édition a été publiée (1848). Je ne
sais pas si le « Corpus » a été encore réimprimé, après 1848.
Ce recueil est un in-8° intitulé :
CORPUS II POETARUM || LATINORUxM. || ediditGUI-
LELMUS SIDNEY WALKER, || ss. Trin. Coll. Socius
Il LONDINI, Il HENRY G. BOHN, et c. \\ mdcccxli.
Le texte de Walker est presque identique à celui de
Weber ; il n'a pas ses fautes d'impression, mais il en possède
une en propre, v. ig^montibiis. On ne peut noter que trois
variantes proprement dites : Weber a v. 33 praelapsus,
V. 65 Usqtie, V. I 16 Amnigenos ; et Walker, prolapsus,
Utque, Atnnigenas. Quelques différences dans la ponctua-
tion et dans l'orthographe séparent encore ces deux textes;
celui de Londres semble inférieur à celui de Francfort.
y. — La Patrologie de Migne (1846).
Les oeuvres d'Ausone se trouvent dans le tome Xix de la
Patrologie de Migne, publié en 1846. Dans VAdmonitio
qui précède cette édition d'Ausone, l'éditeur se vante du soin
qu'il a apporté à son travail de recension : « Ccetertun, qiiod
ad recensionem nostrani generatim pertinet, hanc esse
quatn maxime coinpletam et omnibus mimeris absoUitani
de more curavimus, variis inter se collatis editionibus
aliaque ab alia openi viutuatis. Hariini prcecipue duas
m-emorabimus : unam quœ prodiit Lugduni, anno 1^40,
in-S" apud Seb. Gryphiuni ; alteram exstantem in Collec-
tione ditissima Pesauri cusa ijôô, in- 4°. » C'est, je
crois, la première fois que l'on fait à la Lyonnaise de i 540
l'honneur inattendu, et assurément immérité, de la placer au
nombre des autorités d'après lesquelles on peut constituer
le texte d'Ausone. Au demeurant, l'édition de Migne semble
lui emprunter peu de choses pour la Moselle ; je ne relève
que deux leçons v. 232 charce, v. 281 convertere, qui se
trouvent dans la Lyonnaise de 1540, sans être dans les
DEUXIÈME PARTIE CCXXXIII
éditions vulgaires du XVII'^ et du XVIIF siècle. C'est, en
effet, d'après VAusone de Tollius, celui de Souchay et les
éditions qui en procèdent, que Migne a constitué son texte,
très négligemment d'ailleurs. Il semble suivre volontiers la
Bipontine ; il s'en écarte quelquefois pour admettre les leçons
de Tollius (v. 71 Deliciasqiie homimim lociipletes; v. 206
transire, dein; v. 316 vera Magnetis, Affictamqtie, etc.),
et pour adopter l'orthographe de l'éditeur de 1671. Il
écrit V. 1 93 /)rq/?f ;i(iiY, comme Ugolet; v. 244 i;er/zï, comme
l'édition de Leipzig (15 15), qu'il ne connaissait certaine-
ment pas; V. 355 degenerare, comme quelques éditions de
Scaliger et les divers Corptts qui en suivent le texte. Il a
enfin des fautes d'impression(v. 346s/7;m/acra exsilia,Qtc.),
dont deux, entre autres, sont bizarres et semblent prouver,
soit que le manuscrit de l'édition de 1 846 a été établi d'après
de vieilles éditions par quelqu'un qvii distinguait mal les /
et les /, soit que l'on a tout simplement fait réimprimer
un texte ancien par des typographes peu au courant de la
.forme/.- on lit en effet v. 184 saisi ponr fais i, et v. 269
sagineis pour fagineis. Ce détail suffit pour prouver si
l'éditeur a raison de se vanter, comme il le fait dans son
Admonitio, des soins qu'il a prodigués à son texte.
b. — Les éditions vulgaires de la Moselle ou des œuvres complètes
d'Ausone.
a. — La Mosella de F. Lassaulx (1802).
Je ne connais que par Bœcking l'édition de la Moselle
que Lassaulx a publiée à Coblenz en 1802. C'est un volume
in-8° dont Bœcking donne le titre de deux manières diffé-
rentes, dans une note de son édition de 1828, oii on lit :
«F. Lassaulx, Aus. Mosella, mit metrischer Uebersetzung.
Coblenz, bei Pauli. 1802. », et dans l'Index de son édition
de 1845, oià il semble le reproduire exactement :
des||decius magnus ausonius 11 gedicht 11 von der
MOSEL. Il In metrischer Uehersetziuig, mit erlaûternden
XXX
CCXXXIV INTRODUCTION
Anmerkungen \\ von 1| F. Lassaulx. || Nebst dem lateinis-
chen Grundtexte. \\ koblenz || bei Biirger Lassaulx Nro.
402. 11 Jahr Zehn der Republik.
Mais, dans l'Index de 1845, comme dans la note de 1 828,
Bœcking se montre très dur pour le travail de Lassaulx
qu'il appelle en latin « absurdus hic libellus », après l'avoir
appelé en allemand « eiii schwacher Versuch ». Tross n'est
pas plus bienveillant pour cet ouvrage qu'il qualifie d'essai
complètement manqué et souvent absurde, « durchatis
mifsrathen und seJir oft sinnlos »,
Je n'insiste pas sur l'édition de 1 802 : Bœcking; constate
que le texte est exactement celui de 1730, souillé de
nombreuses fautes d'impression que Lassaulx emprunte à
d'autres éditions (p. ex, v, 207 Post habet, v. 232 Quain,
V. 26 1 Quinque, fautes de l'édition de 1 782), ou qu'il commet
lui-même : v, i \osiiperre, v. 296 résonnant la, v. 2,(^3 fer ras,
V. 41 1 fastinat, v, 424 ignotnm, etc,
Bœcking néglige de dire si les remarques explicatives
qui accompagnent ce misérable texte ont quelque valeur.
p, — La Mosella de L. Tross (1821 et 1824).
L. Tross a procuré deux éditions de la Moselle (1821 et
1 824), ou plutôt une même édition réimprimée avec un autre
titre. Je ne connais le volume in-8° publié en 1821 que par
Bœcking qui en donne le titre, d'une manière incomplète :
DES II D. M. AusoNius II MOSELLA |1 |1 von Ludwig
Tross, || ... || Hamm, |i Schulz und Wundermann. || 1821.
Il ajoute : « Idem liber miitato titulo Inde ab a. 1824,
quasi altéra editio venditatiir . » Cela n'est pas tout à fait
exact : mais Bœcking fait preuve d'une véritable férocité à
l'endroit de son prédécesseur. Sans doute, le titre que je lis
en tête de l'édition de 1824 n'est pas celui que Bœcking
donne de l'édition de 1821 :
DES II D, M. AUSONIUS 1| MOSELLA, || mit || verbes-
SERTEMTeXTEjMETRISCHERUEBERSETZUNG, Il ERKLÀRENDEN
DEUXIEME PARTIE CCXXXV
AN.MERKUNGEN, EINEM KRITISGHEN II CO.MMENTAR UND HISTO-
RISCH-GEOGRAPHISCHEN || AbHANDLUNGEN i| VON || Dr. LUD-
WIGTROSS. Il zwElTE,mitdemMoselgedichtedesVENANTius
FORTUNATUS und II Andern Zusàtzen vermehrte Ausgabe. ||
HAMM, Il Verlag von Schulz und Wundermann. || 1824.
Mais Tross fait précéder son in-8° de 1824 d'un «Vorwort»
où il explique qu'il ne publie pas une nouvelle édition; la
quantité d'exemplaires de 1821 restés en magasin le lui
interdit, quoique les nombreux documents découverts depuis
que son livre a été imprimé lui permettent facilement d'en
faire un nouveau. Mais, en commerçant pratique, il se borne,
pour écouler sa marchandise, à offrir, comme une sorte de
prime aux acheteurs nouveaux, un supplément où se trouve
VHodoporicon de Venantius Fortunatus, suivi d'un appen-
dice critique qui contient un relevé des variantes du G, de
l'Ascensiana^ et de la Juntine. Pour prouver qu'il ne fait pas
une spéculation de librairie (Biichàndlerspeculation), il
annonce que les acquéreurs de la première édition pourront
se procurer ce supplément à prix modéré (zii einein billigen
Preifse).
La condviite de Tross comme marchand est donc correcte.
Reste à examiner ce qu'il vaut comme éditeur. Une « Ein-
leitung » donne des renseignements sur Ausone et sur la
Moselle, et la liste des éditions dont Tross s'est servi : cette
liste est assez complète; j'ai déjà dit (p. LXXVii) qu'on y
remarque même une édition lyonnaise de i 549, que personne
ne connaît et qui contient des variantes qui ne se trouvent
nulle part. L'éditeur de 1821 n'a eu communication des
leçons du G qu'au moment où on tirait la douzième feuille
de son in-8°. 11 n'a donc pu en user pour établir son texte
(pp. 2-124), i^i pour le Commentaire critique des v. 1-370.
C'est ce qui empêche de mettre l'édition de Tross au nombre
des éditions critiques. D'ailleurs, le relevé des variantes
du G qu'il donne dans son supplément est incomplet et
•J'ai déjà dit (p. XLVI) que l'Ascensiana de Tross n'est autre que
l'édition de J. Petit.
CCXXXVI INTRODUCTION
inexact; pour ne parler que des leçons particulières à ce
mss. que j'ai notées comme bonnes (pp. xvi-XVli), il omet
V. 1 98 confundit,y. 2S^qîias, v. 2g'jconciirrens, v. 306 xiolu-
mine, etc. ; il donne v. 247 disjectas, au lieu de détectas,
V. 281 Converere, au lieu de conuerrere; il attribue au G
les leçons v. 463 refluus, v. 472 quique, etc.
En face du texte latin se trouve une traduction en vers
allemands, qu'il faut, dit Bœcking (édition de 1828, p. 45),
«couvrir du manteau de la charité chrétienne». Au-dessous
des textes latin et allemand est un commentaire explicatif
abondant en rapprochements utiles qui témoignent de
beaucoup d'érudition ; enfin, vient un « Kritischer Com-
mentar > (pp. 129-194), suivi d'« Historisch-Geographische
Abhandlungen » (pp. 195-248). Ces notes historiques et géo-
graphiques sont puisées sans goût aux meilleures sources.
Quant au Commentaire critique, il est de tous points misé-
rable. J'ai déjà eu occasion de relever en passant nombre
des erreurs qui y foisonnent. Semblable aux maladroits,
qui ne peuvent toucher un objet fragile sans le briser, Tross
ne peut prendre une édition sans y lire ce qui n'y est pas.
Il serait fastidieux d'énumérer toutes les erreurs de ces
soixante-six pages : dès la note au v. i , on apprend que la
leçon lumine se trouve dans la lyonnaise de 1 558 et qu'elle
vient du ms. de la Moselle dont Guil. de la Barge s'est
servi. Qu'il suffise de citer quelques-unes des leçons inatten-
dues que Tross relève dans son édition d'Ugolet] :
V. 368 mole Saravus, qui ne se trouve pas avant l'édition de
Poelmann. Par contre Tross ne lit pas mole saraïais dans le G.
V. 41 1 P rœfuerit , conjecture de Gronovius, postérieure de plus
d'un siècle à l'édition d'Ugolet.
V. 412 tuuni, qui est aussi une conjecture de Gronovius.
Je ne mentionne pas les nombreuses erreurs de moindre
importance qui concernent l'édition d'Ugolet. On en trouve
^ J'ai déjà dit (p. XXIX) que Tross, qui semble avoir le privilège de possé-
der des éditions inconnues, attribue à son Ugolet la date de 1500. ^L'exa-
men des leçons qu'il cite montre qu'il s'est servi de la contrefaçon de 1501.
DEUXIÈME PARTIE CCXXXVII
dans ce Commentaire critique, à propos de tous les textes
cités, d'aussi graves que les trois que je viens de relever.
Tross a constitué son texte d'après celui de la Bipontine.
Mais il écrit ae, oe, et, s, et, au lieu de œ, œ, ai, f, &, et
son orthographe diffère quelquefois de celle de l'édition
de 1785. Au lieu de eum, il écrit partout qimm, excepté
cependant v. 338. Au lieu de lœvia, il écrit v. 48 Icvia :
c'est, dit-il {Comment., p. 1 44), la vraie orthographe du mot
qui vient du grec \doq, ce qui ne l'empêche pas d'admettre
V. 55 et 363 laevia. Il ne fait pas l'assimilation dans les
mots composés ; il admet :
Vers Vers Vers
36 exstantes. 167 adstrepit. 335 adsita.
46 tnmundo. 196 Adnumerat. 340 exspirante.
47 adspergis. 205 Inpubemque. 345 adforet.
72 Adsiniulant. 258 adsibilat. 360 adlambere.
74 admixtos. 259 Exsultant. 445 adfecto.
96 inlaudata. 266 exspirans. 471 Exseris.
156 adsurgunt. 269 adludens. 474 adspirare.
La Bipontine admet bien exfiantes, admixtos, adjîrepif,
Exfidtant, exfpirans, exfinninte, Exferis, mais elle écrit
immundo, afpergis, aJfimiUant, illatcdata, etc. Tross écrit
d'autre part, comme la Bipontine, v. 310 et 348 Allicit,
v. 328 Com^pensat, v. 388 illustrât, v. 406 ilhistr avère.
Tross abuse des majuscules \ il en met au commencement
de certains mots sans utilité, et contre l'autorité de la
Bipontine : v. 251 Fauces, v. 260 Diei; mais il écrit avec
raison v. 412 Fortiina, et non fortuna. Par contre, il
admet v. 407 italitm, v. 424 latiis, v. 453 arctoi, alors
que la Bipontine a Italum, Latiis, Arôloi. Peut-être ces
majuscules et ces minuscules employées à tort et à tra-
vers sont-elles des fautes d'impression, genre de fautes qui
abonde tant dans le commentaire que dans le texte, dans
l'allemand comme dans le latin. Dans le texte, il faut
relever v. 234 spéciale, pour spectare : Tross (Comment.,
■p. 165) déplore d'avoir commis cette faute comme Ugolet.
CCXXXVIII INTRODUCTION
— V. 206 serio, pour séria; v. 2 16 sonania, pour sonantia;
V. 270 sine, pour fijie : Ces trois fautes sont corrigées dans
un Errata qui termine le supplément. — V. 175 colibiis,
Tpoxir col lïbiis ; v. 232 ahanae, pour ahimnae; v. 317 Afla-
taniqtie, pour Adflataniqiie ; v. 428 pidcherime, pour
p^ilcherrime.
Abstraction faite des fautes d'impression et des variantes
orthographiques, voici la liste des passages où Tross aban-
donne les leçons de la Bipontine :
V. 2 Vinco (Bip., vico). Tross dit qu'il pensait depuis longtemps
à faire cette correction Vinco, qui me semble en effet excellente.
Mais il a été prévenu par Minola^.
V. Il Novomagum (Bip., Nivomagiim). — C'est la seule
bonne leçon, d'après Tross, qui l'emprunte à l'AIdine et à l'édition
de Bâle [ces deux éditions écrivent Noicomagiim].
V. 22 Subter lobent is (Bip., Subterlabentis). — Tross emprunte
cette leçon à Ugolet [celui-ci d^ Subter labentes], et à Christ. On
peut se demander pourquoi, approuvant ici la division de ce mot,
il écrit V. 454 subterlaberis.
V. 35 spirante (Bip., fuperante). — Dans son «Einleitung»,
comme dans son Appendice critique, Tross se félicite d'avoir
rétabli par conjecture la leçon du G.
V. 39 sortira (Bip., fort ite). — Tross adopte la leçon de l'AI-
dine et de l'édition de Bâle, qui lui semble d'accord avec pateris,
habes, etc. Il ajoute que sortite est impossible, et qu'il faudrait, au
moins sortitus.
V. 47 lymphas (Bip., lympha). — Tross explique sa leçon en
faisant rapporter prima à vestigia; il construit aNec immimdo
coeno perfiindis littora sicca, sed lymphas adspergis in prima
vestigia*^^ . »
V. 68 Tota : (Bip., Nota). — Tross revient à la leçon vulgaire
Tota., qu'il modifie en Tota:; il emprunte à Wernsdorf l'usage
d'une parenthèse qui commence après Tota:, et va jusqu'à la fin
du V. 72.
V. 71 locnpletes (Bip., locupletum). — Tross dit qu'il suit la
leçon de la plupart des éditions et des meilleures.
V. 86 praetenero (Bip., prœ tenero). — C'est une faute, dit
Tross, de diviser ce mot.
• Voir Commentaire, p. 50.
'2 Est-il besoin de rappeler que, dans son texte, Tross écrit inmtindo,
litora ? Cette incohérence orthographique lui est familière.
DEUXIÈME PARTIE CCXXXIX
V. 95 uni (Bip., omni). — Tross adopte la leçon de l'AIdine et
des éditions qui en procèdent.
V. 1 1 1 çua (Bip., (^»(e). — Tross reprend la leçon des anciennes
éditions; quae, dit-il, est une mauvaise conjecture de ïollius.
V. 140 At qiium tranquillo (Bip., Aut cum tranquillos). —
Tross emprunte la leçon At aux mss. de Poelmann; il admet sans
hésitation la conjecture tranquillo, que Christ a aussi proposée,
et qu'il avait déjà hasardée lui-même dans son «Spec. Obs.»,
ouvrage que je ne connais pas autrement.
V. 179 Ad (Bip., At). — Tross admet Ad, conjecture de Gro-
novius.
V. 206 Qui spectattratisire,diem (Bip., Dumfpe6îat,tranfire
diem). — Tross admet la conjecture de Gronovius.
V. 221 amnisque (Bip., amnis). — Tross admet la correction
de Barth.
V. 237 Vibratos captât (Bip., Vihratis cœptat). — Tross dit
qu'il emprunte ces deux leçons aux meilleures des anciennes
éditions.
V. 242 defensos...pisces! (Bip., defenfus... pifcis!). — Tross
dit qu'il suit le texte des anciennes éditions, celles d'Ugolet [qui
a defenfas], l'AIdine, etc.
V. 256 Dexter (Bip., Dextera). — Tross pense avec raison que
dexter est l'épithète de puer. Il emprunte, dit-il, cette leçon aux
éditions de Leipzig, de Bâle, etc.
V. 261 Cuique (Bip., Quiqué). — Tross emprunte cette leçon
à l'AIdine.
V. 262 anhelatis (Bip., anhelantis). — Abandonnant la leçon
de la Bipontine pour adopter la leçon vulgaire, Tross ne croit pas
utile de dire d'après quelles autorités il écrit anhelatis.
V. 312 Dinocrates (Bip., Dinochares). — Tross écrit Dino-
crates d'après Saumaise ^.
V. 316 totus (Bip., Corus). — Tross adopte la leçon de l'AI-
dine, de l'édition de Bâle, etc.
V. 317 Aflatainqiie [sic] (Bip., Ajfflicîamque). — Tross adoptela.
leçon de l'AIdine, de l'édition de Bâle, etc.; mais il a le tort, en
discutant les leçons des autres éditions, de parler des mss. où
Vinet aurait trouvé Afficiamque.
V. 326 Atque (Bip., Utque). — Tross approuve cette leçon de
l'AIdine qui, dit-il, a tiré d'une source qui n'est pas à dédaigner
maintes leçons excellentes.
V. 336 nutantia (Bip., nitentia). — Tross adopte comme
donnant un sens plus poétique le mot nutantia que ToUius, Christ
^ Voir Commentaire, pp. 92-93 et 97.
CCXL INTRODUCTION
et Wernsdorf préfèrent également, et qui se trouve déjà dans les
vieilles éditions de Leipzig, de Bâle, dans l'Aldine, etc.
V. 337 sulphurea (Bip., fiiimineà). — C'est aux mêmes éditions
que Tross emprunte la leçon sulphurea. Il s'excuse d'avoir traduit
dans sa hâte le v. 337, comme s'il dLàvn.iàtt?i\\. fluminea , qu'il semble
rendre en effet, quand il écrit: <s.auf des Flufses Rand gebaut».
V. 38S veteres qui (Bip., veterefqne). — Tross emprunte cette
leçon à l'Aldine, aux éditions de Leipzig et de Bordeaux, etc.
V. 41 1 Par fuerit (Bip., Prœfuerit). — Tross emprunte la
leçon de l'Aldine, des éditions de Leipzig, Bâle, Bordeaux, etc.
Il est heureux de se rencontrer avec le G.
V. 412 suum (Bip., tuuin). — C'est aux mêmes éditions que
Tross empmnte la leçon suum.
V. 439 non (Bip., nunc). — Tross adopte la leçon des édit. de
Bâle, de Lyon, etc. Il met à tort l'Aldine au nombre des éditions
qui ont nunc.
V. 453 inunera (Bip., tempora). — Tross est le premier éditeur
qui adopte cette bonne leçon; il l'emprunte au Cornelij Liber,
cité par Poelmann, et constate qu'elle se trouve aussi dans le G.
V. 462 Gallis Belgisque... finis (Bip., Gallos, Belgafque...
fines). — Tross emprunte Tînz's à Poelmann, et Gallis Belgisque
à toutes les anciennes éditions. D'où vient, ajoute-t-il, la leçon
Gallos Belgasque, adoptée par les nouvelles, il ne peut le déter-
miner, car Vinet et Scaliger ne disent pas l'avoir trouvée dans
les mss. Il eût été difficile à Vinet et à Scaliger de trouver dans
des mss., qu'ils ne connaissaient pas, une leçon qui d'ailleurs n'y
est pas ; mais il eût été facile à Tross de se rendre compte que
cette leçon est venue de la citation du Lexicon poeticon, donnée
par Poelmann lui-même.
V. 464 Concedet (Bip., Concèdes). — Tross rejette la conjec-
ture de Scaliger.
Tross corrige souvent avec raison le texte de la Bipontine
au moyen de celui des autres éditions; il introduit de bonnes
leçons et d'heureuses corrections qui passeront dans les
éditions postérieures (Vinco, nmnera, Gallis Belgisque
intersita finis), Qt une con}Qc\.\xre(Dinocrates), qui, quoique
vraisemblable, s'éloigne trop de la leçon des mss, pour
pouvoir être admise. Il faut croire qu'Ausone a confondu
Dinocrates et Dinochares . Tross a le tort d'accorder une
trop grande estime à l'Aldine et de lui emprunter de nom-
breuses leçons mauvaises. Il propose dans son Commen-
DEUXIEME PARTIE CCXLL
taire quelques conjectures plus ou moins inadmissibles,
qu'il fait bien de ne pas admettre dans son texte :
V. i2 il propose aether au lieu de aer, à cause de la leçon
aether du v. 647 du 1. vi de V Enéide.
V. 37 il pense qu'on pourrait lire : jiisti nec démit honorem
Nominis.
V. 59 durante... visu. S'appuyant sur deux passages, l'un de
Stace (S//î'.^I,lli,v. 52), l'autre de C audien (de R. Fr.,n,v. 1 17),
où se trouve l'expression ducere visus, il propose de lire ducetite
... visu, ce qui me semble inadmissible au point de vue gramma-
tical: durare est ici un verbe intransitif, ducere est transitif,
comme le prouve d'ailleurs l'expression citée par Tross, où visus
est le complément direct de ducente. Il faudrait tout au moins
ducente ...visus; et comme le sujet de la phrase est [nos\ cerni-
inus, il faudrait ducentes.
V. 108 Tross propose laeta au lieu de lata ^.
V. 143 extremi procurrunt inargine fluctus. Tross veut écrire
e.xtremo qui se rapporterait à margine. Il fonde cette conjecture,
qui semble peu utile, sur le v. 171 extremis... ripis.
V. 258 inotoque adsibilat aère ventus. Tross propose aêrï,
leçon impossible qui ferait le vers faux.
V. 346 exiîia. Tross juge, comme Cannegieter, cette épithète
déplacée; il propose de la remplacer par ëximïa, qui a tout au
moins le tort de faire le vers faux. Cette conjecture et la précé-
dente prouvent que Tross est peu au courant de la quantité.
D'autres passages du Krit. Co)ninent. confirment cette ignorance;
ainsi, v. 61 Ouuni vada lene nieant, Tross fait cette remarque:
«Die Aldina hat leve^ das auch wohl angehen hônnte (sic). So
folgt gleich levi meatu. » Il suffit de scander le v. 63 Quod sulcata
levi... meatu, pour se rendre compte que levé ferait encore le
V. 61 faux.
V. 369 volveret. Tross dit qu'il avait hasardé, dans son «Spec.
Obs.», la conjecture solveret que Christ avait déjà proposée,
comme il l'a vu plus tard. J'admets cette conjecture!^.
Telle est cette édition de Tross, œuvre, à tous les points de
vue, d'une érudition vaste^ mais peu sûre. Sa caractéristique
est l'inexactitude : depuis les fautes d'impression jusqu'aux
fautes de grammaire et de métrique, sans oublier les citations
! Voir Commentaire, p. 64.
Y Voir Commentaire, p. 106.
XXXI
CCXLII INTRODUCTION
fausses et les renvois erronés, tout s'accorde pour faire de ce
volume, qui contient pourtant de bonnes choses, un guide
qu'il faut consulter avec la plus extrême défiance et en en
contrôlant soigneusement toutes les assertions.
On peut appliquer à Tross le vers connu :
y. — L'édition de Valpy (1823).
Valpy a publié à Londres (1823), en 3 vol. gr. in-8°, une
édition complète d'Ausone dont le titre même indique les
sources et le plan :
D. MAGNI AUSONII H burdigalensis || OPERA
OMNI A 11 EX editione bipontina || cum notis et inter-
PRETATIONE |i IN USUM DELPHINI II VARIIS lectionibus
Il NOTIS VARIORUM || recensueditionum et codicum
il et 11 indice LOCUPLETISSIMO 11 ACCURATE RECENSITA. ||
Il LONDINI: Il CURANTE ET IMPRIMENTE A.J. VALPY, A. M.
Il 1823.
La pagination est continue pour les trois volumes: la
Moselle, qui se trouve au commencement du deuxième,
occupe les pp. 455-505. Le texte est établi d'après celui de la
Bipontine dont il ne diiïère que par quelques détails d'ortho-
graphe et de ponctuation. Valpy écrit v. 1 1, 395 inclyta;
V. 36 extantes, v. 46, etc., littora, littore; v. 127 ojisonia;
V. 178, 222 Sol, comme l'éditeur de 1 730. Écrivant extantes,
il admet de même v. 259 Extcltaut, v. 266 expirans,
V. 340 expirante, v. 471 Exeris. Il écrit v. 293, comme
V. 213, Prœlia; mais il garde, à l'exemple de ses prédéces-
seurs, V. 106 Istri, alors qu'il a v. 424 Histri. Il écrit,
comme Tollius, v. 168 sylva, v. 290 Magni, et partout
cœrulea, cœruleo, etc. Il écrit avec raison v. ii^sqiialet,
V. 215 Pompeiani, v. 346 Baias, v. 296 utrimque. Mais,
V. 170, 179, 183, il attribue au mot Satyros la mauvaise
orthographe Satiros. Valpy conserve comme ses prédéces-
seurs les ce et les œ, mais il n'emploie pas les/ et les &•. Il
DEUXIÈME PARTIE CCXLIII
se sépare aussi des habitudes de l'éditeur des Deux-Ponts
dans l'usage du tréma qu'il attribue, à l'exemple de l'éditeur
de 1 730, aux mots aër, aëre, Arsinoën, et qu'il supprime, à
l'exemple de ce dernier, dans le mot Siniois. Mais il écrit
sans tréma, contre l'usage des éditeurs de 1671, 1730 et
1785 : Nais, Baccheia, Oreiadas, Eiihoicœ, Euboicas.
La ponctuation de Valpy est la même que celle de l'édi-
teur des Deux-Ponts, à ces différences près :
V. 132 major geminis... et non major, geminis.
V. 133 alvo; Propexique... et non alvo: P ropexiqne .
V. 216 cymbce, Innocuos... et non cymbœ. Innocuos.
V. 225 dextra lœvaque... ç.t non dextr a, lœvaqiie.
V. 481 tneat, et... et non méat &.
De plus, chaque fois que dans la Bipontine une phrase
nouvelle commence, après un point, par un mot dont la pre-
mière lettre n'est pas une majuscule, et le cas se présente
fréquemment, Valpy remplace le point par deux-points
(p, ex., V. 80 la Bipontine écrit Edere fas. haud... Valpy
écrit Edere fas: haud...).
Au-dessous de ce texte, on trouve Vlnterpretatio de
l'édition de 1 730, puis un choix assez médiocre de variantes
extraites des anciennes éditions. Enfin, au-dessous de ces
variantes, on lit les notes de l'édition de 1730, qui remplis-
sent la majeure partie des pages. Celles de l'édition de Tol-
lius occupent, sous le nom de «Notae variorum in D. Magni
Ausonii opéra», le troisième volume presque en entier.
Valpy donne ainsi la plus complète des éditions vario-
rum qu'on puisse souhaiter; son Ausone tient lieu, à lui
seul, de ceux de 1671, de 1730 et de 1785. Il est curieux
que Bœcking n'ait pas cité ce modèle des éditions vulgaires.
0. — La Mosella de Bœcking (1828).
C'est au jurisconsulte Edouard Bœcking (1802- 1870) que
revient l'honneur d'avoir donné la première édition critique
de la Moselle. Né à Trarbach, sur la Moselle, il semble
CCXLIV INTRODUCTION
vouloir se distraire des travaux arides de la jurisprudence
en consacrant ses loisirs au fleuve qui arrose sa ville natale.
Alors qu'après de fortes études à Heidelberg, à Bonn, à
Berlin, àGottingue, il occupe à Berlin les fonctions d'agrégé,
il fait paraître sa première édition de la Moselle, brochure
gr. in-4° de 73 pages qu'il intitule :
DES II DEC. MAGNUS AUSONIUS || MOSELLA. ||
Lateinisch und Deutsch. \\ nebst || EINEM ANHANGE,
Il ENTHALTEND || EINEN ABRISS VON DES DICHTERS
LEBEN, Il ANMERKUNGEN ZUR MOSELLA, || DIE GE-
DICHTE AUF BISSULA. || voN || DR. EDUARD BOC-
KING. Il BERLIN. || in verlage der nicolaischen buch-
HANDLUNG. || 1828.
Ce n'est pas encore une édition critique : Bœcking s'est
procuré le plus de textes anciens d'Ausone qu'il a pu •, dans
sa préface, datée du 23 mars 1828, il nous dit qu'il a réuni
toutes les éditions importantes, excepté celle d'Ugolet;
mais les mss. lui manquent. Il n'en connaît qu'un seul,
le G, et il le connaît mal, par le relevé incomplet des
leçons de ce ms. que donne Tross. C'est l'édition de Tross que
Bœcking est réduit à prendre pour type, mais il améliore
singulièrement le modèle qu'il suit, grâce à ses conjectures
personnelles, grâce surtout à l'usage intelligent qu'il sait
faire des leçons du G que Tross a connues trop tard pour
les faire entrer dans son texte.
Le texte de Bœcking diffère de celui de Tross :
1° Par la correction. — Bœcking corrige toutes les fautes
d'impression de Tross, et n'en laisse échapper lui-même
qu'une, v. 444 Pertrinxisse.
2" Par l'orthographe de certains mots. — Tross écrit
toujours qiiwti (excepté v. 338), et Bœcking, cum; Tross
écrit V. 48 levla, v. 55, 363 laevia, Bœcking admet partout
levia. Tross écrit v. 22 Subter labentis et v. 454 Siihterla-
heris, Bœcking, Subterlabentis et Subterlaberis ; Tross ne
fait pas l'assimilation dans les mots composés, Bœcking,
au contraire, fait presque partout l'assimilation: il écrit
immundo, Assimîdanf, illaïuiata, assurgîint, etc. Cepen-
DEUXIÈME PARTIE CCXLV
dant, il admet exstantes, admixtos, adstrepit, etc. Il écrit
V. 107 Micstela, v. 1 27 opsoniuj v. 22 1 phaseli, v. 352 quam-
qiiam, v. 397 subte}nine, leçons qui sont pour la plupart
préférables à celles qui leur correspondent dans l'édition
de Tross : Mustella, obsotiia, phaselli, quanquam, stib-
tegmine. Il écrit v. 106 et 424 Istri. Enfin Bœcking ne
se conforme pas à l'usage assez variable de Tross, en ce
qui concerne les majuscules initiales. Il écrit avec raison
V. 251 faiices, V. 260 diei, v. 313 pyramis, v. 407 Itahim,
V. 424 Lattis. Mais il av. 178 sol, v. 222 Sol, v. 412/or-
tiina, alors que Tross écrivait avec raison so/, dans les deux
passages, et Fortuna,
3° Par les variantes proprement dites qu'il introduit dans
son texte et par les conjectures qu'il propose dans ses notes :
V. I Bœcking rétablit fliimine au lieu de lumine, leçon de Tross,
parce que fiumine est la leçon des mss., comme Tross lui-même
le constatait: Die Codices hatten flumine. (Bœck., not. v. 1-4,
p. 45-46.)
V. 1 1 Nivomagunt (Tross, Novoinagum). Bœcking restitue la
leçon de la plupart des éditions, qui, croit-il à tort, est aussi celle
des mss. D'ailleurs, avec Novomagiini, le vers serait faux. (Bœck.,
not. v. lO-i I , p. 47-48.)
V.32 mimitnine, au lieu de manamine, correction de Gronovius
adoptée généralement par les éditeurs, par Tross en particulier.
C'est, dit Bœcking, le critique de l'édition de Tross, dans les
Annales d' Heïdelber g (Heidelh. Jahrb., 1822), qui a le premier
prouvé l'inutilité de la correction de Gronovius. (Bœck., not. v.32,
p. 49-50.)
V. 39 sortite, leçon des mss. et des meilleures éditions, au lieu
de sortire, que Tross emprunte à l'Aldine et aux textes qui en
procèdent. (Bœck., not. v. 39-44, p. 50.)
V. 47 Sicca in primores pergimt vesfigia lyniphas. Bœcking
donne ce vers d'après les leçons du G, transcrites par Tross.
(Bœck., not. v. 47, p. 50.)
V. 57 obtentibus , au lieu de obtutibits, leçon de toutes les édi-
tions connues de Bœcking. Cette correction est due au critique
d'Heidelberg. (Bœck., not. v. 57, p. 50.)
V. 68 Nota, au lieu de Tota, d'après la correction de Barth.
(Bœck., not. v. 68, p. 51.)
V. 108 laeta, au lieu de lata. Bœcking ne s'explique pas dans
CCXLVI INTRODUCTION
ses notes sur cette variante. Tross la proposait sans l'adopter
dans son texte; et, dans son édition de 1845, Bœcking rappelle
que le critique d'Heidelberg approuvait cette conjecture.
V. 169 homines, au lieu de hominum. Bœcking dit qu'il préfère
la leçon homines qui, d'après Tross, se trouve dans les textes
d'Aide, de Curion, de Gryphe, à la leçon hominum qui se trouve
dans la plupart des éditions. (Bœck., not. v. 169, p. 53.)
V. 188 rivis, comme toutes les éditions. Mais il dit dans sa note
au V. 188, p. 53: « Au lieu de rivis, je préférerais ripis, que je
ne voudrais pas cependant faire entrer arbitrairement dans le
texte. »
V. 206 Bœcking introduit un vers additionnel :
Dmn spectat, [viridis qua surgit ripa, colonus.
Non sentit,] transire diem, sua séria ludo... etc.
Dans sa note (p. 54) il propose plusieurs variantes au texte de
son vers ; il voudrait même ajouter deux vers au lieu d'un, et écrire :
Dum spectat, [viridis qua surgit ripa, colonus,
Nec suum opus curât captus per caerula visu,
Nec sentit] transire diein, etc.
V. 209 rfuOT au lieu de c/<Mi. Bœcking (not. v. 209, p. 54) espère,
par ce changement, réaliser une amélioration : « Dass ich cum
(v. 209) in dum umgeândert, ist hoffentlich eine Verbesserung. »
C'est aussi sans doute l'opinion de Schenkl, qui s'attribue tout
simplement la correction de Bœcking; cf. édit. Schenkl, p. 89,
1. 3 des notes critiques : « 209 cum codd., dum ego. »
V. 215 Mylaea, au lieu de Mylasena, d'après Gronovius.
(Bœck., not. v. 215, p. 54.)
V. 223 natales, au lieu de nautales, mot inconnu qui doit pro-
venir d'une faute des copistes. (Bœck., not. v. 223, p. 55.)
V. 237 coéptat, au lieu de captât. Bœcking ne s'explique pas
dans ses notes sur les raisons qui lui ont fait choisir cette leçon.
V. 261 Quique, au lieu de Cuique. Bœcking (not. v. 261, p. 55)
suit la leçon du plus grand nombre des éditions ; il pense qu'il faut
garder Quique, qui se rapporte au sujet, vigor.
V. 312 Dinochares, leçon des mss. et des éditions; il ne lui
semble pas utile (not. v. 312, p. 57) d'écrire Dinocrates comme
Tross.
V. 316 Corus, au lieu de totus, d'après l'autorité de la plupart
des anciennes éditions. (Bœck., not. v. 316, p. 58.)
V. 326 Bœcking revient à la leçon ordinaire, Utqite.
V. 336 nitentia, au lieu de nutantia.
DEUXIEME PARTIE CCXLVII
V. 337 flnminea, au lieu de sulphurea. Bœcking écrit fluminea,
d'après la leçon de la plupart des éditions et du G, cité par Tross.
(Not. V. 337, p. 59.) Il ne dit pas pourquoi il adopte nitentia,
qui est aussi une leçon du G, quoique Tross ne la cite pas comme
telle.
V. 369 Bœcking admet solveret, conjecture de Christ et de
Tross.
V. 439 Bœcking revient à la leçon nimc.
V. 462 Gallos Belgasque ...fines. Bœcking ne dit pas dans ses
notes pourquoi il abandonne la leçon de Tross, Gallis Belgisque
...finis.
V. 481 dextrae, au lieu de De.xtrae. Bœcking suppose qu'il est
question de la partie d'Arles bâtie par Constantin « nach ihm
Constantina (wahrscheinlich aber ofters Dextra, neml. urbs,
daher dextrae Rhodanus dut nomina ripae) genannt... »(Bœck.,
not. V. 469-483, p. 68.)
En outre de ces notes critiques, les pp. 39-68 de Tédition
de 1828 contiennent un certain nombre d'utiles remarques
explicatives, historiques et géographiques, que précède une
biographie d'Ausone. Les pp. 69-72 sont occupées par
vine édition et une traduction des pièces qui concernent
Bissula.
Le texte de la Moselle donné par Bœcking est aussi bon
qu'il pouvait l'être, l'éditeur n'ayant à sa disposition que des
ressources restreintes et ne connaissant le G que par les
renseignements médiocres que Tross lui fournissait. La
jeunesse de Bœcking explique et excuse un cç.xidi\.n prurit us
emendandi qui l'amène à plusieurs corrections inutiles dont
il débarrassera son édition définitive. On sait que Bœcking
consacra de longues années à publier les sources du droit
romain; éditeur de la Notitia dignitatum, il travailla de
1834 à 1853 à établir le texte de cet ouvrage, sur lequel
il avait publié une dissertation dès 1 834 : ce chercheur
consciencieux ne pouvait se tenir pour satisfait de son édition
de la Moselle, publiée sans le secours des mss. Il la refit
en 1842 et en 1845, essayant de constituer le texte du poème
d'Ausone sur les mss., comme il le faisait pour le texte de
la Notitia.
CCXLVIII INTRODUCTION
E. — La Mosella de Klausen (1832).
Klausen a publié à Altona, en 1832, une édition in-4° de
la Moselle; je ne la connais que par Bœcking. En voici le
titre :
DES II Decimus Magnus Ausonius \\ MOSELLA. ||
Il von Gottlieb Ernst Klausen, [| ... || altona, || ... || Ham-
merich und Lesser. 1832.
Le texte est constitué d'après celui de l'édition de 1828;
il n'y a que quelques différences de ponctuation. En fait de
variantes, Klausen écrit partout qmim, au lieu de cum;
V. 1 1 et 395 inclyta, au lieu de inclita; v. 196 et 345 Ad-
nunierai, adforet, au lieu d^^Anmiinerat, afforet; v. 1 78 Sol,
V. 358 Ponto, V. 399 Memoraho, v. 412 Fortuna, v. 481
Dextrae, au lieu de sol, ponto, tnetnoraho, fortuna, dextrae.
Klausen revient à la leçon ordinaire v. 57 ohtutihtis. II
admet v. 256 Dextera, et v. 350 dignandainque, au lieu de
Dexter et dignandumqiie . Enfin, il n'accepte pas dans son
texte le vers additionnel (v. 206-207) de Bœcking; il corrige
une faute d'impression de l'éditeur de 1828, v. 444 Per-
trinxisse, mais il en laisse échapper une autre à ce même
vers, libatninae.
Bœcking ne dit pas si l'édition de Klausen est suivie de
notes critiques et explicatives.
Ç. — La Mosella d'Oppen (1837).
C'est d'après Bœcking également, que je cite l'ouvrage
in-8° d'Oppen intitulé :
MOSELLA. Il Uebersetzt von O. H. A. von Oppen.
Il Mit revidirtem Texte. || (Manuscript.) H Kôln, 1837.
Il Du Mont-Schauberg'sche Buchdruckerei.
Le texte d'Oppen suit à peu près exactement celui de
Lassaulx, qui est lui-même constitué d'après l'édition de
1 730. Oppen semble même revenir au texte de 1 730 dans
les rares passages où Lassaulx l'abandonnait (p. ex. v. 22
DEUXIÈME PARTIE CCXLIX
Lassaulx : Supterlabentis; Oppeu : Subterlabentis). Il
s'écarte quelquefois des leçons de Fleury pour adopter celles
de Tross : v. 1 1 Novomagtim; v. 140 At; v. 204 alacres;
V. 2^0 faciles; v. 26 1 Ciiique; v. 279 Sumsit; v. 309 noctiia;
V. 312 Dinocrates; v. 316 totus; v. 335 adsita; v. 345
adforet; v. 412 stiwn. 11 emprunte à d'autres éditions les
leçons V. 317 Affictamque, v. 370 heic, v. 481 dextrae. Il
corrige les fautes d'impression de Lassaulx, mais il en a lui-
même : V. 121 qîiaentlis (pour querîdis),v . \ 26 Novit (poxxr
Norit). La ponctuation d'Oppen semble fantaisiste.
Bœcking ne dit pas si des notes explicatives ou critiques
accompagnent le texte de 1837.
y,. — L'édition et la traduction française de Corpet (1842-1843).
Corpet a publié dans la «Seconde série de la bibliothèque
latine-française de Panckoucke» une édition d'Ausone^
avec traduction française en deux volumes in-8° datés, l'un
de 1842, l'autre de 1843, et intitulés :
ŒUVRES II COMPLÈTES II d'AUSONE 11 TRADUCTION NOU-
VELLE Il PAR E.-F. CORPET || PARIS.
Corpet dit, dans la Notice qui précède le premier volume,
que l'édition de 1730 est la meilleure qui existe ^ : rien
d'étonnant qu'il en suive le texte. C'est ce qu'il fait en par-
ticulier pour la Moselle. Il s'en sépare quelquefois :
1° Pour adopter les leçons de la Bipontine (v. 36 exstan-
tes, V. 46, 53, etc., litora, litore, v. 53, 63 arejice, arena,
v. 96 illaudata, v. 125 viilgi, v. 153 Baccheia, v. 178, 222
sol, V. 212 prœlia, v. 254 anmdo, v. 296 pœue, v. 309
noctua, V. 384 Qiiiii etiam, v. 422 natiqiie patrisqiie,
V. 473 Camœnœ, v. 475 MiLsis). En outre, Corpet adopte
souvent la ponctuation de la Bipontine : p. ex, , il met, comme
cette édition, entre deux virgules les noms des poissons qui
sont au vocatif; cf. v. 94 exerces. Barbe, natatus.
^ Voir p. GGVIII.
XXXlI
CCL INTRODUCTION
2° Pour emprunter à d'autres éditions, des leçons qu'il
justifie dans ses notes :
V. 71 Delicias hominmn locupletes . . . «leçon de Tross et de
M. Bœcking, que j'ai suivie». (Note 19, p. 375.)
V. 316 Corus Achates, Afflatainque . . . « C'est la leçon des plus
anciens mss., qui portent aussi Affatain [sans doute faute d'im-
pression, pour Afflatam, qui se lit dans tous les mss. de la Moselle]^
et non Afflictatu ou Affictam, adoptés par quelques éditions. »
(Note 54, p. 381.)
V. 380 Romœ te nuere parentes... « On lit dans d'autres éditions
Roinœque titere parentes, ce qui s'adresse à Némésis et s'accorde
moins avec l'idée du poète. » (Note 65, p. 383 ^.)
V. 481 dextrœ*^^.
3° Pour adopter des leçons qui ne sont ni dans l'édition
de 1730 ni dans celle de 1785, et sur lesquelles il ne
s'explique pas :
Corpet écrit v. 47 adspergis, v. 345 adforet, v. 473 adspirare :
il devrait alors écrire v. 72 Adsimulant , au lieu de conserver
Assiinulant .
Il écrit, à l'exemple de Bœcking, /s^W au v. 424 comme au v. 106.
Il emprunte à Tollius trois bonnes leçons v. 140 At, v. 221 ani-
nisque, v. 242 defensos...pisces, et ime mauvaise v. 297 concurrit.
Il écrit sans majuscules v. 313 pyratnis, v. 369 augnstis,
V. 421 augustce.
Il admet avec raison v. Sôprœtenero, comme Tross et Bœcking,
et à tort v. 43 quoties, v. 361 celebratur.
Les notes critiques qui accompagnent le texte de Corpet
sont peu nombreuses et généralement médiocres. En outre
de celles qu'il a écrites pour justifier certaines de ses
leçons, et qui ont déjà été citées, on en trouve un certain
nombre qui montrent qu'il a surtout usé, mais sans grand
profit, des éditions de Tross et de Bœcking (1828). Il parle
des «variantes inédites d'un ms. du X^ siècle, conservé à la
Bibliothèque de St-Gall», variantes données dans l'édition
de Tross, mais il ne s'inquiète pas autrement de la valeur
' Voir Commentaire, p. 109.
V Voir Commentaire, pp. 137-139.
DEUXIEME PARTIE CCLt
que ce ms. peut avoir. Il cite, sans les adopter, de bonnes
corrections de Tross et de Boecking(p. ex. v. 2 Vinco) ; dans
la iiofe au v. 35, il parle de la difficulté de donner un sens
raisonnable à spirante, leçon du G, adoptée par Tross et
Bœcking. Il se livre à des plaisanteries faciles et déplacées
au sujet de Bœcking: «Le docteur allemand dit positive-
ment que, dans l'été de 1824, il a mangé sa part d'une
Miistella de la Moselle, qu'un pêcheur avait tuée sur le
rivage. C'est bien heureux pour Ausone! » (A^o^e 40.) Il
montre une profonde ignorance des éditions : «Note 48.
Qîiique (v. 162). Cannegieter propose ctiique, qui me paraît
préférable et qui a été adopté par Tross d'après l'édition
Aldine.» L'édition de 1507 proposait déjà Cuique. Il ne
connaît pas mieux les mss., puisqu'il parle des «manuscrits
de Vinet» {note lo), et «du plus ancien des manuscrits de
Vinet» {note 13): il suffit de lire les premières lignes du
Commentaire de Vinet pour comprendre que l'éditeur de
1575 ne connaissait aucun ms. de la. Moselle. En somme,
le texte et les notes de Corpet n'ont aucune valeur critique;
l'éditeur de VAusone de la collection Panckoucke devait
donner dans la même collection, en 1 845, un Lucilitis où se
trouvent consciencieusement citées et habilement discutées
la plupart des conjectures présentées par les érudits qui
s'étaient occupés du vieux satirique latin; — en 1849, les
Œuvres de Paulin de Périgueux et le poème de Fortunat
sur la vie de Saint-Martin, éditions établies d'après les mss.
et les meilleurs textes imprimés. Il est regrettable que
Corpet n'ait pas fait pour Ausone ce qu'il a fait depuis pour
Paulin et pour Fortunat. S'il s'était enquis des mss. et des
anciennes éditions, il aurait pu procurer une édition critique
du poète bordelais, quarante ans avant celle de Schenkl.
Les notes explicatives, historiques et géographiques sont
souvent utiles ; la lecture de mon Commentaire prouvera
que j'en ai beaucoup usé. Corpet se dit «peu rassuré sur
le mérite de la traduction» qui se trouve en face de son
texte, comme c'est l'usage dans les volumes de la collection
CCLII INTRODUCTION
Panckoucke. Il ajoute : «J'aurais mauvaise grâce à médire
de mon prédécesseur, l'abbé Jaubert, quoique son travail
m'ait peu servi. »
Pour moi, je suis loin de médire du travail de Corpet qui
m'a beaucoup servi ; on verra cependant que ma traduction
s'éloigne assez souvent de la sienne : celle-ci n'est pas, en
ofénéral, d'une rigoureuse exactitude; mais elle rend suffi-
samment le texte médiocre que Corpet s'était donné la
tâche de mettre en français. Elle fait d'autant plus regretter
que l'éditeur de 1841 n'ait pas essayé de constituer le véri-
table texte d'Ausone qu'il était capable d'interpréter.
Corpet cite une traduction française de la. Moselle, donnée
par M. Emile Bégin dans ses Mélanges d'archéologie et
(l'histoire {Metz, 1840). Il ne dit pas quelle est la valeur
de ce travail. Il se borne à rappeler {notes 18, 23, 38, etc.)
quelques contresens qui se trouvent dans la traduction de
1840, comme dans celle de l'abbé Jaubert.
Les éditeurs de la « Collection Nisard » ont cru utile de
reproduire la traduction Corpet dans le dernier volume
publié de leur recueil. Ce volume comprend Ausone, Sidoine
Apollinaire et Fortunat. La préface de Corpet est donnée
textuellement : à la lire dans un volume qui porte la date
de 1887, on croirait que le texte d'Ausone n'a accompli
aucun progrès depuis 1842. La traduction est réimprimée
avec quelques fautes typographiques en plus (p. ex., v. 243
hunientia lina devient des liens humides):, les notes de
Corpet ont été écourtées à tort et à travers. Puisque les
éditeurs voulaient une traduction qui fût en retard sur le
texte critique établi par Schenkl, ils auraient dû tout
simplement reprendre l'œuvre de l'abbé Jaubert, dont la
place était toute désignée à côté de la regrettable traduc-
tion de Fortunat qui suit celle d'Ausone *[.
« Le traducteur de Fortunat qui, paraît-il, a dirigé la publication de
tout le volume semble peu au courant de ce qui concerne Ausone: il ne
connaît le savant éditeur de la Moselle, Bœcking, que sous le nom de
Uœcker {Dissert, prèlimin., p. 33, note 2).
DEUXIÈME PARTIE CCLIII
B. LE TEXTE CRITIQUE.
a. — La Mosella de Bœcking (1845).
La première édition critique de la Moselle est celle que
Bœcking a insérée dans le tome VII (année 1845) des «Jahr-
biicher des Vereins von Alterthumsfreunden im Rheinlande » ,
avec ce titre :
Moselgedichtell desH Decimus Magnus Ausonius
IlunddesllVenantiusHonorius Clementianus For-
tUnatUS. il Lateinisch und deutSCh || mit kritischen und erklà-
renden Anmerkungen || von |] Eduard Bôcking.
L'édition de la Moselle occupe les 104 premières pages
de cet in-8°, dont le caractère est très fin; les pp. 105-123
contiennent les poèmes de Fortunat. Bœcking donne d'abord
(pp. 3-1 1) l'Index des mss. et des éditions dont il s'est servi.
Il a coUationné lui-même le G, à St-Gall, en septembre 1 843 ;
il doit les collations du Rh et du B à H. Sauppe, professeur
à Zurich, et à Marchai, conservateur des mss. de la Biblio-
thèque de Bruxelles. Il cite en outre les mss. de Poelmann,
sans se rendre compte que le Gemblacensis de l'éditeur
d'Anvers n'est autre que le B^. Après l'utile liste des
éditions d'Ausone, viennent (pp. 12-13) la lettre de Sym-
maque avec une traduction en allemand, et (pp. 14-59) le
texte latin avec, en face, une traduction en vers allemands,
et au-dessous du latin et de l'allemand des notes critiques
abondantes, généralement exactes, mais incommodes à
consulter : pour gagner de la place, Bœcking désigne par
des lettres grecques chacune des nombreuses éditions
dont il cite les variantes, et il est souvent difficile de se
retrouver au milieu de ces caractères et autres sig-nes
conventionnels qui accompagnent chaque variante : Bœc-
king lui-même semble souvent s'y perdre. Enfin (pp . 60- 1 04),
^ Voir p. CI.
CCLIV INTRODUCTION
une vie d'Ausone et des remarques de tout genre sur le texte
de son poème complètent dignement cette première édition
critique de la Moselle.
Il faut examiner quels progrès le texte de 1845 a faits
sur celui de 1828. Je ne parle pas de l'édition de 1842, que
je connais seulement par les renseignements que Bœcking
en donne dans son Index de 1845 : c'est un in-80 imprimé
à Bonn et publié, sans indication de lieu ni de date, avec
ce simple titre :
AVSONII MOSELLA.||recognovitedvardvsbôcking.
L'édition de 1842 ne donne pas évidemment un texte
critique, puisque Bœcking n'a collationné le G qu'en 1843.
D'ailleurs les variantes citées au bas des pages de l'édition
de 1845 montrent que le texte de 1842 est une simple
répétition de celui de 1828; il ne s'en éloigne que pour
admettre v. 46 littora, etc., v. 125 volgi, v. 248 conttexa,
V. 261 Cuiqite, v. 293 Praelia. Le texte de 1845 ne garde
que Cnique et revient, pour le reste, aux leçons de 1828.
C'est d'après le G que Bœcking constitue son texte
nouveau : « Htmc optiniuni oinnium codicem — dit-il —
nisi îtbi necessarium videreiur , non deserui. » La colla-
tion qu'il donne du G me semble exacte et complète, autant
que j'en puis juger par les deux relevés de Schenkl et de
Peiper, qui se contrôlent l'un l'autre. Bœcking n'a guère
omis que les bonnes leçons v. 247 détectas, et v. 426 Hinc
qu'il aurait citées dans ses notes et sans doute admises dans
son texte s'il les avait remarquées dans le ms. Il cite, sans
les admettre, les leçons v. 249 inductos, etv. /^jo sttperno,
mais il en admet bien d'autres qui semblent n'avoir d'autre
mérite que de se trouver dans le ms. Bœcking a le zèle
d'un néophyte : autant en 1 828 il essayait de corriger,
autant en 1845, brûlant ce qu'il avait adoré, et adorant la
vérité qui vient de lui être révélée, il se montre conser-
vateur du texte des mss. Les conjectures lui paraissent
presque des hérésies, et il ne les hasarde guère que soutenu
de Tapprobation de Lachmann.
DEUXlÈxME PARTIE
CCLV
Voici les leçons empruntées au G, qui modifient le texte
de i828", beaucoup parmi elles ne se trouvaient auparavant
dans aucune édition :
Vers
33 praelapsus ^ .
35 properare.
36 extantes.
60 profuncli.
93 inelioris *\^.
96 iiilaudata.
102 caenae.
122 caenoqiie*^^.
Vers
156 adsurgunt.
160 Garonnam.
178 aiireiis.
192 propidit.
196 Adniimerat*\^.
216 cumbae.
266 e«;^zVans^>.
296 utr inique (G^).
Vers
2)26fellX.
335 adsita (G-).
340 expirante ^6.
378 c/Oj Roina.
417 iindas.
454 subter laberis^T .
483 Garonnae.
Bœcking renonce souvent à des leçons de son texte de
1828 pour admettre des leçons communes au G et aux
autres mss. dont il s'est procuré la collation :
Vers
1 1 Noiomaguni (codices) *\^.
15 caeluin (G, B).
29 aeqiiiperare (G, B).
53) 63, 85 harenae, etc. (cod.).
65 Usqiie {Vsque, codices).
68 Tota (codices).
70 hacas (codices).
7 1 locupletibus atque (G , Rh) .
74 ammixtos (G, B).
Vers
89 Rhedo {rhedo, codices).
95 omni (G, B).
106 et 424 Histri (G, B).
108 lata (codices).
1 14 squalet (codices).
127 obsonia (codices).
130 Sario (sario, codices).
209 cum (codices).
223 nautales (G ^9j.
• «prelapsus G, prolapsus Rh, B » : c'est une erreur, leB a.praelapstis
et le Rh, precelapsus.
• ^ Voir Commentaire, p. 63.
^ ' « cenoq; G, coenoque Rh, B » : d'après Schenkl et Peiper, le B a aussi
caenoque.
^4 D'après Schenkl et Peiper, le G a admunerat, corrigé en adminerat.
^S « exfpirans. [Bœcking use tantôt des /, tantôt des s, dans la repro-
duction des leçons de ses mss.] Rh, B » : d'après Schenkl et Peiper, la leçon
commune de tous les mss. est expirans.
•6 « exspirante Rh, B » : d'après Schenkl et Peiper, la leçon commune de
tous les mss. est expirante.
^7 «fubterlaberis Rh, B » : Bœcking semble indiquer implicitement que
le G a subter laberis. Schenkl et Peiper écrivent tous deux ce verbe en
un seul mot; ils ne disent ni l'un ni l'autre si la leçon du G est contraire
à celles qu'ils adoptent.
^8 Par codices, j'entends, dans cette liste, les trois rnss. que Bœcking
connaît.
'^9 La leçon nautales se trouve dans tous les mss.
CCLVI
INTRODUCTION
236 praetemptat (codices).
237 captât (codices).
254 Jiarundo (codices).
258 adsibilat (codices).
259 Exultant (codices).
27g Siwipsit (codices).
298 Quis (codices).
304 Syracusii (syracusii,
G, B).
352 quanquam (codicts)^.
359 Eruhris {eruhris, G, Rh).
Vers
369 volveret (codices).
374 mores (codices).
384 serena (codices) ^^.
388 veteresque (codices).
413 reddat (codices).
423 Nigruin {nigriim, cod.).
439 7;.on(G, Rh)V.
450 Nati {nati, codices).
465 Tarnen (codices).
471 Exer is {coàicQs).
474 Camenae (camenae, cod.).
Il emprunte rarement au B ou au Rh, qu'il ne connaît
pas par lui-même, des leçons qui remplacent celles de son
texte de 1828 :
Vers
80 haut, d'après le Rh qui a
haiid.
149 additiir B.
169 scaena Rh : c'estune erreur,
tous les mss. ont scena.
215 Mylasena, d'après le B et
le Rh qui ont ntilasena.
254 saetae Rh.
Vers
294 plaiisu Rh € probante
Lachmanno >.
319 scaenas Rh : c'est une
erreur, tous les mss.
ont scenas.
360 adiambere B : c'est une
erreur, le B a allambere.
361 celebratur ^\i.
L'introduction de ces diverses leçons dans le texte de
1 845 en fait disparaître la plupart des conjectures proposées
par Boecking en 1828. Il en ajoute quelques-unes inspirées
ou approuvées presque toutes par Lachmann :
Vers
18 f»;n^4.
46 caeno. Bœcking croit cor-
riger coeno, leçon de tous
les mss.; mais le B et le
Rh ont ceno.
Vers
68 picta ora^K
134 imitaris scripsi Lachm.
suadente.
203 gramina posui prob.
Lachm.
^ Le B a quamquam.
^^ Le B a seuera.
^3 Le B a lui aussi non. La collation du B, telle que Boecking la donne, ne
semble pas très exacte; p. ex., v. 452, il attribue àcems. la leçon mtmera.
^4 Voir Commentaire, p. 53.
^i Voir Commentaire, p. 57.
DEUXIEME PARTIE CCLVII
Vers Vers
312 ctii quadrata^. 380 Romaetueare parentis^>.
350 metnorare, Mosella, Innu- i\vi festinet.
meri, etc.^^. 472 Quave.
Il y a enfin quelques différences peu importantes entre
les deux textes de Bœcking : n'admettant plus la lettre 7,
dont il usait en 1828, il écrit maintenant : Pompeiani,
Baias. Il admet v. 261 la correction d'Avantius Ciitque,
V. 290 le texte de Scaliger Magni, v. 462 la correction de
Poelmann Gallis Belgisqiie intersita finis, v. 481 la
conjecture de Scaliger Dextrae : en outre, il écrit Ripae
avec une majuscule initiale. Il supprime la majuscule ini-
tiale des mots suivants : v. 117 niiillis, v. 129 salmo...
salar, v. 134 barbi, v. 137 delphina, v. 453 arctoi. Par
contre, il attribue une majuscule à ceux-ci : v. 358 Ponto,
v. 385 Natura, v. 412 Fortuna, v. 422 Natique Patrisqiie;
mais il conserve v. 178 sol, v. 222 Sol, comme dans son
premier texte, et il admet v. 144 balaena, v. 148 Balaena,
alors qu'en 1828 il écrivait les deux fois Balaena. Il écrit
V. 372 pro ut, ce qui est contraire à l'usage, et il supprime
avec raison toute ponctuation entre les v, 241 et 242.
Bœcking consigne dans ses notes critiques quelques
conjectures de lui ou de Lachmann qu'il ne fait pas entrer
dans le texte :
Vers Vers
68 Pictum ora prop. Lach- 196 AtnuineratconiQC.La.ch.
mann. 232 Twm vult Lach^î.
139 de/)rensavultLach. ;possis 253 in digitutn(pour indiciuin)
facilius defessa, sed nihil prop. Lach., sednihilmu-
mutoT"^. tandum est.
^ Voir Commentaire, p. 94.
^- J'ai déjà dit (p. GLXIII) que cette conjecture se rapproche beaucoup de
celle de Ménage. Peiper a trouvé la même conjecture dans un « exemplar
Gryphianura a. 1675 (sans doute 1575) quod est in Bibl. ciuit. Wratis-
lauiensis » ; il attribue les notes manuscrites de cette édition à un membre
de la <? gens Sebisiana » dont les armes sont imprimées sur ce volume.
(Peiper, Praefat., p. LXXXVIIII).
•5 Voir Commentaire, p. 109.
f+ Voir Commentaire, p. 70.
V Voir C0M.M.ENTAIRE, note au v. J30, p. 82.
XXXIIl
CCLVIII INTRODUCTION
Vers Vers
305 hominesque vult Lachm. 341 Possis etiam viultos iidore
326 speciilaniine, quod Lachm. {an lieu de niidto su-
propos., aptius est. dore).
A l'exception de defessa, ces conjectures n'auraient guère
ajouté à la valeur du texte de 1845, qui, tel qu'il est constitué,
semble fort satisfaisant. Il ne reste plus, après Bœcking,
qu'à introduire dans le texte quelques leçons du G omises
par l'éditeur de 1 845, et à chercher des corrections nouvelles
dans les mss. dont il n'a eu que des recensions incomplètes
ou dont il ne connaît même pas l'existence.
p. — L'édition de C. Schenkl.
La première édition critique de l'ensemble des œuvres
d'Ausone a été donnée en 1883 par C. Schenkl dans les
« Monumenta Germaniae historica » (Auctorum antiquissi-
morum tomi V pars posterior); le volume gr. in-4° qui
contient les œuvres d'Ausone est intitulé :
D. MAGNI AVSONII |1 OPVSCVLA |I recensvit ||
CAROLVS SCHENKL || adiecta est tabvla i; BEROLINI
Il APVD WEIDMANNOS |1 MDCCCLXXXIIL
Ce volume commence par un « Prooemium» (pp. V-LXIV)
consacré à la biographie du poète et à l'étude des mss. et
de quelques éditions de ses œuvres : j'ai utilisé les rensei-
gnements donnés sur les mss. et discuté les affirmations
émises à propos de certaines éditions^; puis vient le texte
(pp. 1-262; la il/o5e//a occupe les pp. 82-97) accompagné d'un
apparat critique, où j'ai relevé un grand nombre d'erreurs,
non évidemment pour ce qui concerne les mss. que je connais
seulement par les collations de Bœcking, Schenkl et Peiper,
mais pour les variantes des éditions que j'ai entre les mains,
et qui sont très souvent données d'une manière inexacte^^.
«[ Voir pp. LXI-LXII, Cil, etc.
■2 Voir surtout les chapitres consacrés à la Lyonnaise de 1558 et aux
éditions de Vinet. — Schenkl ne cite pas toutes les éditions d'Ausone, ce
DEUXIEME PARTIE CCLIX
Enlin, on trouve des Index utiles surtout au point de vue de la
grammaire, de l'élocution et de la métrique. Mais on regrette
de ne rencontrer aucune note exégétique, aucune explication
personnelle : la personnalité de l'auteur ne se manifeste que
dans le mot « ego », qui accompagne, sans autre explication,
des conjectures qu'il serait le plus souvent indispensable de
faire suivre de preuves à l'appui. Ce dogmatisme autoritaire
ne vaut pas la bonhomie un peu prolixe de Bœcking, qui,
lui, explique la raison de ses conjectures et ne manque pas
de nous dire avec un naïf orgueil qu'elles ont été approuvées
par le monde savant^. D'ailleurs, ce déplaisant « ego» n'est
pas toujours justifié : j'ai déjà dit que v. 209 il est accolé
à une conjecture proposée par Bœcking en 1828.
Ce serait être injuste pour l'édition de Schenkl, utile à
tous les amis d'Ausone, que de la juger seulement par son
texte de la Moselle : Bœcking ne s'était occupé que de ce
poème, et, pour tous les autres, Schenkl doit faire ce que
Bœcking avait fait dès 1845 pour la seule Moselle.
On comprend qu'il ne puisse pas y avoir de grandes diffé-
rences entre le texte donné par Bœcking en 1845, d'après
le G, le B et le Rh, et celui que Schenkl constitue d'après
le G, le B, le Rh, le Reg et le L : si Bœcking reproduit
inexactement quelques leçons du B et du Rh qu'il n'avait pas
coUationnés lui-même, le Reg, qui s'arrête après le v. 1 80 n'a
pas grande importances^, et l'incorrection du L lui enlève
à peu près toute autorité.
Schenkl n'emprunte au L aucune variante qui modifie
les leçons de Bœcking ; il emprunte au Reg trois variantes
orthographiques, une qui est bonne, v. 72 adsimulant\' ,
qui est évidemment son droit : mais on peut se demander pourquoi il men-
tionne (Index Librorum, p. LXIV) « Amstelod. ed Amstelodamensis 1750 »,
alors qu'il ne nomme pas dans cet Index la Parisienne de 1730 d'après
laquelle cette édition absolument négligeable a été constituée.
* Voir Bœcking-, édit. de 1845, p. 79, note aux v. 204-207, et Commen-
taire, p. 7Ô.
■^ Schenkl a fait collationnev ce ms. par A. Mau.
•3 Schenkl n'attribue pas de majuscules initiales aux mots qui commen-
cent les vers.
CCLX INTRODUCTION
et deux qui sont mauvaises, v. 109 defrudarentur ^, et
V. 125 volgi'\^. Schenkl emprunte au G quatre leçons que
Bœcking n'admet pas: Tune fort bonne, v. 426 Hi ne, a
échappé à l'éditeur de 1845, qui mentionne, sans les
adopter, les trois autres, dont une v. 249 indiictos est bonne.
MaisBœcking avait raison de rejeterv. 1 2,2 geniinis niaiory
et V. 442 AquitanicaY^ que Schenkl introduit dans son
texte.
D'autre part, l'éditeur de 1883 fait bien de rejeter deux
leçonsdu G admises par son prédécesseur: v.93 tnelioris*[' ,
V, 160 et 483 Garonnam, Garonnae.
On remarque dans les deux éditions certaines différences
orthographiques qui proviennent des variantes des mss.
suivis par les éditeurs :
Vers Bœcking. Schenkl.
46 immundo (G, B, [L ^6]). inmundo (Rh, Reg).
53, 227, 247 hiimentia (vulgo). umentia (Reg, G) ^7.
74 animixtos (G, B). admixtos (Rh, Reg, L).
102 caenat? (G, [Reg] ). cenae (B>)'\^ .
125 solatia (G, B, [L]). solacia (Rh, Reg)^9.
328 Compensât (vulgo). conpensat (Rh).
352 quanquam (G, Rh, [L]). quainquam (B).
Plusieurs des variantes orthographiques admises par
Schenkl sont bonnes; mais, puisqu'il ne fait pas l'assimi-
lation dans les mots composés, il devrait écrire qîianqiiam,
et V. 230 conpositos , comme il écrit conpensat.
Bœcking admettait les leçons du Rh, v. 294 plaiisu,
V. 80 haud, légèrement modifié en hatid: Schenkl revient
avec raison, v. 294, à tort, me semble-t-il, v. 80]'°? aux
leçons des autres mss., pulsu, aut; c'est également à tort
• Voir Commentaire, p. 65. ^7 umentia est la bonne ortho-
•2 Voir CoMMENTAiiîE, p. 67. graphe.
•3 Voir Commentaire, p. 68. *&cenae est la bonne ortho-
■+ Voir Commentaire, p. 128. graphe.
•> Voir Commentaire, p. 63. '9 solacia est la bonne ortho-
• 6 Je mets entre crochetsles leçons graphe.
des mss. inconnus à Bœcking. ^'o Voir Commentaire, p. 59.
DEUXIEME PARTIE
CCLXI
qu'il abandonne les leçons de Bœcking, v. 149 addihir
(B, [Reg]), V. 391 nervis (Rh'), pour admettre additus (G,
Rh, L)j, et netis (B, Rh^)^^. Schenkl revient, quelquefois
avec raison, au texte des mss. que des conjectures de
Bœcking modifiaient: v. 68 pichira^'^, v. 203 gennina,
V. 350 Mosellam, v. 380 Roniae teritiere parentes Y, v. 429
nihil, v. 473 portibiisY • C'est aussi au texte des mss. que
Schenkl revient en écrivant v. 140 tranquilloSy au lieu de
tranquillo, leçon qui, d'après la collation fournie à Bœc-
king, se serait trouvée dans le Rh, v. 3 i i Ptolomaidos, et
V. 4Ç,^subterlaberis, au lieu de Ptole^naidos (Bœcking lisait
dans le G ptolemaido), et de subter laberis que Bœcking
lisait à tort dans le G.
Schenkl abandonne parfois les leçons des mss. conservées
par Bœcking, pour leur préférer des conjectures dont il
est l'auteur, ou qu'il reprend à d'anciennes éditions, ou
qu'il emprunte à des contemporains.
Vers Bœcking.
32 muniniine (codices).
42 malortun (codices).
127 obsonia (cod. [obsenio L] ).
139 defensa (codices).
193 perfundit (cod. [prof U7idit
L]).
209 cuni (codices).
230 Sic, tibi (codices).
257 fractis (codices).
304 Syracusii (G, B).
331 consepto(cod.,conceptoB).
347 tantiis (codices).
377 Tibris (Rh,[L]).
423 Nigrum (nigrum cod.).
Schenkl.
manantine (Gronov.)^é.
inuloruin (Scheffer)^".
opsonïaY-
deprensa (Lachmann)^^.
perfudit (Tollius)y°.
dum ego [Bœcking, 1828] y,
sicuti (Speck)^^,
tractis ego ^'5.
Syracosii (Ascensiana).
consaeptoY'^-
tantiiin (Mommsen).
77î>'5rzs (Ascensiana, 1513).
Nicrum (B. Rhenanus).
* Voir Commentaire, p. 70.
•2 Voir Commentaire, p. m.
^5 Voir Commentaire, p. 57.
•4 Voir Commentaire, p. 109.
^5 Voir Commentaire, p. 136.
^6 Voir Commentaire, p. 54.
•7 Voir Commentaire, p. 55.
■8 Voir Commentaire, p. 67.
^9 Voir Commentaire, p. 70.
••° Voir Commentaire, p. 74.
V Voir Commentaire, p. 78.
■'- Voir Commentaire, p. 82.
V5 Voir C0.MMENTAIRE, p. 84.
■'+ Consaepto est une bonne cor-
rection orthographique qui se trouve
déjà dans le « Corpus» de Weber.
CCLXII
INTRODUCTION
Schenkl rejette certaines conjectures adoptées par Bœc-
king pour leur en préférer d'autres :
Vers Bœcking.
2 Vinco (Minola).
57 obfentibus (anonym.
Heidelb.).
261 Cwîçwe (Avantius)^'.
306 il/arcî (Poelmann).
312 eut quadrata (Bœcking).
354 Pro naeae (Vinet, 1575).
359 et36 1 Gelbis (Vinet,vulgo).
Schenkl.
Vingo (Mommsen)^.
optent ibus^^.
quoique ego^+.
Marcel (Schenkl) ^ > .
quadro cuii (Tollius)^é.
Promené (Schenkl).
Celbis (Scaliger).
Schenkl cite, dans ses notes critiques, sans les adopter
dans son texte, quelques autres conjectures dues à des phi-
lologues modernes:
V. I flamine (Mommsen) : conjecture aussi peu utile que les
deux autres de Mommsen, Vingo et tantunt, qu'il admet.
V. 68 tali specie ora (Speck) : citation inexacte ^7.
V. 354 et aquis Promue (Bergk, Jahrb. des Ver. v. Alt. im
Rheinl., LVII, 15).
V. 423 et Lupodmmm] fortasse ad Lupodumim, quod coniecit
Mommsen : conjecture inutile.
Je ne trouve pas mentionnées par Schenkl deux conjec-
tures de L. UrlichT^s^ que Peiper ne mentionnera pas non
plus, et qui méritent pourtant d'être discutées : v. 307 Mnesi-
clis et v. 316 tiitîis achates^^.
On peut enfin noter quelques différences de moindre
5 Voir Commentaire, p. 50.
^2 Je pense que Schenkl modifie
l'orthographe de ce mot à cause
du p de optutihus (G, B). — Voir
Commentaire, p. 56.
^5 Schenkl a tort d'attribuer à la
Juntine la priorité de cette correc-
tion. Il attribue de même à l'édition
de Bâle la priorité de la correction
V. 473 portiibns, qui se trouve déjà
dans l'Ascensiana.
«4 Voir Commentaire, p. 84.
^5 Voir Commentaire, p. 88.
*6 Voir Commentaire, p. 94.
^7 Voir Commentaire, p. 58.
^8 Rheinisches Mtiseum , 1862,
p. 471-472.
^9 Urlich rejette, comme moi, les
leçons Menecratis et corus ou totiis
achates. Mnesiclis est ingénieux,
mais ne me semble pas acceptable
pour des rai sons de quantité; achates
me semblant un mot parasite, je ne
puis pas admettre tutus plus que
corus, curvus, totus et autres mots
de même ordre.
DEUXIEME PARTIE CCLXIII
importance qui distinguent l'édition de Schenkl de celle
de Bœcking : l'éditeur de 1883 supprime avec raison les
majuscules initiales que son prédécesseur, suivant l'usage
des anciennes éditions, attribuait aux noms de poissons, aux
mots baccho (v. 21-25), baccheia (v. 157), sol (v. 222), etc.;
Schenkl va même trop loin, semble-t-il, dans cette voie :
il n'attribue pas de majuscules aux mots qui commen-
cent les vers; souvent il n'en donne pas non plus aux
mots qui commencent une phrase après un signe de ponc-
tuation qui voudrait être suivi d'une majuscule (p. ex.,
V. 390 Bœcking : detero ? Coude; Schenkl : detero ? conde).
Il n'y a guère à signaler en fait de différences de ponctua-
tion que le v. 450 où une virgule admise par Schenkl après
nati donne à la phrase un sens autre que celui que Bœckino-
lui donnait^
Schenkl croit, comme Accurse, qu'il y a, après le v. 379,
une lacune dont Bœcking n'admettait pas l'existence. Il en
voit une autre v. 205-206, mais il a raison de rejeter le vers
additionnel de Bœcking : la critique moderne ne peut pas
admettre plus un vers pastiche que les deux livres de
suppléments dont J. Freinsheim trouvait utile de faire pré-
céder ce qui nous reste de Quinte Curce, ou les sept chants
additionnels au moyen desquels Th. May espérait compléter
la Pharsale.
On voit, en somme, que les différences entre les textes de
la Moselle publiés en 1845 et en 1883 ne sont ni très nom-
breuses ni très importantes. Mon COMMENTAIRE, auquel
plusieurs notes des pages précédentes renvoient, montre qu'à
mon avis les changements du dernier éditeur sont loin d'être
tous des progrès. Deux, entre autres, me semblent tout à
fait mauvais : v. 230 sictiti, qui prête à Ausone une faute
de quantité dont il n'est pas coutumier, et v. 257 tractis,
qui fait perdre à la phrase du poète sa vivacité elliptique,
pour y introduire une tournure lourde et prosaïque.
1 Voir Commentaire, p. 129.
CCLXIV INTRODUCTION
y. — L'édition de R. Peiper (1886).
R. Peiper, après C. Schenkl, et souvent d'après lui, a
donné en 1886 une édition critique, gros volume petit in-8°
de 556 pages, qui fait partie de la Bibliothèque Teubner,
et qui est intitulé :
DECIMI MAGNI AVSONII || BVRDIGALENSIS
Il OPVSCVLA 11 RECENSViT il RVDOLFVS PEIPER ||
ADIECTA EST TABVLA || LIPSIAE || IN AEDIBVS B. G. TEVBNERI
Il MDCGCLXXXVI.
U'Ausone de Peiper comprend une Praefatio de cxxviii
pages consacrée presque entièrement à une étude du texte,
qui résume et complète sur certains points le travail que
l'éditeur avait publié en allemand dès 1879. Puis vient le
texte (pp. 1-436), et enfin on trouve une liste des auteurs
qui ont été imités par Ausone ou qui l'ont imité (pp. 436-
499), et des Index (pp. 500-556).
Le texte de la Moselle (pp. 1 18- 141) diffère peu de celui
de Schenkl.
Peiper revient au texte de Bœcking :
Vers Vers
2 Vinco. 193 perfundit.
21 et 25 Baccho. 209 cum.
42 nialorum. 230 Sic*i^^, ubi.
125 uulgi^. 261 Cuique.
127 ohsonia. 328 Compensât.
153 Baccheia. 347 tantiis.
Il évite, à l'exemple de Tross, l'assimilation et l'accom-
modation dans les mots composés ; il écrit, comme lui, v. 269
adliidens, v. 345 adforet, v. 445 adfecto, v. 474 adspirare;
et s'il n'admet pas son orthographe v. 205 Inpubemqtie, il
admet l'orthographe des mots suivants qu'on ne trouve pas
5 Peiper n'emploie jamais la lettre v.
V Peiper attribue, comme Bœcking, une majuscule initiale au premier
mot do chaque vers.
DEUXIEME PARTIE CCLXV
dans l'édition de Tross: v. 310 et 348 Adlicit, v. 388 et
406 i Illustrât et inlustravere.
Il revient, sans utilité, semble-t-il, à certaines leçons des
mss. que Schenkl n'adoptait pas :
V. 22 Subfer labentis (B) : pourquoi écrire v. 454 Suhterlaberis ?
V. 149 magnoqice (G, B, Reg, L).
V. 178 igneus (B, Rh, Reg, L) : aureus (G) semble la bonne
leçon.
V. 22 1 amnis (codices) : pourquoi rejeter la correction de Barth
amnisque?
V. 326 diiies (B, Rh, L) : felix (G) semble la bonne leçon.
V. 331 proprium (G', Rh) : toutes les éditions ont proprium
est{G\ B, L).
Suivant la méthode allemande, Peiper se garde bien de
nous dire pourquoi il adopte ces leçons : on peut supposer
que c'est simplement pour que son texte diffère un peu de
celui de Schenkl.
D'autre part, il reprend avec raison quelques leçons
négligées par Schenkl : v. 57 obttitibîis (Rh, Reg, L),
v. 1 44 6a//e«a (G, Reg, L), v. 148 ballena (G, B, Rh, Reg),
v. 321 natura (codices^), v. 361 celebratiis (G, B, L^^).
Il écrit avec raison v. 453 Arctoi, et adopte labonne correc-
tion de Scaliger v. 464 Concèdes, sans dire à qui il la prend.
Il emprunte, par contre, deux mauvaises conjectures,
l'une à l'anonyme d'Heidelberg, v. 108 laeta, l'autre aux
notes d'Heinsius, v. 340 spirante. Il essaie enfin plusieurs
corrections : une seule v. 57 introitu me semble bonne ^\
Les autres sont négligeables.
V€rs Vers Vers
18 quin'['^. 146 exundat\(>. 312 quadratacui\>
51 dira. 208 Quales^"^. 316 uirus*i^^°.
68 patet ora*^'' , 257 raptis'^^. 433 pandet.
^ Schenkl dit d'ailleurs : natura ^î Voir Commentaire, p. 58.
codd.(quod fortasse defendi potest). *6 Voir Commentaire, p. 70.
•[^ Schenkl dit encore : quod for- ^7 Voir Commentaire, p. 78.
tasse defendi potest. ^8 Voir Commentaire, p. 84.
^3 Voir Commentaire, p. 56. ^9 Voir Commentaire, p. 94.
^4 Voir Commentaire, p. 53. ^'oVoir Commentaire, p. 98.
xxxiv
CCLXVI INTRODUCTION
De plus, il met sans nécessité les v. 231-232 entre paren-
thèses. Au demeurant, Peiper s'inspire constamment de
l'édition de Schenkl qu'il semble démarquer : il lui emprunte
à peu près toutes ses inexactitudes bibliographiques, et il
en ajoute. Pour prendre un seul exemple, qu'on jette les yeux
sur la liste des erreurs que Schenkl a commises à propos
des éditions de Vinet, liste que je donne pp. CLIII-CLIV:
Peiper reproduit les mêmes erreurs. A moins d'admettre
une harmonie préétablie qui ferait que les philologues
allemands se trompent toujours de concert, il faut bien
supposer que Peiper, loin de recourir aux éditions et de
vérifier les textes, s'est borné à copier les notes de son
prédécesseur. Il faut cependant reconnaître que certaines
erreurs lui appartiennent en propre. J'ai déjà parlé (p. XLII)
des nombreuses confusions qu'il commet dans sa liste des
variantes de l'Aldine; aussi, n'ayant pas en mains les mss..
pour contrôler ses affirmations et ne pouvant admettre qu'il
collationne un ms. plus fidèlement qu'une édition, je n'ac-
corde qu'une confiance modérée à son relevé des erreurs,
peu importantes d'ailleurs, qu'il prétend trouver dans les
collations des mss. données par Schenkl.
Retour à de médiocres leçons des mss., adoption de
conjectures sans valeur, essais malheureux de corrections,
tout cela me semble inspiré à Peiper par l'ardent désir de
donner un texte différent de celui de Schenkl, si possit,
recte, si non quocumque inodo*[.
* Parmi les innovations inutiles de Peiper, on peut remarquer sa nota-
tion des mss. Bœcking désig^nait tout simplement le Sangallensis par la
lettre G, le Bruxellensis par la lettre B, le Rhenaugiensis par la
lettre R. Schenkl laisse aux deux premiers les désignations que Bœcking
leur attribuait: mais il trouve ingénieux de désigner le Rhenaugiensis
par la lettre Z, le Reginensis et le Laurent ianus, que Bœcking ne
connaissait pas, par la lettre X et la lettre grecque ),. Peiper chang:e
tout cela: s'il continue à désigner le Sangallensis et le Bruxellensis
par les lettres G et B, il attribue au Rhenaugiensis la lettre R, comme
Bœcking, au Reginensis, la lettre V (Vaticaniis Reginae), au Lauren-
tianus, la lettre L. Il m'a semblé beaucoup plus simple de désigner chacun
des cinq mss. par sa lettre initiale, ou par les premières lettres, quand il
pouvait y avoir confusion : G = Sangallensis ; ^ =^ Bruxellensis ; Rh =
Rhenaugiensis; Reg = Reginensis ; L = Laurent ianus.
DEUXIEME PARTIE CCLXVII
Maintenant que j'ai énuméré, décrit et apprécié, autant qu'il
était en moi, toutes les éditions de la Moselle que j'ai pu me
procurer ou sur lesquelles j'ai trouvé des renseignements, il faut
bien que je dise quelques mots de l'ouvrage que je présente au
public érudit.
Ce livre se compose de trois parties: l'Introduction qu'on vient
de lire, le Texte et la traduction de la Moselle, avec des notes
critiques, et enfin le Commentaire explicatif.
Dans l'Introduction, j'ai essayé de faire l'histoire du texte de la
Moselle: pour ce qui est des mss., ne les connaissant pas direc-
tement, je me suis contenté d'user des collations de Schenkl et de
Peiper, qui se contrôlent mutuellement et diffèrent d'ailleurs très
peu l'une de l'autre. Ce serait, je crois, pour un éditeur, scrupule
exagéré que de vouloir recommencer complètement et regarder
comme nul et non avenu tout le travail de ses devanciers: Alius
alio pliira i avenir e potest, nemo oninia, a dit Ausone lui-même.
Usons de ce que les autres ont découvert, et tâchons, pour notre
part, de découvrir davantage.
C'est sur l'histoire des textes imprimés que j'ai fait porter tous
mes efforts: si la philologie allemande a le respect méticuleux des
mss., si, en tout cas, n'ayant pas les mss. à ma disposition, je n'ai
pu vérifier l'exactitude de ses collations, elle semble par contre
mépriser absolument les éditions qu'elle ne tient pas à connaître.
J'ai suffisamment démontré que les renseignements fournis par
Schenkl et Peiper sur les éditions d' Ausone sont incomplets, et,
en général, erronés. J'ai essayé de mieux faire qu'eux. Y ai-je
réussi? ce n'est pas à moi de le dire. Quoiqu'il en soit, je me suis
enquis de toutes les éditions ; mais il m'a été impossible de les
consulter toutes. Je ne veux pas rééditer les doléances de ToUius:
mais malgré les textes que je possède, ceux que la Bibliothèque
de Bordeaux m'a fournis, ceux qu'ont bien voulu mettre à ma
disposition mes aniici Bardigalenses philologi, comme dit notre
Vinet, les bibliophiles dont j'ai eu plaisir à citer les noms à côté
des titres des éditions que leur obligeance m'a communiquées,
malgré tous ces secours, il y a quelques lacunes dans la liste des
Atisones qu'il m'a été donné de consulter. Il est vraiment honteux
pour notre pays qu'un professeur qui travaille à Bordeaux ne
puisse avoir communication des éditions de la Bibliothèque natio-
nale, alors que le Musée Plantin-Moretus d'Anvers n'a fait aucune
difficulté pour me communiquer sa précieuse édition de Poelmann.
Un professeur de la Faculté des Lettres de Lyon écrivait derniè-
rement, à propos du prêt des livres qui a été institué entre les
XXXIV*
CCLXVIII INTRODUCTION
différentes bibliothèques universitaires: (.Malheureusement ces
bibliothèques^ d'institution récente pour la plupart, destinées à
satisfaire les mêmes besoins, guidées par la même pensée dans
leurs acquisitions annuelles, se reproduisent plus ou moins... Le
vrai remède serait ailleurs, dans l'extension du prêt aux grandes
bibliothèques de Paris. Quel que soit le travail entrepris, c'est
toujours là qu'il faut puiser, et il n'est pas un travailleur de pro-
vince qui ne trouve là sa difficulté la plus grande. Beaucoup
reculent découragés, les autres sont réduits, ou à s'imposer de
longs et onéreux voyages qui se concilient mal avec leurs
fonctions, ou à faire consulter par un tiers, d'une façon hâtive et
incomplète, des documents qui auraient besoin d'être étudiés à
loisir. Il serait plus simple et moins coûteux de faire voyager les
livres que les lecteurs^. » Je m'associe absolument aux réclama-
tions de M. Fontaines : d'autres raisons que notre grandeur nous
attachent au rivage du Rhône ou de la Garonne. J'ai donc été
forcé d'avoir recours à un tiers, et je ne peux prendre la respon-
sabilité des erreurs que ce tiers aura commises dans la collation
de quelque volume.
Pour ce qui est des collations que j'ai faites moi-même, je crains
qu'il n'y ait aussi beaucoup d'erreurs : je pourrais chercher des
conséquences atténuantes et répéter : opère in longo fas est
ohrepere somnum; quand on sait par cœur le texte que l'on
coUationne, on est naturellement porté à lire ce qu'on croit voir et
non ce qu'on a sous les yeux. Je serai reconnaissant à ceux qui
auront la patience de vérifier mes collations de m'en signaler les
fautes, «notable tefmoignage de l' imhecilité naturelle».
Il m'a semblé utile, dans mes relevés de variantes, de conserver
l'orthographe de chaque éditeur : on comprend que fario se soit
confondu avec fario, que Vinet ait pu corriger viuifica en viuifca :
qu'on écrive sario, vivisca, la confusion et la correction se com-
prendront moins facilement. J'ai également conservé, dans le
Commentaire, l'orthographe des éditeurs et des érudits que j'ai
cités. Dans les notes critiques, déjà si chargées, je ne l'ai pas fait
afin d'éviter toutes les complications inutiles. Je laisse aussi aux
mss., dont il serait inutile et souvent impossible de reproduire net-
tement les leçons sous leur véritable aspect, l'orthographe conven-
tionnelle que Schenkl et Peiper leur attribuent (s pour/, etc.).
Mon texte est établi d'après les éditions critiques de Bœcking,
« Rapport de M. Fontaines, cité par extraits dans la Revue internatio-
nale de l'Enseignement, livraison de mars 1889.
DEUXIÈME PARTIE CCLXIX
de Schenkl et de Peiper : quand je hasarde une correction, je crois,
contrairement à l'habitude allemande, nécessaire d'en expliquer
les motifs dans le Commentaire. Le texte est accompagne d une
traduction : le temps des « belles infidèles » est passé; celui des
traductions littérales remplaçant 1' « interpretatio latma )> me sem-
ble venu En effet, l'auteur d'une édition critique doit faire savoir
à ses lecteurs comment il comprend le texte qu'il amende. Je crois
que Schenkl et Peiper auraient renoncé à certaines conjectures,
s'ils s'étaient donné la peine de traduire, pour eux et pour le lec-
teur le texte modifié par ces conjectures. M. Dezeimens a bien
voulu revoir avec moi ma traduction; mais je ne me suis pas
toujours rendu à ses raisons; cela soit dit pour expliquer que je
prends sur moi la responsabilité de mes contresens.
Enfin dans le COMMENTAIRE EXPLICATIF, j'ai essaye, a mes
risques et périls, d^expliquer les difficultés particulières du texte,
ce que les anciens commentateurs faisaient médiocrement, et ce
que la philologie allemande d'aujourd'hui évite de faire . saptenter,
si consilio, féliciter, si caau ».
Tel est mon travail, première partie d'une édition complète
d'Ausone, où il sera refondu, grâce aux progrès que le temps
aura fait accomplir à mon savoir, grâce aux critiques, quelque
dures qu'elles soient, que je sollicite . Avant de laisser partir ce livre
qui s'en va « quo descendere gestit», ce livre auquel j'ai consacre,
pendant plus de treize mois, tout ce que mon métier m a laisse
de loisir, je tiens à adresser l'expression de ma profonde reconnais-
sance à celui qui lui a donné moyen de paraître, à ceux qui m ont
aidé aie faire. M. Gounouilhou a eu la généreuse idée de reprendre
les traditions de Millanges, oubliées, à Bordeaux, depuis trois
siècles- il m'a fait l'honneur de me demander de procurer cette
édition': nul plus que moi ne regrette qu'il n'ait trouvé un autre
Vinet, capable de cette œuvre de résurrection, apte a amener
notre Ausone «su/^era ut convexa révisât >■>. Dans une collabo-
ration de près d'un an, M. Alexandre Geoffrois, metteur en pages,
a dépensé, sans compter, sa patience, son zèle intelligent et son
expérience typographique, pour donner à ce livre cette irrépro-
chable élégance qui aurait ravi le bon Bordelais Ausone, et dont
le recenseur de la Moselle tient à le remercier spécialement en son
nom et au nom de notre vieux concitoyen.
Pour ce qui est de l'œuvre même, i\l. Dezeimens, l homme de
France qui connaît et qui aime le mieux Ausone, m'a ouvert son
inépuisable bibliothèque et les trésors de son érudition : il est bien
peu de questions que je lui ai posées et auxquelles il ne m ait
CCLXX INTRODUCTION
donné la réponse. Mon ami d'école, mon cher collègue Jullian,
le savant éditeur des Inscriptions Romaines de Bordeaux, a bien
voulu dessiner la carte du bassin de la Moselle qu'on trouvera
plus loin. Mais sa collaboration ne se borne pas à cela : c'est lui
qui m'a enseigné l'histoire du iv^ siècle, si nécessaire pour mon
Commentaire. Je ne veux pas compromettre son renom d'his-
torien : je me hâte de dire que, s'il m'a rendu capable de faire mes
notes historiques, il ne m'a aidé en rien à leur rédaction. J'ai encore
à remercier M . Tannery, qui m'a donné une savante note sur l'ombre
des Pjrramides, M. Max Rooses, d'Anvers, qui m'a communiqué
l'édition Poelmann du Musée Plantin-Moretus, M. Ruelens,
conservateur des manuscrits à la Bibliothèque de Bruxelles, dont
j'avais déjà mis la bienveillance à contribution, quand j'ai été
consulter en 1883 le B à Bruxelles, et qui m'a, depuis, fourni de
précieux renseignements sur certains points importants de la
bibliographie d'Ausone.
Que mes dernières lignes soient consacrées au remerciement
que j'adresse à M. Charles Lévêque, qui a bien voulu accepter la
dédicace de l'œuvre du fils d'un de ses amis d'enfance : il convient
qu'en tête de cette édition d'Ausone on lise le nom d'un Bordelais
qui honore Bordeaux,
H. DE LA VILLE DE MIRMONT.
/'■ Mars 1S8S. — 14 Mai i88g.
ç«,^^,c^^JC^^,,p-^,e^,ce;€"Oe^e<^0«^C'COce^
ADDITIONS ET CORRECTIONS
Page XXIII, ligne 3 du texte, lire : Bœcking, comme
partout ailleurs, et non Boecking.
Page XLI, ligne i \ , lire : (Prelû Afccfianû.), et non
(Prelû Afcènjia nû . ) .
Addition aux pp. LXX-LXXII et Lxxvi-Lxxxii.
Mon Introduction était déjà terminée quand j'ai appris
que M. Labadie possède un exemplaire de l'édition de Bâle ;
il a bien voulu me le communiquer. L'étude du texte de la
Moselle dans ce volume me permet de compléter et de
rectifier le relevé, assez peu exact, donné par Bœcking, et les
renseignements que j'avais eu l'imprudence d'emprunter
à Tross: il est faux, comme j'ai dit d'après ce dernier
(p. Lxxii, ligne 6), que l'édition de 1523 ait v. 171
Naïades : elle a Naiadas, comme l'Aldine.
D'avitre part elle s'éloigne beaucoup plus de l'Aldine
que Bœcking ne le dit :
1° Par des retours aux leçons de l'Ascensiana : lœiiia, Affwtu-
lant,Interludentes(Asc.iSi']),Lucius,Rhodopeii,Lyœo,adJîrepit,
Oreiadas, petunt, perfiindit, Adnunierat, perfiiderit, miretur,
permifcent , Gortyniiis, tiolumine, Hebdonias, Il la tenens, œthera,
adforet (Asc. 1513), Gelbis, adlamhere, Detexatur, Quinetiam,
lœta, portubus.
2° Par des retours aux leçons des éditions antérieures : uitreoq;,
frontem (Ug., Asc), caiidam (Ug., Asc), tdruwq; (Ug., Asc.
1513), Baccheïa, Vtq;, Vibratos (Ug., Junt.), harundo, Allicit
(Ug., Asc), pyramis (Ug.), aut horum, Fejfa, Latiœ (Junt.),
ueteresq; (Asc. 1513, Junt.), augujîœ (Ug., Asc), iunâli, traôîu,
litrïq;, celfamq; (Ug., Asc), fubter laberis (Junt., Asc), Axona
(Ug., Asc), taiirinœ.
CCLXXII ADDITIONS
Ces deux listes doivent compléter celles de la p. LXXI.
Enfin, aux innovations apportées dans le texte par l'édi-
tion de Bâle et que je citais (p. LXXii) d'après Bœcking, il
faut ajouter la liste suivante :
Vers Vers
79 Nominaq; & (B). 221 phafeli{G^ B, Rh).
115 delicias. 392 o^z (G, Rh).
136 AGîœo. -iff] fuhtemine (G, B,
144 et 148 Balœna. Rh).
Cette liste nous donne trois conjectures dont deux
bonnes, et quatre bonnes leçons des mss.
De plus l'éditeur de Bâle écrit avec des majuscules ini-
tiales Olyfnjnitn, Phrygiis (Asc), Cerealia, ce dernier
mot sans nécessité. Il corrige, comme je l'ai dit (p. LXXii)
presque toutes les fautes d'impression de TAldine, parmi
lesquelles je place la mauvaise leçon hojtia pour oftia, et
ne commet lui-même, en outre des deux que je cite,
p. LXXli, que les suivantes : V. 131, piioqtie pour qitoqiie;
V. 166, uauita pour nauita; il contribue, en somme, bien
plus aux progrès du texte que je ne le disais d'après les
renseignements empruntés à Bœcking.
Par suite, il faut enlever aux éditions de Lyon, pour
les reporter à celle de Bâle les quatre innovations que
j'attribuais au texte de Gryphe (p. LXXXI). Ce que j'appelle
le texte commun des trois éditions de Gryphe (p. LXXX)
diffère à peine de celui de l'édition de Bâle : abstraction
faite des fautes d'impression de l'édition de 1548, que les
Lyonnaises corrigent, je n'ai à ajouter à la liste de la
p. LXXX que les variantes suivantes :
Vers Èdit lie Bâlé. Édit. de 1537, 1540, IS48.
106 Hijlri. IJîri.
171 Naiadas. Naïades.
178, 222 Sol. fol.
232 carœ. charœ.
254 hariindo. arundo.
397 fithteinine. fuhteginine.
421 aiigiijlœ. Augujîœ.
ET CORRECTIONS CCLXXIII
D'autre part, il faut effacer de la même liste les variantes
concernant les v. 79, 136, 144, 14S, 221 où le texte de
Gryphe est identique à celui de Curion, à cette différence
près que l'éditeur de Bâle écrit Balœna, et celui de Lyon^
balcvna.
Pour ce qui est des variantes des éditions de Gryphe
(,liste des pp. LXXVIII-LXXIX), l'éditeur de Bâle a écrit :
cannas (1548), uitreoq; (i537> ^SX^\ »«" (i537> i540)' "gi-
tatœ (.1537) i^A^), fqncilet (1537, 1540), delicias (1537, i540)>
Namq; (1540), Quis non &>... uolgi (iSil, «548), Norit &> (1537,
154S), co;2/»rfiY (1537, 154S), uaporiferi... VeJ'œui {\Sll, 1548},
finmlachra{i^l'], 1540), Gernianœq; (1540), Ô»/ç; (.1537» > 548)>
Quis {i^\o), parens (1537, 1540), incerta (154^).
Page Lxxii, lignes 29 et 30 : effacer la virgule qui
suit le mot Fabriciiis et en mettre une après le mot Del-
phini).
Page LXXIV, ligne 25, lire : An legendum fit.
Page XCII, lignes 23-24, lire : au lien de iris), et non
au lieu d'iris).
Page xciil, ligne 10, lire : excepté celles.
Page cm, ligne 24, lire : dans les éditions de IS2^,
ISS7> iHo, 1S48).
Page ex, ligne 12, lire -.fané.
Page cxill, ligne i, lire : en is8i.
Page cxiii, ligne 14, lire : celle de Poelniann.
Page CXXX, ligne 26, lire : quœ.
Page CXLIII, ligne i 7, lire, les deux fois : vfus.
Page CXLIX, ligne 9, lire : difciplinœ.
Page CLXiil, ligne 14, lire -.finis.
Addition aux pages CLXXiii-CLXXVii.
J'ai enfin reçu, après l'impression de V Introduction, un
exemplaire de la Mosella, de Freher, que je demandais
depuis longtemps.
La collation du texte de 161 9 qui m'avait été fournie
CCLXXIV ADDITIONS
est exacte, et je n'ai que peu de choses à ajouter à la liste
de variantes des pages GLXXIV-CLXXVI :
Vers Texte de Vinet. Texte de Freher.
25 baccho. Baccho.
222 fol. Sol.
298 Qui. Qiiî-
378 pulfa, oro,faccJJat. pulfa (oro) facejjat .
407 aquilonigenafque. Aquilonigenasq;
450 pater, & iiatits. Pater, & Natus.
La ponctuation de Freher est meilleure que celle de
Vinet; il remplace par des virgules et des points-virgules
les deux-points dont l'éditeur de 1575 abusait", il met entre
virgules les noms de poissons qui sont au vocatif. Les notes
critiques de Freher sont nulles : j'ai déjà dit (p. CLXXVI)
qu'il fonde sur un vers de Lucain la conjecture connexis
qu'il admet. Quant à sa bonne correction concurrens, il
n'en dit rien : il l'abandonne même dans la note au v. 297 où
il écrit CONCVRRIT FLVCTIBVS ECCHO (sic). V. 28 1 Thetyu
est peut-être une mauvaise leçon et non une faute d'im-
pression, car, dans la note au v. 281, il donne à ce mot
exactement la même orthographe qu'il lui attribuait dans
le texte.
Page CLXXVIII, ligne 16, lire : Syracitjii.
Page CLXXX, ligne 12, lire : anUnadverfionibus .
Page CCXXII, ligne 18, lire : Ctimidata.
Addition à la page CCXXXIV.
Voici, d'après un exemplaire que j'ai pu me procurer, le
titre exact de la première édition de Tross, titre que je
donnais incomplètement d'après les indications de Bœcking :
DES 11 D. M. AUSONIUS I| MOSELLA, Il mit verbesfertem Texte,
metrischerUeber- 11 setzung.erklàrenden Anmerkungen, 1| einem kritischen
Gommentar und jj historisch - geographischen 1| Abhandlungen |] von |1
LUDWIG TROSS, || Conrector am Gymnasio zu Hararn, in der Grafschaft Mark und ||
der latcinischen Gesellschaft zu Jeaa EUreumitglied. || HAMM, || SCHULTZ Und
WUNDERMANN. il l82l.
ET CORRECTIONS
CCLXXV
Le volume de 1821 est identique à celui de 1824, à ces
différences près : il n'a pas le supplément (pp. 249 et suiv.)
où se trouvent les poèmes de Fortunat, l'appendice cri-
tique, etc., et r Errata qui corrige quelques fautes du texte.
L'ouvrage de 1821 contenait un « Vorwort » insignifiant
qui a été remplacé, en 1824, par celui que j'ai analysé
(p. CCXXXV), et, sous le nom d'Addenda, une liste de
variantes du G, qui a été refondue dans l'appendice critique
de 1824. On peut aussi remarquer que le nom de l'éditeur
Schiiltz devient Schiilz, sur le titre de 1824.
Page CCXLI, ligne 8, lire Claudien (la lettre / cassée
sous presse).
Page 7, ligne 27, 2^ col., lire : Pictiim.
Page 9, ligne 26, V^ col., lire : L'édit. de Bâle (1^2^).
Page 16, ligne 20, lire : les (la lettre l cassée sous presse).
Page 17, ligne 15, lire : pleins (la lettre l cassée sous
presse).
Page 29, ligne 15, lire : l'ennemi (la lettre l cassée sous
presse).
Page 58, ligne 28, lire : Pictum.
CARTE POUR SERVIR A L'INTELLIGENCE
DE LA MOSELLA D'AUSONE
Les noms moJcrnes en Jicir'
Les norn^r aticiens en l'oit-ae.
COBLENTZ
P R O V I N C I A
tP iT
erncastei *
Tabernae ^
eumaêen ♦
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S E C U N D A
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ZU/i.^oùfser-ie /'rèr'&r. Jieftjerac .
Gi •ittte^Hin /iinti II (i
D. M. AVSONII
MOSELLA
z^iRANsiERAM ceUreni nebuloso flumine Navam,
'%kAddita tniratus veteri nova moenia Vinco,
^ Aequavit Latias ubi qiiondani Gallia Cannas,
m
Infletaeque lacent inopesque per arva catervae.
Unde, iter ingrediens nemorosa per avia sohim, 5
LA MOSELLE D'AUSONE
J'avais traversé la rapide Nava, dont le cours est assombri par
les brouillards; j'avais admiré les nouvelles murailles données
à l'antique Vincum, où jadis la Gaule éprouva un désastre
semblable à la défaite romaine de Cannes, où gisent dans la
campagne des troupes de morts qui n'ont obtenu ni larmes ni
honneurs funèbres. De là, je m'engage dans une route solitaire,
qui traverse une région boisée, déserte, où l'on ne voit plus trace
Codices. — i) naiietn Reg-. — 2)
Les cod. ont iiico, excepté L qui a
tnco, avec une sorte de w au-dessus
de la ligne entre m et c. — 4) sinopes
G (une seconde main a effacé le s),
Reg; inopes B, Rh, L ; tous les cod.
ont super.
Editiones. — i) Scaliger, dansses
Auson. Lcct., propose lumine, qu'il
n'adopte pas dans sesédit., mais qui
se lit dans les édit. vulgaires au
lieu de flumine, leçon reprise par
Bœcking, Schenkl, Peiper; Momni-
sen propose flamine. — 2) Ugolet
écrit tnuro, conservé par Avantius
(1507); les édit. vulgaires, vlco;
Minola, Tross, Bœcking, Peiper,
Vinco; Mommsen, Schenkl, Vingo.
— 4) Christ propose inopesque per.
2 AVSONII MOSELLA
Et nulla humani spectans vestigia cultus,
Praetereo arentem sitientibus undique terris
Duninissum, rigtiasque perenni fonte Tabernas,
Arvaqiie Saiiromatuin niiper inetata colonis,
Et tandem primis Belgariiin conspicor oris lo
Noiornagum, divi castra inclita Constajitini .
Purior hic campis aer, Phoebusqiie sereno
Lnmine purpuretun reserat iain stidus Olynipiini.
Nec iam, consertis per mtittia vincula raniis,
Quaeritur exclusum viridi caligine caelum, 15
Sed liquidiun iitbar et riitilani visentibus aethram
Libéra perspiciii non invidet aura diei.
de cultures faites par l'homme; je dépasse ainsil'aride Dumnissus,
entouré de terres qui ont soif, et Tabemes, arrosée par une
source qui ne tarit jamais, et les champs délimités naguère aux
colons Sarmates : enfin, dès les frontières des Belges, j'aperçois
Noiomagum, illustre camp du divin Constantin. Dans ces campa-
gnes, l'air est plus pur; et, à sa lumière sereine, Phébus, maintenant
vainqueur des nuages, découvre l'Olympe éclatant. Ce ne sont
plus ces branches enlacées par des liens mutuels, au milieu
desquelles on cherche le ciel que dérobe une obscurité ver-
doyante ; rien désormais n'envie aux j^eux le clair rayonnement
du soleil et l'éclatante pureté du ciel : l'air est libre et le jour
transparent. Alors, tout dans ce spectacle qui me charmait, énmt
mon cœur, et me rappela l'aspect et la beauté de la brillante
Cod. — 8) duninissum G, B ;
dumnissam Rh ; dmnnisum Reg;
diimnixii-m L. — 9) comitata L. —
10) gelbarum B ; horis Rh, Reg. —
11) noiomag*um (un i etfacé) G;
nogomagum Reg; ninomagum'L;
noiomugiimB, Rh. — 12) campusB;
aer campis Rh. — 13) iamsidus G;
reserabat sydus Rh; olympum (i
corrigé en y) G; olimpum Rh ;
olimphum Reg. — 15) et clusuin
Reg; coelum Rh. — 17) noniuidet
G; non inuidat Reg; mtla Rh. —
iS)cîf»MCodices; nitentisG,nitentes
Rh, Reg; nitentes (corrigé snniten-
fis) B ; L, d'après Peiper, anitentis,
d'après Schenkl, nitentes. — 19)
burdegalne B. — 20) tiillis Rh; saxis
B. — 21) bacho B, Rh. — 22) siibter-
labentes tacto L ; tacitoriim ore
Reg. — 23) Salue G, B; salue Rh,
Reg, L. — 25) odoriferi Rh; bacho
B, Rh. — 27) diuexas Rh; deuexus
B, L. — 2S) et Rh; imitante B. —
20
AVSONII MOSELLA
In speciem tiim me patriae cultiunque niteiiiis
Burdigalae hlando pepulenmt omnia visu :
Culmina villarum pendentibiis édita ripis,
Et virides haccho colles, et amoena fliienta
Siibterlabentis tacito rumore Mosellae.
Salve, amnis laudate agris, laudate colonis,
Dignata imperio debent oui moenia Belgae,
Amnis odorifero iuga vitea consite baccho, 25
Consite gramineas, amnis viridissime, ripas!
Naviger ut pelagus, devexas promis in undas
Ut fluvius, vitreoque laciis imitate profimdo,
Et rivos trepido potis aequiperare meatu,
Burdigala, ma patrie; tout : ces villas dont le faîte s'élève sur les
rives qui dominent le fleuve, ces collines vertes de vignes, ces
belles eaux de la Moselle qui coule à leurs pieds avec un mur-
mure presque insensible.
Salut, fleuve dont les bienfaits sont célébrés par les campagnes
et par les cultivateurs, fleuve à qui la Belgique doit ces murailles
que les chefs de l'empire ont jugées dignes de les recevoir;
Ô fleuve dont les coteaux plantés de vignes produisent un vin
parfumé, fleuve verdoyant dont les rives sont semées de gazon!
Comme l'Océan, tu portes les navires; comme une rivière, tu
as un lit en pente oîi descendent tes eaux; par tes profondeurs
transparentes tu es le rival des lacs; ton courant qui frémit te
fait ressembler aux ruisseaux; et, grâce à l'eau potable que tu
29) potes codices (G avait pontes,
len a été effacé); aequiparare Rh.
Edit. — 1 1) Les édit. antér. à celles
de Bœcking, Schenkl et Peiper ont
Ninomagiim, Nivomaguni, Nouo-
magumoM Novomaguin. — 15) Les
édit. vulg. ont cœZuMi. — iS) tiim est
une correction de Bœcking, admise
par Schenkl; Peiper écrit quin;
BarthproposevwZ^itmgite.— 2i)Ugo-
let écrit 6ac7io; l'emploi de la minus-
cule initiale des mots 6acc/io(v.2 1,25)
etbaccheia(\\ 153) varie beaucoup
suivant les éditions ; le texte vulg. a
d'ordinaire Baccho, Baccheia, que
Bœcking conserve. Schenkl écrit
avec raison &acc/io,6acc/iem;Peiper
revient au texte vulg. — 2g) potis, cor-
rection de Gronovius, adoptée par
toutes les éd. ,à partir de celle de Tol-
lius; le texte vulg. a ordinairement
aequiparare; Bœcking, Schenkl et
Peiper admettent aequiperare.
4 AVSONII MOSELLA
Et liquido gelidos fontes praecellere potu : 30
Omnia solus habes, qiiae fous, quae riviis et ainnis,
Et lactis, et hivio refluus inanajnine pontus.
Tu, placidis praelapsus aqiiis, nec niurmiira venti
Ulla, nec occulti pateris luctamina sa xi.
Non spirante vado rapidos properare meatus 35
Cogeris, exsiantes medio non aequore terras
Interceptiis habes, iiisti ne demat honorem
Nominis, exclusiim si dividat insiila fliimcn.
Tu, ditplices sortiie vias, et ctiin amne secundo
fournis si limpide, tu l'emportes sur les sources les plus fraîches :
seul, tu possèdes réunis tous les privilèges des sources, des
ruisseaux, des fleuves, des lacs, et de la mer qui par son double
flux offre aux navires une double voie. Tes eaux paisibles glissent
rapidement sans avoir à subir le bruit sourd du vent, sans avoir
à lutter contre les écueils cachés. Aucun bas-fond qui, par son
bouillonnement, te force à précipiter ton courant devenu impé-
tueux; aucun amas de terre qui, s'élevant au milieu de ton lit,
s'oppose à ton cours et t'enlève l'honneur d'un nom mérité, par
la formation d'une île qui chasse le fleuve et le divise en deux
branches. Le sort t'a permis de donner une double voie aux
navires : soit que, là où ton courant seconde la navigation, les
Cod. — 31) riuus ianthis L. —
32) munimine codices. — 33) prae-
lapsus G, B,Reg; precelapsiis Rh;
praelaxus L. — 34) occulta Reg. —
35) spirante G; speranti Reg; spe-
rante B, Rh, L ; properare G ; pre-
parareReg; reparare B, Rh; re-
tneare L. — 3'») Le vers manque dans
Reg; exstantes B , Rh ■l'L:, extantes G.
— 42) colla G. — 43) recîirsmn L.
— 44) segnis L. — 45) limigenis
G, B, Reg; limigeris Rh; legenis
L; ulnis L. — 46) Inmiindo Rh,
Reg; immundo G, B, L; littora
cod., excepté B, Reg; coeno G, L ;
ceno B, Rh, Reg. — 47) iinprimo-
res G; siccamprimores Reg;sîcca
in primo respergtmt B, Rh ; sicca
in primo respergit L; uertigia
Reg. — 48) frigiis G, Rh ; phrigiis
B, Rtg;frigiis L.
Edit. — 32) Heinsius a proposé
Molimine ; Gronovius, mattamine,
adopté parlesédit., excepté cellesde
Christ et de Bœcking, qui gardent
munimine. — 33) L'Ascensiana, Vi-
net(i575)etFrehergardent^rrte/a^-
sus; tous les autres éditeurs à partir
d'Ugolet écrivent prolapsus ; Bœc-
king, Schenkl et Peiper ont rétabli
jî'r«c/«/'SMS. — 35)Ugolet, Avantius
AV s O N 1 1 M O s E L L A 5
Définis, ut celeres feriaiit vada coiicita remi , 40
Et cum pet' ripas, nusqtiam cessante remulco,
Intendwit collo malorum vinciila nautae ;
Ipse ttios qtiotiens fniraris in amne reciirsus
Legitimosque ptitas prope segnius ire meatiis!
Tu neqiie limigenis ripant praeiexeris ulvis, 45
Nec piger immundo perfundis litora caeno :
Sicca in pri mores pergunt vestigia lymphas.
I mine, et Plirygiis sola levia consere crustis,
Tendens niannoreinn laqueata per atria campiim :
rames rapides frappent tes flots qu'elles agitent; soit que, remon-
tant tes rives, sans cesser un instant de remorquer leur embar-
cation, les mariniers raidissent sur leurs épaules les câbles fixés
aux mâts. Toi-même, étonné de la course rétrograde que tes eaux
faisaient dans ton fleuve, combien de fois n'as-tu pas pensé que
ton cours naturel en semblait ralenti! Tu ne couvres pas tes rives
de ces herbes nées dans la vase, et tu ne répands pas d'un flot
paresseux une bourbe immonde sur tes bords : on peut s'avancer
à pied sec jusqu'à l'endroit où tes eaux commencent.
Allez, maintenant! Tapissez un sol uni d'incrustations phry-
giennes, étendez une plaine de marbre dans vos salles lambrissées !
Quant à moi, dédaigneux des splendeurs qu'ont procurées la
(1507) et la Juntine ont speraiite ; Juntine alenigenis; l'Aldine, limi-
l'Ascensiana écrit siiperante, qui a geris, leçon généralement adoptée;
passé dans le texte vulg. Grono- Poelmann a Z/wa'o'ewis, leçon admise
vius propose sperante et superure. par Tollius, et les édit. qui ont suivi
Tross, Bœcking, Schenkl,et Peiper la sienne. — 47) Les anciennes édit.
rétablissent spirante ; les trois der- ont ou sed sicca in primo asper-
niers édit. ont seuls properdre. — d-/; (Ascensiana) ou sicca in primo
36) Tous les édit. écrivent e.v<a«/es, respergit (Ugolet, Avantius, Jun-
excepté Poelmann qui a exstaiiteis, tine); ou sicca in primores spargis
et Tollius, Wernsdorf, la Bipon- •' {A.\d\nt)\ an sicca sed in prima as-
tine et Tross qui oui exstantes.—A^) pergis (Vinet 155 1, Poelmann, édit.
Scheffer propose miilorum, adopté vulg.). Cannegieter propose sicca
par Schenkl. — 43) Christ propose sed in para adspergis vestigia
tua... legitimoque... ineatii. — 45) lympha. Lachma.r\nTpTé{ère sen qtia
Ugolet et Avantius (1507) ont la- in...; Bœcking, Schenkl et Peiper
gaeis ; l'Ascensiana, lunigenis ; la écnvtntsicca inprimores pergunt.
6 AVSONIl MOSELLA
^45/ ego, despectis quae censiis opesque dedcnint, 50
Naturae mirabor optis, non cura nepotum
Laetaque iacturis itbi luxiiriatur egestas.
Hic solidae steniunt umentia litora Iiarenae,
Nec retinent ineinores vestigia pressa figuras.
Spectaris vitreo per levia terga profundo, 55
Secreti nihil amnis hahens : titque ahnus aperto
Pa7iditur introitu liquidis obtiitibns aer,
Nec placidi proliibent oculos per inania venti,
Sic demersa procul durante per intima visu
Cernimus , arcanique patet penetrale profundi , 60
fortune et les richesses, j'admirerai l'œuvre de la nature, et non
pas ce luxe chéri des dissipateurs, ces excès fous d'une indigence
qui se réjouit de sa ruine!... Ici, un sable résistant recouvre les
grèves humides ; les pieds ne s'y imprimen point et n'y laissent
pas de traces qui rappellent leur forme. A travers ta surface
polie, on voit tes profondeurs transparentes : tu n'as rien de
caché, ô fleuve! Tel l'air bienfaisant offre un libre accès aux
regards qui le pénètrent, alors que les vents au repos ne gênent
point la vue dans l'espace : de même notre vue s'étend jusqu'aux
régions intimes du fleuve, nous apercevons, loin de nous, les
fonds les plus bas au-dessous des eaux, et les retraites de ces
Cod. — 50) dispectis G; despe-
ctiis Reg. — 51) mirnmur Rh. —
^2)lHxuriaG', liixurianturB; luxo-
riatur Reg. — 53) sternant Reg ;
hinnentia B, Rh, L; litora B; lit-
iorrtG, Rh,Reg-, L. — 54) rennenfL;
fugiiras G. — 55) uiteo B; uitre
Reg. — 56) nichil... habes Rh. —
57) intuitu codices (intituli quidis
Reg); optiitibns G, B; ohtiitibus Rh,
Reg, L. — 59) dimersa Rh. — 6o)
archani G, B, Rh, L ; arcani Reg;
profundi G; flueniiB, Rh, Reg, L.
— 61) inaneant G; lipidarutn Reg;
esfL. — 62) certile adis persas Reg.
— 63) nieatus B. — 64) uiri qiiod
Reg. — 65) ingenis\-.\ frontibus Rh.
— 66) Iticoque latosque L ; îatetque
(\&t du milieu ajouté au-dessus de la
ligne à la place d'une letU"e effacée)
G. — 67) et uandem... glare Reg.
— 68) talis pictura cod. — 70) con-
carum G, L. — 71) deliciasque Rh,
Reg, L; locupletibusque B, Reg;
locupletibns subundis L.
Edit. — 51) Heinsius propose non
cara, Cannegieter secura, Lach-
mann non certa, Peiper non dira.
— 52) Heinsius, Foetaque iacturis
ciii... — 53) Schenkl et Peiper ont
seuls umentia litora harenae ; les
autres édit. ont humentia; la plu-
j-iart, littora harenae; Bœcking,
6s
AVSONII MOSELLA 7
Ciiin vada lene meant, liquidariim et lapsus aquarurii
Prodit caeriilea dispersas luce figuras :
(Jitod sulcata levi crispatur harena meatu,
Inclinata tremunt viridi qitod gramina fiindo ;
Usqiie siib ingeniiis agitatae fontihus herbae
Vibrantes patiuntiir aquas, hicetque latetqtie
Calciilus, et viridem distinguit glarea muséum.
Tota Caledoniis tali specie ora Britannis,
Cum virides algas et rubra corallia nudat
Aestus, et albentes, coucharum. germina, bacas,
Delicias Jiominiun, locupletibus atqiie sub undis
mystérieuses profondeurs nous sont découvertes, lorsque le cou-
rant est paisible, lorsque les eaux qui glissent transparentes,
dévoilent, éclairées d'une lumière azurée, les formes des objets
répandus çà et là; tantôt c'est le sable qui se ride, sillonné par la
vague légère; tantôt c'est le gazon qui tremble et s'incline sur le
fond verdoyant. Au-dessous des eaux où elles sont nées, les
herbes agitées subissent l'action du courant qui les ébranle; le
caillou brille, puis se cache, et le gravier fait ressortir la mousse
verte. La côte tout entière des Bretons de Calédonie offre un
spectacle semblable quand le reflux laisse à nu les algues vertes,
et ces rouges coraux, et ces blanches perles, végétations des
o
litora harenae ; Tross, litora are-
nae. — 57) obtentibiis, conjecture
d'un anonyme citée et admise par
Bœcking; Schenlil écrit optentibus;
Peiper écrit obtutibus, et corrige
intiiitu en introitu. — 60) fltienti est
la leçon admise jusqu'à Bœcking,
Peiper et Schenkl. Ugolet avait
fluentis. — 62) Wakefield propose
respersas. — 65) utque, correction
de l'Ascensiana, reprise par Vinet
(1551) et l'édit. de Lyon(i558), géné-
ralement adoptée, excepté par Poel-
mann Christ, Bœcking, Schenkl et
Peiper. — 68) Tross met une paren-
thèse , déj à indiquée par Vinet : Tota
(Caledoniis .. .cultusj . Heinsius pro-
pose Iota; Barth,Mo;« (qu'adoptent
Tollius,Souchay, etc.). L'anonyme
cité par Bœcking, torta. L'Ascen-
siana I.1517) écrit Tota. Caledo-
niis... Lachmann propose pictum
ora; Bœcking admet talispictaora;
Speck, tali est specie ora ; Peiper,
talis patet ora; Schenkl, talis pi-
ctura. — 70) Bœcking, Schenkl et
Peiper écrivent seuls bacas. — 71)
Ugolet, Avantius (1507) et l'Ascen-
siana ont lociipletibus usque ; les
édit. antérieures à celles de Bœc-
king, Schenkl et Peiper, ont lociiple-
tes ou lociipletum quaeque. Barth
préférait locupletibus aequa sub, et
Gannegieter, lociipletes. Ista
8 AVSONII MOSELLA
Adsimulant nostros imitata monilia culUis.
Haiid aliter placidae siihter vada laeta Mosellae
Detegit admixtos non concolor herha lapillos.
Intentas tamen usqne oculos errore fatigant 75
Interludentes , examina lubrica, pisces.
Sed neque tôt species ohliqnatosque natatus,
Quaeque per adversiim siiccedimt agmina fiiunen ,
Nominaque, et cunctos numerosae stirpis alumnos
Ederefas : haud ille sinit, cui cura secundae 80
Sortis et aeqtiorei cessit tutela tridentis.
Tu mihi, flumineis habitatrix Nais in oris,
coquillages, délices de l'humanité, qui, sous des eaux si fécondes
en richesses, rivalisent, comme de véritables colliers, avec les
objets de notre luxe. C'est ainsi qu'au-dessous des ondes char-
mantes de la paisible Moselle, l'herbe, par le contraste de sa
couleur, découvre les cailloux dont elle est mêlée.
Cependant, les yeux attentifs se fatiguent à suivre les allées et
venues des troupes de poissons qui glissent et jouent entre eux.
Mais toutes ces espèces qui nagent en traçant des courbes
sinueuses, toutes ces armées qui remontent le courant du fleuve :
leurs noms, le dénombrement des enfants de cette race immense,
il n'est pas permis de les publier. Il ne le tolère pas, le dieu qui
a obtenu en partage la charge du second lot du monde et la garde
du trident des mers.
O Naiade, toi qui habites les rives fluviales, fais-moi connaître
Cod. — 72) inrnitata nionialia
Reg. — 74) ammixtos G, B ; non est
color L. — 75) erro refaciant Reg.
— 76) inter ludentes B, Rh, L ; exag-
mina L; ludihrica piscis G. — 77)
natatus {ta au-dessus de la ligne)
Reg; nieatus Rh. — 78) succendunt
L. — 79) nomina qtiae cunctos G;
iiomina qtiae et Rh; nominaque
cxnictos Reg, L; nominaque et cunc-
tos B. — 80) aut cod.; Rh seul a
haud; aederes aut Reg; iitra G;
sedere L. — 82) horis B, Rh ; naissi-
no fis Reg. — 83) siqnamigeri L. —
84)^!/zYfl7«/i^»sB,Reg,L; cateruis
B; cartenias Reg. — 85) Squomeus
B ; squameus G, Rh, Reg, L. — 86)
niscera... egestus L; haristis Rh.
■ — 87) trioria Reg ; thioria L
ciharia Rh. — 88) pnrpiireus Rh
— 89) rJiedo G, B, Rh; raedo Reg
thedo L. — 90) octilos hominum Rh
— 91) iiexatae Gi ; tiecate L ; sauari
B. — 92) qua his G^; qualis B
hostia Bi, Rh. — gT,)maiorisB, Rh
L; viaioj-es Reg; vielioris G.
AVSONII MOSELLA
85
90
Squamigeri gregis edc choros, liquidoque sub alrco
Dissere caeruleo fluitantes anine catervas.
Sqtiameus herbosas capito intev lucet hareuas
Viscère praetenero , fartim congestus aristis,
Nec diiraturus post bina trihoria mensis ;
Purpureisque salar stellatus tergora gutiis,
Et nullo spinae nociturus aciiinine rJiedo,
Effugiensqiie oculos céleri levis timbra natatu.
Tiiqtie per obliqui fauces vexate Saravi,
Qna bis terna fremunt scopulosis ostia pilis,
Cîim defluxisH famae maioris in amnem,
les divers groupes de ce troupeau couvert d'écaillés ; dis-moi
quelles sont les bandes de poissons qui nagent dans le lit du
ileuve azuré.
Revêtu d'écaillés, le meunier brille parmi les sables couverts
d'herbages ; sa chair est très tendre ; les arêtes s'y entassent à
rangs serrés ; il ne peut attendre plus de deux fois trois heures
pour être servi sur les tables. Ensuite, voici la truite dont le dos
est constellé de taches de pourpre, et la loche qui ne peut faire de
mal au moyen de l'aiguillon d'aucune épine ; et l'ombre légère, qui
échappe aux regards, tant elle nage avec rapidité; et toi, ballotté
naguère dans les passages étroits du Saravus au cours sinueux,
là où ses six branches mugissent entre les piles rocheuses d'un
pont, du moment que tu as glissé dans un fleuve plus illustre, tu
peux, ô barbeau, plus libre maintenant, te permettre en nageant
Edit.— 79) L'édit. de Lyon (1537)
est la première qui ait Noininaque
et...; Heinsius propose nomine
quemque suo. — 80) Ugolet, Avan-
tius (1507), la Juntine, l'Aldine,
Schenkl et Peiper admettent aut;
les autres édit. ont haud, que Bœc-
king écrit liant. — 83) Wakefield
propose liquidoque sub arvo, et
Christ, liquidaque sub alvo. — 84)
Quelques vieilles édit. et Christ ont
fliiitantibus. — 85) Plusieurs vieilles
édit. ont interlncet, que Tross et
Bœcking admettent.— 86) La plupart
des anciennes édit. écrivent prae
tenero; d'autres ont praeteiieris on
prae teneris ; la Juntine et l'Aldine
ontfurtim. — 89) Ugolet, Avantius
(1507), la Juntine, l'Aldine, l'édit. de
Bâie (1523) et les édit. de Lyon
(1537. 1540, 1548) ont thedo; les
autres édit. , à partir de l' Ascensiana,
ont redo; seuls Bœcking, Schenkl et
Peiperécriventr/ietio.— 90) L'Aldine
a Effigiensque , et au v. 92, liostia.
— 93) Bœcking a, seul, melioris.
lO AVSONII MOSELLA
Liberior laxos exerces, barbe, natatus.
Tu melior peiore aevo, tibi contigit omni 95
SpiranUim ex numéro non inlaudata senecius.
Nec te pimiceo riitilantem viscère, sahno,
Transierim , latae cuius vaga verbera caudae
Gurgite de medio sitminas referiinUir in nndas,
Occultus placido ciun proditur aeqtiore piilsus. 100
Tu, loricato squamostis pectore, frontein
Lnbricns et dubiae facturus fercula cenae,
Tempora longarum fers incorrupte morariim ,
Praesignis macidis capitis, ciii prodiga mitat
Alvus, opimatoque fiuens abdomine venter. 105
de vastes ébats. C'est dans le plus mauvais âge que tu es le
meilleur au goût; et c'est ton heureux privilège que, seul de tous
les êtres qui respirent, ta vieillesse ne soit pas dédaignée. Et toi
dont la chair se distingue par son éclat pourpré, ô saumon, je ne
te passerai pas sous silence : les coups vagabonds de ta large
queue qui s'agite au fond des eaux se répercutent à leur surface,
alors que tes mouvements qu'on n'aperçoit pas se trahissent sur
le fleuve calme. Les écailles de ta poitrine te font une cuirasse,
et ton front est lisse ; tu es un mets digne des festins où l'abon-
dance rend le choix difficile; tu supportes, sans te corrompre, les
délais d'une longue attente ; les taches qui brillent sur ta tête te
font remarquer; ton ventre énorme se balance et ondule sous la
. Cod. — g4)saxos'L. — 95)MwiRh.
— 96) spirantum (e corrigé en m) G ;
illaudata B, Rh. — 98) transierim
(le premier i ajouté au-dessus de la
ligne) G. — 99) surgite L. — 100)
occtiUais G* ; occuUas Rhi (tous
deux corrigés en occultus); aequo
repulsus G; equo repulsus Reg. —
101) fronte Rh. — 102) mense Rh;
cène G ; c^ne Reg ; coenae L ; cenae
B. — 103) incorrupta morarum
(corrigé de mororum) B. — 106) iUi-
ricu)nG; iUipicumlu,. — io'j)incidiis
Reg; mustella L; nutatu Rh. —
109) defrudarentur Reg; defraiida-
rentur G, B, Rh, ï^. — i\o) finxit
Rh; colorata Reg. — m) cuncta
Reg; y ris B, Rh. — 112) smc«s B;
focus L. — 1 13) fastitn Reg;fartim
est omis dans B, où sa place est lais-
sée vide, et dansL; pingescis Reg;
j>ingnescit Rh. — 115) perta B;
parca L ; sibebo Reg. — I16) amni-
gerosRh. — ii-j) piniceisR^g; est
tendere L ; multis Reg.
Edit.— 94) Ugolet, corrigeant L,
écrit sacros.— 95) L'anon3-nie, cité
AVSONII MOSELLA 11
Oîiaeque per Illyricuni, per stagna binoininis Histri,
Spiunariun indiciis caperis, niustela, natantuin,
In uostrum subvecta fretum, ne lata Mosellae
Flumina tam celebri defraudarentiir alumno.
Otiis te naturae pinxit color ! Atra siiperne iio
Ptincta notant terguin, qiia liitea circuit iris;
Liibrica caernletis perdiicit tergora fucus :
Corporis ad mediiini fartim pinguescis , ai illinc
Usque sub extremam squalet cutis arida caudam.
Nec te, delicias niensarum, perça, silebo, 115
Antnigenos inter pisces dignande mai'inis,
Soins puniceis facilis cotitendere miillis :
charge de ton gras abdomen. Et toi qui te laisses prendre en
Ill)-rie, dans les eaux de l'Hister au double nom, dénoncée par
l'écume qui surnage, tu passes aussi dans notre fleuve, ô lotte,
pour que la large Moselle ne se voie pas refuser un aussi célèbre
habitant. Quelles couleurs la nature n'a-t-elle pas employées à te
peindre ! Des points noirs marquent la partie supérieure de ton
dos; un demi-cercle jaune orange les entoure; ton corps poli est
teint d'azur. Farcie de graisse jusqu'à mi-corps, tu es ensuite
recouverte jusqu'à l'extrémité de la queue d'une peau maigre et
sèche. Je ne tairai pas non plus ton nom, ô perche, délices des
tables, poisson de rivière digne des poissons de mer, toi qui es
seule capable de le disputer aux surmulets pourprés. Car tu n'es
par Bœcking, propose ctti au lieu
de fibi; l'Aldine, les édit. de Bàle
(1523) et de Lyon (1537, 1540, 1548)
ont uni, repris par Tross. — 99)
Ugolet, corrigeant L, écrit surgit
et e medio. — loi) Avantius, la
Juntine et l'Aldine ont f route. — 102)
Poelmann et Vinet (1575), seuls avant
Schenkl et Peiper, écrivent cenae.
— 106) Beaucoup d'anciennes édit.
ont Istri ; Bœcking, Schenkl et Pei-
per, Histri. — 107) Christ propose
raperis ; Poelmann, seul, avant
Bœcking, Schenkl et Peiper, écrit
musfela; les anciennes éditions ont
Miistella ou mustella.— loS) laefa,
conjecture attribuée par Bœcking à
l'anonj'me de HeiJelberg, revendi-
quée comme sienne par Tross, et ad-
mise par Peiper seul. — 109) Schenkl
et Peiper écrivent defrudareiitur.
— III) ToUius écrit qiia, dans son
texte, quia dans ses notes où il dit
d'ailleurs de lire quae, leçon adoptée
parSouchay.Wernsdorfetla Bipon-
tine. — 114) Bœcking, Schenkl et
Peiper écrivent squalet; les édit. an-
térieures ont généralement si/ît^Z/e^.
I20
12 AVSONII MOSELLA
Nam neque gustus iners, solidoqiie in cor pore partes
Segmentis coeunt, sed dissociantur aristis.
Hic etiam, Latio risiis praenomine, cultor
Stagnortim, querulis vis infestissiina ranis,
Liicius, obscuras ulva caenoqiie lacunas
Obsidet. Hic nullos mensariun lectus ad usiis
Fervet fumosis olido nidore popinis.
Oiiis non et virides, vulgi solacia, tincas
Norit, et alburnos, praedam puerilibiis haniis,
Stridentesqtie focis, obsonia plebis , alaiisas?
Teque inter species geminasneutrumque et utrimique,
125
pas fade au goût, ton corps est ferme : toutes les parties, formées
de segments qui s'unissent, sont séparées par des arêtes. Et ce
poisson aussi, auquel on a donné par dérision un prénom latin,
cet hôte des étangs, ennemi violent et acharné des plaintives
grenouilles, le Luciiis s'installe dans les creux que l'herbe et la
vase rendent obscurs. Dédaigné pour l'usage des tables, on le
fait bouillir dans les gargotes enfumées que l'odeur de sa cuisson
empuantit. Qui ne connaît les tanches vertes, ressource du vul-
gaire, et les ablettes, proie des hameçons d'enfants, et les aloses,
mets favori de la plèbe, qui grillent avec un bruit perçant sur les
foyers ! Et toi qui fais la transition entre deux espèces, qui n'es
complètement ni de l'une ni de l'autre et qui appartiens à toutes
Cod. — 118) nnm neque B; nam-
que G, Reg, L; nam quae Rh ;
solidae Rh. — 119) secmentis G,
Reg. — 120) hinc L. — 122) coeno L ;
ceno Rh, Reg. — 123 Jiinc L ; millus
Reg; letus Rh; latus L. — 124)
cniet... nitore L; propinus Reg.
— 125) uolgi Reg; solatia cod.; so-
lacia Reg. — 126) pii,eribus amis
Reg. — 127) obseniaL,; obsonia G,
B, Rh,Reg;^ZêoL. — i2ii) g-eminas
species L; utrtmque B, L. — 129)
que (au lieu de qui) Reg; necam
Reg. — 130) intercepta Reg. — 131)
Jlumineis G; memorante L. — 132)
geminis maior G; maior geminis
B, Rh, Reg, L; police L. — 134)
prospexi Rh, Reg; prospexit L;
barba B. — i35)ceZe6rflreB; sulure
Reg. — 136) uelucî Reg; acieo cod.;
oliua L. — 137) delfina B. — 138)
wagni uis (pour longi uix) Reg;
corpora L; sali L. — 139) defensa
cod.; iilli L.
Edit. — 118) Toutes les édit. anté-
rieures à lapremièrede Vinet(i55i)
ont namque et. — 119) Cannegieter
propose seçmenti. — 122) Brecking,
Schenkl et Peiper écrivent seuls
AVSONII MOSËLLA 13
Qui iiec diim salmo, nec iam salar, aiubigiiiisque -
Ambonim medio, sario, intercepte suh aevo? 130
Tu qjioqiie, fltunineas inter memorande cohortes
Gobio, non maior geminis sine pollice palinis,
Praepinguis, teres, ovipara congestior alro,
Pi'opexiqne tubas iniitatus, gobio, barbi. 134
Nunc, pecns aequoreum , celebrabere, incigne silure :
Client velnt Actaeo perductum tergora olivo
Amnicolam delphina reor : sic per fréta magnum
Laberis et longi vix cor ports agmina solvis,
Aut bvevibus defessa vadis, aut fluminis ulvis.
deux, toi qui n'es pas encore saumon et qui n'es plus truite, toi
qui tiens le milieu, ô truite saumonnée : on te pêche alors que ton
âge est intermédiaire entre celui de ces deux poissons. Toi aussi,
il faut te rappeler parmi ces armées fluviales, ô goujon ; tu n'es
pas plus grand que les deux mains sans les pouces; tu es très gras,
arrondi, rendu plus gros encore par ton ventre gonflé d'œufs.
O goujon, tes barbillons imitent les barbes pendantes du barbeau!
A toi maintenant d'être chanté, animal marin, énorme silure : ton
corps semble enduit de l'huile attique; je te regarde comme le
dauphin des fleuves : telle est ta majestueuse allure en pleine eau;
telles sont les difficultés que tu éprouves à déployer en t'avançant
l'étendue de ton long corps, fatigué par les eaux trop basses ou
caeno. — 125) Schenkl et la plus
grande partie desédit. qui précèdent
la sienne ont volgi ; Tross, Bœcking
et Peiper, vulgi ; Schenkl et Peiper
ont seuls solacia, leçon du Reg; tous
les autres éditeurs écrivent solatia
comme les autres manuscrits. — 127)
Schenkl écrit opsonia ; Avantius, la
Juntine, l'Aldine, les édit. de Bâie
(1523) et de Lyon (1537, 1540, 1548],
la Bipontine, Tross, Bœcking et
Peiper, ohsonia. — 129) amhige-
risque, conjecture proposée par
Lachmann; Wakefield préférait
ambignusque es.— 130) La Juntine
écrit/rt;-io, leçon suivie depuis lors
par les édit., excepté par Vinet( 155 1),
l'édit. de Lyon (1558), Poelmann,
Christ, Bœcking, Schenkl etPeiper.
— 132) Schenkl et Peiper écrivent
seuls geminis maior. — 134) Bœc-
king, sur les conseils de Lachmann,
écrit imitaris. — 138) Cannegieter
propose volvis au lieu de solvis. —
139) Cannegieter propose detenta, et
Lachmann, deprensa ; Bœcking
pense à écrire defessa, mais garde
defensa. Schenkl et Peiper adoptent
deprensa; tous les autres éditeurs
conservent defensa.
14 AVSONII MOSELLA
Ai, cum tranquillos nioliris in amne nieatus, 140
Te virides ripae, te caerula turba natantum,
Te liquidae inirantur aqtiae : diffimditur alveo
Aestus et extremi prociivrunt niargine fluctus.
Talis Atlantiaco qiiondmn balleiia profundo,
Cum vento motuve suo telluris ad oras 145
T*ellitu7', exclîisum fîindit mare, vtagnaqtie siirgunt
Aeqiwra, vicinique tiinent decrescere montes.
Hic tamen, hic nostrae mitis hallena Mosellae
Exitio procîd est, magniisque lionov additiir amni .
lain liquidas spectasse vias, et lubrica pisces 150
les herbes du fleuve. Mais quand tu poursuis dans le courant ta
route tranquille, à ta vue les rivages verdoyants, à ta vue la
troupe azurée des poissons, à ta vue les eaux limpides s'émer-
veillent. Le flot qui bouillonne se répand hors du lit du fleuve, et
les dernières vagues courent sur le bord. Telle, dans le profond
océan Atlantique, la baleine, poussée par les vents ou par son
propre élan vers la terre, répand au loin la mer qu'elle chasse de
son domaine : immenses se gonflent les flots, et les monts voisins
craignent de paraître moins élevés. Mais le silure, inofl^ensive
baleine de notre Moselle, bien loin de devenir une cause de
•désastre, n'est qu'un grand honneur de plus pour le fleuve.
C'est avoir assez contemplé les routes liquides, et les troupes
Cod.— 140) aitt Reg, L; mollir is
L; inagnae (pour in amne) Reg. —
144) «(WriM^mco G, Reg; adantiaco
L ; athlanciaco Rh ; condam Reg ;
hallena G, Reg, L; balena B, Rh ;
profunda Reg'. — 145) /toras Rh. —
146) pelitur Rcg;fundit (pour sur-
jrimt) Reg. — 148) mittis Reg;
hallena cod. (L a mitis corrigé en
initissitnaballa); mossollae Reg. —
149) wa^Mo^we G, BiReg, L; «fZrf^^»s
G, Rh,L. — 150) latn G; iain B, Rh,
Reg, L. — 151) multiplicesquae Reg;
miiltiplices satis enumerasseB] nii-
nierassacaturjias G*. — 152) uitae
corrigé en uitea G ; ponpam Reg. —
153) &rtc/ieza Rh; hacheaL.\ bachaia
B ; bacche (le h ajouté) Reg. — 154)
agmina (corrigé en ardua) Rh. —
155) apica Reg; flexiique sinmjue
L. — 156) assurgiint B, Rh, L; ad-
sitfVgunt G, Reg. — 157) almo Reg ;
nectit (corrigé en uestit) Rh. — 158)
hrodopen Reg; rodopen'R\\\ rhodo-
pem L ; pangea G, Rh; pagea Reg;
pancheaB, L; lieoB,Rh.. — iS9)iiret
Reg; tracia G, Rh; thracia (le h
ajouté) B ; iratia Reg.— 160) fluen-
tem G; garonnam G; garninnam
Rh; garïinamL,,garunnamB,R*:g.
AVSONII MOSELLA 1 5,
Agini)ia, inicltiplicesque satis inunerasse catervas.
Inducant aliam spectacula vitea pompmn,
Sollicitentque vagos baccheia iminera visus,
Qua sîiblunis apex longo super ardua tractu,
Et rupes, et aprica iiigi, flexusque sinusqiie 15s
Vitibiis adsurgnnt natiiraliqiie tJieatro.
Gaiiramnn sic aima iug-jim vindemia vestit
Et Rhodopen, proprioqtie nitent Pangaea lyaeo;
Sic viret Ismariiis super aeqiiora TJiracia collis;
Sic 7nea flctventem pingunt vineta Gartininam. 160
Sitmmis qiiippe iiigis tendentis in ultinia clivi
des poissons qui y glissent; c'est avoir assez dénombré leurs
multiples cohortes. Que l'aspect des vignobles présente d'autres
objets à notre vue; que les dons de Bacchus fixent nos regards
indécis sur cette longue suite de coteaux escarpés que domine
une crête élevée, sur ces roches, ces hauteurs exposées au soleil
avec leurs sinuosités et leurs enfoncements, qui s'élèvent, cou-
vertes de vignes, en forme d'amphithéâtre naturel. C'est ainsi
qu'une féconde vendange revêt le mont Gaurus et le Rhodope, et
que le Pangée brille de l'éclat de ses raisins; c'est ainsi que la
colline de l'Ismarus verdit au-dessus de la mer de Thrace ; ainsi
mes vignobles se reflètent dans les eaux blondes de la Garonne.
Car une suite de vignes verdoyantes unit les bords du fleuve aux
Edit. — 140) Poelmann, Tollius,
Christ, Wernsdorf, Tross, Bœcking,
Schenkl, Peiper écrivent at. Les
autres éditeurs, à partir d'Ugolet,
admettent atit. Christ, tout en con-
servant tranquillos, préfère tran-
quillo, que Tross et Bœcking
adoptent. — 144) Wernsdorf, Christ,
Tross, Bœcking, Schenkl écrivent
balaena, comme les édit. de Lyon
(1537 etc.); Peiper, ballena, comme
Ugolet, l'Ascensiana, Poelmann,
Vinet (1551), etc.; Vinet(i575), Tol-
lius, etc., ont5aZ/ae«rt. — i46)Peiper
écrit exundat au lieu ds /undit. —
148) Les diverses éditions écrivent
respectivement balaena, ballena,
ballaena, comme au v. 144. — 149)
La leçon ordinaire des éditions est
magnoque honor additus anini;
Bœcking écrit magnusqite honor
additiir amni ; l'Aldine et Schenkl
magnusque honor additus amni. —
156) La leçon vulg. est asstirgunt;
Tross, Bœcking, Schenkl et Peiper
écrivent adsurgnnt. — 160) Ugolet
écrit fltientem, et Burmann propose
labentem; la leçon vulg. est Ga j-mw-
»a;H; l'Ascensiana et Vinet ( 155 1) ont
Gar««M«w, et Bœcking Garonnam.
i6
AVSONII MOSELLA
Conseritur viridi fluvialis inargo lyaeo.
Laeta operum plèbes festinantesqtie coloni
Vertice nimc summo properant, nunc deiuge dorso,
Certantes stolidis clamoribiis. Inde viatoi' 165
Riparmn siibiecta tei'ens, hinc navita labens,
Probra cariunt seris cultoribtis : adstrepit ollis
Et riipes, et silva tvemens, et concavus amnis.
Nec solos Jiomines détectât scaena locoruni :
Hic ego et agrestes Satyros et glaiica tiientes 170
Naidas extremis credam conciirrere ripis,
plus hauts sommets du coteau qui, à partir de la rive, s'élève
jusqu'aux dernières cimes. La foule qui travaille joyeuse, les
cultivateurs empressés se hâtent, maintenant au sommet, main-
tenant sur les flancs inclinés de la montagne : ils font assaut de
grossières clameurs. Ici le voyageur qui suit sa route, en bas, le
long de la rivière, là le batelier qui glisse sur les eaux chantent
des refrains moqueurs aux cultivateurs en retard pour leurs tra-
vaux; les rochers résonnent au bruit de leurs voix, et la forêt
frissonnante, et le fleuve profond.
Et es hommes ne sont pas seuls à se laisser charmer par l'aspect
de ces lieux. Là aussi, je le croirais volontiers, les Sat^-res agrestes
et les Naïades, aux 3'eux verts comme la mer, accourent ensemble
Cod. — 162) uiride Reg; lieo B,
Rh; margalia eo Reg. — 164) ner-
ticem L; clôso L. — 165) Ce vers
manque dans le Reg. — 166) tenens
G; Jiic Reg; lambens L. — 167)
probra seriint cultoribtis L; astre-
pu B, Rh, L. — i58) rubens (pour
rtipes) L. — 1^9) Nec G, B ; nec Rh,
Reg, L; hotnînmn cod.; scena cod.
(excepté Reg qui, d'après Peiper,
aurait scaena). — 170) ad agrestes
satiros Reg; glaça L.— lyi) nudas
B. — 172) proteruia (Is i ajouté) G;
propteriiia Reg; panas Rh. — 173)
uadas Reg. — 174) torrent L;fluctus
Rh. — 17s) fifate Rh; furate Reg,
L (tous trois omettent la préposi-
tion e). — 176) oreadas cod.; pa-
nape Rh. — 177) stigit L; fnnos L.
— 178) igneus cod.; (G seul a aii-
reus). — 179) ut cod.; satiros Reg.
— 180) Reg s'arrête après ce vers.
— 181) cetas B; c^tu Rh.
Edit. — 158 et 162) Je préférerais
écrire lyaeo avec une minuscule,
comme j'ai écrit baccJio aux v. 21
et 25. Bœcking, Schenkl et Peiper
écrivent Lyaeo, comme la plupart
des anciennes édit. Ugolet et Avan-
tius ontlyeo. L'Ascensiana de 1511 et
celle de 1513 ont lyeo; celle de 15 17,
ly£0, et l'Aldine, lyaeo, conservé
par l'édit. de Vinet (155 1) au v. 162,
AVSONII MOSELLA If
Capripedes agitât cum laeta pi'otervia Panas,
Insultantque vadis, trepidasque siib amne sorores
Terrent, indocili puisantes verbere fliictum.
Saepe etiani, niediis fiirata e collibus iivas, 175
Inter Oreiadas Panope fluvialis arnicas
Fugit lascivos, paganica mmiina, Faunos.
Dicitiir et, tnedio cum sol stetit aiireiis orbe,
Ad contmiine fretum Satyros vitreasque sorores
Consortes celebrare choros , ciini pracbuit Jioras 180
Sécrétas homiitum coetit flagvantior aestus.
sur ces rives, quand une joyeuse pétulance entraîne les Pans aux
pieds de chèvre ; ils bondissent dans le courant, effraient leurs
sœurs tremblantes au fond du fleuve : si grossiers sont les mou-
vements dont ils battent les flots. Souvent même, après avoir
dérobé des raisins en pjeins coteaux, la nymphe fluviale Panopé
se réfugie au milieu des Oréades amies, par crainte des Faunes,
ces lascifs dieux villageois. On prétend aussi qu'au moment où le
soleil d'or s'arrête au milieu de sa course, les Satyres et leurs
sœurs brillantes comme le cristal des eaux vont former des chœurs
au bord du fleuve qui leur est commun : c'est l'heure où la chaleur
ardente les met à l'abri du contact des hommes. Alors, bondissant
dans ces eaux qui sont à elles, les Nymphes jouent, plongent les
alors que le v. 158 a Lyaeo. La
Jiintine admet Lyeo. — 167) Ugolet
et Avantius écrivent />»'o6r« serttnt;
ce dernier laisse un espace vide
après seriint. Vinet dans le texte de
son édition de 1575 a proba, faute
d'impression qui n'est ni dans le
commentaire de cette édit., ni dans
le texte des édit. de 1551 et de 1590;
Accurse propose d' écrire sertint du-
ris, pour suppléer à la lacune de L,
à cause du passage d'Horace (Serw. ,
I, 7, 29). — 169) homines est une
correction d' Avantius (1507), qui a
passé dans la Juntine, l'Aldint,
l'édit. de Bâle (1523), et les édit. de
Lyon (1537, 1540, 1548). Mais les
autres édit. gardent hominum, jus-
qu'à Bœcking, Schenkl et Peiper;
toutes les édit. antérieures à celles
de Bœcking, Schenkl et Peiper ont
scetta. — 171) Ugolet écrit Naiadas
qu' Avantius, la Juntine et l'Aldine
conservent. Les édit. de Bâle (1523)
et de Lyon (1537, etc.) ont Naïades.
— 176) La correction Oreiadas ap-
partient à l'Ascensiana de 151 1; la
Juntine et l'Aldine gardent Oreadas.
— 178) Bœcking et Schenkl écrivent
seuls aureus. — 179) Ad est une
correction de Gronovius, générale-
ment adoptée depuis lui. Christ
garde cependant ut; la Bipontine
écrit af.
l8 AVSONII MOSELLA
Tune insultantes sua per fréta ludere Nympkas,
Et Satyros mersare vadis, rudihusque natandi
Per médias exire nianus, dum lubrica falsi 184
Membra petunt, liquidosque foirent pro corporefluctiis.
Sed lion liaec spectata ulli nec cognita visu
Fas mihi sit pro parte loqui : sécréta tegatur
Et commissa suis lateat reverentia rivis.
Tlla fruenda palant species, ciun glaucus opaco
Respondet colli fluvius , frondere videntur 190
Fluminei latices et palmite consitus amnis.
Ouis color ille vadis, seras ciun propulit timbras
Hesperus, et viridi perfundit monte Mosellatn!
Satyres au fond du courant et échappent entre les mains de ces
nageurs maladroits, qui, toujours déçus, alors qu'ils saisissent
leurs membres glissants, n'étreignent au lieu de leurs corps que
les flots limpides.
Mais ces spectacles n'ont jamais eu de témoins; aucun regard
ne les a vus. Qu'il me soit permis d'en parler pour ma part; qu'il
reste cependant secret, que le fleuve garde caché avec respect le
mystère qui lui est confié... Voici un tableau dont on peut jouir
ouvertement : quand le fleuve azuré reflète la forêt obscure, ses
eaux semblent se couvrir de feuillage, son courant semble planté
de vignes. Quelle couleur nouvelle prennent les eaux, alors
qu'Hespérus, ayant poussé devant lui les ombres du soir, couvre la
Moselle d'une verte montagne ! Les coteaux tout entiers flottent,
Cod. — 182) et cutn insultantes
L. — 183) rapidusqiie Bi ; rnpidos-
que B2; natanti L. — 184) cuni B.
— 185) specunt L. — 186) Sed G,
Rh ; sed B, L. — 187) tegantur Rh,
L. — i'6g) fuenda... conclaneus L.
— i()i)constitit'L. — 192) protiilit
B, Rhi; Propulit G, Rh2, L. — 193)
perfunditG, B, Kh; p rofundit L. —
194) inontibus G, Bi, Rhi ; mo tibus
(Vil effacée) B^, Rh^; motibus L. —
195) térget L. — 196) admunerat
(corrigé en admmerat) G; annume-
rat B, Rh; anumerat L ; G a lûtes
(pour uirides); B, deritiis (pour
derisus). — 197) cadiceo L. — 198)
anitni (pour atnni) G; conftitidit G;
conftiditB, Rh, L. — 200) Haec G,
B ; haec Rh, L. — 202) oras G; ha-
ras Rh, L; oras Bi; horas B^.— 204)
alacris B; alicris'L; gestare BK
Edit. — i82)Ugolet écrit Et citm
sultanies; Avantius (1507), Et con-
AVSONU MOSELLA I9
Tota natant crispis iicga motibus, et treniit absciis
Pampinus , et vitreis vindeinia tiirget in undis. 195
Adniimerat virides derisus navita vîtes,
Navita caudiceo fiuitans super aeqiiora leiiibo,
Per médium, qtia sese amni confundit imago
Collis et wnbrarimi confinia conserit atnnis. 199
Haec qaoqite quam dulces célébrant spectaciiia pompas,
Remipedes medio certant cuin fluniine lembi,
Et varios ineiint flexus , viridesque per oras
Stringuut attonsis pubentia germina pratis !
Puppibus et proris alacres gestire magistros
Impitbemqiie mamim super amnica terga vagantem 205
agités par l'ondulation des eaux, le pampre absent tremble, et
la vendange se gonfle au sein des ondes transparentes. Le
batelier, jouet d'une illusion, compte les ceps verdoyants; le
batelier qui sur sa barque creusée dans un tronc d'arbre vogue
au milieu du courant, à l'endroit où l'image de la colline se
confond avec le fleuve, et où le fleuve semble planté de vignes
jusqu'à la limite des ombres.
Quel charme aussi pour les regards que la vue de ces jeux : ces
barques qui marchent à la rame, qui joutent au milieu du fleuve,
qui exécutent des courbes variées, qui sur les rives vertes effleu-
rent la végétation renaissante au milieu des prairies déjà fauchées.
Sur les poupes et sur les proues les alertes patrons bondissent;
ces équipes de jeunes gens s'ébattent sur le dos du fleuve : à les
sultantes. — 185) La Juntine et l'Ai-
dine ont ferunt ponr petiint. — 186)
Cannegieter propose cognita ab
usa. — 187) Ugolet, Avantius, la
Juntine, l'Aldine, les édit. de Bâle
(1523) et de Lyon (1537, 1540, 1548),
ont tegantur, conservé par Bœc-
king(édit. Je 1842). — 188) Bœcking,
(édit. de 1828), a proposé ripis. —igz)
Ugolet, Bcecking, Schenkl, Peiper
ont seuls propiilit. — 193) Tollius
écrit perfundit, mais propose per-
fitdit que Schenkl adopte. — 194)
Burmann.au lieu de To/ot, v^oudrait
Laeta, Foeta ou Fota.— 196) Lach-
mann propose At numerat. — 199)
Ugolet écrit co«/er?Y; Burraann pro-
pose proserit au lieu de conserit.
— 2Di) Ugolet, Avantius, l'Ascen-
siana(i5ii)etlaJuntineont/i//»n'«s.
— 203) Bœcking, d'après les conseils
de Lachmann, écrit gramina, au
lieu de germina.— 20^) Cannegieter
propose alacris gestire magister.
20 AVSONII MOSELLA
Dum spectat, transi ye dies ; sua séria ludo
Posthahet ; excluait veteres nova gratia curas.
Taies Cumano despectat in aequore ludos
Liber, sulphurei cum per iuga consita Gauri
Perque vaporiferi graditur vineta Vesevi,
Cum Venus, Actiacis Aiigusti laeta triumphis ,
Ludere lascivos fera proelia iiissit Ainores,
Qiialia Niliacae classes Latiaeque trirèmes
Subter Apollineae gesserunt Leucados arces;
Aut Pompeiani Mylasena pericula belli
2lO
215
regarder, le jour s'écoule ; on préfère aux occupations sérieuses
le spectacle de ces joutes, et ce plaisir nouveau chasse la pensée
des soucis anciens. Tels sont les jeux que Bacchus contemple à
ses pieds, dans la mer de Cumes, alors qu'il parcourt les sommets
riches en vignes du Gaurus sulfureux et les vignobles du Vésuve
qui lance la fumée : ces jeux où Vénus, en réjouissance des
triomphes remportés par Auguste à Actium, fait représenter par
les Amours folâtres les terribles combats que les flottes du Nil et
les trirèmes latines se sont livrés sous les murs de Leucade,
consacrée à Apollon. Tels sont aussi les jeux que les barques de
Cumes l'Eubéenne célèbrent sur l'Averne sonore, à l'imitation
Cod. — 206) spectant Rh; diem
cod.; serica Rh'. — 207) excludet
L. — 209) per est omis par G. —
212) proelia G; prelia B; Jilia
Rh, L. — 2i3j miliacae L. — 214)
artes L. — 215) mylesana (corrigé
en malesana)G\ ?M/7«se««B,Rh,L.
— 216) sctiatiaG^y cumbaeG; dm-
bac Rh ; cymbe B, L. — 217) piilsos
L; locantes G. — 2i8)sycJ(ZoB; spec-
tata cod. — 219) pontes G. — 220)
ephoebis G; ephebis L.— 221) puppi
ertasque L ; amnis cod. ; faselli L.
— 222) yperionio (suivant Schcnkli,
y/>e/'/o»jo (suivant Peiperj Rh. — 224)
rediit B, L; iibas (pour umbras)
L. — 225J atqice Rh ; leuaque cod.
Edit.— 2o5 et 207) Ces deux vers,
jugés inintelligibles, ont été écrits
suivant la lettre des manuscrits par
plusieurs éditeurs, ou en changeant
diem en dein (Scaligerj; on a aussi
supposé le vers 2o5 formé de mor-
ceaux de deux vers disparus, et
Schenkl et Peiper ont écrit :
Dum spécial
transire diem, elc.
Gronovius a refait le vers : Qui
spectat transire, diem et sua
Knebel a proposé : Dum spectat
transire sator, sua séria ludo
Un vers supplémentaire a été ima-
giné par Tollius (Dum spectat, dum
porro cupit spectare viator, Non
AVSONII MOSELLA 2l
Euboicae refcviDii per Averna sonaniia cumhae ;
Innocuos ratnim piilstis piignasque iocantes
Naiimachiae , Siculo qiiales spectante Peloro
Caeruleus viridi reparut sub imagine pontus :
Non aliam speciem petulantibiis addit ephebis 220
Piibertasque amnisqite et picti rostra pliaseli.
Hos Hyperionio ctcm sol perfnderit aestn,
Reddit naiitales vitreo sub gurgite formas,
Et redigit pandas inversi corporis timbras.
Utqiie agiles motus dextra laevaque fréquentant 225
des manœuvres navales qui ont précédé la bataille de Myles, dans
la guerre contre Pompée : ces navires se heurtant sans dommage,
ces combats pour rire, vraie naumachie livrée en vue du Pélore,
promontoire de Sicile, et dont la mer azurée réfléchissait une
verte image. Tel est aussi l'aspect que donnent à ces éphèbes pétu-
lants levir jeunesse et le fleuve, et les rostres de leurs embarcations
aux couleurs éclatantes. Lorsque le soleil les a inondés de ses
rayons qui tombent d'aplomb, il reproduit dans le cristal des eaux
les formes des matelots en figurant en raccourci les ombres de
leur corps renversé. Et suivant que leurs agiles mouvements se
multiplient à droite ou à gauche, suivant que l'échange des rames
sentit translre dîem ;, par Bœc- fi55i). l'édit. de Lyon (1558), Poel-
kin^ (Dum spectat, viridis qiia mann, Christ, Bœcking, Schenkl et
surgit ripa colonn,s, Non sentit Peiper ont CHW&ae; Christ propose
trnnsire diem ). — 208) Peiper Cumae, conjecture dont Peiper
propose gwa/es. — 209) Schenkl pro- attribue la priorité à Heinsius. —
pose dum au lieu de cuni. — 211) 2i8)Accurse et Gronovius écrivent
Poeîmann conjecture tropaeis, en çi/aZ/s; s^ec^aw^e est une correction
marge desonédit.— 213) Gronovius de l'Ascensiana (1517)-— 219) Wake-
■préiéTt.rdi\t Niliacae classis Latiae- field propose reparet sub margine.
que trirèmes. — 215) Ugolet, suivi — 221) Barth écrit amnisque, cor-
par Avantius, écrit «n"sse;m; lajun- rection généralement admise; cepen-
tine, l'Aldine, l'édit. de Bâle (1523), dant Souchay, la Bipontine, Christ
les édit. de Lyon (1537, 1540, 1548) et Peiper conservent amnis. — 223)
ont Missena; Accurse propose Mes- Barth, au lieu àc naut aies , voudrait
sana; Gronovius et Lachmann, «ow /a/es ou «az^a/es.— 224) Accurse
Mylaea. — 216) La leçon vulg. des préfère à rediit, leçon d'Ugolet,
édit. estcywi&rte. L'Ascensiana, Vinet redigit, ou mieux encore reddit.
22
AVSONII MOSELLA
Et commutatis alternant pondéra remis ,
Unda refert alios, simulacra nmentia, nautas.
Ipsa suo gaiidet siniidainine natitica pitbcs,
Fallaces fliivio inirata redire figuras.
Sic, îibi compositos ostentatiira capillos 230
Candentem late speciili explorantis lionoreni
Cum prinium carae nutrix admovit aluinnae,
Laeta ignorato friiitiir virgiinciila hido,
Germanaeqiie putat fortnam spectare pnellae :
Oscilla fulgenti dat non referenda métallo, 235
Aut fixas praeteniptat acus, aut frontis ad orani
qu'ils opèrent entre eux impose un dur fardeau alternativement à
ceux-ci ou à ceux-là, l'onde retrace d'autres matelots, humides
fantômes. Les jeunes bateliers s'amusent de voir ainsi apparaître
leur image, et s'étonnent de ces trompeuses figures qui se repro-
duisent dans le fleuve. De même, quand, pour lui faire voir
l'arrangement de ses cheveux, une nourrice vient approcher de sa
chère fille l'éclatante blancheur d'un miroir qui rayonne au loin,
la jeune vierge charmée se plaît à ce jeu qu'elle ignorait; elle
croit contempler le visage d'une sœur; elle donne au métal brillant
des baisers qui ne lui seront pas rendus. Ou bien, elle essaie de
toucher les aiguilles fixées diins la chevelure de cette image ; ou
Cod. — 227) refer (t final ajouté
ensuite) G; umentin (h initia.1 ajouté
ensuite) G; hutnentia B, Rh; Jm-
meniius L. — 228) sintilamine B;
simili ag}nine L. — 231) cxpectantis
L. — 233) tiirgungtda Rh. — 234)
pntant L; spectate L. — 236) prae-
teiulatL,; anis (pour acus) B; orain
L; horam G, B, Rii. — 237) libratos
Rh; captât (le premier ^ ajouté en-
suite) G.— 22,9)iieri Rh. — 240) lam
G; iain B, Rh ; nani L,; faciles G;
facilis B, Rh, L. — 241) poptilatur
B. — 242) defensus... piscis G. —
243) umenta (corrigé en humentia)
G; humentia B, Rh, L. — 244) exag-
mina 'L]uertit G' ; nerret L. — 245)
/;/ L. — 2^bj fena signis L. — 2471
deiectas G; siibiectas B, Rli, L.
Edit, — 227) Schenkl et Peiper
ont seuls nmentia (voir au v. 53).
— 230) Speck propose siciiti, que
Schenkl admet. — 231 et 232) Ces
deux vers sont mis entre parenthèses
par Peiper. Lachmann propose tiim
à la place de cm;». — 236) Ugolet a
pretendat ; Avantius (1507), la jun-
tine, l'Aldine.lesédit. de Baie (15231.
de Lyon (i537. i54o, 1548), prae-
tendit; la leçon ordinaire est celle
de YPï.&c^niï.xnà,praetentat ouprac-
AVSONII MOSELLA 2$.
Vibratos captai digitis extendere crines :
Talis ad iinibrarum ludibria nauiica piibes
Aiiibiguis fnUinr veri falsiqne figitris.
lam vero accessus faciles qua ripa niinisirat, 240-
Scnitatiir toto popiilatvix ttirba profnndo
Heu maie defensos pénétrait flumine pisces.
Hic medio procul anine trahens umentia lina
Nodosis decepta plagis examina verrit :
Ast hic, tranquillo qua labitur agntine fliimen, 24s
Ducit corticeis flttitantia retia signis :
nie aiitem scopulis deiectas promis in undas,
bien, portant les doigts au bord du front, elle tente de lisser les
boucles de cheveux qu'elle aperçoit dans le miroir. Ainsi, en
face de ces ombres qui se jouent d'eux, les jeunes matelots
s'amusent de ces formes indécises entre le réel et l'imaginaire.
Cependant, aux places où la rive permet un accès facile, une
foule, empressée à détruire, recherche jusqu'au fond des abîmes
les poissons, hélas ! bien mal protégés dans les retraites cachées
du fleuve. Celui-ci, traînant au loin en pleine eau ses humides
iilets, balaie les essaims de poissons qui se laissent prendre dans
les mailles noueuses. Celui-là, dans un endroit où le fleuve roule
tranquillement la masse de ses eaux, dirige se« rets flottants que
têtat ; Bœcking, Schenkl et Peiper,
ont praetemptat. L'anonyme, cité
par Bœcking, propose yictos au lieu
Je fixas. — 237) L'Ascensiana écrit
vibratis captos, leçon admise par
Vinet(i55i) etl'éJit.de Lyon(i55S).
Ugolet a vibratos captai; Avantius,
vibratos ceptat ; la Juntine et les
édit. de Bâle (1523) et de Lyon
(I537i 1540, 1548), vibratos coeptat.
Le texte vulg. est vibratis coeptat.
Christ écrit vibratis captât; l'Al-
dine, libratos coeptat; Poelmann,
Tross, Bœcking, Schenkl, Peiper,
vibratos captât. — 240) Accurse
pense qu'on pourrait écrire vere,
c'est-à-dire verno tempore. — 243)
L'Ascensiana, Vinet (1551, I575)>
l'édit. de Lyon (1558), Poelmann,
Scaliger, Souchay, Christ et la
Bipontine admettent defenstis
plscis. Accurse approuve defensas,
qui se trouve dans Ugolet, et dans
Avantius (1507). — 243) Schenkl et
Peiper ont seuls umentia (voir au
V. 53).— 244) Ugolet, Avantius (1507)
et la Juntine ont uerret. — 245)
Avantius a augmine, approuvé par
Accurse. — 246) Ugolet écrit fena
signis, et Avantius (1507), semina
lignis. — 247) Schenkl et Peiper
ont seuls deiectas.
24 AVSONII MOSELLA
Inclinât lentae convexa caciiinina virgae,
Inductos escis iaciens letalibus liainos.
Qiios ignara doit postquam vaga turha natantuin 250
Rictibus invasit, patiilaeque per intima fauces
Sera occultati senserimt vulne^'a ferri ,
Dum trépidant y subit indicium , crispoque treniori
Vibrantis saeiae nutans consentit harundo :
Nec mora, et excussajn stridenti verbere praedam 255
Dexter in obliqimni raptat puer : excipit ictunt
leurs plaques de liège signalent. Cet autre, penché du haut des
rocs vers les eaux qu'il domine, incline l'extrémité recourbée de
sa ligne flexible, jetant ses hameçons recouverts d'appâts mortels.
Ignorante des ruses du pêcheur, à peine la troupe vagabonde des
poissons a-t-elle englouti les hameçons dans des gueules béantes,
les gorges dilatées ont déjà senti jusqu'en leurs profondeurs, mais
trop tard, les blessures qui viennent du fer dissimulé ; l'animal se
débat, et la preuve de ses mouvements se trahit à la surface : des
secousses qui rident les eaux font vibrer la soie, et le roseau lui
obéit en se balançant. Aucun retard : aussitôt la proie est arrachée
du fleuve ; d'un coup de sa ligne qui siffle, l'enfant adroit l'enlève
obliquement; une vibration de l'air répond à ce choc : ainsi, au
Cod. — 248) inclina G^; conexa
G, B, Rh; conexa L. — 249) indu-
ctos G; indutos B,Rh; inclytos L;
aescis G, B; loetaîibus G; letali-
bus B, Rh ; letabilis L; ainos G*;
hamis L. — 250) ignota L. — 251)
faiicis {Vu au-dessus de la ligne) G.
— 252) saera Rh; occiiltanti L. —
253) inclytum (pour indicium) L.
— 254) uibrantes Gi; setae G, B, L ;
setaeKh. ; consensit Rh, L; arundo
L. — 2^^) pruedas'L.--2^'b)dextra'L.
— 258) motuque G.— 2aig) Exultant
G; exultant B, Rh, L; u*dae (un i
effacé) G; undae L,.— 260) loetalict
G; letalia B, Rh; létal ia\-.. — 261)
qiiique G, Rh, L ; qii^que B. — 262)
anhelantis B. — 26^) siibremos B.
Edit. — 248) Les premières édit.
ont connexa ; convexa est une cor-
rection de Vinet (1575), suivie par
Scaliger (1588), ToUius, Souchaj',
Wernsdorf, la Bipontine, Tross,
Bœcking, Schenkl, Peiper. — 249)
Ugolet fait de inclytos, implicitos,
qu'adoptent Avantius (1507), la Jun-
tine, l'Aldine, les éditions de Bâle
(1523) et de Ljron {i537> I540, 1548).
Heinsius propose insntos. La leçon
ordinaire est indutos; Schenkl et
Peiper écrivent seuls inductos. —
253)Ugolet écrit i«c/i^HHî crispoque
tremendo. Lachmann propose in
digitum. — 254) La leçon ordinaire
est setae; saetae se trouve dans
l'édition de Leipzig (1515), et dans
AVSONII MOSELLA
Spiriiiis, td f radis qiiondam per inane flagellis
Aura crêpai, motoque adsibilat aère venins.
Exsultant udae super arida saxa rapinae
Luciferiqiie pavent letalia tela diei.
Cîiique stib amne siio mansit vigor, aère nostro
Segnis anhelatis vitani consumit in auris.
lam piger invalida vibratur corpore plausiis,
Torpida supremos patitur iam cauda treniores,
Nec coeunt rictus, haiistas sed hiatibiis auras
260
26:
fracas des fouets qui éclate dans l'espace, la brise gémit, l'air
s'ébranle et le vent siffle. Le butin humide bondit au-dessus des
arides rochers, redoutant les traits mortels de la lumière du jour.
Ce poisson, qui, au fond de son fleuve, conservait sa vigueur,
s'affaiblit au milieu de notre atmosphère ; sa vie s'épuise à respirer
notre air. Déjà son corps alourdi n'est plus secoué que de batte-
ments sans force; voici déjà les derniers tremblements de sa queue
engourdie; sa gueule ne se ferme plus, et ses branchies, exhalant
le souffle de la mort, rejettent l'air qu'elles ont absorbé en s'ou-
vrant. Ainsi, quand le mouvement de l'air excite les feux des
forgerons, la soupape de laine qui joue dans la cavité du soufflet
de hêtre, reçoit et chasse le vent en dégageant ou en bouchant
Bœcking-, Schenkl et Peiper; ha-
riindo est la leçon de l'Ascensiana,
la Juntine, Vinet, l'édit. de Lyon
(1558), Scaliger, Tollius, Souchay,
Christ, Bœcking, Schenkl et Peiper.
— 255) Cannegieter propose de sup-
primerez.— 256) De dextra, leçon de
L, Ugolet a fait dextera, leçon
admise par la plupart des édit.
L'édit. de Lyon (1558) et Poelmann
ont dextra. L'Ascensiana, les édit.
de Leipzig (1515). de Bâle (1523)
et de Lyon (1537, 1540, 1548) ont dex-
ter, que Tross, Bœcking, Schenkl et
Peiper rétablissent. — 257) Schenkl
écritZracZJs, et Peiper, ra/>Zîs.— 258)
Tross propose d'écrire aeri, mais
conserve aère. — 259) Les anciens
éditeurs (Ugolet, Avantius, l'Ascen-
siana, la Juntine, l'Aldine, etc.),
écrivent exultant, orthographe re-
prise par Christ, Bœcking, Schenkl
et Peiper. — 261) ciiiqiie&st une cor-
rection d' Avantius ('1507), adoptée
par la Juntine, l'Aldine, l'édit. de
Lyon (1540), Tross, Bœcking et
Peiper. Les autres édit. conservent
quique. Schenkl admet quoique. —
262) Vinet (1575) et la Bipontine
admettent anhelantis. — 263J L'As-
censiana, la Juntine, l'Aldine, les
éditions de Leipzig (1515I, de Bâle
(1523), de Lyon (1537. I540, 1548,
1558), de Vinet (1551), de Poelmann,
de Scaliger (1575) et de Christ ont
invalidos.
26 AVSONII MOSELLA
Reddit mortiferos exspirans branchia flatus.
Sic, iibi fabriles exercet spiritus ignés,
Accipit alterno coliibetque foramine ventos
Lanea fagineis alludens parnia cavernis,
Vidi egoinet quosdam leti sub fine tr émeutes 270
Collegisse animas, mox in sublime citatos
Cerniia subiectum praeceps dare corpora in amnem,
Desperatavutn patientes rursiis aquariim.
Quos, impos damni, puer inconsultus ab alto
Impetit, et stolido captât prensare natatu. 275
Sic Anthedonius Boeotia per fréta Glaucus,
Gramina gustatu postquam exitialia Circes
tour à tour l'ouverture. J'ai vu, quant à moi, des poissons palpi-
tants, aux limites de la mort, recueillir leurs dernières forces, se
lancer en l'air pour se précipiter la tête la première dans le fleuve
au-dessous d'eux, maîtres de ces eaux qu'ils désespéraient de
posséder encore. Et l'enfant étourdi qui ne peut se résigner à
cette perte, se jette à leur poursuite du haut des rochers, et tente
sottement de les ressaisir à la nage. Tel Glaucus d'Anthédon, le
pêcheur des mers de Béotie, après avoir goûté les plantes funestes
de Circé, prit des herbes qu'il avait vu dévorer par les poissons
mourants, et s'élança dans la mer de Carpathos dont il devint un
habitant nouveau. Cet homme que ses hameçons et son filet
rendaient puissant, lui qui fouillait jusqu'au fond les abîmes de
Cod. — 266; expirans G, L;
exspirans B, Rh ; brancia G, Rh;
brantia B, L. — 26-j tibi (pour ii,bi)
B.— 268) ««erwo* (s effacé) B.— 269)
sic ubi lanea Rhi ; partia B.— 270)
laeti Rh, B; loeti G. — 272) omne
(pour amnem) B, L. — 274) impios
Gi. — 275J impedit L; solido B;
stalido L. — 276) boetiacoà. — 277)
exitiatlia L^; dirces cod. — 278)
moribundus L. — 279) carpatium
Rh ; acola L. — 281) nerens B;
conuertere B, Rh, L; tethin G; the-
iiin B ; tlieû L. — 282) preda B. —
283) Talia G; talia B, Rh, L. —
284) instantes Rh^ ; tullae (pour
uillae) L. — 285) qtios B, Rh, L;
fluctibiis Rhi. — 286) amniis G* ;
alternans contra L ; alter (lacune
de 8 à 10 \QttxQs) petroria B.— 287)
Quis G; quis B, Rh, L. — 288)
miratur L ; ephoebi G. — 2S9) cal-
chedonio G; calcedonio B, Rh, L;
littore Rh, L.
Edit. — 266) Poelmann, ToUius,
Souchaj', Wernsdorf, la Bipontine
et Tross ont seuls e.i;s^tra»s. — 269)
AVSONII MOSELLA
^7
Expei'tiis carptas nioribundis piscibus herbas
Sumpsit, Carpathium subiit novus accola pontitm.
nie, ha7nis et rete potens, scrutator operti 280
Nereos, aeqiioream solitus converreve Tethyii,
Inîer captivas fluitavit praedo catervas.
Talia despectant longo pev caerula tractu
Pendentes saxis mstanti culmine villae,
Quas médius dirimit sinuosis flexibus errans 285
Amnis, et alternas conmnt praetoria ripas.
Guis modo Sestiacum pelagus, Nepheleidos Helles
Aequor, Aby déni fréta quis miretur ephebi?
Quis Chalcedonio constratum ab litore pontum,
Nérée, et qui avait coutume de balayer les flots de Téthys marine,
il alla, ce pillard des mers, flotter au milieu des troupes de
poissons, naguère ses captifs.
Tels sont les tableaux qui se déroulent sur le long parcours
azuré de la Moselle, en vue des villas suspendues à la crête des
rochers qui le dominent, séparées par les sinuosités du fleuve
vagabond qui passe au milieu d'elles ; des deux côtés, des maisons
de plaisance ornent les rives.
Et qvii, maintenant, admirerait la mer de Sestos, les eaux de
la Néphéléïde Hellé, ou le détroit de l'éphèbe d'Abydos? Qui
pourrait admirer le Bosphore couvert par un pont de bateaux à
partir de la côte de Chalcédoine, cette oeuvre du grand roi
Tross et Peiper écrivent adludens.
— 275) L'Aldine, les édit. de Bâle
(1523) et de Lyon (1537- 1540. 1548)
ont coeptat. — 277) Ugolet fait déjà
la correction de dirces en Circes,
généralement adoptée, excepté par
la Juntine, l'Aldine, et les édit. de
Bâle (1523) et de Lyon (1537' I540.
1548). — 278) Ugolet, Avantius et
l'Ascensiana ont captas, qu'Accurse
voulait corriger en tactas ; Canne-
gieter supposait ce vers apocryphe.
— 279) Accurse propose incola. —
281) Les plus anciennes édit. ont
convertere ; Accurse propose déjà
converrere, correction admise pour
la première fois par l'édit. de Lyon
(1558); Te^/îyw est une correction de
l'Ascensiana. — 284) Cannegieter
propose exstanti. — 285) Les plus
anciennes édit. admettent qnos.
L'édit. parisienne de Vinet (1551)
est la première où l'on trouve qiias.
— 286) alternans coinit, Ugolet;
alternae comit praetoria ripae,
conjecture de l'anonyme cité par
Bœcking. — 289) Chalcedonio est
une correction de la Juntine.
28
AVSONII MOSELLA
Régis optes magni, niediis euripus ubi undis 290
Etu'opaeqiie Asiaeque vetat concurrere terras?
Non hic dira freti rabies, non saeva furentum
Proelia caurorum : licet hic commercia linguae
hingere , et alterno sennonem texere pulsu.
Blanda salutiferas permiscent litora voces, 295
Et voces et paene maniis : resonantia utrimque
Verba refert mediis conciirrens fiitctihns écho.
Quis potis, innumeros ciilttisque habitusqtie retexens,
exécutée en un lieu où les eaux d'un détroit entre deux continents
empêchent l'Europe et l'Asie de se réunir? On n'éprouve ici ni
la rage féroce des mers, ni les terribles combats des vents en
fureur. Ici, on peut, d'une rive à l'autre, engager des entretiens,
et, parlant our à tour, entrelacer des conversations. Ces aimables
rivages unissent les voix de ceux qui se saluent, leurs voix et
presque leurs mains. Les paroles qui résonnent des deux côtés
sont répétées par les échos, volant l'un vers l'autre de chaque
rive jusqu'au milieu du fleuve.
Qui pourrait, évoquant ces ornements sans nombre, ces aspects,
publier les merveilles architecturales de chacun de ces domaines?
Cod. — 290) magnum cod. — 293)
pruelia B, Rh ; chaiiroruni G; caii-
crornm'L. — 294) plansu Rh. — 296)
utrinqiie G, B, Rh (une seconde
main a corrigé G en utrimque) ;
utntqiieï^. — 297) cowcurrzï B,Rh,
L. — 298) Quis G; quis B, Rh, L;
potest L ; cultxis (omission de que)
Rh.— 300) gortinius G, B, 'L;gerti-
nias Rh. — 302) iacarios G^; ycarios
Rh. — 303) laudatur Rh, L. — 304)
syracusii G, B, L; siracusii Rh.
— 306) uolufitina B, Rh, L ; margei
G, B; mar (le reste déchiré) Rh;
viergei L. — 307) hebdomadas B;
cbdomadas L ; menecratos codices.
Edit. — 290) Vinet corrige uia-
gnum., leçon des mss., en magni;
la correction Magni est attribuée à
Freher par Schenkl, à Scaliger par
Peiper. Elle est évidemment de Sca-
liger qui la propose, dès 1574, dans
st&Auson. lect., I,iv.— 294) D'après
Rh, Bœcking, approuvé par Lach-
mann, a écrit plausu, qui se trouve
déjà dans l'Aldine. Heinsius a pro-
posé lusu. — 295) Ugolet, Avantius,
la Juntine et l'Aldine ont promis-
cent; Markland {ad Stat. Silv. I,
3, 30) a TpToposé salut ige ras permit-
tunt. — 297) concurrit est la leçon
de la plupart des édit.; Freher, Sou-
chay,laBipontine,Tross, Bœcking,
Schenkl, Peiper ont concurrens;
Tollius approuve cette leçon sans
AVSONII MOSELLA 29
Pandere tcdonicas pev smgiila praedia formas?
Non hoc spernat opiis Gortynius aliger, aedis 300
Conditor Eîiboicae, castes quem fingere in auro
Conantem Icarios patrii pepidere dolores :
Non Philo Cecropius, non qui, laudatus ah hoste,
Clara Syracosii traxit certamina belli. 304
Forsan et insignes hominumqtie operumque lahores
Hic hahuit decinto celebrata vohimine Marci
Hehdomas; hic clari viguere Metagenis artes
Non, il ne mépriserait pas ces œuvres, celui qui se fabriqua des
ailes pour s'envoler de Crète, lui qui construisit le temple de
Cumes, lui qui essaya de représenter dans l'or la chute d'Icare,
et qui dut s'arrêter, vaincu par sa douleur de père. Ces œuvres
ne seraient dédaignées, ni par Philon d'Athènes, ni par ce génie,
objet des louanges de! 'ennemi lui-même, qui prolongea les nobles
combats de la guerre de Syracuse. Peut-être ces chefs-d'œuvre
du travail humain sont-ils dus à la réunion des sept architectes
que célèbre le dixième volume de Varron; ici peut-être ont paru
dans tout leur éclat l'habileté de Métagène, la main bien connue
de l'artiste d'Éphèse, et le talent de cet Ictinus grâce auquel,
l'admettre dans son texte.— 298) çMt revient à Syracusii. —305) Lach-
est la leçon ordinaire des éditions mann propose hominesque. — 306)
depuis l'Ascensiana (1511); Boec- Cannegieter propose /u'c 7ia6ea^,de-
king, Schenkl, Peiper ont quis, cimocelebranda;\3go\tt, Avd.rïXms,
comme Ugolet.Avantius, la Juntine, et la Juntine écrivent woZwwma wer-
rAldine,rédit.deBâle(i523),rédit. gei; l'Aldine, uolnmina margei.
de Lyon (1540). — 299) Christ sup- Les autres édit., jusqu'à Poelmann,
pose, à tort, que quelque ms. doit uoliimine Margei. Poelmann, qui
d,xo\rtectorwmM.\\QuàQtectonicas. garde Margei dans son texte, pro-
— 302) Tollius, dans les Owîjssaco)»- pose en marge Marci, correction
missa, ad Mosellum, dit : « ...pepu- généralement adoptée ; Schenkl et
1ère... Malim : repidere.» Cette Peiper écrivent Marcei. — 306 et
conjecture a été reprise par Canne- 307) Au lieu de hic, Poelmann pro-
gieter. — 304) Avantius écrit Syra- pose/imc— 307) it/ewecm^îs est une
cos/,maisdansses£rra^a, il revient correction de l'édit. parisienne de
à Syracusii; l'Ascensiana a corrigé Vinet(i55i), attribuée par Schenkl et
en Syracosjf; correction adoptée par Peiper à Scaliger, et généralement
presque tous les éditeurs. Bœcking adoptée ; je préfère Metagenis.
50
AVSONII MO SELLA
.n
Atque Ephesi spectata ^nantis, vel in arce Minervae
Ictinus, magico ciii noctua perlita fnco
Allicit omne genus volucres, perimitqtie tiiendo. 310
Conditor hic forsan fuerit Ptolojuaidos aiilae
Dinochares, qtiadro ciii in fastigia cono
Surgit, et ipsa suas consumit pyraniis iinibras,
lussus ob incesti qui quondani foedîis amoris
Arsinoen Pharii suspendit in aère templi. 315
Spirat enim tecti testudine caeriila cautes,
Afflatamque trahit fer rato crine pîtellam.
dans la citadelle de Minerve, une chouette enduite d'une subs-
tance magique attire les oiseaux de toute espèce que son regard
fait mourir. Ici peut-être est venu l'architecte du palais des
Ptolémées, Dinochares : grâce à son art, élevant vers un sommet
en pointe ses quatre pans triangulaires, se dresse une pyramide
qui absorbe son ombre. Il avait jadis reçu l'ordre, en mémoire des
liens d'un amour incestueux, de suspendre dans les hauteurs
aériennes du temple de Pharos l'image d'Arsinoé. Car, sous la
voûte du toit, une pierre bleuâtre d'aimant aspire et attire au
moyen d'un cheveu de fer la jeune femme qu'elle atteint de
ses effluves.
Cod. — 308) tibi marce L.— 309)
bicilnus G; hictinus B, Rh, L; 'cui'
magico noctia Rh. — 311) Conditor
hinc G; ptolomaido G; ptolomaidos
B, Rh, L. — 312) qtiadra cui G;
quadre cui B; quadro cui Rh; cerfro
{cui omis) L; chono Rh; conor L. —
313) ipse L; suos Rh. — 314 a6 (pour
ob) L. — 315) phariis Rh. — 316)
chorus achates G, B, L; totits acha-
tes Rh. — 317) serato B;ferato L. —
318) Hos G; hos B, Rh, L. — 319)
scenas cod. — 320) decoramine B,
L. — 322) procurrentes L. — 323)
uendicat Rh. — 324) ullatenus L. —
326) atque Rh ; felix G; diues B,
Rh, L. — 327) irrigiiis B.
Edit. — 309) Ictinus est une
correction d'Accurse, admise pour la
première fois par l'édit. parisienne
de Vinet. — 311) Ugolet, Avantius
(1507) etla Juntine ont ptolomaidos;
à partir de l'Ascensiana (151 1), toutes
les autres éditions, celle même de
Bœcking, écrivent Ptolemaidos ;
Schenkl et Peiper rétablissent Pto-
lomaidos. — 3i2j Turnèbe propose
ciiui ; Saumaise, qiiadro ciibi in;
ToUius, ciiii (ou cuji); Christ, qua-
dro cuius fastigia cono Urget. La
plupart des édit. gardent la leçon
de Rh; Goropius Becanus, cité par
Poelmann, écrit cui quadrato; Bcec-
king écrit cui qnadratn ; .Schenkl,
AVSONII xMOSELLA 3 F
Hos ergo aitt honun similes est credere dignum
Belganim in terris scaenas posuisse domorum,
Molitos celsas, fluvii decoramina, villas. 3-0
Haec est natura siihlimis in aggere saxi,
Haec procurrentis fundata crepidine ripae;
Haec refugit, captiimque sinu sibi vindicat amnem.
nia tenens collem, qui plurimus imminet amni,
Usurpât faciles per culta, per aspera, visus, 325
Utque suis fruitur felix speculatio terris.
Quin etiaui riguis humili pede condita pratis
Certes, ce sont ces artistes ou leurs pareils qui, il faut le croire,
ont disposé sur le sol des Belges le plan de ces demeures, qui ont
bâti ces hautes villas, ornements du fleuve. L'une d'elles, sur un
massif de rochers, est très élevée, grâce à sa position naturelle.
CeUe-ci est établie sur une pointe saillante du rivage ; celle-là est
retirée, et réclame comme sien le fleuve qu'elle prend dans une
baie. Cette autre, occupant une colline qui domine au loin la
Moselle, s'approprie une vue facile sur les terres cultivées et sur
les lieux sauvages; celui qui a le bonheur de regarder le pays du
haut de cette villa en jouit comme s'il lui appartenait. L'habitation,
elle-même, qui est construite sur un sol bas au milieu des prairies
quadro cuii, et Peiper, quadrata
cui. — 316) Ugolet, Avantius et
la Juntine admettent chorus; l'Al-
dine, les éditions de Bàle(i523), de
Lyon (1537, 1540, 1548), de Vinet
(1575, qui met une *), de Tross, gar-
dent la leçon de Rh. L'Ascensiana
propose conis (1511, 1513), et Corus
(1517); cette dernière correction est
adoptée par Vinet (1551), par l'édit.
lyonnaise de 1558, Poelmann, Sca-
liger, Freher, Souchay, Christ,
Wernsdorf, la Bipontine, Bœcking-,
Schenkl (celui-ci écrit corus); Gro-
novius propose vera inagnetis,
adopté parToUius; Sauraaise, dor!<s
achates; Barth, torviis; Cannegie-
ter, curvits; Wernsdorf, Chloridos
aies (dans un Exciirsus à la Mosella
des Poet. Min.); Peiper, virtis. Je
préfère caerula cautes. — 317) L'As-
censiana admet afflictamque, con-
jecture adoptée par le texte vulg.;
Gronovius, suivi par Tollius, écrit
affictamque. — 321) Markland pro-
pose stat; l'Ascensiana (15 17), suivie
par l'édition parisienne de Vinet
(1551)1 écrit nativi, qu'admettent
toutes les édit. , depuis celle de Lyon
de 1558, jusqu'à celle de Peiper, qui
reprend natura. — 326) Les édit., y
compris celle de Peiper, ont dives ;
Bœcking et Schenkl, felix; Lach-
mann propose spectilamine.
32 AVSONII MOSELLA
Compensât celsi bona naturalia inontls,
Suhliinique minans irriimpit in aethera iecio,
Ostentans altain, PJiaros ut Memphitica, ttirrim. 330
Huic proprium est claiisos consaepto gurgite pisces
Apricas scopulorum inter capture novales.
HaeCy summis innixa iugis, labentia snbter
Fluinina despectu iam caligante tnetur.
Atria quid memorem viridantibiis adsita pratis, 335
Innumerisque super niteiitia tecta columnis ?
Quid quae fluminea substructa crepidine fumant
arrosées par le fleuve, sait trouver une compensation aux avan-
tages naturels de la haute montagne : menaçante, son faîte hardi
s'élance dans les airs; et, telle Pharos dans le pays de Memphis,
elle montre avec orgueil sa haute tour. A celle-ci le privilège de
capturer les poissons attirés et enfermés dans des passages clos
de toutes parts, au milieu des rochers dont les plateaux sont
occupés par des cultures exposées au soleil. Cette autre dont les
fondements s'appuient sur le sommet des monts ne voit qu'au
milieu d'un brouillard confus le fleuve qui coule bien bas au-
dessous d'elle. Ai-je besoin de citer ces édifices qui s'élèvent au
milieu de vertes prairies, ces toits soutenus par des colonnes sans
Cod. — 328) compensât G, B, L ;
conpensat Rh. — 329) irrupit B, L ;
aethere B, Rh, L. —330) aliam B ;
alta L ; faros G, B, L. — 33i)Rh et
G* n'ont pas est, qui se trouve dans
G^, B, L ; concepto B ; consepto G,
Rh, L.— 332) captate'L.—iis) assita
Gi, B, Rh; adsita G^, L. — 336) co-
lonis L. — 337) subducta L. — 338)
aperto L. — 2:ig) flamas Rh. — 340)
expirante cod. —34i)lattachriB. —
342)^M/MîMa(au lieu defrigora) B.
34S) horisRh.— 246) simulachraB^.
Edit, — 328) Schenkl est seul à
admettre la leçon de Rh; toutes les
édit. ont compensât, orthographe
meilleure.— 329)Ugolet, Avantius,
la Juntine et l'Aldine ont aethere.—
331) Tous les éditeurs, excepté Pei-
per, admettent est ; les édit. de Sca-
liger, la première de Tollius (1669),
celle de Christ, ont concepto; les
autres, consepto; Peiper et Schenkl
écrivent consaepto, véritable ortho-
graphe du mot. — 332) Heinsius pro-
pose ca«a /es.— 336)Les anciens édit.,
excepté Ugolet, l'Ascensiana, Sou-
chay et la Bipontine, écrivent MîtYaw-
tia. Bœcking, suivi par Schenkl et
Peiper, a rétabli la leçon des cod.
Ugolet, Avantius (1507), l'Ascen-
siana et la Juntine ontcolonis. — 337)
La plupart des anciennes édit. écri-
AVSONII MOSELLA 33
Balnea, fervent i cuni Mulciber liaustus operto
Volvit anlielatas tectoria per cava fiammas,
Inclusuin glomevans aestu exspirante vaporem ? 34°
Vidi ego defessos inulto siidore lavacri
Fastidisse lacus et frigora piscinarum ,
Ut vivis fruerentur aquis, mox amne refotos
Plaudenti geliduni flmnen pepulisse natatu.
Quod si Cumanis htic afforet hospes ab oris, 345
Crederet Euboicas sinmlacra exilia Baias
His douasse lacis : tantus cultusque nitorque
nombre ? Que dire de ces bains construits sur la grève du fleuve?
Une épaisse fumée s'en échappe, alors que Vulcain, englouti au
fond de l'étuve brûlante, roule les flammes qu'il exhale dans les
canaux pratiqués à l'intérieur des murailles revêtues de chaux, et
condense la vapeur enfermée dont les tourbillons s'élancent au
dehors. J'ai vu des baigneurs fatigués à force d'avoir sué dans la
salle de bains, dédaigner les bassins et les piscines glacées pour
jouir des eaux courantes, et, ranimés bientôt par le fleuve, frapper
à grand bruit ses ondes fraîches dans les ébats de leur natation.
Si un étranger, venant du pays de Cumes, arrivait en ces lieux,
il croirait qu'ils ont reçu en petit les charmes de Baies l'Eubéenne :
vent sulfurea ou sulpimrea. Toi- correction d'Heinsius; Bœcking-,
lius, suivi par Souchay et la Bipon- Schenkl et beaucoup d'anciennes
tine, tout en gardant siilphurea éditions écrivent expirante. — 34^)
danssontexte, admet, danssesnotes, Bœcking a proposé miiltos udore ,
flumlnea, qu'on lit déjà dans Ugo- tout en gardant la leçon ordinaire
let, Avantius, la Juntine et l'Aldine dans son texte. — 345) Avantius
(ToUius croyait qu'Ugolet avait (1507) écrit hic, adopté par la Jun-
écrit fulminea qu'il corrigeait en tine, l'Aldine, l'édit. de Bâle (1523),
fiutninea), et qui est repris par les édit. de Lyon (1537. I540. 1548).
Ba;cking,SchenkletPeiper.Ugolet, Peiper écrit adforet, comme l'As-
Avantius et la Juntine conservent censiana (1511, 1513). les éditions de
siiùrfuc^rt, leçon de L. L'Ascensiana Bâle (1523). de Lyon (i537. I540.
de 1511 admet suhstmcta. — 2,3'S,) 1548) et de Tross. — 346) Tross vou-
Ugolet, Avantius, la Juntine, l'édit. drait, bien à tort, remplacer exilia
de Bâle, les éditions de Lyon (i537. par eximia. — 347) D'après une
1540, 1548) conservent a/>er;o, leçon correction de Mommsen, Schenkl
daL.— 340) Peiper adoptes^ jra«;e, change tantus en tantum.
34 AVSONII MOSELLA
Allicit et, nullum parit ohlectatio hixum.
Sed mihi qui tandem finis tua glauca fluenta 349
Dicere, dignandumque mari menwrare Mosellam ,
Innutneri quod te diversa per ostia late
Incurrunt amnes ? Quaniquain differre meatus
Passent, sed celer ant in te consumere nomen.
Namque et Promeae Nemesaeque adiuta ineatu
Siira tuas properat non degener ire sitb undas, 355
Sura interceptis tibi gratificata fluentis,
telle est leur beauté ; tel est leur éclat qui séduit, et le plaisir qu'on
y goûte n'entraîne à aucun faste.
Mais comment cesser enfin de célébrer ton courant azuré, de
rappeler que tu es la rivale de l'Océan, ô Moselle, toi vers qui
des fleuves sans nombre viennent se précipiter, tout le long de
ton cours, par des embouchures qui s'ouvrent sur tes deux rives?
Ils pourraient mener leurs eaux plus loin, mais ils sont pressés de
perdre leur nom en toi. En efl'et, aidée de la Proméa et de la
Némésa, ses affluents, la Sura s'empresse de se jeter dans ton
fleuve : elle le peut sans honte ; la Sura qui te fait don gracieux
des rivières qu'elle a reçues, trouve plus d'honneur à se mêler à
Cod. — 350) dignandum tnari Wernsdorf. Bœckingf écrit: ...me-
meinorasse L. — 351) ostia G^, B^;
hostia G*, Bi, Rh, L. — 352) quan-
qun G, Rh, L. — 353) uitç (pour in
<e)L. — 354) nanque cod. ; pro*nee
G; pronee B, Rh; pronea est L;
adductaL,. — 357) nobilibus B, L;
qtiasiL,. — 358) hostia Rh. — 359)
gelbis G; helgis B,Rh,L; eruhrus
B,L. — 360) adlabere G; allabere
Rh; a/afeereL; allambere B. — 361)
celsis cod.; ceîebratur Rh. — 362)
precipiti G. — 365) drahoniim G;
drabonum Rh; trachorum B; dra-
conum L.
Edit. — 348) Peiper écrit ndlicit;
Christ préiérQT&hmillo périt ohlec-
tatio luxu. —2,SO)On lit dignandam-
que dans les édit. de Tollius et de
tnorare, Mosella, Innumeri... —
351) Cannegieter veut quot. — 354)
nanque est conservé par l'Ascen-
siana, la Juntine, l'AIdine, les édit.
de Lyon (1558), de Poelmann, de
Vinet (1551, 1575) et de Scaliger.
Ugolet, Avantius et la Juntine
conservent la leçon de L, pronea
est; les autres édit. ont Prowe^e ou
Pronaeae. Bergk propose Namque
et aquis Promae ; Schenkl et Pei-
per écrivent Namque et Promeae ;
Ugolet écrit adticta; Avantius, la
Juntine, l'AIdine, les édit. de Bâle
(1523) et de Lj'on (i537. I540, i54^)
ont addticta, comme L. — 2)S9)Celhis
est une correction de Scaliger (qui
dans ses édit. écrit Gelbis), adoptée
par Schenkl et Peiper; les édit. en
AVSONII MOSELLA 35
Nohiliiis permixta tuo siib nomine, qimm si
Ignoranda patri coufiinderet ostia Ponto.
Te rapidus Celbis, te marmore clarus Eriibris 359
Festiuant famiilis quant prinimn adlainbere lymphis
Nobilibns Celbis celcbratus piscibus, ille,
Praecipiti torquens cerealia saxa rotatu,
Stridentes que trahens per levia marmora serras y
Audit perpétuas ripa ex utraque tumultus. 364
Praetereo exilem Lesuram, teniieinque Drahonum,
toi, participant à la communauté de ton nom, qu'à aller, comme
toi, se jeter dans les flots de l'Océan, père des fleuves, par une
embouchure particulière, qui resterait ignorée. C'est toi que le
rapide Celbis, c'est toi que l'Erubris, célèbre par ses marbres, se
hâtent d'aller au plus tôt effleurer de leurs ondes, tes servantes :
le Celbis qu'illustrent ses poissons fameux, cet autre fleuve qui,
mettant dans un mouvement précipité de rotation les pierres à
moudre le grain, et faisant aller les scies stridentes à travers les
marbres polis, entend continuellement les bruits qui viennent de
ses deux rives. Je laisse de côté la faible Lésura et le chétif
Drahonus; je ne m'occupe pas du cours méprisé de la Salmona;
général ont Gelbis (Ugolet, Avan-
tius, la Juntine et l'Aldine ont Bel-
^zs) et Erubrus; Scaliger préférait
Erubris, leçon de l'Aldine, des
éJit. de Bâle (1523), de Lyon (1537,
1540) 1548), adoptée par Bœcking,
Schenkl et Peiper. — 360) Ugolet
écrit alabere; Avantius, la Juntine,
l'Aldine, allabere ; l'Ascensiana
(1511) adlabere, (1513, i'i,\-j) adla;n-
bere. Les édit. postérieures ont
(illambere ou adlambere. Christ
propose lambere. — 361) Les édit.
antérieures à Scaliger ont celsis.
Celbis est une correction de Scaliger
(voir au v. 359) , qui cependant, dans
ses édit., écrit comme au v. 359,
Gelbis, conservé par la plupart des
édit. postérieures. ToUius et Werns-
dorf qui au v. 359, avaient Galbis,
écrivent Celbis, au v. 361. Schenkl
et Peiper seuls ont Celbis dans les
deuxpassages; celebratusse trouve
dans Ugolet, Avantius, la Juntine,
Scaliger, Freher, ToUius, Souchay,
Wernsdorf, Tross, Peiper. Schenkl
écrit celebratur , mais admet cele-
bratiis. — 365) Ugolet écrit laesu-
ram, tous les autres édit., Lesuram.
Ugolet et Avantius écrivent draco-
num; la Juntine, l'Aldine, les édit.
de Bâle (1523). de Lyon (1537. 1543.
1548), DracowMJM; l'Ascensiana, les
édit. de Vinet (1551), de Lyon (155S),
de Poelmann.de Scaliger, de Christ,
DracJwnum; Vinet (1575) écrit le
premier, d'après une note marginale
de Poelmann, D^rahoniim, qui a
passé dans presque toutes les édit.
postérieures.
30 AVSONII MOSELLA
Nec fastiditos Salmonae usurpo fluorés :
Navip-er undisona dudiim me mole Saravus
Tota veste vocat : longuni qui distulit aninem,
Fessa sub Augustis ut solveret ostia mûris. 369
Nec minor hoc, tacitum, qui per sola pinguia labens
Stringit frugiferas felix Alisontia ripas.
Mille alii, prout quemque suus inagis inipetus urgef,
Esse tui cîipiunt. Tantus properantihiis undis
Ambitus aut mores. Quod si tibi, dia Mosella,
dès longtemps le Saravus, fleuve navigable aux ondes abondantes
et sonores, m'appelle et me fait signe en déployant tous les plis de
sa robe. Il a prolongé au loin son cours pour venir déverser ses
eaux fatiguées dans la Moselle, sous les murs d'un palais Auguste.
Aussi important que lui dans son cours silencieux au milieu des
grasses campagnes, l'heureux Alisontia effleure des rives fertiles
en moissons. Mille autres montrent en raison de l'élan qui pousse
chacun d'eux le désir qu'ils ont de devenir tiens. Telle est l'ambi-
tion de ces cours d'eau qui se hâtent, telles sont les lois de leur
volonté. Que si, divine Moselle, Smyrne ou l'illustre Mantoue
Cod. — 2(>è) saîmone G, B, L. —
367) mollis arauus B,Rh, L. — 368)
loca (et l'espace vide d'une lettre ou
deux) B; locat L. — 369) /es^a Rh;
auffustâ L; uolueret cod.; hostia
Rh, L.— 370) non L; tacitam L. —
271) frugiferas (if ajouté au-dessus
de la ligne par un correcteur) G;
foelix L; alisentia Rh.— 372) quem-
que L; quenque B, Rh; cûque G. —
375) smirna Rh, L. — 376) cederet
G, B; yliacis Rh ; symois B, Rh;
Jioris Rh.— 377) tybris G, B ; tihris
Rh, L. — 378) mihi ronta B, Rh, L;
ora B, Rh; facessa B.— 380) romae
tenuere parentes cod. — 381) Salue
G, B; salue Rh, L; frigumque...
tnosellam, L. — 383) faecundia L.
Edit. — 366) L'édition parisienne
de Vinet (155 1) est la première qui
ait Salmonae, au lieu de Salmone.
— 367) Toutes les éditions antérieu-
res à celle de Poelmann, qui restitue
wole Sarauus, ont mollis araiius
ou Aravus; Vinet a fnolle Sara-
vus (édit. 1575); dans le commen-
taire et dans les édit. posthumes
on lit mole Saravus. — 368) Vinet
parle de cod., où il a trouvé tefra
ou torta; l'édit. de Lyon (1558; a en
marge terra, qui n'a pas de sens.
L'Ascensiana (1517) et l'édit. pari-
sienne de Vinet (1551) ont en marge
torta qui a passé dans le texte de
Poelmann, de Scaliger et de Freher.
Je ne connais pas et Bœcking ne cite
pas d'éditions où on lise fe^rrt.—369)
solveret est une correction de Christ
que Tross approuve, sans l'admettre
AVSONII MOSELLA 37
Sniyrna siinin vatem vel Mantiia clara dedisset, 375
Cederet Iliacis Siniois niemoratus in oris,
Nec praeferre suos auderet Thybris honores.
Da veniam, da, Ronia potens ! Puisa, oro, facessat
Invidia, et Latiae Nemesis non cognita linguae
Lnperii sedem, Romamque tuere parentem! 380
Salve, magne parens fricgumque virnmqne, Mosella!
Te clari proceres, te bello exercita pubes,
Aemiila te Latiae décorât facundia linguae.
t'eût donné son poète, devant toi céderait le Simoïs tellement
vanté sur les plages d'Ilion, et le Tibre n'oserait préférer ses
honneurs aux tiens. Pardonne, pardonne-moi, ô Rome puissante!
Que l'Envie — c'est ma prière — se retire, chassée de ces lieux ! Et
toi, ô Némésis, qui n'as pas de nom dans la langue latine, protège
à la fois le siège actuel de l'empire, et Rome sa mère !
Salut, illustre mère des moissons et des hommes, ô Moselle!
Une noblesse célèbre, une jeunesse exercée à la guerre, une
éloquence qui rivalise avec celle des orateurs du Latium : voilà
tes titres de gloire. Que dire de ces mœurs, de cet esprit enjoué,
cependant dans son texte. — 372)
Ugolet, Avantius et la Juntine ont
qnaeque; les édit. de Bâle (1523), de
Lyon (1537, 1540, 1548, 1558), de
Vinet (1551, 1575), de Scaliger et
de Christ, quenque. Les autres édit.
ont quemque. — 374) moles, leçon
d'Ugolet, se lit dans la plupart des
édit.; la première édit. de Scaliger
(1575) a molles. Bœcking, Schenkl
et Peiper rétablissent mores, qui
se trouve déjà dans l'Ascensiana et
dans l'édit. parisienne de Vinet
(1551). — 376) Les édit. posthumes
de Vinet (1590, i6o4)ont orsu— 377)
l'Ascensiana, Poelmann, Schenkl et
Peiper ont Thybris; la leçon ordi-
naire est Tibris; l'Aldine, les édit.
de Bâle (1523), de Lyon (I537i 1540,
1548, I558j> de Vinet (1551) ont
Tybris. — 378) Toutes les éditions,
moins celles de Bœcking, Schenkl et
Peiper, écrivent milii Ronia. Hein-
sius écrit />«reMS au lieu de potens.
— 380) Accurse pense qu'il y a une
lacune après le v. 379, ou que le v.
380 est apocryphe; la leçon ordinaire
du V. 380 est Rotnaeqiie tuere pa-
rentes, correction de l'Ascensiana;
Ugolet, Avantius, la Juntine et l'Al-
dine gardent la leçon des manuscrits,
reprise par Schenkl et Peiper qui
supposent, comme Accurse, qu'il y
a une lacune entre les v. 379 et 380 ;
Bœcking écrit Imperii sedem Ro-
maetueare parentis. Ghristpropose
Imper iihanc sedem Romaetemiere
parentes. Cannegieter suppose le
v. 380 (où il lit Romaeque tuere)
interverti avec le v. 381.
38 AVSONII MOSELLA
QuLii etiaiii mores et laetiun fvonte serena
Ingeniiim nahtra tiiis concessit aluinnis. 385
Nec sola antiquos ostentat Roma Catoiies,
Aiit unus tantiun iusti servator et aequi
Pollet Aristides, veteresque illustrât Athenas.
Veriim ego qtiid, Iaxis nimium spatiatus habenis,
Victîis aniore ttii, praeconia detero ? Conde 390
Musa, chelyn, piilsis extremo carminé 11er pis.
Tempus erit, ciim me studiis ignohilis oti
Miilcentem curas seniiqne aprica foventem
de ce front riant que la Nature a accordé à tes enfants ? Rome
n'est pas seule à faire parade de ses Gâtons antiques; il n'}' a
pas que le seul Aristide qui se distingue par l'observation de la
justice et de l'équité, Aristide, l'illustration de la vieille Athènes.
Mais, où vais-je ? Tel un conducteur de chars qui lâche les rênes
et se laisse emporter, je suis dominé par l'amour que j'ai pour toi,
et mon éloge affaiblit ta gloire. Muse, mets ta Ij^re de côté : mon
chant arrivé à son terme cesse de faire résonner tes cordes. Un
temps viendra où par les travaux studieux de mes loisirs sans
gloire, je charmerai mes soucis, je ranimerai ma faiblesse, pauvre
Cod. — 384)se>'e«a G, Rh; seitera
B, L. — 387) spectator G, Rh, L;
speciilator B. — 388) tieteresque
illustrât Cr, B, Rh, (L a omis illus-
trât).— 389) Verum G; tierum B,
L; uaerum Rh; qtiod G, L. — 390)
tiio L ; une lacune dans B après
amore ; en marge, tiio. — 391) mus
(pour musa) L; chelin Rh; chelim
B; neos G; netis B; necis L; neruis
(corrigé en netis) Rh. — 392) otii
B; ora L. — 394) uiru:n (que ajouté
d'une autre main) L. — 395) cana
Rh. — 396) miclii Rh. — 397) pye-
rides Rh ; captas siibtegniine L. —
398) fustis L. —, 399) memeraho
G. — 401) presidium B, Rh ; prae-
sidum L; régis L. —403) protex-
tati G.
Edit. — 384) La leçon ordinaire
des éàït.&si severa; Hontheim écrit
serena dans son Hist. Trevir. di-
plomat. et pragmatic, 1750, t. I,
p. 7; mais dans son Prodromus,
1757, t. I, p. 241, il a severa. Bœc-
king, Schenkl et Peiperontsercwrt.
— 387) sectator, Heinsius. — 388)
Ugolet écrit veteres qui clarat; les
édit. anciennes ont veteres quae
illustrât (Scaliger, 1575, Vinet,
1390), vête r es qui il hist rat (VAldine,
Vinet, 1575, Scaliger, 1588, Tross),
ou veteres qtti lusfrat(VAscQnsia.na,
1517, Vinet, 1551, Lj'on, 1558, Poel-
mann : ces trois dernières éditions
ont en marge veteresque illustrât).
L'Ascensiana(i5ii,i5i3),laJuntine,
l'édit. de Bâle (1523), les édit. de Lyon
AVSONII MOSELLA 39
Materiae commendet houos ; eu ni fada viritini 394
Belgarwn, patriosque caiiaui, décora inclita, mores:
Mollia siibtili nebiint miJii carniina filo
Piérides, tenaique aptas subtemine tel as
Percurrent : dabitur nostris quoque purpura fusis .
Ouis niihi tum non dictus erit? Menwrabo quietos
Agricolas legumque catos, faruiiqiie patentes, 400
Praesidium sublime reis ; quos curia sum-fnos
Municipimi vidit proceres propriumqtte senatuni;
Oîios praetextati celebris facundia ludi
vieillard avide de la chaleur du soleil. La noblesse du sujet sera
une recommandation pour mon œuvre ; je chanterai en particulier
les exploits de chaque héros belge, et ces mœurs, héritage des
ancêtres, qui sont leur gloire illustre. D'un fil léger les Piérides me
tisseront d'agréables poèmes; leurs doigts parcourront la trame
fixée à une chaîne délicate ; la pourpre aussi sera donnée à nos
fuseaux. Qui ne chanterai-je pas alors? Je rappellerai les paisibles
laboureurs, et les jurisconsultes, et les avocats habiles, sublime
sauvegarde des accusés; ces hommes que la curie municipale a
vus, chefs suprêmes de leursconcitoyens, former leurpropre Sénat;
(I537> 1540, 1548), Tollius, Souchay,
Christ, Wernsdorf, la Bipontine,
Bœcking, .Schenkl ont veteresquc
illustrât; Peiper, ueteresque in-
lustrât. — 391) Ugolet admet necis ;
Schenkl et Peiper écrivent netis au
lieu de nervis, leçon ordinaire des
édit., à partir de celle d'Avantius.
La Juntine a uentis. Heinsius lisait
extrema ad cariniiia. — 392) Ugo-
let et Avantius admettent ora;
Tollius garde otii; l'Aldine, Vinet
(1575), Scaliger (1575, 1588) ont otij;
Vinet (1590) a otj. Accurse veut oci,
qui est déjà dans l'Ascensiana, et
plus tard dans Vinet (1551), et dans
l'édit. de Lyon (1558). La Juntine a
ocij ; la leçon des autres éditions
est oti. — 394) Ugolet, Avantius, la
Juntine et l'Aldine ont iiirorum ;
Cannegieter propose Ouiritum. —
395) inclyta est la leçon ordinaire
des éditions. Mais Ugolet, Avantius,
Poelmann, l'édit. des Deux-Ponts,
Tross, Bœcking, Schenkl et Peiper
écrivent inclita. — 396) Burmann
propose stamina au lieu de cnrmi-
nn. — 397) Ugolet et Avantius ont
tenui captas; Accurse propose coe-
ptas. Les édit. ont suhtegmine, écrit
sub tegniine, en deux mots, par
l'Ascensiana, la Juntine et l'Aldine.
Poelmann, Christ, Wernsdorf, Bœc-
king, Schenkl et Peiper écrivent
subtemine. — 398) De /i*s^/s, leçon de
L, Ugolet a fait f astis, adopté par
Avantius (1507).— 401) Ugolet, Avan-
tius et la Juntine écrivent régis.
■40 AVSONII MOSELLA
Contiillt ad veteris praeconia Quintiliani,
Quique suas rexere iirbes purunique tribunal 405
Sanguine et innocuas illustravere secures ;
Aut Italmn populos aquilonigenasque Britannos
Praefecturarmn titulo tenuere secundo ;
Quique caput rerum Romani, populuntque patresquc
Tantmn non primo rexit sub nomine, quanivis ât\o
Par fuerit primis : festinat solvere tandem
Errorem Fortmta simm, libataque siipplens
Praemia iani veri fastigia reddet honoris
ceux que leur éloquence, célèbre dans les écoles où se réunissent
les jeunes gens vêtus de la robe prétexte, a élevés jusqu'à la gloire
du vieux Quintilien; ceux qui ont administré leurs propres villes,
et illustré les tribunaux qui ne font pas couler de sang et les haches
inoffensives; ou ceux qui, vicaires des préfets, ont gouverné en
sous-ordre les peuples d'Italie et les Bretons, fils du Nord; et cet
homme enfin qui a administré la capitale du monde, Rome, son
peuple et ses sénateurs : égal aux premiers de l'empire, son nom
cependant n'était pas le premier ; mais la fortune se hâte de réparer
son erreur, et, complétant les distinctions qu'il a à peine effleurées,
Cod. — 404) ueteres Rhi.— 405)
retexere G. — 406) innocuos L. —
407) Ce vers manque dans L; aqiiilo-
genasqiie G.— 408) perfecturarum
L. — 409) romam manque dans B;
populique cod. — 412) lihitaque G,
Rh. — 413) reddat G, B, Rh^, L;
honores B*, Rhi. — 4141 admodo
B, Rh, L ; ceptum Rh. — 415) detes-
tatiir B, Rh, L; est (pour et) L. —
417) nndas G; xindis B, Rh, L. —
418) Les V. 418, 419 et 420 sont
placés dans L entre les v. 445 et 446.
C^ruleos G; caerideos B, Rh, L;
hialoque Rh ; haloque L. — 419)
panda G. — 420) cumulandis L'. —
421) auguste L; uenies B. — 422)
uinctos L. — 422,) nigrum cod.; sit-
perest L; luponudum cod.
Edit. — 404) Poelmann et Vinet
(1575 et édit. suiv.), ont Quincti-
liani. — 406) Peiper écrit inltis-
travere (voir au v. 38S). — 407) Ce
vers manque dans Ugolet et Avan-
tius. — 409) popiilumqiie est une
correction de l'Ascensiana (1517),
reprise par l'édition parisienne de
Vinet (1551), et entrée dès lors défi-
nitivement dans le texte. — 411)
Ugolet, Avantius et la Juntine écri-
vent primus; Gronovius propose
praefiierit, adopté par ToUius,
Souchay, Wernsdorf et la Bipon-
tine; festinat , leçon des manuscrits,
a été changé enfestinet par Ba?c-
king, Schenkl et Peiper, qui écri-
vent aussi reddat, leçon d'Ugolet,
d' Avantius, de l'Ascensiana (151 1 et
AVSONU MOSELLA 41
Nobilibus repetenda nepotibus . At modo coeptuin
Detexatur opiis, dilata et lande virorimi 415
Dicantus laeto pcr riira virentia tractu
Felicem flaviuin, Rlienique sacremus in nndas.
Caeriileos mine, Rliene, sinus hyaloqiie virentem
Pande pepluin, spatiumqiie novi metare fiuenti, 419
Fraternis cuniulandiis aquis. Nec praemia in undis
Sola, sed Augustae veniens qiiod moenibus nrbis
Spectavit iunctos natique patrisque triiimplios ,
Hostibus exact is Nicrum sîiper et Lupodtmitm,
elle l'élèvera réellement, comme elle le doit, au faîte de ces honneurs
qui reviendront un jour à sa noble descendance . . . Mais, maintenant,
accomplissons l'œuvre commencée; que l'éloge des hommes soit
différé, célébrons le fleuve fécond et son cours charmant au milieu
des vertes campagnes : consacrons-le à la divinité des eaux du Rhin.
A toi maintenant, ô Rhin, d'ouvrir les plis de ta robe d'azur, de
déployer ton manteau verdoyant; mesure une place suffisante à
ce fleuve nouveau dont les eaux fraternelles vont te combler. Et
ses eaux ne sont pas le seul avantage qu'il t'apporte ; mais lui qui
vient des murs de la ville Auguste, il a vu les triomphes réunis
1513)1 de la Juntine, de l'Aldine, de
l'édit. de Bâle (1523) et des édit. de
Lyon (1537, 1540, 1548). L'Ascen-
siana (1517) a reddet, leçon reprise
par l'édition parisienne de Vinet, et
entrée dès lors définitivement dans
le texte. Bœcking met entre paren-
thèses/es^/nef... nepotibus. — 412)
Souchay et la Bipontine admettent
la correction de Gronovius : Erro-
rem, Fortuna,tuitm. — 415) Ugolet,
Avantius, la Juntine et l'Aldine ont
detestniar; Ugolet et Avantius ont
dilata est /aitde.L'Ascensiana(i5i3
et 1517; celle de 1511 avait dans le
texte dilatet, mais dans les correc-
tions, dilata), la Juntine, les édit.
de Leipzig (1515), de Bâle (1523),
de Lyon (1537, 1540, 1548, 1558J, de
Poelmann, de Vinet (1551 et les au-
tres), de Scaliger et de Christ ont
dilata lande. — 417) Bœcking,
Schenkl et Peiper ont seuls undas.
— 421) La Juntine et l'Aldine ont
angnstae. — 422) Ugolet etl'Ascen-
siana ont uinctos. — 423) Rhenanus
écrit Nicrum et Lupondum ou
Lupodunum : Nicrum est généra-
lement admis àpartir de l'édit. pari-
sienne de Vinet (155 1); Lupodu nuni ,
à partir de l'édit. de Lyon (1558).
Bœcking écrit Nigni m . Herold pro-
posait nigriim super et Lepontiuii.
Mommsenvoudraitrtt/Z,«/)orfîtwH;;2.
Ugolet, Avantius et la Juntine ont
superest. L'Ascensiana, l'Aldine,
les édit. de Bâle (1523) et de Lyon
(1537. 1540. iSA'^) ont super et.
S
42 AVSONII MOSELLA
Et fontem Lattis ignotum annalibus Histri.
Haec profligati venit modo laitrea belli : 425
Hinc alias aliasque feret. Vos pergite iuncti,
Et mare purpureiim gemino propellite tracta.
Neu vereare m-inor, pulcherrime Rhene, vider i :
Invidiae nihil hospes habet. Potière perenni
Nom-ine : tu fratrem, , famae securiis , adopta. 430
Dires aquis, dives Nymphis, largitor utriqtie
Alveus extendet geminis divortia ripis,
Communesque vias diversa per ostia fundet.
du père et du fils qui ont chassé l'ennemi sur le Nicer, à Lupo-
dunum et aux sources de l'Hister inconnues dans les annales du
Latium. La lettre couronnée de lauriers qui annonçait l'heureux
succès de la guerre est arrivée récemment : de Trêves, la Moselle
t'en portera d'autres semblables, et d'autres encore. Vous, suivez
votre route, unis; et, de votre double courant, refoulez la mer
sombre comme la pourpre foncée. O beau fleuve du Rhin, ne
redoute pas de sembler amoindri! Ton hôte ne doit en rien exciter
ta jalousie. Maître incontesté de ton nom éternel, adopte ton
frère, et ne crains rien pour ta gloire. Riche en eaux, riche en
nymphes, votre lit, prodigue pour chacun de vous, s'élargira,
séparant de plus en plus les deux rives, et déversera votre cours
commun par diverses embouchures. Unies aux tiennes, les forces
Cod. — 424) latus L ; hystri Rh.
— 426) Hinc G; fnox B, Rh, L; re-
fert Rhi. — 427) prope litora G;
tactn Rh. — 428) hetii (pour neu) L.
— 429) nichil Rh. — 433) hostia G^,
B, Rh, L. — 436) amne Rh. — 438)
uiuifica cod. — 439) nunc... notas
L. — 1:^0) latius coà. — 441) pyrenem
G. — 442) aqiiitanica G; aquitania
B,Rh; equitaniah. — (L place entre
445 et 446 les V. 418, 419 et 420).
Edit. — 426) Les édit. ont d'ordi-
naire mox; Sclienkl et Peiper seuls
ont hinc ; l'Aldine a uincti (au lieu
de iuncti) et tactu (pour tractii),
au V.427. — 429) L'Ascensiana écrit
nil, repris par Tédit. parisienne de
Vinet (1551), et dès lors entré défi-
nitivement dans le texte vulgaire;
nihil a été rétabli seulement par
Schenkl et Peiper. —431) Avantius,
dans les Emendanda, et l'Aldine
dans le texte, ont utrinqiie. — 432)
Ugolet, Avantius et la Juntine ont
extendit. — 433) Heinsius écrit
findet, et Peiper, pandet. — 434)
L'Ascensiana, les éditions de Lyon
(1558), de Poelmann et de Vinet
(1551, 1575), qui, dans son commen-
AVSONH MOSELLA 43
Accèdent vires, quas Francia qiiasque Cliamaves,
Germanique tremant : tune verus habebere limes. 435
Accedet tanto geminum tibi nomen ab amni,
Cumqtte unies de fonte fliias , dicere bicornis.
Haec ego, Vivisca ducens ab origine getttem,
Belgarum Iwspitiis non per nova foedera notus,
Ausonius, nomen Latium, patriaque domoque 440
Gallorum extremos inter celsamque Pyrenen,
Tempérât ingenuos qua laeta Aquitania mores,
Audax exigua fide concino. Fas mihi sacrum
de la Moselle seront capables d'effrayer les Francs, les Chamaves
et les Germains : tu seras alors regardé comme la vraie barrière
de l'empire ; ce si grand affluent te fera avoir un nom qui montre
que tu es double; et, quoique tu sortes, fleuve unique, de ta
source, on t'appellera le Rhin aux deux cornes.
Tels sont les chants que moi, originaire de la race Vivisque,
mais connu des Belges par les liens anciens de l'hospitalité, moi,
Ausone, dont le nom est latin, mais dont la patrie et la demeure
se trouvent entre l'extrémité des Gaules et les Pyrénées élevées,
dans cette riante Aquitaine où s'adoucit la rudesse des moeurs
primitives — tels sont les chants que j'ose essayer sur ma faible
lyre. Que ce ne soit pas un crime pour moi d'avoir effleuré ce
fleuve sacré par une légère atteinte de la Muse. Je ne prétends pas
ti'.ire a Charnaues, écrivent Ca-
mânes. — 435) Heinsius a certus
(pour t^erHs).— 437) Ugolet écrit uno
de fonte, leçon ordinairement adop-
tée; l'Ascensiana, Tollius, Souchay,
Wernsdorf, la Bipontine, Tross,
Bœcking, Schenkl et Peiper ont
unus. — 438) Vivisca est une correc-
tion de Vinet (édit. de 1575), univer-
sellement adoptée. Christ est peut-
être le seul qui continue à écrire
vivifica. — 439) mine est la leçon
vulg. L'Ascensiana, l'Aldine, les
édit. de Bâle (1523). de Lyon (1537.
1540, 1548, 1558), Vinet (1551). Poel-
mann, Christ, Tross, Bœcking,
Schenkl et Peiper ont non. Vinet
(1551), redit, de Lyon (1558) et Poel-
manti écrivent en marge nunc . —440)
latium est une correction d'Avan-
tius (1507); l'Ascensiana écrit lut lus
(1511, 1513) et Latins (1517); l'Al-
dine, l'édit. de Bâle (1523), les édit.
de Lyon (1537. I540, 1548), écrivent
Ausonius nomen, Latius. — 441)
Avantius écrit cesamque; la Juntine
et l'Aldine, caesamqne. — 442)
Aquitania est la leçon de toutes les
édit.; seuls, Schenkl et Peiper écri-
vent Aquitanica.
44 AVSONII MOSELLA
Perstrinxisse amnem tenui lihamine Musae.
Nec laudem affecta, veniam peio. Sunt tibi inulti, 445
Aline amnis, sacros qui sollicitare fluorés
Aonidum, totamque soient haurire Aganippen.
Ast ego, quanta mei dederit se vena liqiioris,
Burdigalani ciim me in patriani nidurnqtLe senectae
Augusti, patcr et natus, mea niaxinia cura, 450
Fascibus Ausoniis decoratum et honore curuli
Mittent enieritae post mimera disciplinae,
Latins Arctoi praeconia perseqiiar amnis.
Addam tcrbes, tacito quas snbterlaberis alveo,
à la gloire, je demande mon pardon. Bien d'autres, ô fleuve bien-
faisant, ont coutume de puiser en ton honneur aux sources d'Aonie
et d'engloutir l'Aganippé entière. Quant à moi, toute l'abondance
que pourra avoir ma veine poétique, aussitôt que je me trouverai à
Burdigala, ma patrie, le nid de ma vieillesse, après que les Augus-
tes, le père et le fils, cet objet de ma sollicitude suprême, m'auront
congédié, paré des faisceaux italiens et de l'honneur curule, la
charge de mon préceptorat une fois arrivée à son terme, — toute
cette abondance, je la dépenserai à poursuivre dans de plus vastes
proportions l'éloge de ce fleuve du Nord. J'ajouterai la mention de
ces villes au pied desquelles glisse ton courant silencieux, et de ces
Cod. — 447) Hganippem G; aga-
nippe B. — 448) tanta L. — 450)
augustus cod.; dans G, le premier
II. au-dessus de la ligne, remplace
une lettre effacée; )uiti cod. — 452)
munera G; tempora B, Rh,*L. —
454) tanto qui snbterlaberis L (le s
final ajouté au-dessus de la ligne).
— 455) iiienia Rh. — 457) mute (pour
non) L; horen L. — 461) liget L;
anxonn Rh ; auxona B. — 462) fines
cod. — 463) santonicus G; xantonico
L; profluus cod. — 464) concedet
cod.; diiraui L. — 465) postponat
L; tandem L; tarneu G, B, Rh.
Edit. — 445) Tross et Peiper écri-
vent adfecto. — 446) Heinsius a.fu-
rores, et, au v. 44S,inihi pour mei.
Ugolet écrit tanta mei. ..si. Avan-
tius (1507), la Juntine, l'Aldine et
l'édit. de Bâle (1523) ont tanta
meri... si. Les édit. de Lyon (1537,
1540, 1548) on\.tantamei...si.—4<^o)
Depuis Avantius (1507), les édit. ad-
mettent d'ordinaire Augnstus pater
et «a^Ms; l'Ascensiana.Vinet (1551),
l'édit. de Lj'on (1558), Poelmann,
Christ, Bœcking, Schenkl et Peiper
écrivent comme les manuscrits Ait-
gustiis pater et nati. — 452) tem-
pora est la leçon ordinairement
adoptée. Tross, Bœcking, Schenkl
et Peiper écrivent munera. — 454)
AVSONII MOSELLA 45
Moeniaque anfiquis te prospectantia imiris ; 455
Addam praesidiis dubiaruin condita rerum,
Sed modo securis non castra, sed horrea Belgis ;
Addam felices ripa ex utraque colonos,
Teque inter rnedios hominmnqiie boumqite labores
Stringentem ripas et pingiUa ciUta secantem. 460
Non tibi se Liger anteferet, 7ton Axona praeceps,
Matrona non, Gallis Belgisque intersita finis,
Santonico refluns non ipse Carantonus aestit.
Concèdes gelido, Durani, de monte volntns
Amnis, et auriferum postponet Gallia Taniem, 465
forteresses qui, du haut de leurs antiques murailles, te contemplent
au loin; je parlerai encore de ces refuges construits pour les
moments de danger et qui ne servent plus aujourd'hui de camps
retranchés, mais d'entrepôts de blé aux Belges en sûreté. Je parlerai
aussi des laboureurs heureux sur l'une et l'autre rive ; je dirai com-
ment tes eaux, coulant au milieu des terres travaillées par les
hommes et par les bœufs, pressent les rives et séparent les grasses
campagnes. Le Liger ne pourra se mettre au-dessus de toi, ni la
rapide Axona, ni la Matrona, cette limite placée entre les Belges
et les Gaulois, ni le Carantonus lui-même où refluent les vagues
Santones. Tu lui céderas aussi, ô Duranius, fleuve qui te précipites
L'Ascensiana, lajuntine, l'édit. pa-
risienne de Vinet, l'édit. de Lyon
(i558),Poelmann, l'édit. deScaliger
(1575)1 Christ et Bœcking écrivent,
en deux mots, subter laberis. —
461) Avantius (1507), la Juntine et
l'Aldine ont Saxona. — 462) finis est
une conjecture marginale de Poel-
mann, que Christ, Tross, Bœcking,
Schenkl et Peiper admettent dans
leur texte. Les éditions de Scaliger
et Freher ont Galles Belgosque...
fines; Tollius, Souchay, la Bipon-
tine et Wernsdorf ont Gallos Bel-
gasque... fines. — 463) refliius est
une correction de l'édit. parisienne
de Vinet (155 1). — 464) concèdes est
une correction de Scaliger, géné-
ralement adoptée. Vinet, Christ,
Tross, Bœcking et Schenkl conser-
vent la leçon des manuscrits conce-
det. Ugolet, Avantius et lajuntine
ont Duraui de ; l'Ascensiana (15 11),
durauide; l'Ascensiana (1513, 1517),
l'édit. parisienne de Vinet (1551), la
lyonnaise de 1558, Dnranide. —
465) Les édit. ont d'ordinaire Tar-
nem, excepté Ugolet et Avantius,
qui ont tandem, la Juntine et l'Al-
dine qui ont Tagnm, les édit. de
Bâle (1523), de Lyon (1537, 1540 et
1548) qui ont Tarnim, et Bœcking,
Schenkl, Peiper qui rétablissent la
leçon de G, B, Rh, Tarnen.
46 AVSONII MOSELLA
Insanunique mens per saxa rotantia late
In mare purpuremn, dominae tamen ante Mosellae
Numine adorato, Tarbelliciis ibit Aturrus.
Corniger externas celebrande Mosella per oras,
Nec solis celebrande locis, ubi fonte superno 470
Exseris auratmn taurmae frontis honorent,
Ouave trahis placidos sinnosa per arva ineatns,
Vel qua Germanis sub porttibus ostia solpis :
■Si quis hojios tenui volet adspirare camenae,
du sommet d'mi mont glacé. La Gaule placera après toi le Tarnis
qui roule de l'or; et ce fleuve insensé qui se rue en roulant au loin
■des rocs, l'Aturrus Tarbellique ne se jettera pas toutefois dans
la mer sombre avant d'avoir adoré la divinité de la Moselle, sa
souveraine.
O Moselle, fleuve paré de cornes, toi qui dois être célébrée
dans les contrées étrangères, toi qui ne dois pas être célébrée
-seulement dans le pays où, sortant des monts élevés parmi lesquels
est ta source, tu dresses la parure dorée de ton front de taureau;
et dans les régions où, paisible, tu promènes à travers champs ton
cours sinueux, et à l'endroit où ton embouchure s'ouvre dans les
Cod. — 468) nomine cod.; tarbel-
lins G, B, Rh ; tarbelhis L; atar-
nus Rh; ibi aturrus L. — 469)
Corniger G; corniger B, Rh, L;
celebranda G, L< moselle... horus
Rh.— 470) celebrandah'jSuprento B,
Rh, L; superno G. — 471) tatirin-
thes Rh. — 472) qitaque cod.; placido
L. — 473) portibus cod. ; hostia
Rhi. — 474) ualet Rh ; aspirare
cod. — 475) B a omis in his. — 479)
drinia B. — 481) dextre G. — 483)
Ce vers manque dans L ; garonnae
G; garunne B, Rh.
£dit. — 467) Graevius et Hcinsius
écrivent domini. Avantius (1507),
l'Ascensiana, la Juntine, l'Aldine,
les édit. de Bâle (1523), de Lyon
(i537> 1540. 1548) mettent entre Tpn-
TQnthèsçs dominae... adorât o. — 468)
numine est une correction del'édit.
parisienne de Vinet (1551). Tarbel-
licus est une correction d'Accurse,
généralement adoptée; la Juntine,
l'Aldine, les éditions de Bâle (1523),
de Lyon (1537, 1540, 1548, 1558),
de Vinet (1551, 1575), de Scaliger et
de Christ gardent encore Tarbel-
liiis. L'Aldine, les édit. de Bâle
(1523), de Lyon (1537- I540. I548)>_
ont Aturnus. — 469) Ugolet, Avan-
tius, l'Ascensiana (1511, 1513). la
Juntine, ToUius et Wernsdorf écri-
vent celebranda. —470) Toutes les
édit. ont supremo. Ugolet, Avan-
tius, la Juntine, Tollius et Werns-
dorf ont encore celebranda. — 471)
AVSONII MOSELLA 47
Perdefc si (jiiis in /lis (lignabitiir oiia musis, 475
tbis in ora hominum, laetoque fovebere canin.
Te fontes viviqne laciis, te caerula noscent
Flnmina, te veteres, pagorum gloria, Inci :
Te Druna, te sparsis incerta Druentia ripis,
Aîpinique colent fliivii, duplicemqne per urbeni 48a
Qui méat et dextrae Rliodaniis dat nomina ripae :
Te stagnis ego caeruleis magmimqne sonoris
Anuiibus, aeqiioreae te coinmendabo Garitmnae.
ports de Germanie : si quelque souffle de gloire daigne inspirer
ma faible Muse, si quelqu'un veut bien perdre ses loisirs à lire
mes vers, tu deviendras célèbre parmi les hommes, et ta gloire
sera entretenue par mes chants trop heureux. Tu seras connue
des sources et des bassins d'eau vive; les fleuves azurés te connaî-
tront, ainsi que les antiques bois sacrés, orgueil des campagnes.
Tu seras honorée par la Dnma, par la Druentia, dont le cours est
incertain et les rives changeantes. Tu seras honorée par les fleuves
des Alpes, et par le Rhône dont le cours divise une vi le et donne
son nom à sa rive droite. Je te recommanderai aux étangs azurés,,
aux fleuves qui mugissent à grand bruit, à la Garonne marine.
Tollius, Souchay, Wernsdorf, la Bi-
pontine et Tross ont seuls exseris.
" — 472) qtiave est une correction de
Bœcking, admise par Schenkl et
Peiper.— 473)/)o/-f(j6i(s est la leçon
vulgaire, à partir de l'Ascensiana.
Schenkl et Peiper reprennent la
leçon d'Ugolet, d'Avantius, de la
Juntine et de l'Aldine. — 474)Poel-
mann, Tollius, Wernsdorf, Tross et
Peiper écrivent seuls adspirare. —
481) Dextrae est une correction de
Scaliger, admise par les éditeurs
postérieurs, excepté Vinet et Christ.
— 483) Ugoletet-Avantius n'ont pas
ce vers. Les édit.engénéral écrivent
Gayumnae; l'Ascensiana admet Ga-
rtinnae, et Bœcking Garonnae.
COMMENTAIRE
EXPLICATIF 1
.ERS I. Flumine. — Scaliger, qui écrit fliimine
dans ses éditions, dit dans les Ausoitianae
Lectiones (l, i) ; < Prœterniittendum non ejî
Aufoninin fcripfijfe nebulofo lumine, non flu-
mine, in primo verfii. Ait enim a campis
Argentoratenfibus ad Nitiotnagtim fe vfuni
fuijjè nebiilofa tempejîate, propter eius cœli
intemperiem. Quod ex fequentibus apparet, quiim ait : Purior
hic campis aer, etc. » Freher et Barth confirment la conjecture
de Scaliger au moyen du v. 8 du Cupido cruciatus : Quornm
per ripas nehuloso liimine marcent. Mais on comprend bien que
le cours de la Nava soit assombri par des brouillards, et il ne
semble pas utile de changer la leçon des mss.
V. I. Navam. — Aujourd'hui la Nahe, qui verse ses eaux
rapides dans le Rhin, à Bingiiun; cf. Tacite, Hist., IV, Lxx.
V. 2. ViNCO. — Scaliger, qui écrit vico, suppose qu'il s'agit de
S>tcdiShovLXg(Argentoratum). Vinet n'affirme rien : peut-être, dit-il,
est-il question de Saverne. Freher identifie ce vicus à Bingiiim
^ Je rappelle que dans ces Notes on ne trouvera qu'à titre d'exception
des rapprochements entre les vers de la Moselle et ceux des autres pièces
du poète, et des allusions aux passages des poètes classiques imités par
Ausone et aux passages que les poètes postérieurs ont empruntés à la
Moselle. Pour toutes ces questions, je renvoie à mon travail de Ausonii
MosELLA, thèse latine pour le doctorat es lettres.
50 COMMENTAIRE
(Bingen), qui avait été fortifié par l'empereur Julien en 359,
(Cf. Ammien Marcellin, édit. Gardthausen, Leipzig, 1874, XVIII,
II, 4.) Mais Bingen fut probablement aussi fortifié par Valentinien,
à qui Ausone doit vouloir faire ici une allusion ingénieuse :
Ammien (XXVIII, il, i) rapporte en effet que Valentinien fortifia
toutes les places de la région du Rhin. (Cf. Montesquieu, Gran-
deur et décadence des Romains, chap. xvii ; Valentinien employa
toute sa vie à fortifier les bords du Rhin, à y faire des levées, à
y bâtir des châteaux, y placer des trowpes, leur donner le moyen
d'y subsister.) Mais si Freher a bien vu qu'il s'agit de Bingen, qui
se dit Vincutn (Itin. Anton., 371), c'est seulement en 1816 que
Minola, dans son Uebersicht dess. was sich unter d. Rôni. am
Rh. Merkw. ereignete (2" édit., Cologne, 1816), a établi la leçon
Vinco adoptée par Tross, Bœcking et Peiper. Vingo est une
correction de Mommsen. Je préfère Vinco, qui a pu plus facilement
être transformé par les copistes en vice. D'ailleurs, si Vincuni
se trouve dans l'Itinéraire d'Antonin, comme Bingium dans
Tacite (Hist., IV, LXX) etBingio dans Ammien Marcellin (XVIII,
II, 4), Vingum ne se trouve nulle part. — Ausone suit, en sens
contraire, la route XIX de la Table de Peutinger, qui va de Trêves
à Bingen. (Voir Desjardins, Table de Peutinger, Paris, 1869,
Hachette, p. 10, col. 2.)
V. 3. Cannas. — Quelle est cette défaite gauloise comparable
au désastre de Cannes? Scaliger suppose que c'est la bataille de
Strasbourg (et cela, à cause de l'assimilation qu'il fait de viens
avec Strasbourg), où Julien, en 357, vainquit les Francs Saliens et
les Quades. Mais les Saliens et les Quades n'étaient pas Gaulois,
et la date de 357 ne justifie pas l'emploi de quondam, au moment
où Ausone écrit ^. Freher, suivi par Bœcking, prouve d'une
manière incontestable qu'il s'agit de la bataille de l'ah 71 (quon-
dam),racontée par Tacite (Hist., IV,LXX), où les Gaulois Trévires
furent écrasés par Sextilius Félix.
V. 4. Inopesque. — C'est une correction de Christ que j'adopte
à cause du sens de super (au-dessus) qui ne me semble pas
convenir à ce passage, et de la nécessité d'accompagner de
la conjonction et, ou de quelque autre synonyme, le deuxième
^ Dans le travail de Ausonii Mosella, un chapitre est consacré aux
questions historiques qui ont rapport à la Moselle, et à l'établissement de
la date (370 ou 371 ?) où ce poème fut composé. On se permet de renvoyer
le lecteur à ce travail.
COMMENTAIRE $1
adjectif inopes, comme dans les vers de Virgile, d'où celui-ci est
imité :
Aen., XI, V. 372 : . . .inhumaia infletaque turba.
Aen., VI, V. 325 : ...inops itihumataque turba est.
V. 5. Iter. — C'est la route militaire ainsi indiquée par la Table
de Peutinger : Mogontiaco; Bingiuvi XII; Dumno XVI; Bel-
giniim VIII; Noviomago X; Ang. Trevirorum VIII.
V. 8. DumnissUjM. -- Dumnissiis est une ville sur la route de
Bingen à Trêves {Dumno de la Table de Peutinger). On ne sait
à quelle ville moderne l'identifier. La similitude des noms fait
qu'on pense le plus souvent la retrouver dans Densen. Voir Des-
jardins, Table de Peutinger, p. 18, col. i.
V. 8. Tabernas. — La ville de Ta6er»ae n'est pas marquée sur
la carte de Peutinger, où, entre Dumnissus Qt Noiomagum , il n'y a
que Belgimim, d'où Bœcking conclut à l'identification de Belgi-
num avec Tahernae. Il est plus sûr de croire, comme le faisait déjà
Freher, que Tabernae est Bern-Castel fTabernaru)n Castellum).
V. 9. Arvaque. — Il semble difficile de préciser à quel établis-
sement de colonie sarmate il est fait ici allusion. Freher suppose
qu'Ausone parle de cet envoi de tribus barbares aux environs du
Rhin dont il est question dans la Gratiarum actio dicta Domino
Gratiano Augnsto : « Germanictim deditione gentilium, Ala-
inannicwn traductione captoruni , vincendo et ignoscendo
Sarniaticmn... » (édit. Schenkl, VIII, II, 8). Mais VAction de
grâces est de 379, et Ausone y célèbre une victoire remportée en
378, sept ou huit ans après la composition de la Moselle. On sait
d'autre part que les empereurs ont eu de tout temps la coutume de
transporter des barbares sur le territoire romain, où on leur don-
nait des terres à cultiver. Le Panégyrique de Constance prononcé
à Trêves en 296 par un rhéteur inconnu, probablement Eumène
(voir Teuffel, Hist. Lift. Rom., § 391, 8), rappelle les « Sarma-
ticae expeditiones, quibus illa gens prope omnis extincta est »,
et la transportation en Gaule de ceux des barbares qui avaient
échappé à la mort: « Captiua agmina barbarorum... ad desti-
natos sibi ciiltus solitiidinum ducerentiir. » C'est aux environs de
Trêves que ces Sarmates furent établis : « Neruiornm et Treui-
rortim arua iacentia iielut postliminio restitutus et recepfus in
leges Francus excoluit . » (Panegyrici latini, éd. Baehrens; Lips.,
52 COMMENTAIRE
1874. V. Iiicerti Panegyricus Constaniio Caesari dictus; cap. v,
p. 135; cap. IX, p. 138; cap. XXI, p. 147.) Mais le mot nuper
empêche de voir dans le vers de la. Moselle en question une allusion
à un fait antérieur à l'an 296 : Bœcking pense qu'il s'agit des
Sarmates que Constantin fit conduire dans l'intérieur de l'empire,
en 334. Or, les Excerpta Valesiana (édit. Gardthausen d'Am-
mien Marcellin, Leipzig, 1874, § 32) disent nettement que ces
barbares furent dispersés en Thrace, en Scythie, en Macédoine,
en Italie. Il n'est pas parlé de transportation au bord du Rhin. —
On sait d'ailleurs qu'il y avait déjà des Sarmates dans l'armée
romaine sous Julien, en 363 : comme Ausone s'occupe dans tout le
cours de son poème à chercher des allusions élogieuses pour
Valentinien, on peut, ce semble, supposer que l'empereur, alors
qu'il fortifiait la frontière du Rhin en 368, y établit comme colons
militaires quelques-uns de ces Sarmates qui servaient dans son
armée. Le v. 9 de la Moselle se rapporterait alors tout simplement
à un fait historique, peu connu à cause de sa médiocre impor-
tance, et rappelé complaisamment par le poète, qui s'attache à
mettre en lumière tous les actes du père de son élève.
V. 10. Primis Belgarum ORIS. — Les frontières de la
Belgica prima, près desquelles se trouvait Noiomagum.
V. II. Noiomagum. — Neumagen (Noiomagum ou Noioma-
gus), petite ville du pays de Trêves, qui porte le même nom latin
que Nimègue, Noyon, etc. : « On y voit — dit D. Calmet, cité par
Corpet (traduction d'Ausone, vol. II, p. 371, n. lO) — des ruines
d'un camp romain où l'on croit que le grand Constantin a campé...
Ausone, comme on l'a vu, donne à ce lieu le nom de camp fameux
du grand Constantin, peut-être à cause que c'est en ce lieu que
cet empereur eut la fameuse vision de la croix qui lui apparut un
peu après midi, rayonnant au-dessus du soleil, avec ces mots
distinctement marqués : EN TOTTO NIKA, vainquez en ceci
ou par ceci. » Mais D. Calmet conclut que les sentiments étant
partagés, sinon sur l'apparition de la croix, du moins sur l'endroit
où elle se fit voir, aucun auteur ancien ne rapporte que cette
apparition ait eu lieu à Neumagen. — Je suppose que le camp
n'est illustre que parce que le divin Constantin y a résidé, de
même que Trêves devient auguste par le séjour des empereurs.
V. 12. PURIOR IIIC CAMPI.S AER, etc. — L'enthousiasme
gascon du poète doit, pour donner une idée des beautés pitto-
COMMENTAIRE 53
resques du pays de la Moselle comparables à celles de la région
bordelaise, recourir aux termes dont Virgile se servait pour
dépeindre les Champs-Elysées :
Aen., VI, V. 640 : Largior hic campos aether et lumine vestit
J'iirpureo...
Le mépris d'Ausone pour les brouillards germains excite l'indi-
gnation affligée de Freher, qui s'écrie : « Mira &> iniqtui perfiuifio
Itajoriim & Galloruiii , &• faflidimn aëris Germanici ! »
V. 18. TUM. — Les mss. ont cum; la correction tuni, que
j'adopte, est de Bœcking; quin, proposé par Peiper, indiquerait
une sorte de mouvement lyrique, qui semble ici déplacé. La phrase
(v. 18-22) est toute de transition, et le mouvement ne commence
qu'au vers 23 : Salve, amnis...
V. 19. BURDIGALAE. — Voir l'éloge de Burdigala dans VOrdo
Urbium Nobiliutn (édit. Schenkl, XVIIII, xiiii).
V. 22. MOSELLAE. — La Moselle sort du mont Vogesiis ou
Vosegus (v. 470, fonte supenio)., reçoit divers affluents, entre
autres la Sitra, le Celbis, VErubris, la Lesura, le Drahonus,
la Saîmona, le Saraviis, VAlisontia, cités par Ausone (voir
v-35»-37')) et se jette dans le Rhin à Confluentes (Coblentz;
voir V. 473 ...Germants stib portubiis ostia solyis).
V. 24. DiGNATA IMPERIO... MOENIA. — Vinet suppose qu' Au-
sone fait allusion à Neumagen. Mais, de Freher à Bœcking, tous
les commentateurs ont démontré qu'il s'agit de Trêves (Aiigusta
Treverortim ou Trevirorum) , qui, à partir de latin du III^ siècle,
fut souvent le lieu de résidence des empereurs d'Occident. Ausone
célèbre Trêves, résidence impériale, Trevericaeque urbis soliuvi
(édit. Schenkl, XVIIII, un, v. 2); il l'appelle de même Iinperii
sedeni (Mos.^ v. 380). Cf. Ammien Marcellin, XV, xi, 9, Treiiiros
doiniciliiim principuni claruni.
V. 25. lUGA VITEA. — Le vin de la Moselle est célèbre; la
culture de la vigne sur les coteaux du fleuve remonte à une haute
antiquité. Bœcking cite un travail de Diintzer, der Weinbaii ini
rôni. Gallien u. Germanien (Jahrbilcher des Vereins von Alter-
thumsfreiinden im Rheinlande, Bonn, 1843). — Voir Desjardins,
Géographie de la Gaule romaine, Paris, 1876, t. I, pp. 443-448.
54 COMMENTAIRE
V. 26. Amnis viridissime. — c Ceux qui ont suivi, comme
notre poète, le cours très pittoresque du beau fleuve qu'il a
célébré, seront frappés de la fidélité de ses descriptions. La vallée
où coule la Moselle est surtout remarquable par une richesse de
verdure vraiment extraordinaire. L'œil la retrouve partout, soit
qu'il s'arrête au sommet des collines, soit qu'il s'abaisse au bord
des eaux. Ausone insiste sur ce caractère de la Moselle, il
l'appelle avec justesse et bonheur fleuve verdoyant, amnis viri-
dissime; il montre ses rives vertes de vignobles, et virides
Baccho colles; la limpidité et la placidité de ses ondes inspirent
à Ausone quelques vers qui semblent, en reproduisant le calme
du fleuve, imiter son murmure presque insensible. » (Ampère,
Histoire littéraire de la France avant Charlemagne, Paris,
1870, t. I, p. 265, y édit.) — On voit que c'est Ampère qui m'a
fourni la traduction du tacito rumore, si difficile à rendre en
français. Corpet traduit fort inexactement par c doux murmure ».
— Ces descriptions de la Moselle doivent être rapprochées des
divers poèmes où Fortunat, environ deux siècles après Ausone,
célèbre les beautés du même fleuve. Ce sont les morceaux
intitulés : De Castello Nicetii super Mosella (lib. III, cann. XII,
édition F. Léo, Monunienta Germaniae historica, Auctorum
antiquissimorum toini IV pars prier , 1881); Ad Villicutn epi-
scopum Mettensein (lib. III, carm. XIII); De navigio suo (lib. X^
carm. ix). Tross a p' blié ce dernier poème à la fin de son édition
de la Moselle. Corpet l'a publié, ainsi que le poème sur le château
de Nicétius, avec traduction française, dans l'appendice du second
volume de sa traduction d'Ausone (pp. 468-475). Bœcking a
inséré le texte et la traduction en vers allemands de ces trois
poèmes à la fin de son édition de 1845 des « Moselgedichte des
Decimus Macrniis Ausoniiis tmd des Venantius Honorins
Clernentianus Fortiinatus ».
V. 32. Manamine. — Les mss. ont munimine dont Vinet
avouait ne pas bien comprendre le sens. «- Quod hic dicatur
maris miinimentiwi, non fatis video. » {Coinment., 244 A.)
Barth, sans s'inquiéter de la quantité, voudrait écrire refluus
undamine ou refluus unimine. Ces mots sont l'un et l'autre barba-
res. Gronovius, se fondant sur la prédilection d'Ausone, d'ailleurs
en cela imitateur de Virgile, pour les mots en amen (cf., dans la
seule Moselle : v. 22S, s imulaniine; v. t,2o, decoramina; v. 444,
libamine), a corrigé munimine en manamine, correction géné-
ralement adoptée. Comme nous n'avons pas d'autre exemple du
COMMENTAIRE 55.
mot manamine, on s'explique que les copistes, qui ne le compre-
naient pas, l'aient changé en un mot qui leur était plus familier.
Bœcking juge détestable la correction de Gronovius, et revient à
la leçon des mss. qu'il essaie de justifier ainsi : « La mer est la
digue qui contient la rotondité de la terre, en même temps que
celle-ci est assurée par le flux et le reflux de l'Océan contre le
danger de tomber en morceaux, de s'émietter en quelque sorte;
niiinimiiie est donc une leçon tout à fait correcte. »
V. 34. OCCULTI... LUCTAMINA SAXi. — Ausone ne parle sans
doute que des environs de Trêves; car, du côté de Metz, il y
avait, paraît-il, des récifs dangereux. Cf. Fortunat (lib. X, carm.
IX, V. 7):
Interea locus est per saxa latentia ripis...
Grégoire de Tours {de Mirac. S. Martini, 1. IV, c. 29) raconte
l'histoire d'un marchand qui, s'étant endormi avec ses enfants
dans sa barque amarrée au pont de Metz, après s'être recom-
mandé à saint Martin, s'estima très heureux de se trouver le
lendemain matin devant Trêves, ayant accompli pendant son
sommeil, au milieu des récifs (inter saxa) de la Moselle, un
périlleux voyage que la protection du saint avait rendu sans
danger pour lui.
V. 38. Insula. — La Moselle n'est pas gênée par ces îles
qui obstruent le lit du Rhin. Il y en a bien quelques-unes, dit
Freher, mais elles sont sans importance : « Sunt tamen in hoc
quoque infuîœ pajfim quœdam, fed minores, nec eo nomine
dignœ. »
V. 42. Malorum. — Scheff'er (de Militia navali veterum,
p. 326, Upsalae, 1654), a proposé mulorum, sans doute par sou-
venir du vers d'Horace (Satir., I, v, v. 18) :
. . .missae pastuin retinacula mulae
Nauta piger saxo religat...
Wemsdorf écrirait volontiers collo miûarnm, à cause de l'usage
fréquent des mules en Gaule, usage confirmé par une épigramme
de Claudien, de Mtilabus Gallicis (Carmina Minora xxil [li]
édit. Jeep, vol. II, Leipzig, 1879). Mais, dans cette épigramme, il
n'est pas question de mules employées au remorquage. Wemsdorf
reconnaît d'autre part qu'un passage d'Ovide {Trist,, IV, I, v. 7)
56 COMMENTAIRE
montre bien que les matelots remorquaient eux-mêmes leurs
embarcations :
Cantet et, innitens limosae pronus harenae,
Adverso tardant qui trahit amne ratcm.
D'ailleurs, Ausone semble imiter ici Virgile {Aen., II, v. 236) :
... et stuppea vincnla collo
Intendunt. . .
et Stace (Silv., III, li, v. 26) :
. . . vos stuppea tendite mali
Vincula...
Il n'est donc pas nécessaire de changer la leçon des mss. Dans
une lettre à son fils (édit. Schenkl, Epist., II, v. 9), Ausone fait
encore allusion au remorquage dont on avait coutume de se
servir sur la Moselle :
... celerisque remulci
Culpabar/i properos adverso flumine cursus.
V. 48. Phrygiis... cruSTIS. — On connaît le goût des Romains
pour ces pavés en dalles de marbre incrustées de pièces rappor-
tées, qui formaient des ornements et des dessins variés. Le marbre
de Phrygie avait grande réputation. Les plafonds des maisons
élégantes étaient divisés en compartiments et panneaux revêtus
d'ornements en stuc ou en briques, appelés lambris (lacunar).
On sait l'abus qui a été fait, en français, dans le style prétendu
noble, des riches lambris et des lambris dorés. Il est assez curieux
de remarquer que Cicéron {de Leg., Il, I, 2) s'exprimait à peu près
comme Ausone, qui doit l'imiter : <: Magn ificas villas et pavimenta
inarmorea et laqueata tecta conteinno. »
V. 57. Introitu... obtutibus. — Les mss. ont tous intuitu
et obtutibus (ou optutibus, simple variation d'écriture). On a vu
une sorte de pléonasme dans ce rapprochement de deux mots qui
viennent du même radical et qui ont à peu près le môme sens.
Wernsdorf dit à ce propos : « Posset reprehendi in his versibus
TtEpKTCToXoyc'a toO intuitu et obtutibus. » Ausone est assez ami des
redondances, et I2 fait n'a pas de quoi nous étonner. Si, cependant,
il semble nécessaire de changer l'un des deux mots, c'est évidem-
ment intuitu qu'il faut faire disparaître du texte.
Le mot intuitu est très rare ; introitu se rencontre au contraire
COMMENTAIRE 57
assez souvent en poésie (Lucr., II, v. 407; Ovid., Met., IV, v. 774;
Sid. Apoll., Carm., XXIl, v. 143, etc.); et l'on conçoit que le copiste,
préoccupé du mot voisin obtiitibus, l'ait modifié en infiiitti.Aperto
introitu forme un sens très satisfaisant. Quant à obtentibus, cette
conjecture d'un anonyme {Heidelberg . Jalirb . ,i%22 ,-ç . ^00) ,a.ào^t.é,Q
par Bœcking et par Schenkl (celui-ci écrit optentibus),me semble
peu admissible, surtout si la difficulté créée par le voisinage
d'intititu cesse avec la disparition de ce mot. Je ne trouve aucun
exemple des cas obliques du pluriel à'obtentiis, alors que j'en
trouve diobtutibus dans un passage de saint Jérôme {In Ga/., III,
ad 5, 26, cité par Goelzer, Latinité de saint Jérôme, p. 301), dans
deux passages d'Ammien (XVII, vin, 5; XX, m, 12), et surtout
dans un vers de Prudence, qui me semble imité de celui d'Ausone
(Hamart, v. 907; éd. Dressel, Leipzig, 1860):
NU intercurrens obtutibus impedit ignem.
V. 65. Ingenuis... fontibus. — Ce n'est pas sans hésitation
que je traduis : 0. Au-dessous des eaux où elles sont nées, les
herbes... » Les commentateurs donnent à l'expression ingenui
fontes le sens de sources naturelles qu'elle a dans Lucrèce
(I, V. 230) :
Unde mare, ingenui fontes, externaque large
Flumina snppeditant?
Barth dit en effet : « Scitè ingenui fontes, eo loco quo nafcuntur ,
non adfciti opère aut machinis aliuiide.» (Advers., XIV, 12.)
Souchay et Wemsdorf répètent à peu près la phrase de Barth. Mais
cette explication ne me semble pas convaincante : c'est une vraie
naïveté de faire remarquer que les eaux de la Moselle sont des
eaux naturelles, qui n'ont pas été amenées par le travail des hommes
dans le lit du fleuve. J'aime mieux me rapprocher de la traduction de
Corpet: « Au-dessous de ces eaux qui l'ont vue naître, l'herbe...»,
et supposer qu'en rhéteur consommé, Ausone a voulu user d'une
h3^pallage, ou même, qu'en imitateur malhabile des anciens, il a,
comme cela lui arrive souvent, donné à l'expression du poète dont
il s'inspirait un sens qu'elle ne pouvait avoir dans Lucrèce. On
trouvera, aux v. 207 et 368 de la Moselle, des exemples de la
manière maladroite dont Ausone a parfois imité Virgile.
V. 68. ToTA Caledoniis tali specie ora Britannis. —
Ce vers a beaucoup exercé les commentateurs : tous ont donné
h
58 COMMENTAIRE
leur correction, et chacun, cela va de soi, la jugeait définitive.
Vinet, dans son admirable bonne foi, avouait ne guère com-
prendre le passage, et rappelait que certains critiques pensaient
résoudre toute difficulté en ouvrant après tota une parenthèse qui
ne se fermait qu'avec le vers 72. {Comment., 246 A.) Barth pro-
posait une correction. Nota, qu'il jugeait admirable : Nihil vérins
hac repofitione (Advers., XIV, I2), et que ToUius, Souchay,
Wemsdorf, etc., acceptaient. Heinsius voulait Iota; l'anonyme
d'Heidelberg, torta. D'autres essayaient de rendre le passage plus
intelligible en changeant non un mot, mais la ponctuation. Christ
voulait lire Tota. Caledoniis... Ce rejet lui semblait une trou-
vaille : Namqiie hoc tota in fine pofitutn, ict nihil omnino glareœ
lateat, gratiam habet fingularent. D'ailleurs, longtemps avant
Christ, les anciennes éditions (Ugolet, Avantius, l'Ascensiana,
l'Aldine, les éditions de Lyon de 1537, 1540 et 1548) avaient fait
suivre Tota d'un point ou d'un point-virgule. Tross revient
simplement à la parenthèse dont Vinet fait mention. Toutes ces
corrections semblent stériles: le mot à corriger serait, je crois,
pictura, qui peut être entré dans le texte par un souvenir que gar-
daient les copistes de ces mots picti, virides, caeriilei, devenus
comme une épithète de nature des Britanni, depuis que César
avait dit (B. G.,V, XIV, 2): Omnes vero se Britanni vitro infi-
ciunt quod caeruleum efficit colorent. Cf. Ovide {Anior., II, XVI,
V. 39): viridesque Britannos ; Properce (III, xi, v. i, édit. Mill-
ier) : infectas... Britannos; Martial (XI, lui, v. 1): caeruleis...
Britannis; (XIV, XCIX, v. i): pictis... Britannis. C'est donc
pictura qu'il faut éliminer du texte, ce qu'ont timidement essayé
Lachmann en proposant />/c^/«n ora, et Bœcking, picta ora; plus
radicalement, en écartant tout souvenir du mot pictura, H. Speck,
qui propose tali est specie ora (Quaestiones Ausonianae, Thesis
I, Vratislaviae, 1874), et Peiper, qui écrit talis patet ora. Je
préfère, comme plus rapprochée de la leçon des mss., la conjec-
ture de Speck, en supprimant toutefois est, et en lisant tali
specie ora. C'est d'ailleurs ainsi que Schenkl, dans son édition,
reproduit, peu exactement comme on le voit, la conjecture de
Speck.
Britanni est le nom général des habitants de la Bretagne conti-
nentale et de la Grande-Bretagne; la Caledonia correspond à
l'Ecosse septentrionale ; il est donc ici question des côtes d'Ecosse.
Les auteurs anciens parlent très souvent des perles de Bretagne.
Par exemple. Tacite (Agricola, xii) : * Fert Britannia aurmn...
gignit et Oceanus margaritas. « Ammien Marcellin (XXIII,
COMMENTAIRE 59
VI, 88) : « Qnod genus gemmae etiam in Britannici secessibus
maris a-iyni legique... non ignoramus. » Pomponius Mêla (III,
VI, 5): « Qnaedain [fiumina Britanniae] gemmas margaritasque
o-enerantia.» Suétone (Caes., XLVli) : (: ...Britanniam petiisse spe
ntargaritarum. » Pline l'Ancien (N. H., IX, 1 16, édit. L. Janus):
<i....quoniam divus Iulius thoracem, quem Veneri Genetrici in
templo eius dicavit, ex Britannicis margaritis factum voluerit
intellegi. »
V. 74. Non concolor herba. — «L'herbe, par le contraste
de sa couleur, etc. » Je ne peux admettre l'interprétation de
Corpet, qui traduit : < l'herbe bigarrée ». L'épithète non concolor
n'est pas prise dans un sens absolu, mais relatif, par rapport à la
couleur des cailloux. Je traduis comme si Ausone avait écrit :
herba non concolor (lapillis) detegit admixtos lapillos.
V. 80. Edere FAS : HAUD ILLE SINIT. — Les mss. ont auf ;
le Rh seul a haud, qui est la leçon ordinairement adoptée dans les
éditions. Bœcking écrit haut, ce qui est une autre forme de haud.
Schenkl et Peiper reviennent à la leçon atit, sans doute en
souvenir d'un vers de Virgile (Aen., II, v. 779 : Pas aut ille sinit
summi regnator Oiympi), qu'ils citent tous les deux dans leurs
listes des vers de VÉ7iéide imités par la Moselle. Mais il faut bien
se rappeler qu' Ausone ne se croit jamais addictus iurare in verba
magistri. M. Dezeimeris, un des hommes qui connaissent le
mieux Ausone et qui sentent le plus délicatement les finesses,
parfois trop subtiles, de ce Gascon de la décadence romaine,
remarque, justement à propos de ce vers, qu' Ausone « au plaisir
de citer les maîtres ajoute une sorte de coquetterie à montrer
qu'il est de force à les varier, et que tout en se proclamant leur
disciple, il tient à constater qu'il n'est l'esclave de personne, pas
même de ses plus chers modèles». {Corrections et Remarques
sur le texte de divers auteurs, Bordeaux, Feret, 1883, p. 74.)
Cette raison de psychologie intime a bien sa force : mais Ausone
prouve trop souvent, quand il imite les anciens, que l'esprit qu'il
veut avoir gâte celui qu'il a. Ses imitations en deviennent quel-
quefois forcées et maladroites. Nous en avons cité et nous en
citerons des exemples. J'aime mieux justifier l'emploi de haud
par une des habitudes du style du poète. Il n'emploie que deux
fois /as substantivement (édit. Schenkl, XXVII, 3, v. 9; 7, v. 1).
Le plus souvent /rts ou/as est signifie : il est permis, et se trouve
suivi d'une proposition infinitive {Epigr., LV, v. 3; LXXXXV,
6o COMMENTAIRE
V. 5; Prof. [XVI], 21, V. 3; E-pist., IIII, v. 95; Praefat., II,
V. 4; Mos., V. 187, V. 443, etc., etc.;). Je crois donc qu'il n'y a pas
lieu de s'éloigner de la vulgate et qu'il faut écrire : Edere fas :
haud ille sinit...
V. 80. Cura secundae Sortis. — Allusion au partage bien
connu du monde que firent entre eux Jupiter, Neptune et Pluton.
Voir Iliade, XV, v. 187 et suiv. ToUius et Bœcking citent une
épigrainme que Baehrens met au nombre des Dubia, Suspecta,
Falsa (Poetae latini minores, vol. V, carm. LXXVI, de love et
Nepttmo et Plutone) :
Tiippiter astra, fretum Neptunits, Tartara Pluto
Régna paterna tenent, très tria, quisqxie suiim.
Ausone s'est évidemment inspiré ici de ce passage de Lucain
(Pharsal., IV, v. no) :
... sic sorte secunda
Aequorei rector facias, Neptune, tridentis.
V. 84. Catervas. — Cette longue énumération des poissons
de la Moselle est un des épisodes les plus fameux du poème.
Dans la lettre qu'il adressait à Ausone pour se plaindre de ne pas
avoir encore reçu la Moselle, Sym.maque s'en émerveillait et
prétendait que son ami avait trouvé dans sa féconde imagination
bien des poissons qu'il n'avait jamais servis sur sa table :
« Unde illa amnicorum piscium examina repperisti, quant
nominihus varia tam colorihus, ut magnitudine distantia sic
sapore, quae tu pigmentis istius carminis supra naturae doua
fucasti? Atqui in tuis mensis saepe versatus, cum pleraque
alia, qttae ttmc in praetorio erant esui obiecta, mirarer,
numquam hoc genus piscium deprehendi. Qnando tibi hi pisces
in lihro nati sunt, qui in ferculis non fuerunt ? » Cette
plaisanterie de Symmaque a été prise au sérieux par certains
commentateurs, Souchay entre autres, qui reproche gravement à
Ausone ses exagérations {edit. in us. Delph., p. 302, not. 7). La
plupart des éditeurs ont essayé d'identifier les noms des poissons
cités en latin dans la Moselle avec les noms modernes. Scaliger,
qui s'en occupe en plusieurs passages de ses Aiisonianae
Lectiones (I, 3, 26), prétend en effet « & pifciû agmina illa
explicare & ad nojiras appellationes ea reuocare ». Mais ses
explications sont souvent peu concluantes, et il doit faire des
aveux, comme celui-ci, avec une modestie qui ne lui est pas
COMMENTAIRE 6l
coutumière : « De Rhedone nihil poffinn dicere. » Le conscien-
cieux Vinet se contente de renvoyer aux ouvrages des savants
de son temps qui ont écrit sur les poissons. Il cite, en particulier
{Comment.) 247 A) Pierre Belon, aviteur de divers ouvrages
latins et français sur les poissons, publiés en 1551, 1553, i555, et
Guillaume Rondelet, auteur d'une Universa piscium historia,
Lyon, 1554. Freher, dans son édition de la Moselle, annonce qu'il
ne s'attardera pas à des dissertations sur les poissons, et se borne
en effet à indiquer aux lecteurs curieux les passages où en ont
parlé les auteurs spéciaux : Rondelet et Belon, puis quelques
autres, parmi lesquels il faut citer F. Bousset, abréviateur de Ron-
delet, Conrad Gesner, de Zurich (1516-1565), auteur des Historiae
Animalium, dont le quatrième livre est consacré aux poissons,
et Paulus Jovius (Paolo Giovio), qui publia à Rome, en 1527, un
traité De piscibus marinis lacustribits et flnviatilibus.
La science contemporaine, elle aussi, s'est occupée des poissons
de la Moselle. Demogeot a beau s'écrier : « Quel amateur
d'ichtyologie ne serait fatigué par cette revue de tous les poissons
de la Moselle qui viennent défiler en bon ordre, avi son d'une
harmonieuse versification, pendant une centaine de vers?...»
(Études historiqties et littéraires sur Attsone, p. 66, Bordeaux,
1837): les amateurs d'ichtyologie ont mis à profit la revue d'Ausone
et en ont tiré les éléments de travaux sur les poissons de la
Moselle. Témoin les ouvrages cités et utilisés par Bœcking
dans son Commentaire : Schaefer, Moselfauna, Trêves, 1844,
ii'e partie. — Chassot de Florencourt, die Moseîfische des Aiisonius
(Jahrb. des Vereins von Alterthumsfreunden iin Rheinlande ,
Bonn, 1844). — Oken, die Ausoniiis Fische in der Mosel {Isis,
fascicule I, Leipzig, 1845). Les savants ont rendu justice à
l'exactitude des descriptions d'Ausone. (Voir Humboldt, Kosiuos,
traduct. Galusky, Paris, 1848; note à la page 21 du tome IL)
Ampère a dit : « Les détails sont d'une telle exactitude que
M. Cuvier s'est servi du poème d'Ausone pour déterminer
plusieurs espèces de poissons. > (Ampère, Hist. litt. de la
France avant Charlemagne, 3^ édit., 1870, vol. I, p. 265.) Le
dernier traducteur français d'Ausone, Corpet, a eu recours pour
celles de ses notes qui concernent les poissons « aux lumières de
M. A. Valenciennes, professeur au Muséum d'histoire naturelle,
au nom duquel de savantes recherches sur l'histoire natvirelle des
poissons ont acquis une autorité imposante ;>. — C'est principa-
lement d'après Bœcking et Corpet que je rédige les notes qui se
rapportent aux poissons de la Moselle.
62 COxMMENTAIRE
V. 85. Capito. — Ce poisson (Cyprintis ilohula de Liiiné)
se nomme en français, d'après Valenciennes, le Meunier, la
Dobiiïe, le Vilain, la Chevaine. Vinet a soin de le distinguer
d'un autre poisson à grosse tête, nommé aussi Ceplialus ou
Capito. Celui-ci est un poisson de mer, le Muge ou Chabot.
V. 87. Bina trihoria. — c ...deux fois trois heures. » Ausone
emploie ailleurs la même expression, dans un passage semblable
à celui-ci (édit. Schenkl, Epist., IIII, v. 62) :
Nec duraturi post bina trihoria corvi.
Le mot trihoriinn, qu'on lit encore dans le Liber Eglogarinn
d' Ausone (édit. Schenkl, V, lO, v. 5: super trihoria)^ ne se
trouve dans aucun autre auteur latin.
V. 88. Salar. — La truite (Sahno fario de Linné; remarquer
que Limié emploie le mot fario au lieu de sario : on verra, au
V. 130, qu'à partir de la Juntine, le texte vulgaire de la Moselle
adopte fario, au lieu de sario, leçon de tous les mss.). Sidoine
Apollinaire parle de la pêche du salar (Epist., II, 2, édit.
Savaron, Paris, 1598, p. 33, lignes 17-22) : <. Hinc iatn fpeCiabis,
vt promoueat alnum pifcator in pelagus, vt fiataria retia
fuberinis corticibus extendat, aut fignis per certa interiialla
dispofitis, traSîus funiiim Ubrentur, hainati fcilicet, vt nocttir-
nis per lacum excurfibus rapaciffimi falares in confanguineas
agantur infidias. » Vinet (Comment., 247 B) dit qu'à sa connais-
sance Ausone et Sidoine sont les seuls auteiurs latins anciens qui
aient parlé du Salar: <: Nefcio, an falaris ueterum Latinorum
quifpiam meminerit alius prœter Aufonium hoc loco & Apol-
linarem Sidoniutn in epijlola fecunda libri fecundi.» Les
dictionnaires, en effet, ne donnent pas d'autre exemple du mot
salar. Matthias Martinius, auteur d'un Lexicon Etymologiciim
(Utrecht, 1698), rattache le nom de ce poisson au verbe salio,
sauter : ^Nomen verô, utfalmonis, ita falaris, àfaliendoduco.-»
V. 89. Rhedo. — Ce poisson (Cobitis barbatnla de Limié) est
la loche, d'après Valenciennes ; telle était déjà l'identification de
Robert Ceneau, mentionnée par Vinet. Scaliger avoue ne rien
connaître sur le compte de ce poisson. Freher, Soucha)-, etc., se
bornent à constater cette ignorance qu'ils partagent. Bœcking dit
que le rhedo, d'après Schaefer, est la lamproie, et, d'après Oken,
\di gadus Iota, en français, la lotte.
COMMENTAIRE 63
V. 90. Umbra. — L'oiubre (Salino thyDiallus de Linné) est
un poisson de rivière que Vinet, et les commentateurs d'Ausone
qui le copient, confondent à tort avec Viimhra, sciciena ou scia-
deits ((Txiaiva, ffxiaôeOç), poisson de mer cité par Varron (de Ling.
Lat., V, XII, 23), Columelle (VIII, xvi, 8), Ovide (Halieut.,
V. 1 1 I , édit. Merkel, Leipzig, 1881, corporis umbrae Liventis).
Gesner donne du nom de V Ombre une explication qui semble
empnmtée au vers d'Ausone : * Umbra vocatur... quia céleri
fuo natatu oculos effugieiis, umbra pifcis potius qiiam verus
pifcis intuentibus appareat. 3
V. 91. Saravi. — Voir, sur ce fleuve, la note du v. 367.
V. 92. QUA BISTERNA. — Allusion à un antique et célèbre
pont sur la Sarre (Saravics) près du village de Conz. C'est là que
la Sarre se jette dans la Moselle, en face du bourg d'Igel.
V. 93. Famae maigris. — C'est la leçon de tous les mss., à
l'exception du Reg qui a maiores^ faute de copie, et du G qui a
melioris, sans doute à cause d'une distraction du copiste, amenée
par le melior du v. 95. Bœcking reprend melioris en se fondant
sur le vers de Virgile {Aen., IV, v. 221 ...famae melioris aman-
tes). Mais maioris se justifie aussi par une imitation évidente de
Lucain (I, v. 400 ...famae maioris in amnem).
V. 94. Barbe. — Le barbeau [Cyprinus barbus de Linné).
Freher renvoie au sujet de ce poisson à Rondelet, cap. xix, de
fluviatilibus piscibus. Le mot barbus semble ne se trouver que
dans Ausone; on lit, dans Cicéron, barbatulos mtillos (Parad.,
V, II, 38) et barbati mulli {ad Attic, II, i).
V. 97. Salmo.— Le saumon (Salmo salar de Linné). Fortunat
(de Navigio suo, v. 71 j parle des saumons de la Moselle que l'on
prend dans des filets et dans des rets d'osier :
Denique, dum praesunt reges in sedibus aulae,
Ac niensue officio prandia festa colunt,
Retibus inspicitiir qiio salmo fasce leiatur.
V. 102. DUBIAE... CENAE. — « ...des festins où l'abondance
rend le choix ditficile. -> Térence qui, à notre connaissance, est
le premier à employer cette expression, la fait expliquer par
64 COMMENTAIRE
Phormion (Phonn., II, H, v. 28 viilgo; III, I, v. 28, édit. F ec-
keisen, Leipzig, i88i):
Phormio... cena dubia adponitur...
Geta. Quid istuc verbist ? — Ph. Ubi ta diibites quid siimas potissimum.
Horace {Sat., II, 11, v. 76) a employé aussi la même expression :
Vides, ut pallidiis omnis
Cena desurgat dubia ?
V. 106. Per Illyricum. — <: ...en lUyrie. » Corpet traduit:
« dans les mers d'IUyrie ». Mais il ne semble pas c^u' Illyricum pris
absolument ait ce sens. (Cf. Virg., Aen., I, v. 2:\t,: Illyricos...
sinus; Horat., Carm. , 1, xxviu, v . 22 : Illyricis...îtndis.) On sali,
d'autre part, que V Illyricum est le nom de la contrée d'IUyrie. Au
ive siècle, VlUyricum oriental et VIllyricum occidental compren-
nent toutes les contrées riveraines du Danube : Pannonie, Dacie,
Mœsie, etc. — h'Hister au double nom est le Danube qui s'appelle
en grec ô'IcrTpoç. On désigne quelquefois, d'une manière spéciale,
par Hister le cours inférieur du fleuve, le nom de Danube étant
particulièrement réservé au Danube supérieur.
V. 107. MUSTELA. — La lotte (Gadus Iota de Linné). Scaliger,
dans une longue dissertation (Auson. Lect., I, 26) affirme que la
viustela est le même poisson que la lanipetra ou lamproie. Telle
est aussi l'opinion de Vinet, d'après Rondelet. Bœcking dit que
Schaefer assimile la mustela à la gadus Iota de Linné ; mais que
Oken, qui assimile le rhedo à la gadus Iota (voir note au v. 89),
reconnaît dans la mustela la lamproie ou petromyzon fluviatilis.
V. loS. Lata. — On lit laeta dans l'édition de Peiper. Laeta
est, d'après Bœcking, qui ne l'adopte pas, et d'après Peiper, une
conjecture de l'anonyme d'Heidelberg, dont il a déjà été question
au v. 57. Tross (je n'ai en mains que son édition de 1S24, mais
Bœcking assure qu'elle est identique à celle de 1821) prétend être
l'auteur de cette conjecture (l'anonyme n'a fait paraître la sienne
que dans le Jahrhuch d'Heidelberg de 1822). Tross soutient que
la Moselle est loin d'être large, qu'Ausone le dit expressément
au V. 293 (mais il semble qu'à ce vers Ausone fait allusion à
quelque endroit où le lit de la Moselle est plus resserré), et que le
poète attribue ailleurs au fleuve cette même épithète de laetiis
(v. 73, 416). On doit cependant remarquer qu'ici, après avoir
COMMENTAIRE 65
passé en revue tous les poissons de la Moselle, il va parler du
magniis siliiriis. C'est l'épithète de lata qui est de saison pour
Toiiportunisme de notre poète gascon, qui tient à élargir le tieuvc
qu'il chante, quitte à le rétrécir plus tard, si c'est nécessaire pour
les autres agréments de la Moselle qu'il aura à louer ensuite.
V. 109. Defraudarentur. — Tous les mss., à l'exception
du Reg, ont defraudarentur, que conservent tous les éditeurs
jusqu'à Bœcking inclusivement. C'est la vraie manière d'écrire le
mot (cf. F. Antoine, Manuel d'orthographe latine, Paris, 1881,
p. 77), et il ne convient pas de suivre le Reg, comme l'ont fait
Schenkl et Peiper.
V. 115. Perça. — La perche {Perça fluviatilis de Linné). C'est
aussi le nom d'un poisson de mer (cf. Pline l'Ancien, N. H., IX,
57; c'est, d'après Littré, dans sa traduction de Pline, la perça
scriba de Linné; dans un autre passage, N. H., XXXII, 145,
Pline met les perches au nombre des poissons qui appartiennent a
lafoisàlamer et aux fleuves: < Communesque... aniniac mari...
percae »). Freher, qui renvoie au cap. xxii du livre de Rondelet,
de fluviatilibus piscibus, distingue la perche des fleuves de la
perche de mer, et ajoute que la première est, comme aliment, bien
supérieure à la seconde.
V. 117. MULLis. — Le surmulet (Mullus surmuletus de Linné)
est choisi par Ausone pour rehausser les mérites de la perche
qu'il lui compare. C'était en effet un des poissons de mer que la
gourmandise des Romains recherchait le plus. On connaît l'anec-
dote racontée par Sénèque {Einst. ad Lucil., XCV) : Tibère,
ayant reçu en présent un surmulet magnifique, le fit envoyer au
marché où deux gourmands célèbres, Octavius et Apicius, se le
disputèrent. Il devint la propriété du premier, qui le paya cinq mille
sesterces. Macrobe (Saturn., II, xil) et Suétone (Tib. Nero,
XXXIV) parlent de surmulets qui ont été payés six et dix mille
sesterces. On ne se délectait pas seulement à manger du surmulet,
mais aussi à voir mourir ce poisson : Sénèque nous raconte encore
que les gourmands ne trouvaient aucun spectacle plus charmant
que l'agonie du surmulet; on le faisait mourir sous les yeux des
raffinés qui devaient, aussitôt mort, le donner à accommoder et
s'en régaler : « Nihil est moriente [saxatili mullo] formosius.
Da mihi in manus vas vitreuni in quo exsultet, in quo trepidet.
Ubi multum diuque laudatus est, ex illo perlucido vivario
66 COMMENTAIRE
extrahituy ; tiinc, ut quisque peritior est, monstrat. Vide
quoinodo exarserit ruhor, omni acrior niinio; vide quas per
latera venas agat ; ecce sanguineum putes ventrem; quam
luciduni qiiiddam, caerideumqiie sub ipso teinpore effulsit! lani
porrigittir et pallet, et in utiicrn colorent componitiir!...» (Nat.
Quaest., III, xviil.) J'ai profité de l'occasion qui m'était donnée de
citer ce passage de Sénèque, car il semble que, voulant décrire
la mort du poisson tiré sur la grève {Mos., v. 259 et suiv.), Ausone
ait eu la description des Questions naturelles sous les yeux, et
se soit proposé de rivaliser avec Sénèque.
V. 122. LuciUS. — Le brochet (Esox Iticius de Linné), qui
était, paraît-il, peu estimé des Romains. D'après Bœcking, ce
poisson aurait été d'ordinaire nommé lupus, à cause de sa voracité
(cf. Ovide, Halieut., v. 112: ...rapidique lupn). Le loup-marin
était très recherché quand on le prenait, à Rome, entre les ponts,
où il avait pu s'engraisser des immondices jetées dans le fleuve;
très peu estimé au contraire quand on e péchait en mer, ou
près de l'embouchure du Tibre (cf. Horace, Sat., II, il, v. 30-33).
Columelle (VIII, xvi) cite une anecdote qui montre le mépris où
l'on tenait les loups-marins qui étaient capturés dans le fleuve
où ils avaient remonté. Il fallait, pour qu'ils fussent appréciés,
ne les livrer à la consommation qu'après les avoir au préalable
soigneusement engraissés dans les viviers. On s'expliquerait ainsi
pourquoi le lucius de la Moselle, pris dans le fleuve même, était
dédaigné des gourmets et relégué dans les gargotes enfumées.
Mais il n'est pas prouvé que le lucius soit le même poisson que le
lupus, le loup de mer ou bars (Labrax lupus de Linné). Lucius
n'est pas une traduction de X^xo?; le nom du poisson vient proba-
blement de lux, comme le prénom romain Lucius. D'après
Mathias Martinius, dans son Lexicon Philologicum, ce nom
vient «à luce, id ejî, claritate oculorum». D'ailleurs, ce nom est
resté longtemps, sans beaucoup se modifier, celui du brochet dans
le Bordelais : Littré, au mot Brochet, dans son Dictionnaire
de la langue française, dit, sans donner d'exemples à l'appui :
« L'ancien nom du brochet était luz, du latin lucius. » Vinet, de
son, côté, dit {Comment., 250) : « In lulij Cefaris Aquitania
nome RomanTi adhuc retinuit hic pifcis, fed côtractû Lus, pro
illo Lucius. Satanés mei, Bequet, vocât, ab oblôgo ore, puto,
quod Beccû Galli dicïlt... Alij Galli etià, Brochet. » Les Bor-
delais du temps d'Ausone devaient donner au brochet ce nom de
Lucius, qu'aucun autevir latin n'emploie avant le poète de la
COMMENTAIRE 67
Moselle. (Gt. Conr. Gesner, Histor. ^nzwa/., p. 599, Zurich, 1558 :
Aufoniiis primus ex Latinis, qiiod fciam, Lucii noinine tifits
eji.) Cet emploi à peu près unique du nom de Lucius explique que
les commentateurs n'aient pas osé décider à quel poisson il se
rapportait. Pourquoi a-t-on donné au brochet par dérision un
prénom latin? Vinet avoue ne pas bien comprendre ce que veut
dire Ausone : <; Sed cur rifus, paru video, nifi forte, qiwd Jicuti
Cicérones, &= Fabij , &> Pifones, rifui fuere, qui a legmniiiib^
nome habuerût, ita rifi fint Liicij, Liipi, Meride, qui ah aninia-
Jibiis nominati ejfent. » Je crois que cette dérision n'existe que
dans l'esprit d' Ausone : le vieux rhéteur devait trouver très risible
cette communauté de nom entre un poisson méprisé et Lucius
Licinius Crassus, le grand orateur, par exemple.
V. 125. VULGI SOLACIA. — Schenkl et Peiper ont raison
d'écrire solacia sur l'autorité du Reg. C'est la vraie orthographe
du mot. (Cf. F. Antoine, op. cit., p. 93.) On lit dans les autres
mss. solatia, orthographe qui a été adoptée par tous les éditeurs
précédents, y compris Bœcking. Le Reg seul a volgi, adopté
d'ailleurs par la plupart des éditions anciennes et conservé par
Schenkl. J'aime mieux vulgi, leçon des autres mss. conforme à
l'orthographe latine depuis Auguste (cf. Antoine, op. cit., p. 9),
et admise par Tross, Bœcking et Peiper.
V. 125. TiNGAS. — La tanche {Cyprinus tinca de Linné).
Freher remarque qu'Ausone est le seul auteur latin qui cite ce
poisson; il pense que si les autres auteurs ne font jamais mention
de la tanche, c'est qu'ils ne parlent guère que des poissons recher-
chés par les gourmands.
V. 126. X-LBXJ-R^os. —'L'ablette (Cyprinus albiirnus de Linné).
D'après Schaefer, cité par Bœcking, ce poisson serait VAspitis
albnrnoides, espèce particulière qu'il faut distinguer du Cyprinus
aîbiirnus de Linné. Vinet, qui fait observer qu'en Saintonge ce
poisson se nomme auburne, constate aussi qu'il n'en a trouvé le
nom latin dans aucun autre auteur ancien qu'Ausone. L'ablette
aura probablement été négligée par les auteurs latins pour le même
motif que la tanche.
V. 127. Obsonia PLEBIS. — Schenkl écrit opsonia, et Peiper,
obsonia. Les deux orthographes du mot se trouvent dans les
éditions anciennes; mais comme les mss. ont tous obsonia, à l'ex-
68 COMMENTAIRE
ception du L qui a, par erreur, ohsenia, comme en tout cas aucun
d'eux n'a opsonia, il semble préférable de garder, comme fait
Peiper, obsonia, qui sans doute est rejeté par la vulgate, mais
repris par Tross et Bœcking.
V. 127. Alausas. — L'aZose {Cliipea alosa de Linné). Encore
un poisson que les anciens estimaient peu et que les gourmets
modernes apprécient davantage. Encore un mot qui ne se trouve
que dans Ausone. Pline l'Ancien (A''. H., IX, 44) désigne, dit-on,
l'alose par le nom de clupea. Mais Littré, dans sa traduction
de Pline (collection Nisard, Didot, 1860), identifie la cliipea
avec le lamprillon {petromizo7i hranchialîs de Linné). Quoi qu'il
en soit, Ausone, comme le remarque Freher, appelle toujours les
poissons dont il s'occupe par le nom que le vulgaire leur donnait.
Peut-être aussi, comme Vinet le supposait, alausa était-il le nom
gaulois de la clupea.
V. 130. Sario. — La truite saumonée (Salmo trutta de
Linné). Le nom de sario a subsisté sous la forme de fario, que
lui donne la Juntine, dans le texte vulgaire des éditions de la
Moselle. On a vu (note du v. 81) que Linné appelle la truite,
salmo far io et non salmo sario. Comme le mot sario est un de
ceux qui ne se trouvent que dans Ausone, on comprend quelle
influence a eue la mauvaise leçon introduite dans le texte par la
Juntine. D'ailleurs, il est probable que l'éditeur de la Juntine n'a
pas écrit fario par suite d'une mauvaise lecture de son ms.,
mais parce qu'il pensait le corriger avec le secours d'Isidore de
Séville (Orig., XII, vi, 6 : « Varii a varietate, qiios vulgo tractas
vocant >). De Varius à Fario, la différence est peu sensible. Les
anciens croyaient que la truite saumonée était une truite prise
au moment de sa transformation en saumon. Bœcking cite un
passage de Walter Scott {L'Abbé, 1. II, chap. 9: par, wich some
sui,p)Ose infant salnion), qui prouve que cette croyance a subsisté
longtemps en Ecosse. 11 remarque aussi que I2 nom allemand
Lachsforelle (Lachs, saumon ; forelle, truite) fait allusion à cette
double nature.
V. 132. Maior GEMINIS. — Schenkl et Peiper écrivent ^em/nes
maior. C'est la leçon du G : mais les autres mss. et toutes les
éditions ont gobio, non maior geminis, que je préfère, Ausone
ayant l'habitude, quand la chose est possible, de ne pas commencer
l'hexamètre par deux dactyles suivis d'un spondée.
COMMENTAIRE 69
V. 132. GOBiO. — Lq goujon {Cyprintts gobio de Linné). C'est
encore un poisson dont on ne trouve guère le nom que dans
Ausone : car les autres auteurs qui citent le gobio ou gohius,
Juvénal (XI, v. 37), Martial (XllI, LXXXVlll, v. 2), Ovide {Ha-
lient., V. 130), à qui Ausone emprunte à peu près textuellement,
pour la description du rhedo (Mos., v . 89) , le vers consacré augobius,
Lubricus et spina noctuis non gohliis ulla...
tous ces auteurs désignent le goujon de mer : gobie ou paganel,
d'après Littré (Dictionn. langue franc .) . Pline l'Ancien semble
cependant attribuer spécialement le nom de gobio au goujon de
rivière (A''. H., IX, 177), et celui de cohio au goujon de mer
(iV. H., XXXII, 146). Les mois gobio et cobio viennent l'un et
l'autre du grec xwêiôç.
V. 135. Silure. — Le silure {Silurus glanis de Linné). Le
nom de silure, en grec (rîXoupoç, viendrait de (tei'w, agiter, oOpâ, la
queue. Vinet dit que Rondelet fait de grands efforts pour arriver
à définir quel est ce poisson. Depuis Paul Jove, tous les commen-
tateurs qui se sont occupés des poissons de la Moselle, de Freher
à Bœcking, prétendent qu'il est ici question de Vesturgeon (aci-
penser sturio). Bœcking assure que si Ausone donne au silurus
le nom de pecus aequoreuv.i, c'est que l'esturgeon a une tête
pyramidale comme le porc ; s'il le compare au dauphin, c'est que,
comme ce poisson, il a un museau pointu. Il fait enfin remarquer
qu'il a vu pêcher des esturgeons dans la Moselle. Freher, qui
identifiait lui aussi l'esturgeon avec le silurus, devait cependant
reconnaître, à propos du v. 148, que l'expression mitis ballena
convenait peu au vorace esturgeon: «Alias Sturio voracijfimus ,
hîc forte cmn dotnicilio & alimenta feritatem exuit. » Juvénal
(IV, v. 33 ; XIV, V. 132) parle aussi du Silurus; et, à propos de ces
passages, les commentateurs ont les mêmes hésitations entre le
silure et Vesturgeon. Corpet, d'après les renseignements fournis
par Valenciennes, est très affirmatif: « La description d'Ausone
est si claire et si précise qu'on ne peut douter qu'il n'ait parlé du
Silure... Notre poisson, connu aujourd'hui comme le Silure, était
le Y>avi; d' Aristote ; déjà Pline avait traduit par Silurus l'expres-
sion d'Aristote, et c'est par suite de diverses confusions depuis
Scaliger jusqu'à Schneider que le mot de Silurus a été donné
comme synonyme de l'Esturgeon. > Pline parle souvent du Silu-
rus (cf. N. H., V, 51 ; IX, 44; XXXII, 90, etc.), que Littré, dans
sa traduction, identifie avec le Silurus glanis de Linné.
70 COMMENTAIRE
V. 139. Defessa. — Tous les mss. et la plupart des éditions ont
defensa, qui semble faire ici un contresens, mais que Bœcking
préfère garder malgré la conjecture de Gannegieter, detenta
{Miscell. Observ., vol. X, t. II, p. 177; Auistelaedaini, M. D. CC.
XXXIX : Lego detenta pro defenfa. Ea inenfura pifcis eji, ut
agmina folvere, id ejî/e totiiin extendere vix pojjit, quin detiiie-
tur aut a hrevibus vadis, aut ab tdvis, certe in Mofella, amne
ittodico...), et celle de Lachmann, deprensa, qu'il cite et qui est
adoptée par Peiper et Schenkl, malgré la correction defessa qu'il
propose lui-même sans s'y arrêter. Lachmann songeait à un pas-
sage de Claudien (In Eiitrop., II, v. 430) :
lam brevibus deprensa vadis, ignara reverti
Palpitât, et vanos scopulis illidit hiatus.
Mais le sens n'est pas le même : Ausone ne parle pas, comme
Claudien, d'un monstre marin qui va mourir dans les bas-fonds
où il s'est engagé ; le Silurus est seulement fatigué et a peine à
se mouvoir (longi vix corporis agmina solvit); defessa répond
bien à vix, et je crois que c'est la leçon à adopter. D'ailleurs,
il n'est pas sûr qu'on lise deprensa dans le vers de Claudien
sur lequel Lachmann, Schenkl et Peiper fondent leur correction :
en effet, si le Laurentianus et le Vossianus ont bien deprensa, le
Vaticanus a dephensa et le Bruxellensis, defensa. (Cf. l'édition
critique de Claudien par Jeep, Leipzig, Teubner, 1876, vol. I,
p. 204.)
V. 146. FUNDIT. — Peiper écrit extindat. Cette correction
inattendue, qui ne s'appuie sur l'autorité d'aucun ms. et que
nulle nécessité ne justifie, me semble essentiellement négligeable.
V. 149. Magnusque honor additur amni. — J'adopte le
texte de Bœcking; magnusque honor est une de ces appositions,
si fréquentes dans la Moselle; et additur constitue une nouvelle
proposition, qui est indispensable après que, et qui d'ailleurs
renforce le sens de Exitio procul est.
V. 152. Spectacula vitea. — La vue des vignobles qui
bordent la Moselle inspire aussi à Fortunat une longue tirade
(de Navigio suo, v. 25-44).
V. 157. GAURANUM...IUGUM. — Le GaM/'MS est une montagne,
ou plutôt une chaîne de montagnes, située en Campanie près de
COMMENTAIRE Jl
Puteoli (Pouzzoles), entre l'Averne et le Lucrin. Les vins du
Gaurus sont souvent célébrés par les auteurs anciens, en pairticu-
lier par Pline l'Ancien, au livre XIV de son Histoire Naturelle,
et par Stace(S//v.j III, i). La région du Gaurus était volcanique:
Ausone fait allusion à ce fait (v. 209), en même temps qu'il rappelle
que cette chaîne de montagnes était couverte de vignobles :
Sulphiirei... iiiga coiisita Gttnri.
V. 158-159. RHODOPEN...PANGAEA...ISMARIUS COLLIS. — Le
Rhodope, le Pangée et l'Ismare sont trois chaînes de montagnes
de la Thrace. Le Rhodope se détache de la chaîne du Scomius,
vers l'E., et s'étend sur la droite de la rivière Nestus, dans la
direction S.-E. vers la côte. La chaîne du Pangée court entre le
Strymon et le Nestus, près de Philippes en Macédoine. L'Ismare,
qui s'élève entie Maronéa et Stryma, produit un vin qui était
célèbre dès la plus haute antiquité : c'est avec une outre pleine de
ce vin de l'Ismare, foncé et délicieux, qu'Ulysse enivra le Cyclope.
Virgile dit {Georg., II, v. 37) : iiivat Isnuira Baccho conserere.
Pline (iV. jy., VII, 197) parle des mines du Pangée, et ailleurs
(A''. H., XXI, 17), des plantations de roses qui couvraient cette
montagne. Virgile cite souvent le Rhodope en même temps que le
Pangée (cf. Georg., IV, v. 462). On sait que le Rhodope était
célèbre dans l'antiquité comme patrie d'Orphée; mais quant aux
vins du Rhodope et du Pangée, on pourrait dire de ces deux
montagnes ce que Vinet dit à propos du Rhodope : « De cuiiis
vitihtis aliiid non legi. » (Comment. , 252.) C'est sans doute à
cause de leur voisinage de l'Ismare, et pour allonger son énumé-
ration, qu' Ausone cite ces montagnes dont aucun auteur avant
lui ne semble avoir loué les vignobles.
V. 160. ViNETA Garumnam. — Ce n'est pas seulement sans
doute par amour-propre local qu' Ausone met son vin de la Garonne
à côté des plus célèbres de l'antiquité. Notre vin de Bordeaux
devait avoir au IV"' siècle la réputation qu'il n'a retrouvée en
France qu'au milieu du xviiio siècle, alors que le maréchal de
Richelieu, gouverneur de Guyenne, le mit à la mode. Mais Ausone
est le premier à faire l'éloge des crus du Bordelais : on sait par
Pline l'Ancien (A''. H., XIV, 18, 43, 68, etc.) que la vigne était
cultivée en Narbonnaise et, en remontant la vallée du Rhône,
jusqu'à Vienne. Les Arvernes (Auvergne), les Helviens (Ardèche),
les St?g»a«^s (Franche-Comté) avaient aussi des vignes et faisaient
du vin. Mais Pline, à qui nous devons tous ces renseignements
72 COMMENTAIRE
sur la culture de la vigne dans les Gaules, au i*"" siècle, ne dit rien
des coteaux de la Garonne. — Voir E. Desjardins, Géographie
de la Gaule Romaine, t. I, Vignes et vins, pp. 443-448.
V. 167. Probra canunt. — Ausone, d'après Accurse, ferait
allusion aux injures que, pendant les vendanges, passants et
travailleurs échangent sans se lasser. Accurse constate que de
son temps, dans le pays de Naples, l'obscénité des vendangeurs
n'épargnait la pudeur d'aucune femme ni fille honnête. Horace,
dont Ausone se souvient dans ce passage, disait déjà (Sa#., I, vu,
V. 28) :
Titm Praenestiniis salso multoque fluenti
Expressa arbusto regerit convicia, durus
Vindemiator et invictus, oui saepe viator
Cessisset, magna compellans voce cucuhim.
Crier coucou (cuculus) au vigneron, c'était l'accuser de paresse
(cf. seris cidtoribus), et lui reprocher de ne pas avoir taillé sa
vigne au moment où le coucou commence à chanter. Pline (N.H.,
XVIII, 249) dit que les cultivateurs c qui taillent tard leurs vignes
s'exposent à une honteuse dérision par l'imitation du chant de
l'oiseau de passage qu'on nomme coucou; car on regarde comme
im déshonneur que cet oiseau trouve la serpe dans la vigne »
(traduct. Littré). — Turnèbe (Advers., lib. II, cap. i , p. 37, Basileae,
MDLXXXI) rapproche le passage de Pline des vers d' Ausone,
et dit : c Viatores folebât cultores <S° vinitores fero colentes,
appellare cucullos, in defidiœ probrït. » L'expression seris culto-
ribus permet donc de voir ici une allusion au cuculus, et non aux
injures que les passants échangent avec les vendangeurs.
V. 170 et suiv. — Tout ce passage est imité de Stace (Silv.,
II, II, V. 100 et suiv.).
V. 172. Panas. — Le dieu agreste Pan, divinité nationale des
montagnes de l'Arcadie, célèbre par ses pieds et ses cornes de
bouc, est le chef des Pans, génies champêtres imaginés d'après
son type. Quand le culte de Pan fut transporté en Italie, on
identifia le dieu grec avec Faunits, fils de Picus et père de
Latinus. Faunus était la divinité tutélaire des bergers et des
laboureurs : les Faunes (cf. v. 177 ...Faunos) devinrent alors
synonymes des Pans. Les Satyres, dieux champêtres qui appar-
tiennent au cortège de Dionysos, sont la plus ancienne personni-
fication des Pans. D'après liésiode {fragment XCI, édit. Didot,
COMMENTAIRE 73
p. 57), ils ont pour soeurs les nymphes des montagnes (cf. v. 179
...Satyros vitreasque sorores).
V. 176. Oreiadas. — Les Oréades sont les nymphes spéciales
des pentes et des sommets des montagnes. Soeurs des Méllades
et des Dryades, elles vivent dans la société de Pan et des Satyres
qui les poursuivent de leurs ardeurs lascives. — Panope flu-
VIALIS. — Panope ou Panopea est une nymphe de la mer (cf.
Hésiode, Théogonie, v. 250, où Panope est citée parmi les filles
de Nérée; Virgile, Georg., I, v. 437: Glauco et Panopeae et
Inoo Melicertae; Aen., V, v. 240 : Nereidnm Phorcique chorus
Panopeaqtie virgo; Aen., V, v. 825). Comme Panope était une
des plus illustres des Néréides, par Panope fluviale, Ausone veut
indiquer sans doute une des nymphes principales de la Moselle.
V. 178. Sol aureus. — Igneus est la leçon des mss., excepté
le G, et de toutes les éditions qui ont précédé celle de Bœc-
king (cf. Sol igneiis, Virgile, Georg., IV, v. 426; Aen., VIII,
V. 97, etc.). Bœcking a restitué avec d'autant plus de raison
la leçon du meilleur ms. (cf. Sol aureus, Virgile, Georg., I,
v. 232; IV, v. 51; Ovide, Met., VII, v. 663, etc.) qu' Ausone a
souvent employé ailleurs l'expression Sol aureus (édit. Schenkl,
V, 8, V. 7 et 15; XXXV, V. 5), et qu'il n'a écrit nulle part Sol
igneus.
V. 181. Flagrantior aestus. — C'est au moment où la
grande chaleur de midi fait la campagne déserte que les dieux
champêtres prenaient leurs ébats. D'après la tradition, il était alors
dangereux aux mortels de venir imprudemment les déranger.
Lorsque Pan, fatigué de la chasse, ne folâtre pas à midi avec les
nymphes, il profite de ce moment de la journée pour dormir : les
bergers doivent éviter de jouer de la flûte et de réveiller le dieu
vindicatif. (Cf. Théocrite, Idyll., I, v. 15 et suiv.) Ovide {Fast.,
ly, V. 761) fait aussi allusion à cette croyance antique : « Puissé-je,
dit-il, ne voir ni les Diyades, ni les bains de Diane, ni Faune,
quand, au milieu du jour, il repose à terre ses membres fatigués! »
Nec Dryadas, nec nos videamus labra Dianae,
Nec Faunum, medio cum premit arva die.
V. 183-186. — Ce passage est inspiré d'un tableau d'Ovide
{Met., I, V. 705 et suiv.). Demogeot {op. cit., p. 65) remarque
j
74 COMMENTAIRE
qu'Ausone, en traçant cette agréable esquisse, a su éviter de
tomber dans son défaut habituel qui est d'accumuler des détails :
* ... C'est avec goût qu'Ausone ne prolonge pas sa description.
En effet, il ne peint point une scène dont il ait été témoin; il
raconte ou suppose une tradition... Sa riante mythologie ne se
laisse entrevoir qu'à travers un voile mystérieux ; la curiosité est
plutôt excitée que satisfaite; ses détails glissants échappent,
comme les Naïades, à la curiosité qui les poursuit. La muse
d'Ausone fait comme la bergère de Virgile : elle désire bien qu'on
l'aperçoive, mais elle s'enfuit derrière les saules. »
V. 192-199. — Cette description est imitée de Stace (Silv.,1,
III, V. 17 et suiv.). Ampère (op. cit., p. 265) dit, à propos de ces
vers de la Moselle : « Les poètes des époques naïves peignent les
phénomènes les plus tranchés, les objets les plus simples : le lever,
le coucher du soleil, le jour, la nuit, le torrent, la mer, la tempête.
Dans les époques plus avancées, la poésie se plaît aux spectacles
plus compliqués et plus vagues; elle aime à reproduire en nous
les sentiments confus et mélangés que ces spectacles éveillent.
Ainsi, Virgile peindra le voyageur qui voit ou croit voir la lune
à travers les nuages; Ovide et La Fontaine, le jour douteux aux
prises avec les ombres, et Chateaubriand versera la lueur de la
lune sur la cifne indétertninée des forêts. Les temps de décadence
veulent continuer ces conquêtes de la poésie sur ce qu'il y a de
plus fugitif et de plus insaisissable dans la nature. Ils redoublent
toujours d'effort et de recherche; ils font ressortir le bizarre et
jouent, pour ainsi dire, avec lui. Cette prédilection pour les effets
indécis et compliqués, étranges et quasi fantastiques, se retrouve
dans les vers suivants, qui décrivent les approches du soir descen-
dant sur les rives de la Moselle : Lorsque le fleuve glauque, etc..
Ce sont des vers maniérés mais charmants. »
V. 193. Perfundit. — Telle est la leçon des trois meilleurs
mss. et de presque toutes les éditions. ToUius, qui lisait au
V. 192 protulit, préfère perfudit et met les verbes au même
temps pour marquer la simultanéité des actions qu'ils indiquent :
« Malim, perfudit : prœcejfit namqile protulit. » Schenkl est
seul à reprendre la conjecture de Tollius. Perfundit me semble
meilleur : car les effets de demi -obscurité qu'Ausone va décrire
(v. 194-199) se produisent au moment même où Hesperns viridi
perfundit monte Mosellam : ils ne pourraient avoir lieu plus
tard.
COMMENTAIRE 75
V. 200. Pompas. — Freher dit avoir assisté à des joutes sem-
blables sur la Moselle, entre Trittenheim et Neumagen. Bœcking,
qui a également vu des pêcheurs se livrer à ces jeux, en conclut
qu'il n'y a pas à rechercher de rapprochement factice entre ce
divertissement national des riverains de la Moselle et la Maiuma,
grande fête populaire des pêcheurs du Tibre, qui se célébrait au
mois de mai et qui consistait en joutes sur le fleuve; la Maiuma
donnait lieu à une licence et à des désordres auxquels le code
Théodosien (lib. V, tit. vi, Leg. i, 2) fait allusion.
V. 206. DuM SPECTAT,TRANSIRE DIES.— Tous les mss., à l'ex-
ception du Rh, qui a spectant, ont : dum spectat transire diem.
Ce vers a, de tout temps, exercé la patience des commentateurs :
on a vu, dans les notes critiques, les principales corrections qui
ont été proposées. Il est utile de revenir sur les remarques de
ceux qui ont avoué ne pas comprendre et de ceux qui ont espéré
corriger; et j'essaierai, ensuite, de justifier la leçon que je propose.
Le texte ordinaire des premières éditions est Dum spectat
transire diem. L'Ascensiana (1517), Vinet (1551, 1575), l'édition
de Lyon de 1558, Poelmann, Scaliger (1575, 158S, etc.), Souchay,
Christ, Wernsdorf et la Bipontine ont Dum spectat, transire
diem. Vinet ne comprend pas bien et suppose qu'il y a une
lacune, ou que le texte est corrompu: t Dum fpectat. Quifnam?
Aut deeji hic aliquid, aut corrtiptum quippiam. » {Comment.,
255.) Scaliger {Auson. Lect., I, 4) dit, sans donner d'autres
explications : « Lege etiam : Dum fpedat tranfire, dein. » Cette
correction, que Scaliger n'admet pas dans le texte de ses propres
éditions, a passé dans celui de Freher et de Tollius. Gronovius,
qui se demande comme Vinet, qusî est le spectateur, remplace
dum par qui : « Quis ille? Videtur fcripfiffe : Qui fpedat tranfire,
diem et fua...^> La conjecture de Gronovius est admise par le texte
de Tross. Tollius, reprenant la supposition de Vinet qui soupçon-
nait la possibilité d'une lacune, essaie de suppléer à cette lacune
en imaginant un vers de remplissage, auquel il ne tient pas
d'ailleurs beaucoup lui-même : c Ouum locum corruptum animad-
verterem, animi gratta itafuppleham, no7i quod ita emendandîi
cenferem :
Dtim fpedat , dum porro cupit fpeclare viator,
Non fentit tranfire diem, fua feria îudo
Posthabet, &=€.
Virgilius, Eclog., VII :
Pofthabui tamen illonim mea feria Iudo.
70 COMMENTAIRE
» Quod xo diem in dein Scaliger mutaverit, nefcio an re6îe.
Si perfona fpectantis liqueret, fcriberem : Dum fpecftat, tranfire
dies; fua feria ludo Pofthabet. Scil. ille qui fpeêîat ; tranfire dies,
pro traujibat. » Cannegieter (op. cit., pp. 184-186) propose de
corriger, au v. 204, aJacres gestire magistros en alacris gestij^e
magister. Gestire signifierait alors « toto corpore laetitiain
ojiendere », et pendant que ce gouverneur (magister) se réjouit
de voir es jeux des jeunes gens, le jour se passe (transire diem).
Au V. 207, Cannegieter suppose, mais sans vouloir rien changer
au texte, qu'Ausone a pu écrire : « Pojîhabuit, clujit veteres nova
gratia curas, quia cludit pro claudit eji in Sapientib. v. 31. »
Cependant, l'idée d'imaginer un vers supplémentaire a fait son
chemin depuis Tollius; Bœcking s'y est essayé à son tour, sinon
avec plus de succès, du moins avec moins de modestie que
son devancier. Bœcking propose en effet le vers supplémen-
taire sviivant, qui, dit-il, a reçu de la critique l'accueil le plus
flatteur :
Dum spectat, viridis qua surgit ripa, coloniis.
Non sentit transire diem ; sua séria
Schenkl et Peiper n'admettent pas ce vers; mais ils supposent,
comme Bœcking, qu'il y a une lacune, et écrivent :
Dum spectat
transire diem, sua séria ludo, etc.
Enfin, sans ajouter de vers, Knebel, cité par Bœcking, essaie
de donner un sujet à spectat en remplaçant diem par sator, un
moissonneur qui est le spectateur de la scène :
Dum spectat transire sator...
Mais il n'est pas admissible que sator, mal copié, ait donné
diem, leçon de tous les mss.
Il semble donc qu'on doive renoncer à cette conjecture.
L'hypothèse d'un vers perdu ne me semble pas meilleure, et je
trouve inutile le changement de diem, en dein.
Tollius paraît dans le vrai quand il dit : « Si perfona fpeôiantis
Uqueret,fcriberem, : Dum fpedat, tranfire dies. » Souchay expli-
que bien le sens de la phrase : « Diim fpe6lat (viator aliqiiis),
pofthabet huic ludo fua feria negotia. » Mais pourquoi Ausone
n'indique-t-il pas mieux quel est le spectateur? Wernsdorf nous le
dit : <i Obscur ioremfecit affectata imitatio Virg.,Ecl.,'Wl\i 16. »
C'est évidemment en voulant faire entrer tant bien que mal dans
COMMENTAIRE 77
son vers celui de Virgile qu'Ausone a rendu sa phrase obscure.
Nous verrons encore, au v.368, quels mauvais tours cette imitation
indiscrète joue parfois à l'imitateur. Je suppose qu'Ausone a écrit
Diim s'pectat, transire dies; les copistes, qui ne comprenaient
pas, auront écrit diem en faisant de transire diemle. complément
de s'pectat. Mais si sentit ou spectat transire est peu latin, dies
transire se comprend bien comme infinitif de narration; et l'on
trouve l'expression dans Cicéron (ad Attic, VII, vil, 6) : « Cum
legis dies transierit. » Reste toujours l'obscurité de ce verbe
spectat, sans sujet; mais l'imitation maladroite du passage de
Virgile nous en donne une raison suffisante; à moins que, chan-
geant tout à fait le texte des mss., on ne préfère supposer
qu'Ausone se mette en scène, comme le personnage de VÉglogue
de Virgile, et dise à la première personne :
Diim specto, transire dies ; mea séria ludo
Posthabeo...
V. 208. CUMANO... IN AEQUORE. — Par mer de Cumes
(Cmnanuni aequor), Ausone entend la partie de la mer Tyrrhé-
nienne qui baigne la côte de Cumes. Le Vésuve qui lance la
fumée (vaporifer VesevusJ avait aussi des vignobles célèbres
(cf. Pline, N. H., XIV, 22), que le poète a négligé de citer en
même temps que ceux du mont Gaurus (cf. v. 157).
Ausone imagine que Vénus, aïeule de l'empereur Auguste, fait
représenter par les Amours, dans les eaux de Cumes, la fameuse
bataille d'Actium, où les flottes de l'Égj-p tienne Cléopâtre
(Niliacae classes) avaient été mises en fuite par les navires
romains d'Auguste, sous les murs de Leucade, capitale de l'île du
même nom, où Apollon avait un temple. D'après l'auteur de la
Moselle, Vénus qui devait se plaire dans cette région délicieuse
de l'Italie, et qui d'ailleiu-s y avait un temple sur les bords du
Lucrin (Stace, Silv., III, i, v. 150 : Lucrina Venus), aime à faire
représenter par les Amours ces Actiaci ludi, qu'Auguste lui-même
avait institués en souvenir de sa victoire à Actium, auprès du
temple d'Apollon. Dion Cassius (LI, v; LUI, i) et Suétone
(Octav. Aug., XVIII ; Tib. Nero, vi) parlent bien des Actiaci ludi
qui furent célébrés à Rome : ces jeux consistaient en combats
équestres et en luttes gymniques; mais il ne semble pas qu'à
Actium plus qu'à Rome il y eût de joutes navales en mémoire
de la fameuse bataille. On sait cependant que l'initiative privée
de certains riches particuliers avait imaginé des représentations
78 COMMENTAIRE
de la bataille d'Actium : Horace écrit à Lollius {Epist., I, xvill,
V. 60) :
... Interdum nugaris rure paterno ;
Partitur lintres exercitus : actia pugna,
Te duce, per pueros hostili more refertur.
Ausone a bien le droit de supposer que Vénus célèbre, comme
Lollius, la victoire d'Actium.
V. 208. Talés. — Peiper écrit quales; c'est une correction qui
a contre elle l'autorité de tous les mss. comme la coutume de
toutes les éditions ; elle semble inutile. Taies n'est pas en corréla-
tion avec le qualia dxi vers 212^ lequel est simplement amené par
Cum... fera proelia : «Tels (taies) sont les jeux que Bacchus
contemple, alors que Vénus fait représenter de terribles combats
tels que ceux (qualia), etc. »
V. 209-211. Cum per iuga...cum venus. — Tous les mss.
et les éditions ont cum aux vers 209 et 2i 1 . Schenkl introduit, au
vers 209, dum à la place de cmn. Les deux actions : alors que
Bacchus marche, alors que Vénus a ordonné de représenter,
ne sont pas évidemment simultanées : mais, dans un cas, graditur
est au présent, dans l'autre, iussit est au parfait. La différence des
.temps de ces deux verbes suffit pour donner à entendre que, au
moment où Bacchus se promène, il voit un spectacle, résultat
d'un ordre antérieur de Vénus, sans qu'on juge nécessaire de
mettre dum devant graditur, et de ne laisser cum qu'avec iussit.
V. 211. Triumphis. — Poelmann qui admet dans son texte
triumphis, comme tous les éditeurs, écrit en marge : « Tropœis,
vide Turneb. lib. 18 cap. y. ;> En effet, dans le passage indiqué
Turnèbe cite, à propos des jeux d'Actium, les v. 208-214 de la
Moselle. Il écrit trophœis, sans commentaire, comme si c'était
une leçon reçue qui ne demandât aucune justification. — Est-ce
parce que la guerre entre Octave et Antoine était une de ces
guerres civiles qui n'ont pas de triomphes? (Cf. Lucain I, v. 12:
Bella ...nullos habittira triumphos.) Mais on sait au contraire
qu'Octave triompha trois fois, en août 725, pour les Dalmates,
pour Actium et pour l'Egj'pte. C'était, il est vrai, pour avoir défait
la flotte égyptienne que le vainqueur d'Actium triompha : le nom
d'Antoine ne fut pas même prononcé. — Mais puisque triumphis
se rapporte bien à un triomphe authentique, il n'y a aucune raison
de changer ce mot.
COMMENTAIRE 79
V. 215. POMPEIANI MYLASENA PERICULA BELLI. — « ...ma-
nœuvres navales qui ont précédé la bataille de Myles, dans la
guerre contre Pompée. > Cette traduction a le défaut d'être une
vraie paraphrase : du moins, elle essaie de donner le sens du
latin. Corpet traduit : « la bataille de Myles si fatale à Pompée.. . » ,
ce qui est un vrai contresens; et le dictionnaire latin-français de
Freund revu par Theil (au mot pericula) : « l'essai [littéraire] sur
la guerre de Pompée, près de Myla... ,> ; ce qui est un non-sens,
dont la responsabilité remonte d'ailleurs au dictionnaire de For-
cellini où le vers de la Moselle est cité comme exemple des
passages où le mot periculum a le sens de saggio, au point de
vue littéraire. Cependant le souvenir des circonstances historiques
qui se rattachent à la bataille de Myles, et les explications données
par les principaux commentateurs au sujet de ce vers auraient dû
mettre en garde Corpet et Theil contre une semblable bévue.
Scaliger déjà {Aus. Lect., I, 4) s'inquiétait du sens du mot peri-
ctila, et en donnait une interprétation qui, pour ne pas me paraître
exacte, est cependant bien supérieure à celle de Corpet ; « V/us eji
nomine periculi proprie. Nam periculum eji ludicrus à.yiù'/, vt
funt eœ naumachiœ, de quibus metninit. » Freher s'en tient au sens
donné par Scaliger, dont il admire la finesse : <^ Imitationes , tyro-
cinia, reprcefentationes ludicrœ: ut acute notavit Scaliger. » Or,
Ausone n'entend pas par pericula les naumachies célébrées en
souvenir de la bataille, mais bien les manoeuvres qui ont préparé
la flotte d'Octave à cette même bataille. Souchay l'a bien compris :
«Intellige exercitationes illas copiarum, quibus in porta Julio
prcelujit Pompeianœ pugnœ Aitgiijîus. > Ce sont ces manœu-
vres que les barques de Cumes imitent dans leurs jeux sur
l'Averne : il aurait été inconvenant de représenter par manière de
réjouissance la bataille même qui avait eu lieu entre navires
romains, où les flottes du Nil n'avaient joué aucun rôle, et qui
était un fait d'armes d'une guerre civile qui ne devait pas avoir
de triomphe. Quant aux exercices par lesquels Octave prépara le
succès qu'il devaitremporter à Myles sur Sextus Pompée, Suétone
(Octav. Atig., XVI) dit qu'il créa le port Julius près de Baïes, en
ouvrant à la mer le lac Lucrin et l'Averne, et qu'après y avoir
exercé à la manoeuvre durant tout l'hiver vingt mille esclaves
qu'il avait affranchis, il battit Pompée entre Myles et Nauloque :
« In que (dans le port Jules) cum hieme tota copias exercuisset,
Pompeiuin inter Mylas et Naulochuvi superavit. » Florus
(Epitom., IV, 8 [édit. O. lahn II, 18]) parle avec encore plus de
précision que Suétone des manœuvres, image de la guerre navale,
80 COMMENTAIRE
qu'Auguste organisa dans le port Jules: a . . . Lucrinus lacus
mutatus in portum, eique interrupto niedio additus Auernus,
ut in illaaquaruin quiète classis exercifa imaginent belli nanalis
agitaret. » Cette bataille eut lieu le 3 septembre 36. — On a vu,
dans les notes critiques au v. 2 15, les variantes proposées à la place
de Mylasena. Ugolet écrit niijfena et fait sans doute de ce mot un
adjectif signifiant de Messine. Accurse corrige ce mot en MeJJanay
qui est le vrai nom latin de Messine. Mais l'adjectif qu'il faudrait
ici serait Messania ou Messanica. D'ailleurs, Suétone dit expres-
sément que le combat eut lieu entre Myles et Nauloque : il ne
s'agit pas de Messine, mais de Myles, ville de la côte N. de Sicile,
aujourd'hui Milazzo. Gronovius sait bien qu'il s'agit de Myles, et
c'est justement pour cela qu'il veut écrire Mylaea au lieu de
Mylasena qui lui semble venir de Mylasa, ville de Carie, dont les
habitants sont en effet désignés dans Tite Live (XXXVIII, xxxix)
par le nom de Mylaseni. — Quoique Lachmann admette, comme
Gronovius, Mylaea, il ne semble pas utile d'introduire dans le
texte ce mot inusité. Bœcking, qui avait écrit Mylaea dans son
édition de 1828, y renonce dans celle de 1845, et pense qu'il faut
admettre Mylasena, sans pourtant faire dériver cet adjectif,
comme le voudrait Wemsdorf, du fleuve de Sicile Mylas, qui se
jette dans le golfe de Megara Hybla, au nord de Syracuse, bien
loin par conséquent des parages où se livra la bataille navale de
l'an 36, à laquelle il ne put évidemment donner son nom. Le fleuve
Mylas est mentionné par Tite Live (XXIV, xxx).
V. 2i6. EUBOICAE CUMBAE... AVERNA SONANTIA. — Les bar-
ques de Cumes, colonie Eubéenne (cf. Aen., VI, v. 2 : Et tandem
Etiboicis Cutnarum allabitur oris). — L'Averne sonore : le lac
Aveme, qui est sans doute le cratère d'un volcan éteint, encaissé
entre des collines boisées, était célèbre par ses exhalaisons pesti-
lentielles qui tuaient les oiseaux. (Cf. ^en.^ III, v. 442 ...Averna
sonantia silvis, que Benoist explique ainsi : <■ l'Averne retentissant
du bruit des forêts plantées sur ses rives ».)
Bœcking dit que les eaux du lac Avei'ne, qui mugissent sans
cause appréciable, justifient cette épithète de sonantia. Werns-
dorf l'explique autrement : « Averna sonantia propter iinmissum
mare et niolibus inclusum: unde Virgil., Georg., II, 162, de
portii Inlio : Atque indignatum magnis stridoribus asquor. »
V. 218. Peloro. — Le Pélore est un cap situé à la pointe N.-E.
de la Sicile : il ne semble guère admissible que les pericula
COMMENTAIRE 8l
Mylasena, ces manœuvres effectuées dans le port Jules, et les
joutes navales du lac Averne aient pu avoir lieu en vue de ce
promontoire. C'est sans doute ce qui aura fait penser que pericula
Mylasena signifiait les périls de la bataille de Myles qui, elle,
s'est livrée en vue du Pélore. Mais il ne faut pas oublier qu'Au-
sone est Gascon, qu'il exagère ou diminue les distances à sa
fantaisie, et qu'au demeurant, si, dans son expédition en Germanie,
il avait appris la géographie des contrées que baigne la Moselle,
il devait ignorer parfaitement celle de la Sicile et de la Campanie.
V. 22i. PuBERTASQUE AMNISQUE ET.— Barth est l'auteur
de cette correction au texte des mss. pubertasque amnis et...
« NeceJJario fcrihendiim Pubertafque amnifque &... Triiim enim
horum in hoc Judo partes requiruntur, ut id fiât quod vult
opfnmts vates. » Au point de vue de la correction métrique,
amnis et aurait de quoi étonner. Ausone est trop scrupuleux pour
ce qui touche à l'observation des lois de la métrique, surtout dans
la Moselle, son poème le plus soigné : on n'y trouve pas un seul
exemple de syllabe brève allongée à l'arsis ; et si on lit quaesfor
et (III, V. 35, édit. Schenkl), à l'arsis du quatrième pied, je crois
que nulle part Ausone ne fait cet allongement à l'arsis du troisième
pied, formant la césure penthémimère. Aussi, la correction de Barth
est-elle très vraisemblable, et a-t-elle été généralement adoptée.
Souchay, Christ, la Bipontine et Peiper conservent cependant
amnis et. — Si l'on ne veut pas ajouter que après amnis, il faut du
moins admettre que, dans les mss., cette particule a été transposée,
et lire Pubertas amnisque et.
Cannegieter remarque que le m.ot pubertas répond mal à
l'expression impitbemque manuin (v. 205), et il cherche une expli-
cation bien subtile à ce qui semble une simple distraction de la
part du poète ; « Pubertas, inquit, atqui antea vs. 205 impubem
manum dixerat. Nitni ergo alterion falfuni ? nequaquam, fed
ditbia aetate adolefcentuli erant, &= média inter pueritiam
atque adolefcentiam . »
V. 222. Hyperionio... aeSTU. — «Hypérion, — dit Decharme
dans sa Mythologie grecque (p. 238, édit. de 1886), — dieu solaire
dont la personnalité ne s'est pas développée dans la mytho-
logie grecque, et que les poètes théogoniques ont relégué dans
la catégorie des Titans, est fils d'Ouranos et de Gaia; il est père
d'Hélios, le soleil, avec lequel on l'identifie. Hypérion (celui
qui marche au-dessus, 'jnïp uiv) est le soleil considéré dans son
li
82 COMMENTAIRE
mouvement ascensionnel au-dessus de l'horizon. » Vinet compre-
nait bien de cette manière le sens de l'expression d'Ausone :
« Hyperion fol dicitur h-KÏ^ r;\t.à.ç, Itov, id ejl fwpra nos gradiens,
ait Eujlathius & Suidas. > (Comment., 2^6 B.) Je traduis par « les
rayons du soleil qui tombent d'aplomb >, ce qui explique la
réduction des ombres des matelots. ToUius dit en effet : « Et redigit
pandas : id ejl coarâîat & cogit. Ideo enim pandas addidit,
quoniam wmhrst inverfa reddentes in aquis corporum Jimulacra
in latitudinetn Je extendunt, quum fol altior in longitudineni
cas minuit. »
V. 230. Sic, UBI. — Au lieu de sic, ubi, Schenkl écrit sicufi,
d'après une correction de Speck qui ne semble pas admissible.
Le mot ne se trouve jamais dans Ausone qui, d'ailleurs, suit trop
le bon usage, pour abréger la dernière de siciiti. Sans doute, la
phrase est embarrassée: mais notre poète est coutumier du fait;
cum (au vers 232) fait double emploi avec ^^bi, mais on peut le
remplacer, à la rigueur, par tum, comme Lachmann le proposait;
ou plutôt, on peut sous-entendre es^;, comme le voulaient Canne-
gieter et Tross, devant ostentatiira ; ou enfin, remarquer, avec
Bœcking, que l'anacoluthe qui trouble un peu cette phrase est
cependant facilement intelligible et que, par suite, mieux vaut ne
rien changer ; il n'est pas même utile de mettre entre parenthèses,
comme fait Peiper, les vers 231-232.
V. 235. Métallo. — Est-il besoin de rappeler que les miroirs
des anciens étaient en métal, étain, argent ou même or? Voir
Pline l'Ancien {N. H., XXXIII, 128; XXXIV, 160.)
V. 240. Iam vero. — Accurse suppose qu'on pourrait écrire
vere : « Corrigendtini fortajje qiiis piitet, vere. Tempus certe
verniun, quam fit his, qui pi/candi fiudio tenentur aptuni
netno non novit. » Cette correction semble inutile. D'ailleurs
Ausone se donne comme le spectateur des divers genres de pêche
qu'il décrit; et, dans la Moselle même, beaucoup de passages
montrent que le voyage du poète eut lieu après le printemps
(v. 195, vindeniia turget; v. 203, attonsis pubentia germina
pratis, ce qui indique que les prairies ont déjà été fauchées, etc.).
V. 240-275. — Bœcking fait remarquer que cette description
des diverses manières de pêcher est conforme à ce qui se pratique
encore aujourd'hui : constatation d'un fait qui n'a rien que de
COMMENTAIRE
8
naturel. Il est question en effet : (v. 243-244) de la pêche à Vever-
ricidum, «.qtiod graece ffayi^vr. dicitiir » (Ulpien, Dig., XLVII, x,
n, § 7), grand filet que l'on traînait au milieu du fleuve, contre
le couraiit, et qui balayait les poissons qu'il rencontrait (examina
vcrrit); — (v. 245-246) d'un autre genre de pêche au filet. Le
pêcheur laisse flotter dans les eaux tranquilles son filet où sont
fixés des morceaux de liège qui le soutiennent et indiquent la
place où il se trouve : les poissons viennent s'y prendre peu à
peu, dans les mailles. Sidoine Apollinaire {Einst., II, 11), dans le
môme passage où il parle du salar (voir la note au v. 88), fait
aussi allusion à cette pêche au filet dormant: « ... ut Jlatnria
retiafuberinis corticibus [pi/cator] extendat » ; — (v. 247-275) de
la pêche à la ligne. Le pêcheur à la ligne se plaçait d'ordinaire
sur un rocher d'où il dominait le cours d'eau. Cf. le passage
d'Ovide {Met., XIII, v. 923)> où Glaucus dit de lui-même:
Nanc in mole sedens moderahar harnndine linum.
Pétrone fait à cette habitude des pêcheurs à la ligne une allusion
bien connue : « Sic éloquent iae magister, iiisi, tanquampiscator,
eam imposuerit hamis escam quam scierit ajypetituros esse
pisciculos, sine spe praedae moratur in scopulo. » {Satyric, III.)
Trompés par les mots scoptdis promis, Wernsdorf et Tross rap-
prochent ce genre de pêche du piscatus saxatilis dont il est
question dans Plaute (Riidens, II, i, v. lO). Mais, justement dans
ce passage, Plaute oppose au piscatus hamatilis, dont Ausoue
s'occupe ici, le piscatus saxatilis, pêche où l'on va chercher,
pour le prendre avec la main, le poisson qui se cache dans les
rochers. — Ampère et Demogeot comparent cette description de
la pêche à la ligne avec celle de Delille {L'Homme des champs,
ch. I, V. 295 et suiv.), qui est en partie imitée de la la Forêt de
Windsor, de Pope.
Ausone imite peut-être Oppien dans toute cette description.
L'auteur des Halieutiques passe en effet en revue les diverses
manières de pêcher (III, v. 72-9O : ^^ l'hameçon; 2° les diverses
sortes de filets, parmi lesquels la sagène; 3° le tarident au moyen
duquel le pêcheur en bateau, ou même sur le rivage, perce et
enlève les poissons.
V. 255. NeC MORA, et. — Gannegieter veut supprimer et:
«In verfu 2SS- Nec mora, & excuffam, plaiie languet xb &. Et
fexcenta Poëtarum exempta ei reclamant. Puto intrufum ab iis
qui verfum non aliter constare credebant. » Le critique trouve
84 COMMENTAIRE
une confirmation à la correction qu'il propose, et qui amène un
hiatus, dans le v. 312 de la Moselle, où il lit qiiadro ciii in. Mais
il semble qu'il n'y a rien à changer au texte du v. 255. Sans doute,
dans les poètes, l'expression nec inora n'est pas généralement
suivie de et. Les exemples d'Ovide, très nombreux, semblent
donner force de loi à cet usage de nec inora sans et. Ausone,
d'autre part, imite constamment Stace dans la Moselle, en parti-
culier V Achilléide (cf. l'édit. de VAchilléide par Ph. Kohlmann,
Leipzig, 1879, Praefatio, p. 1) : or, si Stace suit d'ordinaire pour
nec mora l'usage consacré, on trouve dans VAchilléide (I, v. 27)
un passage qui a pu servir de modèle à Ausone :
Nec mora, et undosis turba cotnitante sororuin
Prosiluit thalamis...
Kohlmann, en écrivant ainsi ce vers, rétablit la leçon des
mss. que les anciens éditeurs, choqués de l'expression a Nec mora,
et -A, modifiaient en : « Nec mora, ab...»
V. 257. Fractis. — Schenkl propose tractis, et Peiper, raptis.
Les mss. et les éditions ont fractis : de même, on lit dans Sidoine
Apollinaire, l'imitateiu: d'Ausone, fractoque flagello (Carm.,
XXII, V. 190). C'est une ellipse ■pour fractus sonitus flagelloriim
(cf. Virgile, G., IV, v. 72, ...fractos sonitus... tubar uni) sQvah\?Lh\Q
à celle du v. 134 (propexus barbus) pour propexa barba barbi
(cf. Virgile, Aen,, X, v. 838, ...propexam in pectore barbant); le
tour elliptique donne à la phrase une vivacité que lui fait perdre
la substitution maladroite de tractis ou de raptis,
V. 261. CuiQUE. — Les mss., à l'exception du B, ont quique,
conservé parVinet, Tollius, Souchay, Christ, Wemsdorf, etc., qui
est ici peu intelligible ; le B a queque, qui est inacceptable. Depuis
l'édit. de Venise (1507) qui a proposé cuique, cette correction,
qui donne un sens satisfaisant, a été adoptée par Burmann, Canne-
gieter, Tross, Bœcking, Peiper. Schenkl écrit quoique; cette
correction se rapproche sans doute de la lettre des mss., mais elle
ne me paraît pas acceptable : jamais Ausone n'emploie ces formes
archaïques. Et s'il l'avait fait, par manière de plaisanterie, dans
quelque lettre familière ou dans quelque pièce de facture, il s'en
serait bien gardé dans la Moselle. Je sais que Schenkl introduit
parfois çMoz pour ciii dans son édition (XIII, 2, v. 17; XV, 5, v. 8).
Mais c'est de sa propre autorité, ou d'après Mommsen, et jamais
suivant le texte des mss.
COMMENTAIRE 85
V. 276. Glaucus. — Ausone reproduit ici la légende de
Glaucus, d'après le récit qu'Ovide (Met., XIII, v. 917-965) met
dans la bouche de celui qui en fut le héros. — Voir, pour les
diverses traditions du mythe, DQcha.TmQ, Mythologie grecque (édit.
de 1886, pp. 316 et suiv.).
V. 283 et suiv. — Toutes ces descriptions de villas sont imitées
de très près de Stace, en particulier de la Silve m du livre I.
V. 287-297. — Ausone décrit, pour les comparer à la Moselle,
deux détroits souvent célébrés par les auteurs anciens : l'Helles-
pont et le Bosphore de Thrace. C'est l'Hellespont qu'il désigne
par les noms de mer d'Hellé, fille de Néphélé, et de mer de
Sestos et d'Abj^dos. Il est inutile de raconter tout au long la
légende si connue d'Hellé et celle d'Héro et de Léandre. On sait
que ces deux amoureux demeuraient, la première à Sestos, ville
de Chersonèse, où elle était prêtresse d'Aphrodite, le second à
Abydos, sur la côte de Troade. Léandre traversait à la nage le
détroit chaque nuit pour aller retrouver sa maîtresse à Sestos; il
périt dans les flots pendant une tempête. Beaucoup d'auteurs
anciens ont fait allusion à cette aventure tragique. L'épisode de
Léandre et d'Héro est un des plus célèbres que Virgile rappelle,
en décrivant les fureurs de l'amour {Georg., III, v. 258-263) :
Ouid iuvenîs, magnum ciii versât in ossibtis ignem
Dunts atnor ? Nempe ahruptis ttirbata procellis
Nocte natat caeca serus fréta ; quem super ingens
Porta tonat caeli, et scopulis illisa reclamant
Aequora; nec miseri possunt revocare parentes,
Nec moritura super crndeli funere virgo.
Une Héroïde d'Ovide est adressée par Léandre à Héro; une
autre, par Héro à Léandre (Ovide, Epist., XVIII, XIX [vulgo];
édit. Merkel, XVII, XVIII). Stace {Theb., VI, v. 542-547 [édit.
Kohlmann, v. 520-525]) a encore fait allusion à cette aventure
fameuse :
. . . Phrixei natat hic contemptor ephebus
Aeqiioris et picea translucet caerulus unda ;
In latus ire tnanus, niutaturii,sque videtur
Bracchia, nec siccuin speres in staminé crinem ;
Contra atiteni frustra sedet anxia turre suprema.
Sestias in speculis; moritur prope conscius ignis.
Enfin, Musée, poète byzantin du Vl'' siècle, a consacré à la
légende de Léandre et d'Héro une petite épopée, assez gracieuse,
86 COMMENTAIRE
quoique écrite dans un style affecté. — L'Hellespont est déjà
nommé Sestiaci sinus par Stace (Silv., I, III, v. 27). Xerxès jeta un
pont sur le détroit, entre Sestos et Abydos. Mais les mots Chal-
cedonio ah litore indiquent nettement qu'il ne s'agit pas ici de ce
pont, comme le croyait Souchay, qui dit : « Bofphonnn Thracium
guetn Xerxes ponte junxit ab Afiatico Jittore, ubi Chaïcedon ejî,
Bithyniœ oppidum, ad Europœum littus in quo Byzantium. »
Le grand roi (régis... tnagni) dont il est question dans ce passage
de la Moselle, n'est pas Xerxès, mais bien Darius qui jeta un pont
sur le Bosphore de Thrace, entre Chalcédoine et Byzance. Vinet
l'avait déjà fait remarquer : c Darius, Perfarmn rex, Xerxis
pater, côftrato in nauihus ponte, exercituni in Europâ Jiac trai-
jecit. Hoc fcrihit Plinius libro quarto.» (Comntentar., 261.)
Cannegieter, après Vinet, a dit avec raison; « Intellige Darium,
■non Xerxem. Ille Bofporum TJiraciae five Chalcedonium ponte
junxit, Herodot. Lib. IV. Plin. IV. cap. 12. Xerxes filius
Hellefpontwn . » On lit en effet dans Hérodote (IV, § 5, traduct.
Pessonneaux) : «Darius se rendit de Suse à Chalcédoine sur
le Bosphore où l'on avait fait le pont, » Pline parle à la fois du
pont de Xerxès et de celui de Darius; < ...Primas angustias
Hellespontuni vocant. Hac Xerxes, Persarum rex, constrato in
iiavibus ponte, duxit exercituni... Laxitas Propontis apjtella-
tur, angustiae, Thracius Bosporus, latitudine D passuum qua
Darius, pater Xerxis, copias ponte transvexit . » (IIII, 76)-
V. 290. EURIPUS. — L'Euripe est le détroit qui sépare l'Eubée
de la Béotie. Métaphoriquement, on donnait le nom d'euripe à
tout détroit, ou même aux canaux et aqueducs. Cf. Cicéron (de
Leg., II, I, 2); « Ductus aquarum quos isfi nilos et euripos
vocant,» et Ovide (Pont., I, VIII, v. 38);
Stagnaque et euripi...
Suidas explique qu'on donne le nom d'Euripe à tout détroit :
« 'EûpiTto;, TCîXayo; ax'viov, r; tÔtio; •j6aTw5ri; (xera^u 6'jo yatwv. »
V.293. Caurorum. — Le Caurus ou Corus est un vent violent
du nord-ouest. Les Cauri sont pris ici dans le sens de vents de
tempêtes. — Voir la note au v. 316.
V. 298-348. — Ausone cherche, dans une longue et laborieuse
énumération, que des allusions peu claires rendent souvent d'une
intelligence difficile, à exalter la splendeur des maisons de cam-
COMMENTAIRE 87
pagne qui bordent la Moselle. Les bains eux-mêmes rappellent et
surpassent la délicieuse station de Baies, dont l'éloge était devenu
un lieu commun familier à la poésie romaine. On peut, à propos
de Baies, consulter la Lettre LXXXIV de Rome au siècle d'Au-
guste, par Dczobry (t. III, 4" édit., Delagrave, 1875, pp. 390-404,
Un voyage à Baies), où l'on trouvera l'indication des principaux
passages des auteurs latins qui se sont occupés de Baïes. Sym-
maque a consacré aux bains de Baïes (Epist., I, vill) quelques vers
qui sont peut-être un souvenir de ce passage de la Moselle; et on
trouve, dans V Anthologie, une jolie pièce qui rapporte l'origine
légendaire de ces bains (Poetae latini minores, recensuit et
emendavit Ae. Baehrens, vol. IV, p. 359, Lipsiae, 1882) :
Ante bonam Venerem gelidae per litora Baiae ;
Illa tuiiare lacus cum lampade iussit Amorem;
Dmn natat, algentes cecidit scintilla per undas ;
Hinc vapnr ussit aquas ; quicumque natavit, atnavif.
V. 300. GORTYNIUS ALIGER. — Cette métaphore de mauvais
goût désigne Dédale, le légendaire architecte d'Athènes. On sait
que, banni par l'Aréopage à la suite d'un meurtre, il se réfugia
en Crète, où il construisit le labyrinthe dans lequel Minos le lit
enfermer (d'où Gortynius, de Gortyna, ville de Crète, prise pour
la Crète en général; car Gortyna est au sud de l'île, tandis que
le labyrinthe, œuvre et prison de Dédale, est sur la côte nord).
On sait aussi comment Dédale s'évada au moyen d'ailes qu'il avait
imaginées (aliger). Il s'envola en compagnie de son fils Icare, qui
tomba dans la mer. Virgile {Aen., VI, v. 15-19, v. 30-33) fait
allusion dans des vers bien connus, qu'Ausone démarque, à la
douleur de Dédale et au temple qu'il construisit à Cumes, colonie
de l'Eubée (aedis Conditor EuboicaeJ. Ovide {Met., VIII, v. 166
et suivants) a longuement raconté les aventures de Dédale et
d'Icare.
V. 303. Philo Cecropius. — L'architecte Philon d'Athènes
est connu par l'arsenal maritime qu'il construisit au Pirée, vers
l'an 300 avant Jésus-Christ, et qui fut incendié lors de la conquête
d'Athènes par Sylla. — Voir Cicéron (de Orat., I, xiv, 62) : «P/îz-
lonem illum architectuin qui Atheniensibus armamentarium
fecit. » Cf. Valère Maxime, VIII, xii, 2; Pline, N. H., VII, 125
(chapitre où il est question de tous les artistes dont Ausone parle
dans ce passage); Vitruve, lib. VII, Praefatio.
88 COMMENTAIRE
V. 303. Non qui laudatus ab hoste. — Ausone lait bien
clairement allusion à Archimède, dont on connaît le rôle pendant
le siège de Syracuse par les Romains.
V.306. Marci. — Parmi les mss., le G et le B ont margei;
le L, inergei; dans le Rh, on ne lit que les trois premières lettres,
mar. Les anciennes éditions ont mar^e; ou niergei. Poelmann, qui
conserve Margei dans son texte, écrit dans une note marginale de
son édition : «forte, Marci. n'a M. Varronem Hebdomadôn lihros
fcripjijffe ex Nonio palam ejî. » Ces Hebdomades de Varron
sont souvent citées par les auteurs latins. Aulu-Gelle consacre
un long chapitre de ses Nuits Attiques à des particularités sur
le nombre stpt qui se trouvent consignées < in primo ïibroriiin
qui inscribuntur hebdomades vel de imaginibus » {Noct. Attic,
III, X). Pline l'Ancien {N. H., XXXV, 11) dit que Varron
avait inséré à l'aide d'un certain moyen les images de sept cents
personnages illustres (d'où le double titre de Hebdomades et de
de imaginibus) : c M. Varro benignissimo inventa, insertis voJu-
ininum suorum fecunditati, septingentorum inlustrium, aliquo
modo imaginibus , non passus intercidere figuras, aut vetusta-
tem aevi contra homines valere, etc. » Littré, dans les notes
de sa traduction de Pline l'Ancien, renvoie, à propos de cette
invention (benignissimo inventa) de Varron, à un mémoire de
Deville {Examen d'un passage de Pline relatif à une invention
de Varron, dans le Précis analytique des travaux de l'Académie
royale des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, année 1847),
mémoire qu'il résume en ces termes : «. D'après ce savant, les
portraits de Varron étaient gravés en relief sur une planche de
métal ou autre matière, dans le système de notre gravure sur bois,
dont les traits et le dessin sont réservés en relief. Les graveurs de
médailles qui existaient à Rome à l'époque où écrivait Varron, et
qui ont produit de si beaux types de monnaies que nous admirons
encore, étaient tout trouvés sous sa main pour réaliser son inven-
tion. Ces portraits étaient figurés au simple trait; c'est le moins
qu'on puisse admettre. On peut croire, en s'autorisant de l'exemple
du monnayage qui s'opérait, au temps de Varron, par la percussion
au marteau ou à la main, que ce procédé était appliqué à la repro-
duction de ces images. A raisonner par analogie avec nos cachets
antiques, la matière employée pour cette gravure devait être
du bronze. Quant à la matière colorante servant à l'impression,
M. Deville incline à croire qu'elle n'était autre que le minium, tant
cette couleur était affectionnée par les anciens. »
COMMENTAIRE 89
TeufFel, qui réunit et discute les témoignages des anciens sur cet
ouvrage de Varron, dit : « Les écrits les plus importants de Varron
sur l'histoire littéraire sont les XV livres d'Imaginés ou Hebdo-
tnades, recueil de biographies, publié vers 715-39, contenant sept
cents portraits de célébrités grecques et romaines (rois et généraux,
hommes d'État, poètes, prosateurs, techniciens, artistes, divers)
avec autant d'Elogia (en vers). Le premier livre formait une
introduction avec les quatorze ancêtres des catégories établies
dans les livres ultérieurs; les quatorze livres suivants (ou sept
dyades, les nombres pairs étant réservés aux étrangers, spéciale-
ment aux Grecs, et les impairs aux Romains) contenant sans doute
chacun sept Hebdoinades ou quarante-neuf Imagines (14 fois
49 = 686 + 14 = 700). ^> (Traduct. franc, de VHist. de la Litf.
Rom. de W. S. Teuffel, tom. I, § 166, 5; Paris, Vieweg, 1879.)
Ce livre de Varron a eu une grande réputation ; il était très connu
du temps d'Ausone. Une lettre de Symmaque, l'ami du poète
bordelais, où les Hebdomades sont citées, en est une preuve. On
sait d'autre part (voir Teufîel, ibidem) que Varron avait fait faire
une édition populaire et moins chère de son ouvrage ; cet abrégé
n'eut pas moins de succès que l'œuvre complète, puisqu'il en est
encore question dans Saint Jérôme. Peut-être en usait-on pour
l'enseignement, et Ausone, professeur à Bordeaux, a-t-il proposé
à ses élèves des sujets empruntés aux Hebdomades. Quoi qu'il en
soit, il me semble évident que la conjecture de Poelmann est
définitive, et je n'hésite pas à traduire : «... la réunion des sept
architectes que célèbre le dixième volume de Varron». Il s'agit
de sept architectes grecs puisque, comme dit Teuffel, les livres
pairs sont réservés aux étrangers, spécialement aux Grecs ; et ces
sept architectes sont : Dédale (Gortynius aliger), Philon (Philo
Cecropius), Archimède {qui laudatus ab hoste, etc.), Métagène
(Metagenis artes), Ctésiphon (Ephesi spécial a manns), Ictinus
et Dinocharès.
La conjecture de Poelmann n'a pas cependant été adoptée par
tous les critiques : Scaliger, furieux sans doute qu'un autre que
lui eût eu le mérite d'une explication aussi simple, la trouve
stupide et imagine, pour les besoins de sa cause, un certain Mar-
geus, architecte grec, dont personne n'a jamais entendu parler :
« Meminit [Aiifonius] veterum quoriindâ, qui architeâîurœ
laude floruerut , Dedali, Philonis, Archimedis, Margei, Mene-
cratis Ephejij , lètini et Dinocharis, feu Dinocratis. Qui
omnes funt notijjîmi ex Vitruuio in proœmio lib. VII, prêter
MargeTt. Quem qui putant in Marciim mutandum ejfe, minus
90 COMMENTAIRE
priidenter facere puto. Nain folo prœnoniine non potiiit
defignare vnmn Varronem. Quoi eniin alij Marci prœter Var-
ronem intelligi poffent? Denique qiiœ hœc confidentia ejî,
niutare quœ non intelligas? An MapysOç Grœciiin puruin pntiim
tibi non videtur? Sed nimiriim hœc eos impulit caufa vt
Varronem intelligi putarent : quia Aii/onius dicat Margeiun
celebraffe Hebdomada : Varronem vero certum erat libres de
Hebdomadibus fcripjîjfe. Sed toto cœlo errare puto. Nam
Aufonius vult dicere, decimo libro o'peris fui celebraffe hebdo-
madem operum mirabilium, hoc eJî, vt vtdgo loqiiebantiir ,
feptem miracula mundi, vt & Vitruuius : qui decimo operisfui
vohimine tornientoruni, &• machinaruni rationes docet. -o {Aus.
Lect., I, 4.) Ce petit morceavi de Scaliger méritait d'être cité dans
son intégrité. Il montre bien les procédés « hypercri tiques » de
l'érudit qui croyait que toute découverte philologique, due à un
autre que lui était autant d'enlevé à sa gloire. « Au travers de son
masque on voit à plein le traître. » Est-il permis de soutenir qu'il
est absurde de désigner Varron par son seul prénom? Ausone
parle familièrement de l'auteur des Hebdomades comme d'une
vieille connaissance. Mais Scaliger n'admet pas qu'il soit question
de Varron, puisque ce n'est pas lui qui s'en est avisé le premier.
Scaliger veut du nouveau, n'en fût-il plus au monde : et il invente
de toutes pièces cet architecte Margeus, uniquement pour ne pas
avouer que Poelmann a eu raison de supposer qu' Ausone faisait
allusion à Varron. Quant à cette critique, juste en elle-même,
mais au moins bizarre, quand c'est Scaliger qui la formule «deni-
que quœ hœc confidentia eft, mutare quœ non intelligas? »^ il
n'y a, pour la réfuter, qu'à répéter une fois de plus avec Juvénal :
Quis tulerit Gracchos de seditione querentes ?...
Clodius accuset tnoechos, Catilina Cethegum...
Au demeurant, la critique a fait justice des prétentieuses absur-
dités de Scaliger : si le modeste Vinet, quelque peu intimidé par
l'assurance de Scaliger, se borne à dire : « Ego de ijîo Margeo,
feu Mergeo, vt aliter fcribitur, nihil cotnperi, neque de eius
Hebdomade, & feptimana. Marci pro Margei legendmn effe,funt
quidam fufpicati, et Marcuin Terentiiun Varronem accipien-
dum, qui libros fecit , quos infcripfit ï&ôo\i.ârjazvel de Imaginibus,
ab Aulo Gellio citatos libro Noâîium Atticariim tertio, a Nonio
Marcello & alijs : fed reprehendit lofephtis Scaliger. » (Com-
ment., 262.) — Si Freher se borne à dire : « Margei, Vitruvio
&■ aliis veteribus, quorum fer ipta profiant, ignoti », Saumaise
COMMENTAIRE 91
traite de haut les imaginations de Scaliger : « Lege : Marci, pro
(jiin codices fcripti vitiofe Margi vel Marges prœferunt (ce en
quoi Saumaise fait erreur : on peut voir, aux pp. 28 et 29 de notre
appareil critique qu'aucun manuscrit, qu'aucune édition ne porte
Margi ou Marges), ex quo nefcio quem Mxç>\i%fibi hariolatus ejl
Scaliger. Ouot enini, iiiquit, alii Marci prœter Varronetii?
Sane. Sed ceîeberrimi Hebdomadum libri a Varrone fcripti
faciunt, ut de alio Marco non pojjit intelligi. » Thomas Reinesius
a également soutenu contre Scaliger (dans ses Variae Lectiones,
lib. II, cap. I ,p. 129, Altenhurgi, 1640), qu'il s'agissait de Varron.
Cannegieter est du même avis : <: Sentio ciim Salmajlo Gf Rei-
nejio, Marcum hic accipietttibus Marcum Varronem, invito
Scaligero, qui nefcio quem Margum atit Margea confingit.» (Op.
cit.,Y>- 194-) Si tous les critiques ont adopté Marc?, les deux derniers
éditeurs allemands, qui, eux aussi, veulent du nouveau, Schenkl
et Peiper, imaginent de lire Marcei, et fondent cette conjecture
sur des inscriptions où on lit Margei et Marcei. Assurément, dans
les inscriptions, on trouve Vergiliei (C. I. L., n^ 1013), Conlegei
(C. I. L., nP 1 108), mais c'est pour Vergilii, Conlegii. Marcei ne
pourrait être que pour Mardi. Pourquoi imaginer un Marcius
latin, aussi problématique que le Margeus grec de Scaliger, alors
que Marci et hebdonias se rapportent évidemment à Varron et à
un ouvrage dont le dixième volume pouvait être consacré en
partie aux sept célèbres architectes grecs? D'ailleurs Schenkl et
Peiper voient bien qu'il s'agit de Varron (cf. édit. Schenkl, Index II,
p. 284, col. I ; édit. Peiper, p. 132: <: 300-315 ex Varronis hebdo-
domadiim 1. X, Ritschelius Optisc. III, 512 sq.; p. 462 : Marcei:
Varronnis hebdomadem ex vv. 298 sqq. posse restitui Beniays
vidit). Pourquoi alors supposer qu'Ausone change le prénom
Mardis de Varron en Marceus ou Marcius?
V.307. Metagenis. — Les mss. ont tous menecratos. A partir
de l'édition parisienne de Vinet (i55i),on a adopté Menecratis,
correction de Vinet, que Schenkl et Peiper attribuent à Scaliger.
Ce dernier {Aus. Lect., i, 4) pense qu'il s'agit d'un Ménécrate
d'Ephèse, auteur d'ouvrages d'histoire naturelle et d'agronomie
dont Varron parle dans le de Re Rustica. Vinet, quoiqu'il soit
l'auteur de la correction, trouve que ce n'est ici la place d'aucun
des Ménécrates que l'on connaît par Plutarque, Elien et Suidas :
un Ménécrate, médecin de Syracuse, d'autres, poètes peu célèbres.
A la rigueur, conclut Vinet, un certain Ménécrate, que Varron
cite comme poète agronomique, au premier livre de son de Re
92 COMMENTAIRE
Rnstica (I, 1, 9), avirait pu parler des édifices rustiques. Pline
{N. H. y XXXVI, 34) cite un sculpteur nommé Ménécrate, mais
aucun architecte de ce nom. Bœcking (édit. de 1845, p. 84) dit
qu'il n'en connaît pas. Le nom de Ménécrate est peut-être venu
dans ce vers, par suite d'un souvenir du copiste se rapportant au
Ménécrate, gendre de Pollius Félix dont il est question dans
Stace, p. ex. Silv., IV, vill, v.3 ...genus ecce Menecratis aiiget,
où ce nom occupe dans le vers la même place que les manuscrits
lui donnent dans le v. 307 de la Moselle. Or, au vers suivant,
Ausone rapproche de ce prétendu Ménécrate Ephesi spectata
manus : il fait allusion aux architectes du temple de Diane, qui
étaient Ctésiphon et son fils Métagène. (Cf. Vitruv., lib. VII,
Praefat. : « ...primumqite aedes Ephesi Dianae lonico génère
a Ctesiphonte Gnossio et filio eiiis Metagene est institiita. » Je
pense qu' Ausone désigne ici ces deux architectes : Ctésiphon
(nommé aussi Chersiphron) et Métagène. Je remplace donc Mene-
cratis par Metagenis en admettant que le poète a profité de ce
que ce nom n'avait jamais été employé en vers (voir le Thesatirns
de Quicherat), pour faire a long. Ausone n'écrit-il pas, au v. 303,
PhUo, qui vient du nom grec <ï>ï).u)v? Je dois d'ailleurs reconnaître
que si Vitruve parle de Ctésiphon et de son fils Métagène, Pline
l'Ancien ne cite que Ctésiphon (ou Chersiphron) comme architecte
du temple de Diane à Ephèse : « Laudatus est et Chersiphron
Gnosius, aede Ephesi, Dianae admirabile fabricata. » (N. H.,
VII, 125; cf. XXXVI, 95.)
V. 309. ICTINUS. — On sait que Callicrate et Ictinus furent
les architectes du Parthénon, sous la haute direction de Phidias.
Scaliger et Vinet font observer que l'on ne trouve dans les auteurs
anciens aucune mention de cette chouette magique, que l'auteur
des Ausonianae Lectiones rapproche de la colombe mers'eilleuse,
œuvre d'Archytas de Tarente
V. 312. DiNOCHARES. — Les mss. ont Dinochares. Déjà, du
temps de Vinet, on ne savait s'il fallait lire Dinochares, Dinocrates,
Démocrates ou Chirocrates. L'édition ToUius (p. 398, not. 190)
mentionne les hésitations d'Accurse, de Scaliger, de Freher et
de Saumaise, mais elle admet Dinochares, comme l'ont fait à
peu près tous les éditeurs qui ont suivi, excepté Tross qui écrit
Dinocrates, orthographe de ce nom dans les anciennes éditions
de Pline. Le dernier éditeur de Pline l'Ancien, Ludovicus Janus
(Leipzig, Teubner, édition posthume revue par son fils, Carolus
COMMENTAIRE 93
Janus, 1870 et années suivantes), dans le texte du passage d'où
ces vers d'Ausone sont tirés, admet Timochares (N. H., XXXIV,
148) d'après le Toletanus et le Parisiensis, n° 6,797, où on lit
Tymochares (d'autres mss. ont Timocrates; les anciennes éditions,
Dtnocrafes et Dinochares), et réserve le nom de Dinochares
à un autre architecte plus ancien : « Dinochares metatiis Alexan-
dro condenti in Aegypto Alexandriam i {N. H., VII, 125; cf.
V, 62). Si on accepte la leçon Timochares au livre XXXIV de
Pline, il faut évidemment l'accepter ici, puisqu'il s'agit du même
personnage. Mais, je crois que les mss. de la Moselle reprodui-
sent la vraie leçon du poète, qui semble avoir confondu Timo-
chares et Dinochares. (Voir la note de M. Tannery, p. 96 de
ce Cotntnentaire.)
Pline l'Ancien mentionne ce temple et cette pyramide que
Dinochares ou mieux Timochares éleva par ordre de Ptolémée II
Philadelphe. Timochares avait commencé à faire au temple d'Ar-
sinoé une voûte d'aimant, de façon que la statue de la reine
semblât suspendue dans l'air : mais la mort du roi et celle de l'ar-
chitecte lui-même auraient empêché l'achèvement de cette œuvre.
« Magnete lapide architectus Timochares Alexandriae Arsinoes
temphini concamarare inchoaverat, ut in eo simiilacrum e ferro
pendere aère videretur. Intercessit ipsiiis mors et Ptolemaei
régis qui id sorori siiae iusserat fieri. > (Plin., N. H., XXXIV,
148.) Ausone suppose que ce temple fut achevé; d'après lui,
c'est à Pharos (cf. v. 315, Pharii... templi), et non à Alexandrie
même, que le temple aurait été édifié. On sait que Pharos, célèbre
par son phare (cf. v . 330. . . Pharos ut Memphitica ttirrim), est une
petite île voisine d'Alexandrie, et réunie au continent par une jetée
de sept stades ('EnTaaTâoiov). Du moment qu'au v. 330 Ausone
donne à Pharos l'épithète de Mem'phitica, qui signifie Egyptienne ,
en général, on peut supposer que l'épithète de Phariiim, attribuée
au temple construit par Timochares, n'a pas un sens plus rigou-
reux, et que le poète veut simplement dire le temple d'Égj'pte.
— J'ai traduit textuellement l'expression du v. 315 : «... dans les
hauteurs aériennes du temple de Pharos. » Saint Augustin {de
Civit. Dei, XXI, vi) parle d'une statue de bronze qui se trouvait
dans le temple de Sérapis, à Alexandrie, suspendue grâce à un
aimant qui, de la voûte, l'attirait. On connaît la tradition semblable
qui s'est formée plus tard à propos du tombeau de Mahomet. — Il
se pourrait qu'en faisant allusion à la merveilleuse statue, œuvre
de Timochares, Ausone eût en vue quelque merveille comparable
à celle du temple d'Alexandrie, et existant à Trêves. On lit en
94 COMMENTAIRE
effet dans les Annales Treverensium la description d'une statue
en fer de Mercure qui rappelle ce qu'Ausone dit du chef-d'œuvre
de Timocharès : « Audi praeterea qtiod mireris. Treberis est
ciuitas Galliae nobilis, ubi Senecio quidam cuius hospitio iisus
sum per 12 dies, in suburbio ciuitatis ferream imaginem
Mercurii uolantis magni ponderis ostendit in aère pendentem.
Erat auteni magnes, ut hospes idem mihi ostendit, supra in
fornice itemque in pauiniento, quorum naturalis uis e regione
sua [sibi ferriim asciuit sicque] ferruin ingens quasi dubitans
in aère remansit... » (Annal. Treuerensium continuator, Pertz
S. S. VIII, 146, 12-17.)
V. 312. QUADRO GUI IN FASTIGIA CONO. — Le Rh a quadro
cui, leçon généralement adoptée.
Le G a quadra cui, le B,quadre cui, et le 'L,cedro (cui est omis).
Beaucoup de corrections ont été proposées pour éviter l'hiatus
admis par tous les éditeurs qui adoptent la leçon du Rh. Turnèbe
(Advers., XIX, xil) propose cuui; Saumaise (Plin. Exercit. ad
Salin., p. 575), cubi; ToWius, cuji (il est à remarquer qu'il propose
sa correction en note, mais qu'il écrit cui dans son texte). Christ
admet l'hiatus, ou propose :
. . . quadro cuius fastlgia cono
Urget. . ,
Boeckina:
&
. . . cui quadrata in,
correction qui se rapproche de celle de Goropius Becanus, citée
par Poelmann : cui quadrato.
Schenkl reprend la correction de Tollius, cuii (ou cuji, comme
ToUius écrit) étant regardé comme un datif archaïque.
Il faudrait lire alors qu'âdr\ô cmi\ In...
Peiper préfère quâdr\cîta cïa\ ïn...
La conjecture de Peiper a le tort de s'éloigner de la lettre des
mss. (quadrata pour quadro)] celle de Schenkl se fonde sur
un passage de L. MûUer (de R. M., p. 271) qui admet ce datif
insolite de qui dans ce vers d'Ausone et dans un autre de Prudence
(Hamart., v. 104... sua cuiique iura). Mais cela me semble peu
convaincant. Ausone attribue diverses quantités au datif cûi
(édit. Schenkl: cul, XV, 9, v. 3; XXIII, v. 6; Epist., XVI, 2,
V. 59; c»i, IIII, I, V. 15; XV, 29, v. 2), mais jamais il n'en fait,
comme il faudrait l'admettre ici, un trochée ou un spondée. Le
COMMENTAIRE 95
Thésaurus de Quicherat, qui mentionne toutes les quantités de
cui, même eut, ne note aucun exemple de celle que ce mot devrait
avoir ici, d'après Schenkl. Je préfère écrire quadro cui, comme
les anciens éditeurs, et admettre l'hiatus.
V. 313. Surgit, et ipsa suas consumit pyramis umbras.
— Pline parle d'un obélisque que Ptolémée fit élever dans le
temple d'Arsinoé : « Hic (cet obélisque) /mzY in Arsinoeo positus
a rege supra dicto (Ptolémée Philadelphe), munus amoris in
coniuge eademque sorore Arsinoe.» (N. H., XXXVI, 68.)
Les auteurs latins de la décadence ont souvent rapporté avec
admiration que les pyramides absorbent leurs ombres. On lit
dans Ammien Marcellin (XXII, XV, 29): «...quae [pyraniidum]
figura apud geometras ideo sic appellatur, quod ad ignis spe-
cietn... extenuatur in conum. Qitarum magnitudo, quoniam in
celsitudinem nimiam scandens gracilescit paulatiin , timbras
quoqne mechanica rafione consumit » ; — dans Solin (cap. 35) :
Itaque mensuram umbrarum egressae [pyramides turres] nullas
habent umbras .> ; — dans Cassiodore ( Var. VII, XV) : « Pyramides
in Aegypto, quarum in suo statu se umbra consumens tdtra
constructionis spatium,nulla parte respicitur. » C'est sans doute
pour donner plus d'importance au monument de Timocharès
qu'Ausone a fait de l'obélisque, dont il est question dans Pline,
une pyramide qui absorbe son ombre : aussi bien l'Egypte est le
pays des pyramides.
Cette pyramide qui absorbe ses ombres a beaucoup inquiété
les commentateurs. Vinet avoue qu'il ne comprend guère ce
qu'Ausone veut dire : « Quam autem Aufonius Pyrarnidem hic
Jignificet vinbras Juas confumenteni , cotnpertum non habeo. »
(Commentar., 262 F.) Il rappelle, au contraire, que Thaïes de
Milet a pu mesurer la hauteur des Pyramides d'après l'ombre
qu'elles portaient; mais il doit reconnaître qu'Ammien Marcellin,
Solin, Cassiodore, et Lucien, dans son Toxaris, parlent de ces
Pyramides qui n'ont point d'ombre. Il donne d'ailleurs une
démonstration mathématique qui prouve qu'en hiver la pyramide
pouvait absorber son ombre : « Quare potuit Alexâdrie fieri
pyramis feu obeli/cus, cuius vmbra côfumeretur diei eticî hiberni
magna parte. » Tollius aurait, lui aussi, voulu démontrer mathé-
matiquement la possibilité du prodige mentionné par Ausone. Il
s'est donc adressé à Jean Blaeu, son éditeur, homme très versé
dans les sciences mathématiques; mais comme Blaeu « aliis
gravioribus negotiis occupatîts > faisait attendre trop longtemps
ÇÔ COMMENTAIRE
la solution demandée, il a dû avoir recours à Longomontanus
Junior (qui était sans doute un fils ou parent de l'astronome
Christian Longomontanus (1562- 1647), auteur de VAstronnmia
Danica); Tollius a inséré dans son édition la démonstration, avec
figures, de Longomontanus, qui conclut ainsi : <^ Igitur non
mirum fi Alexandriœ et in aliis Mgypti ditionibus, magna
ex parte circa Solfiitium œfiivum in Pyramide tali timbra
confuniatur. » Wemsdorf renvoie pour cette question aux spécia-
listes : « Quod quare itafiat, et quo in génère pyramidmn, harum
rerum consiilti definiant. » Bœcking confesse également son
incapacité à résoudre ce problème. — Nous n'aurions pas non
plus de solution à donner et nous ne pourrions que renvoyer
à la démonstration de Vinet ou à celle de Longomontanus, si
M. Paul Tannery, ingénieur des manufactures de l'État, bien
connu par ses savants travaux sur les mathématiques chez les
anciens, n'avait eu l'obligeance de rédiger à l'intention de ce
Commentaire de la Moselle la note qu'on va lire :
« Les pyramides de Gizeh sont, comme on sait, à base carrée,
orientées, et l'angle de leurs faces avec le plan de base est d'en-
viron 52°. Il en résulte que, quand le soleil se trouve à midi à plus
de 52° de hauteur au-dessus de l'horizon, les rayons frappent
directement les quatre faces et les pyramides n'ont point d'ombre.
La latitude de Gizeh étant d'environ 30°, la hauteur méridienne du
soleil y varie, en nombres ronds de 36° à 84", et la condition indi-
quée se trouve remplie pendant plus de sept mois de l'année. Il
est à peine utile d'ajouter que l'ombre immense projetée par la
pyramide au lever du soleil, décroît successivement à mesure que
l'astre monte à l'horizon, qu'elle arrive ainsi à rentrer peu à peu
dans l'espace couvert par le monument (c'est ce que veut expri-
mer Ausone en disant: et ipsa suas consumit pyramis timbras),
et qu'enfin la durée de l'absence de l'ombre est chaque jour
d'autant plus grande que l'on se trouve plus près du solstice d'été.
Ainsi, tandis qu'à la date où l'ombre disparaît pour la première
fois, une vingtaine de jours avant l'équinoxe du printemps,
l'éclairement total ne dure qu'un moment, il se prolonge au solstice
d'été pendant deux heures et demie environ avant midi et autant
après.
» Ces phénomènes, dont l'explication est très simple, et qu'on
n'a certainement pas cherché à produire, n'en sont pas moins de
nature à frapper vivement le voyageur qui les contemple, et il
semblerait, d'après ce qu'en dit Lucien dans le Toxaris, que c'était
COMMENTAIRE 97
là surtout le spectacle qui, dans l'antiquité, attirait les touristes au
pied des pyramides et que leurs récits célébraient comme la plus
grande singularité. Avant Ausone, SoUn, et après lui, Ammien
Marcellin et Cassiodore en ont également parié en termes plus
ou moins pompeux. C'était donc un lieu commun.
» Parmi les commentateurs, Vinet et l'astronome Longo-
montanus, dans l'édition de ToUius, se sont attachés à montrer
longuement la possibilité du fait en question. Mais ils ne l'ont pas
rapporté aux monuments de Gizeh, et Vinet, en particulier, a pensé
à une pyramide élevée à Alexandrie et dont les faces auraient été
assez inclinées pour ne pas donner d'ombres « même une grande
partie d'un jour d'hiver». Il estbeaucoup plusprobable qu' Ausone,
ayant puisé dans Varron, par exemple, la notice courante relative
aux pyramides de Gizeh, l'aura simplement accolée au nom du
plus célèbre architecte de l'Egypte des Ptolémées, sans se soucier
si ce Grec avait ou non jamais érigé de pyramide. Il semble
d'ailleurs avoir fait une confusion entre celui qui dirigea la cons-
truction d'Alexandrie (Dinocratès, suivant Strabon, Vitruve, etc.)
et l'architecte de Ptolémée Philadelphe, chargé du tombeau
d'Arsinoé.
» Paul Tannery. »
V. 316. Caerula cautes. — C'est ici le passage de la Moselle
qui a été l'objet du plus grand nombre de discussions, et sur
lequel on n'a jamais rien pu affirmer de certain. Il s'agit évidem-
ment d'un aimant qui tient suspendue dans l'air, par un de ses
cheveux de fer, une statue d'Arsinoé. Mais les mss., s'ils laissent
deviner le sens, ne présentent que des leçons absm'des. Le G,
le B et le L ont chorus achates; le Rh, totus achates. Chorus,
qui ne signifie rien (à moins qu'on ne le prenne dans le sens de
chœur, et alors ce mot fait le vers faux), n'a été adopté que par
Ugolet, Avantius et la Juntine; beaucoup d'éditions, l'Aldine,
l'édition de Bâle (1523), les éditions de Lyon, celle de Vinet
(1575), qui met un signe de doute (*), et celle de Tross conservent
totus.
A partir de l'Ascensiana et du premier Ausone de Vmet (1551),
presque toutes les éditions admettent Corus, leçon que Scaliger
(Lect. Aus., I, 4) approuve : le Corus, dit-il, est ici pour le
Zéphyre; Arsinoé était surnommée Zephyritis, ayant été ense-
velie dans le temple de <: Venus Zephyritis » . Quant à Achate, c'est
<i quidam queni in délit iis hahuerit Arsinoe». Cette explication
ne satisfait pas Vinet, qui se demande ce que le Corus vient faire
m
98 COMMENTAIRE
ici. Mais la leçon de l'Ascensiana est adoptée par Freher, Sou-
chay, Christ, Wemsdorf, Bœcking et Schenkl. Gronovius (O&serv.
lib. I, cap. XIX) propose vëra mâgitetls (ce qui fait le vers faux),
conjecture admise par l'édition de Tollius. Saumaise (Plin.
Exercit.,p. 575) admet Dorus, Barth (ad Claiidiani Magnetevi,
V. 22), torvus, et Cannegieter {op. cit., p. 195), curvus Achates:
« Forte nojîer curvus Achates, a forma convexa, ut in tejîudine,
fie nominatus, Achatem auteni dicens magnetetn intellexit,
fpeciem pro fpecie ufurpans... Veriora tamen abaliis hic doceri
puto. :> Wemsdorf, qui discute toutes les opinions de ses devanciers
(Poet. latin, min., édit. Lemaire, vol. I, Excurs. II ad Aiisonii
Mosellam, p. 279-281), propose Chloridos aies, à cause du vers
de Catulle (LXVI, v. 54), déjà cité par Vinet:
Obtulit Arsinoes Chloridos aies equus.
Or L. Muller a fait remarquer qu'après l'âge d'Auguste aucun
poète n'imite les pièces de Catulle, composées en hexamètres
ou en distiques; dans l'édition qu'il a donnée de Catulle, le savant
métricien lit d'ailleurs ainsi ce vers :
Obtulit Arsinoes Locridos aies equos.
Quant à la conjecture de Peiper, virus achates, elle me paraît
peu intelligible. Peiper la fonde sur ce passage de Pline (N. H.,
XXXIV, 147) qu'il cite: « Sola haec ntateria [ferruni] UIRUS
ab eo lapide [tnagnete] accipit, retinetque longo tempore, aliiid
ad'prehendens ferrum, ut anulorum catena spectetur inter-
duni... etc. »
Corus, comme le trouvait Vinet, me semble ici, inexplicable.
Si les mss. avaient Corus achates, ce serait une corruption de
Corus Ar gestes (cf. Pline, N. H., XVIII, 338 : « Corus, Graecis
dictus Argestes »; Sénèque, Nat. Quaest., V, XVî : « Corus
qui apud quosdam Argestes dicitur r>\ Aulu-Gelle, II, XXII, 12:
« Corus qiiem soient Graeci'Kç,yE<7-:i/vocare »), corruption qui se
trouve dans un calendrier romain duiv*' ou du ve siècle (Bibl. nat.,
Nouv. acquisit. latines, n^ 1523) reproduit par G. Boissier dans la
Revue de Philologie de janvier 1884. On lit en effet dans ce calen-
drier, au mois de mai : ^flat ventus Agrestis »; Agrestis est pour
Argestes (Ovide, Fast., V, v. 161). Peut-on admettre qu'Ausone
ait écrit Corus agrestis comme l'auteur du calendrier? Je ne le
crois pas.
Si les mss. ont chorus pour Corus, je pense que Corus a été
amené à cause du voisinage de spirat, peut-être par souvenir
COMMENTAIRE 99
du vers de Virgile (G., III, v. 356) : Semper hiems, semper
spiranfesfrigora Cauri. Mais ici ce qui souffle, ce qui aspire
(sptratj, c'est l'aimant, ce n'est pas le vent; il nous faut donc un
mot signifiant aimant, et ce mot ne peut être achates. Je crois que
Pline, constamment imité dans ce passage par Ausone, nous donne
ce mot : il appelle l'aimant lapis magnes (cautes est synonyme de
lapis), et il dit: « Conperfiiin tanto nieliores esse quanto sint
niagis caerulei. » (iV. H., XXXVI, 128.) Je propose donc de lire :
Spirat enim tecti testudine caerula cautes.
V. 330. Altam, Pharos ut Memphitica, TURRIM. —
Souchay fait observer avec raison qu'ici memphitica est employé
par synecdoche pour aegyptia (voir v. 315 ...Pharii templi).
Freher dit que l'on voit sur les sommets des collines, aux bords
du Rhin et de la Moselle, beaucoup de hautes tours rondes, qui
datent de l'époque romaine, et qui sont devenues le centre d'édi-
fices construits plus tard.
V. 331. Clausos consaepto gurgite pisces. — Freher
constate que l'on pratique avec succès ce genre de pêche près de
Neumagen, à l'embouchure de la Drohne et ailleurs. ToUius dit de
son côté : « Nota illa pi/candi ratio, qua objîruôlis angujîiarum
aditibus, inter fcopulos vel vada prominentia pifces conclufi
capiuntur . »
V. 337-348. — Cette description de l'établissement de bains,
situé sur les bords de la Moselle, est imitée de plusieurs morceaux
de Stace, en particulier de la iii« Silve du Livre I. Sidoine Apol-
linaire, à son tour, s'est inspiré d' Ausone dans la Lettre il" du
Livre II, dans ses distiques « de Balneis villae suae supra laciim
positae» {Carmen xvill), et dans son quatrain sur une piscine
{Carmen XIX).
On peut se rendre compte que la description d' Ausone est
exacte et complète en se reportant à la Lettre XII de Rome au
siècle d'Auguste (t. I, p. 138 et suiv.. Les bains privés et les
bains publics), et aux passages des auteurs anciens cités par
Dezobry.
Freher s'étonne qu' Ausone ne parle pas des eaux minérales
abondantes dans toute la région : « Miror quod nihil de fontihus
acidis, magno ejus regionis &> prœcipuo commodo, Aufonius
tetigerit : qui & apud Confluentes, & Augujîam ipfam Trêve-
lOO COMMENTAIRE
rorum niagno &> palati &• Jiomachi bono hihuntur : ô» pajjint
etiam in média via. » Mais Ausone prétend ne parler que de
ce qu'il voit sur son chemin : il ne décrit les bains qu'en tant
que monuments, et, s'il montre les ébats des baigneurs qui nagent
en plein fleuve, c'est qu'il y trouve un joli motif à tableau
de genre. Il est probable que les établissements où l'on pre-
nait des eaux minérales pour le plus grand bien de l'estomac
n'avaient rien de monumental ; et il eût été difficile de trouver,
dans la vue de gens qui boivent de l'eau, un sujet de description
gracieuse. Enfin, et cette raison a bien son prix, si Stace a
fait des descriptions de bains et de nageurs, descriptions dont
on pouvait s'inspirer et avec lesquelles il était intéressant de
lutter, le poète des Silves ne s'est pas occupé des buveurs d'eaux
minérales.
Ausone termine sa description des bains en leur faisant l'hon-
neur de les comparer à une Baies en petit; cette Baies gauloise
a même, sur la véritable, l'avantage appréciable qu'on peut y
goûter des plaisirs qui n'entraînent à aucun faste. Et la licence
et le faste proverbiaux de la vie mondaine à Baies sont attestés
par bien des auteurs latins, depuis Varron qui les raille dans une
Satire dont il reste quelques fragments, et Cicéron qui y fait de
nombreuses allusions, dans le Pro Caelio, jusqu'à Ammien
Marcellin et Symmaque. (Voir les renvois au texte des auteurs
anciens qui ont parlé de Baies, dans Rome au siècle d'Auguste,
lettre LXXXIV, t. III, et dans les Mœurs romaines du règne
d'Auguste à la fin des Antonins, par Fried aender, traduct. franc,
de Ch. Vogel, t. II, pp. 397 et suiv., Paris, 1867.)
Cette comparaison, si flatteuse pour les bains de la Moselle, a
cependant attiré à Ausone de la part de Cannegieter une critique
assez bizarre. Voici, en eff"et, comment s'exprime cet érudit (op.
cit. pp. 196 et suiv.) : « Quod fiinulacra exilia dicit, admodum
exile efl hoc epitheton, nec credo id voluijfe Aufoniuni, qui
invidendis laudibus célébrât Mofellam, & quem Symmachus,
Lib. I. epijl. magna narraffeycr?7;îY. Neque ul lus Poëf arum unutn
hominis unius privati balneum ita laudavit, ut Bajanis non
aequiperaret. Non certe Statius, non Sidonius. Ille de Balneo
Etrufci Silv. I. vs. 60 :
Non fi Bajanis veniat novus liofpes ab oris
Talia defpiciat...
» Intelligis ab hoc Poëta laudes balneoruin Mofellanoruni
muiuatimt ejje noflrum, quod & animadrertit Freherus.
COMMENTAIRE lOI
Sidonius halneum villae fuae carm. i8. poene Bajis prae-
fert :
Aemula Bajano tolluntur culmina cono,
Parque cothurnato vertice fulget apex.
Garrula Gauranis plus murmurât unda fluentis ,
Contigui collis lapfa fupercilio.
Lucrinum dives ftagnum, Canipania nollet,
Aequora fi, nojlri cerneret illa lacus.
Illud Puniceis ornatur littus echinis,
Pifcibus in nojlris hofpes utrumque vides.
«
> Quis ergo credat, Aufonium omnia riparmn Mofellanorum
halnea (in quitus forte Jmperatorum , quos inde a tempore
Conjlantini imperii domiciliutn Augujiae Treviroruni habuijfe
novitnus) cum illis Bajanis comparans ^ exilia dixijje? aut
faltetn dicere dehuijfe ? Nam atit Poé'ta hoc loco, aut Ubrarius
cidpandus. » Tross trouve que Cannegieter a bien raison de
blâmer l'emploi de ce mot exilia; il ne lui reproche que de n'avoir
pas proposé une correction lui-même, et il hasarde eximia. La
conjecture de Tross a le tort grave d'être déplacée, d'abord, et
ensuite de faire le vers faux (ëximzaj. D'ailleurs exilia est bien
l'épithète convenable. Quoi qu'en dise Cannegieter, elle concorde
avec le sens de Stace ; on lit en effet dans le second hémistiche
du V. 6i de la Silve v du livre I, dont le critique ne cite que le
premier :
fas sit componere magnis
Par va...
Parva est synonyme d^exilia. Quant à l'autre autorité de
Cannegieter, le Carmen xvill de Sidoine «de Balneis villae
suae supra lacimi positae », on ne peut, à la lecture de ces exagé-
rations bien dignes du manque de goût d'un poète de décadence,
que savoir bon gré à Ausone de n'y être pas tombé, quoique
gascon.
V. 354. Promeae Nemesaeque adiuta meatu Sura. —
Vinet avoue ne rien connaître au sujet des deux cours d'eau qui
se jettent dans la Sura : « [Pronea] & Nemefa in Siiram dela-
hentes niihi prorfiis incogniti .a {Comment., 265.) Scaliger ne dit
pas qu'il les ignore; mais, remarquant qu'Ausone passe sous
silence les fleuves de moindre importance (fluuii minorum
^ Je copie textuellement : on s'attendrait à lire Ausonium... compa-
rantem. Aut Cannegieter hoc loco, aut typographus culpandus.
102 COMMENTAIRE
gentium, comme il les appelle), et comme il n'est ici question
que d'affluents de la Sura qui se jette elle-même dans la Moselle,
l'auteur des Ansonianae Lectiones ne daigne pas s'en occuper :
« De Pronea, & Nemofci, quia eos fajîidit Aufonius, neque
Mofellœ,fed Surœ immifcentur , non magnopere curaui inuejli-
gare. » {Ans. Lect., I, 2.) Freher, qui fait observer que la Pronea
et la Nemesa, qui se nomment de son temps die Pruini et die
Nymss, se jettent dans la Sura auprès du bourg d'Eerel, non
loin du monastère d'Echternach, ajoute philosophiquement :
« Omnia enini ifta fluviorum nomina, abrogata alias toto ijlo
traôîu Latina lingua, intégra apud Germanos manferunt, non
minus quant flumina illa Aquitanica, in fine Operis. Adeo nec
alveos nec nomina facile fluvii mutant. » Le nom de ces deux
rivières est aujourd'hui, d'après Desjardins {Géographie histo-
rique et administrative de la Gaule romaine, Paris, 1876, t. I,
p. 132), la Prilm et la Nims\. La Priim prend sa source dans
les collines de Schneifel, près du village d'Olsheim, passe devant
la petite ville de Prum, célèbre par son abbaye fondée en 721, à
laquelle elle donne son nom, reçoit l'Alf en amont de Lunebach, la
Dinz près de Schanzweiler, et se réunit à la Nims, après un
cours d'une dizaine de lieues. Les deux rivières se jettent dans la
Sura, une lieue environ après leur confluent, près du petit village
de Stenen.
La Sura se nomme aujourd'hui, d'après Desjardins, Saiier,
Saure, Sure ou Sour ; d'après Bœcking, en allemand Sauer ou
Sour; en français. Sure. Vinet dit de cette rivière : « Sura nomen
prifcum adhuc retinens, Germaniœ inferioris fluuius efi, nifi me
fallunt, qui has regiones nuper defcripferunt , inter Treueros
&> Mediomatrices, fed propins Treueros in Mofellam exiens. »
(Comment., 265.) Scaliger : <• Sura nulla controuerfia efi ille
qui hodie dicitur ab accolis Mofellae, Saur, & Mofella excipitur
ad vicum Billich. » {Ans. Lect., I, 2.) Navigable pour les petits
bateaux — dit Bœcking — à partir de l'endroit où elle reçoit la
Prum grossie de la Nims, la Sauer sortie des Ardennes et grossie
de divers ruisseaux, se jette dans la Moselle après un cours d'une
vingtaine de lieues, deux lieues au-dessus de Trêves et près du
bourg de Wasserbillig.
'ts
^ Desjardins commet, à propos de ces rivières, une singulière inadver-
tance : après avoir cité « les deux tributaires [de la Sura] qui n'en font
qu'un, la Pronaea et la Nemesa », il ajoute en note explicative ; < La Nims
se jette dans la Priim qui se jette àson tour dans la Moselle » (page 132,
note 5).
COMMENTAIRE 1 O3
V. 359. Celbis... Erubris. — On a vu, aux notes critiques
concernant le v. 359, les diverses orthographes du nom de ces
deux fleuves qu'on trouve dans les mss. et dans les éditions.
Scaliger dit : « Celbis hodie caiida nominis fui truncatus eji.
Dicittir enim Kehl. Is non longe ab oppido Eringio fluit in
Mofelîam... fequitiir Erubris. Is ejî plane, qui hodie Roiier,
& ad cognominem fui vicum Mofellœ immifcetur. » {Auson.
Lect., I, 2.) Freher répète, à peu près dans les mêmes termes :
* ...hodie die Kyl, a quo nomen habet Kylburg, prope vicum
Erang Mofellae infunditur... Hodie die Rouver, apud vicum
cognominem Mofellae illabitur. » Suivant Desjardins, ces cours
d'eau se nomment aujourd'hui Ruver et Kyll; du second vient
Celbisburgum (Kyllburg), d'après la remarque de Valois (Notit.
Gall., p. 141). La Kyll — dit Bœcking — prend sa source aux
environs de celle de la Pnim, près du village de Loossheim, et,
après un cours d'une vingtaine de lieues, se jette dans la Moselle
auprès du bourg d'Erang. Jacques Schneider a publié à Trêves,
en 1843, une description de la vallée de la Kyll. La Ruver prend
sa source près de Kell et, après un cours de sept lieues, se jette
dans la Moselle, à une lieue de Trêves ; c'est un affluent de la rive
droite. Bœcking ajoute qu'on s'explique facilement les moulins
établis sur le cours de la Ruver, et dont il est question au v. 362 ;
mais plus difficilement les scieries de marbre dont il est parlé au
v. 363 : car, dit-il, on exploite sur les bords de la Ruver, non des
marbres, mais une excellente ardoise bleue, qu'il n'est pas besoin
de scier, tant elle se divise facilement en feuillets. Chassot de
Florencourt (fahrbiicher des Vereins von Alterthumsfreunden im
Rheinlande, VI, 208 fî.) prétend, sans autre autorité que le passage
de la Moselle en question, qu'il y avait sur la Ruver au temps
d'Ausone des moulins pour scier le marbre. Bœcking pense au
contraire que le poète se souvient d'un passage de Pline l'Ancien :
« Mollit iae... praecipua sunt exempla in Belgica provincia
candidmn lapidem serra qua lignum faciliusque eiiam secan-
tium ad tegularum et imbricum vicem, » (N. H., XXXVI, 159.)
Mais il semble peu probable qu' Ausone ait confondu l'ardoise avec
le marbre, et surtout qu'il ait vu des scieries destinées à travailler
une ardoise qui n'a pas besoin d'être sciée. Desjardins (op. cit.,
p. 133, note i) confirme l'assertion du poète : « C'est mal à propos
qu'on a cité, relativement à ce passage, la pierre blanche et facile
à tailler dont parle Pline, comme étant en Belgique, puisque le
marbre dont les carrières se trouvent sur les bords de cette rivière,
près du village de Ruver, lequel est situé à son confluent avec la
104 COMMENTAIRE
Moselle, est bleuâtre, semblable à l'ardoise, et sans veines. Voy.
Forbiger, III, p. 126, renvoi** à la note 92. »
V. 365. Lesuram... Drahonum. — La Lesura, au moyen
âge Ligeris ou Legura, au xil" siècle Liseré, nommée Léser par
Scaliger et Freher, et Lieser par Bœcking et Desjardins, est un
affluent de gauche ; ce cours d'eau de médiocre importance prend
sa source dans l'Eifel et se jette dans la Moselle au-dessous de
Trêves, près du bourg de Lieser.
Le Drahonns, nommé Draon ou Dron par Scaliger et Freher,
Drohn ou Dhron par Bœcking, et Trohn ou Drohne par Des-
jardins, est une rivière de très médiocre importance qui prend sa
source dans le Hunsriick, près du village de Dhronecken ou de
Thronecken, et qui, après un cours d'environ cinq lieues, se jette
dans la Moselle au-dessous de Neumagen. Bœcking dit, sans
preuve, que ceux qui identifient cette rivière avec le parvitlus
Rhodamis, dont parle Fortunat, commettent une erreur. Desjar-
dins, au contraire (op. cit., p. 133), dit que, dans la Moselle et
dans la poésie «ad Nicetium, Treverensem episcopum », le même
cours d'eau est désigné sous les deux noms différents de Draho-
nus et de Rhodanus.
V. 366. Salmonae. — La Salm, affluent de la rive gauche,
prend sa source au village de Meisburg, à une lieue au Sud de
Geroldstein et se jette dans la Moselle après un cours de six lieues
au-dessous du village de Clûsserath (que Scaliger nomme iST/w/raO-
V. 367. Saravus. — Le Saravus, qui porte aussi ce nom
dans la Table de Peutinger (Segm. II, B, i : youtesaram). qui est
appelé Sarvix dans l'itinéraire d'Antonin, Saruba par l'anonyme
de Ravenne (IV, 26), Sara par Fortunat {de Navig. sua, v. 20),
Sarra au moyen âge, die Sahr en allemand au temps de Scaliger
et de Freher, die Saar en allemand moderne, et la Sarre en
français, est le plus considérable des affluents de la Moselle.
Scaliger fait remarquer qu'il ne faut pas confondre cette rivière
avec la Sura dont il a été question au v. 356; il ajoute que le
nom de Sarra, donné à la Sarre dès l'époque romaine, est attesté
par une inscription de Saarbruck transportée à Trêves, où on lit
ces mots : castra, sarrae flv... Cette inscription citée, après
Scaliger, par Freher et d'auU-es, et admise par Gruter (p. 225,
n" 4), est fausse, comme Desjardins le fait remarquer {op. cit.,
p. 132, note 7).
COMMENTAIRE 105
Le cours de la Sarre est trop connu pour qu'il soit nécessaire
d'en parler. Il a déjà été dit (note au v. 92) que la Sarre se jette
dans la Moselle près du village de Conz, qu'on appelle d'ordinaire
en français Consarbruck. C'est ce village qu'Ausone désigne
pompeusement par les mots Augustts... mûris, que je traduis par
<; /(?s intirs d'un palais Augustes. Cette expression d'Auguste
appliquée à ce village paraît étonnante et fait, au premier .abord,
penser à Augusta Trevirorum. Desjardins prétend même, à
propos de ce vers, qu' <: Ausone dit aussi qu'elle [la Sarre] se jette
à Trêves dans la Moselle ^> {op. cit., p. 132, note 8). Ce n'est pas
Ausone qui le dit : il connaissait assez Trêves pour savoir que ce
n'est pas sous les murs de cette ville que les deux rivières se
réunissent. Ce sont quelques commentateurs qui l'affirment d'une
manière plus ou moins formelle. Vinet croit qu'Ausone désigne
Trêves et voit dans ce passage une inexactitude de poète : <■ Pote-
rat fpatio longe hreuiori, dfjic minorilabore, longius à mœnibus
Augujîœ Treuirorum, de qua efl carmen inter claras vrbes,
Mofelîœfe iungere Sarauus , fed fuh ipfis mûris vrbis nobiJiJfi-
niœ, id maluit facere. Aliquanto tamen interuallo fupra
Augujiam Treuirorum in Mofellam exit Sarauus. » (Comment.,
266 C.) Mais, dans le petit poème des Clarae Urbes consacré à
Trêves, Ausone parle de la position de cette ville sur la Moselle
et ne dit rien de la Sarre. Scaliger affirme qu'il s'agit de Trêves :
« [Sarauus] &> naiiigiorum patiens, & aliorum amniuni hofpi-
tio, quos infe recipit, clarus : &, quod caput omnium ejje dicit
Aufonius, fub mœnia Augujîe Treuerorum Mofellam conuenit,
non longe à Kontherbruk. » {Auson. Lect., I, 2.) C'est l'inverse
qu'il fallait dire : sous les murs de Consarbruk, non loin de
Trêves. Le géographe Abraham Ortelius d'Anvers (cité par
Hontheim p. 240, not. X du Prodronius de son Historia Trevi-
rensis) indique bien qu'il s'agit de Consdixhrvïk : <i Ad vicum
Guntzium, à quo pons ille Sarrœ antiqui operis, nomen habet
Cuntzerbruke. » Par une contradiction curieuse, Souchay, qui,
dans ses notes, résume l'indication d'Ortelius : <■■ Ad oppidum
ContZQthmk, paulo fup7'a Augujiam Trevirorum », écrit dans le
passage de Vlnterpretatio qui correspond à ce vers : ^propè
mœnia Augujîœ Treverorum^>. Bœcking, après Tross, se range
à l'opinion d'Ortelius et admet d'autant plus facilement l'exis-
tence à Conz d'un palais d'été des empereurs qu'on trouve dans le
code Théodosien plusieurs ordonnances datées de cette localité,
nommée en latin Concionacmn, Contionatum, Concionatum ou
Contionacum. Corpet traduit encore «les remparts de la cité
n
106 COMMENTAIRE
impériale». Mais, dans leurs Index, Schenkl et Peiper écrivent
tous deux : « Augnsti mûri (Concionatum, Coiiz). ;>
Malgré l'autorité des manuscrits et des éditions où on lit volveret
ostia, expression au moins fort rare, si elle se trouve autre part
qu'ici, et en tous cas peu intelligible, je préfère admettre la
conjecture de Christ et de Tross, solveret ostia : le sens est clair,
et, d'ailleurs, Ausone lui-même dit, au v. 473 de la Moselle, ostia
solvis, et au v. 5 de VEpigr.V , Scythico solvo ostia ponte.
V. 371. Alisontia. — «Reste VAlisontia, — dit Desjardins,
— sur laquelle les géographes allemands et français n'ont pu se
mettre d'accord. » {Op. cit., p. 134.) Scaliger pense qu'il s'agit de
l'Alf : « Alifontiani non diihito ejfe euin qiiem Alf vocant. Et
fortaffe non maie legeretur , Alifontia. Alij vocant Die Alb. In
vice cognomine communicat aquas fuas ipfi Mofellœ. » (Aicson.
Lect., I, 2.) Mais Scaliger est seul de son opinion. Freher dit qu'il
ne peut s'agir de cette rivière. Tross fait remarquer que l'Alf,
cours d'eau chétif, ne peut pas être celui qu'Ausone compare à
la Sarre (v. 370: Nec minor hoc...). Bœcking trouve aussi que
l'opinion de Scaliger ne supporte pas l'examen.
Vinet suppose que VAlisontia est l'Elz, rivière qui traverse le
Luxembourg ^ : « Hic fluuius putatur eJfe, qui Lucemburgen-
Jibus, Elz, dicitur, per quos in Mofellam delabitur. » {Cotnment.,
266 C.) C'est aussi l'opinion de Freher : « Hodie contraâîius Eltz,
ut ipfe viens Eltz olim Eliiatia /criptus... [ejî] Eltz fluuius apud
vicum cognotninem Mofellœ exceptus. » La phrase de Freher est
reproduite par Souchay, et son opinion adoptée par Brower,
Hontheim, Bœcking, Schenkl et Peiper. « Cette Elz — dit Bœc-
king — qui prend sa source environ sept lieues à l'ouest de son
embouchure, non loin des sources de l'Alf et de la Lieser, un peu
à l'ouest de Kelberg, dans l'Eifel, et qui, dans les documents à
partir du x" siècle, se nomme d'ordinaire Elza, Elze, Helze, Alcia
(Gunther, Cod. Dipl. Rh.-MoselL, tom. I), est aussi appelée
Alisontia, comme le prouve la chronique de Gottwich (Prodr.,
cap. IV, p. 750) : « Versus tneridiem pro limite erat fluvius Mosella
usque trans fluvium Alisontiam vel Elzam, versus fluvium
Leguram, qui nonnunquam etiam Ligeris appellatur. » Cette
identification deV Alisontia avec l'Elz semble donc probable. On
peut faire sans doute à Bœcking la même objection qui a été faite
à Scaliger : pas plus que l'Alf, l'Elz n'est comparable à la Sarre.
• Bien entendu le duché de Luxembourg, tel qu'il était autemps de Vinet.
COMMENTAIRE 1 07
Mais Bœcking répond que tous les autres cours d'eau qu'on peut
essayer d'identifier à l'Alisontia sont également de très peu d'im-
portance, et que d'autre part Ausone connaissait mieux sans
doute les environs de Trêves que le cours de l'Elz.
Enfin, on a proposé de voir dans VAlisontia l'Alsitz ou Alzig,
Alzette'en français, qui passe à Luxembourg. Freher rejette cette
hypothèse sans s'y arrêter, car l'Alzette est un affluent de la Sauer,
et non de la Moselle : <• Neqiie etiam [ejîfluvius] qui Lutzelbur^iim
prœlabitur Alsitz: is enitn Suram, non Mofellam influit. » Valois
cependant {Notit. Gall., p. 13) prétend démontrer, d'après des
lettres des années 786,803 et 876, où l'Alzette est appelée A/s!<»Y/a,
/ilsonfia, Alsantia, qu'il s'agit bien de ce cours d'eau. D'Anville
{Notice de la Gaule, p. 56) reprend l'argumentation de Valois et
donne à l'appui un autre texte de l'an 963 : « C'est la rivière
d'Alsetz qui passe à Luxembourg et qui tombe dans celle dont le
nom est Sura dans Ausone, aujourd'hui Sour, laquelle se joint à
la Moselle au-dessus de Trêves. Marquard Freher a mieux aimé
l'entendre d'une petite rivière qui se rend dans la Moselle, mais
beaucoup plus près de Coblentz que de Trêves, ce qui paraît
contraire à cette opinion, parce qu'Ausone affecte en quelque
manière de se renfermer dans les environs de Trêves. D'ailleurs
il est décidé c^vC Alisontia est la rivière qui passe à Luxembourg
par des lettres d'un comte Sigifrid de l'an 963 : Castellum Lusi-
Unburch, in page Metingauw, super ripant Alsuntiœ fluminis.
Il n'y a guère moyen de douter c^n'Alsuntia et Alisontia ne soient
le même nom.» A. Wiltheim (Luxent. Rom. Mss. lib. II, cap. vi),
Tross, Ukert (Geogr., II, 2« partie, p. 167) et Desjardins (op. cit.,
p. 134) se rangent à l'avis de Valois. Desjardins trouve tout à fait
concluants les textes du moyen âge cités par Valois et résout sans
peine « les objections [qui] sont que l'Alzette n'est pas un affluent
de la Moselle, mais de la Sauer, et qu'Ausone, qui a mentionné
plus haut la Sura, avec deux de ses tributaires, aurait dû nommer
VAlisontia en même temps. Mais le poète ne suit aucun ordre,
nous l'avons déjà fait remarquer; il ne dit pas non plus qu'il ne
s'astreigne à nommer que les affluents directs de la Moselle,
puisqu'il donne, dans son énumération poétique, d'autres sous-
affluents de cette rivière, la Pronaea, recevant elle-même la
Nemesa. » L'argumentation de Desjardins ne paraît pas irréfutable :
c'est justement, pourrait-on lui répondre, parce que le poète ne
suit aucun ordre qu'il n'y a rien d'étonnant à lui voir citer l'Elz
immédiatement après la Sarre ; si Ausone ne s'astreint pas à ne
nommer que les affluents directs de la Moselle, d> moins quand
108 COMMENTAIRE
il parle de sous-affluents, comme la Pronaea et la Netnesa, il a
soin de ne les citer qu'à propos de l'affluent direct dont ils sont
tributaires; et il serait curieux qu'après avoir cité ces deux
affluents de la Sauer, il revînt plus tard, sans aucune raison, et en
lui donnant une importance que rien ne justifie, à un autre affluent
de cette même rivière, en n'indiquant pas, comme il a eu soin de
le faire pour la Pronaea et la Nemesa, que VAHsontia se jette
dans la Sura. — Enfin Desjardins cite sans la résoudre une objec-
tion qui a trait au changement d^Alisontia en Alzette : « Il a dû
exister toutefois entre Alizontia et Alzette une forme germanique
intermédiaire, qui est sans doute Ah; car Alizontia eût donné,
en roman, Alzonce ou une forme voisine et n'a pu produire direc-
tement Alzette, qui semble être le diminutif de Alz. » (Note de
M. L. Havet.) Cette objection ne se présente pas si nous admet-
tons l'identification de VAHsontia avec VElz, identification que
le passage de la chronique citée par Bœcking (Alisontiam vel
Elzam) légitime parfaitement. A se change facilement en E : Elz
est la forme germanique qui vient naturellement d^Alisontia; ce
n'est pas un diminutif plus ou moins hypothétique, c'est le dérivé
germanique naturel du nom latin que nous fournit le mot Elz :
raison de plus de nous rendre à l'opinion défendue par Bœcking.
V. 372. Mille alii. — Scaliger cite quelques-uns de ces
♦ mille autres » affluents que l'imagination d'Ausone attribue à la
Moselle : « Mofella... Rhenuin ingreditur exceptis intra fe
prœter eos fiuuios, quorum meminit Aufoniiis, Ru, Mo/a (alius
ejî à Mo/a illo inagno fluuio) Sella, laro, Siero, Bifero, & Kufen-
bacho. :> {Auson. Lect., I, 2.) Freher cite en outre VOrna qui se
jette dans la Moselle devant Metz, la Sallia ou Sella, citées
toutes les deux par Fortunat. Bœcking énumère par ordre tous
les affluents nommés ou omis par Ausone : Madon, Meurthe,
Seille, Orne, Saur, Saar, Ruwer, Kyll, Salm, Dhron, Lieser,
Elz. Desjardins {op. cit., p. 132) dit que les affluents de la
Moselle, anciennement nommés et dont il n'est pas question
dans Ausone, sont la Salia (Seille) et VOrna (Orne), citées pour
la première fois par Fortunat, au vi- siècle. Quant au Rhodanus
qui, d'après ce dernier poète, baigne le château-fort de Nicetius,
évêque de Trêves, à son confluent avec la Moselle, c'est Dro-
nanus, dit Desjardins, qu'il faut lire : «... Sa description [la
description du château-fort] s'applique en effet à Neumagen, située
au confluent de la Moselle et de la Trohn ou Drohne, qui repré-
sente bien certainement le tenuis Drahonus d'Ausone. » Le der-
COMMENTAIRE IO9
nier éditeur de Forlunatus, F. Léo (Monum. Gerin. Hist.,t. IV,
pars I) semble ignorer la correction de Desjardins, dont, en tout
cas, il ne tient aucun compte. Il écrit Rodanus.
V. iis-ill- Smyrna... xMantua... Simois... Thybris. — Il
n'est pas utile d'expliquer ces allusions très claires à Sm3'rne,
l'une des sept villes qui se disputaient l'honneur d'être la patrie
d'Homère, à Mantoue, patrie de Virgile, au Simoïs et au Tibre,
fleuves que Vlliade et V Enéide ont rendus célèbres. Chantée par
un Homère ou par un Virgile, la Moselle serait plus illustre que
le Simoïs ou le Tibre.
V. 378-380. — On a vu, dans les Notes critiques, que ces trois
vers ont fort embarrassé les commentateurs qui ont supposé une
lacune, s'ils conservaient le v. 380 tel qu'il est dans les mss., et
qui, s'ils ne supposaient pas de lacune, ont essayé diverses cor-
rections. Corpet, qui conserve la leçon des mss., traduit ainsi:
«Pardonne-moi, Rome puissante; repousse, je t'en conjure, et
l'envie, et Némésis qvii n'a point de nom dans la langue latine :
les pères de Rome eux-mêmes ont placé là le siège de l'empire. »
Et il explique sa traduction : « Il [Ausone] prie Rome de lui
pardonner, s'il préfère la Moselle au Tibre ; car les pères de Rome
eux-mêmes, c'est-à-dire les empereurs, ont transporté à Trêves,
sur les bords de la Moselle, le siège de l'empire. » Il me semble
difficile de rendre Tmperii sedem... tenuere par « ont placé là le
siège de l'empire >. J'aime mieux lire au v. 380 : « Imperii sedem
Romamque tuere parenfem » : imperii sedem se rapporte à
Trêves, siège actuel de l'empire, ville qu' Ausone appelle au v. 24
Dignata imperio... moenia; — Romamque parentem, car Rome
est la mère de l'empire. Le poète demande à Némésis d'unir ces
deux villes dans une commune protection. — Quant à la phrase
« Latiae Neniesis non cognita linguae », c'est une allusion un
peu pédante à deux passages de Pline l'Ancien : « ... Nemeseos,
quae dea Latinum nomen ne in Capitolio quidem invenit »
(XI, 251), et <.<Nemesim, ciiius... Romae simiilacrum i^t Capito-
lio est, qiiamvi s Latinum notnen non sit» (XXVIII, 22). Ausone
a d'ailleurs coutume d'invoquer Némésis: cf. édit. Schenkl, VI,
V. 40: ...mitibus audï Auribus hoc, Netnesis...; XIII, 2, v.85:
Absistat Nemesis.
V. 382. Bello exercita pubes. — Le courage des habitants
de Trêves et surtout la qualité de leur cavalerie sont souvent
IIO COMMENTAIRE
l'objet des louanges des auteurs latins, en particulier de César :
« ...équités Treviri, quorum inter Gaîïos virhitis ojnnio est
singularis. » {De Bell. GalL, II, XXIV.) iHaec civitas [Treviri]
longe plurimum totius Galliae equitatu valet, magnasque habet
copias peditum. •* {Ibid., V, lll.) L'auteur du VIII^ livre des Com-
mentaires emploie même à propos des Trévires une expression
dont Ausone s'est peut-être souvenu: <: [Treviros] quorum civi-
tas, propter Germ,aniae vicinitatem^ cotidianis exercitata
iellis...» (De Bell. GalL, Vllt, xxv.)
V.383. Aemula...Latiae...facundia linguae. — Souchay
croit qu'il s'agit de la langue nationale des habitants de Trêves,
et rend ainsi ce passage dans son Interpretafto : « ... éloquent ia
lingtiœ propriœ, conferenda cutn eloquentia Latina. » Corpet
semble comprendre de la même manière, quand il traduit : " ...un
langage rival de la langue du Latium. » Mais on sait qu'au temps
d' Ausone la culture des lettres latines était répandue dans toute
la Gaule; Trêves, en particulier, avait ses écoles et ses rhéteurs;
c'est à Trêves que furent prononcés, en 289 et en 291 , les deux plus
anciens panégyriques latins que l'on connaisse après celui de
Pline le Jeune. (Voir TeufFel, Hist. litt. Rom., § 391.) C'est à
Trêves encore que furent prononcés, en 296 ou 297, le Panegyricus
Constantio Caesari dictus, attribué à Eumène, le Panegyricus
Constantino Auguste dictus (31O), et la Gratiarutn Actio
Constantino Augusto dicta (311), œuvres d'Eumène. A Trêves
enfin, un rhéteur gaulois inconnu débite un discours à l'occasion
du mariage de Constantin (307), et un autre inconnu prononce le
panégyrique de l'empereur, à son retour de l'expédition de 313 en
Italie. (Voir Teuffel, op. cit., § 401, 5 et 6.) C'est à ces discours
qu' Ausone fait sans doute allusion, et je traduis ainsi le v. 383 :
« . . .une éloquence qui rivalise avec celle des orateurs du Latium. »
V. 384. Mores et laetum frokte serena Ingenium. —
La leçon serena est justifiée par le passage de Stace (Silv. I, m,
V. 91-92), imité ici par Ausone :
virtusque serena
Fronte gravis
Ausone emploie une expression semblable à propos des habi-
tants de Milan (édit. Schenkl, XVIIII, v. 36) :
facunda virorum
Ingénia, et mores laeti
COMMENTAIRE III
V. 586-388. CaTOXes... Aristides. — C'est un lieu commun,
familier aux poètes, de vanter Caton et Aristide et de les prendre
comme types de vertu. Ausone lui-même dit ailleurs ''édit. Schenkl,
XV. 24: V. 3-4; :
Kec solus semper censor Cato, nec sibi solus
lustus Aristides his placeant tUulis.
V. 3S7. lUSTI SEHVATOB ET AEQUI. — Au lieu de spectator
qui se trouve dans toutes les éditions, mais qui n'a nulle part le
sens qu'on lui attribuerait dans ce passage, je préfère conjecturer
servatork cause de deux vers, l'un de Virgile (Aen., II, v. 427...
seryantissintus aequtj, l'autre de Lucain (II, v. 389... servator
honesti), que celui d'Ausone semble imiter.
V. 391 . Née VIS. — Je conserve la leçon vulgaire. On sait que
nervi, dans le sens de cordes de la lyre, se trouve très fréquem-
ment chez les poètes. C'est à tort, semble-t-il, que Schenkl et
Peiper admettent jvetis. Xete (yr^rrj est la dernière corde de la
lyre, la plus aiguë : si la lyre a plusieurs neryi, elle ne peut avoir
plusieurs ixetae. Le mot nete est d'ailleurs fort rare et ne se trouve
guère que dans Vitruve (V, lYj.
V. 392. Tejipus esit. — Le temps n'est jamais venu de cet
ou\-rage à la louange des Beiges, de ces panégyriques de tant de
personnages marquants qu" Ausone annonce dans ces vers, et de ce
poCTie plus développé qu'il se promet (v. 448-460) de composer
en llMMineur de la Moselle, dès qu'il sera rentré à Bordeaux, après
avoir terminé l'éducation de Gratien. Les auteurs des Gesta
Trevirorum n"ont pas bien compris le sens de ces vers, et ont,
sans autre autorité, conclu à l'existence d'un grand oin-rage
d'Ausorœ sur la région de la Moselle : <Aus.onius uero libellum
qui diciiur MoseUa nietrice composuit et postea reuersus in
patriam grande uolumen composuit ad hoiwrem huius patriae,
quod qui scire uoiuerit, in Burdegala reperire poterit. > (Gest.
Trev. Waitz éd. in Pertz. S. S. VIII, c. 30, p. 156, 4.) Bœcking
fait remarquer que huius pairiae signifie huius nostrae terrae,
de notre pays, du pays de Trêves puisque c'est un habitant de
Trêves qui rédige les Gesta.
V. 394-395- Veritlm... moees. — Cannegieter veut remplacer
ces deux mots par Quiritum et mur os : < Dicii fe celebraturum
112 COMMENTAIRE
fa6la Ronianorum, Belgaruni &> Viros fortijfimos defenforesque
patriae fuae, id ejl, Burdigalae feu Aqiiitcxniae, quos muros
patriae dixit Ovid. Metam. XIII, 281 : Quo Grajum murus
Achilles Procubuit. » La première conjecture est inutile. Ausone
ne parle ici que des Belges; c'est à partir du v. 398 qu'il com-
mence à faire allusion aux autres personnages dont il se propose
de chanter plus tard la gloire. La seconde me semble inadmis-
sible : Ovide appelle Achille, par apposition, murus, comme
Homère l'appelle é'pxoç. Mais Ausone ne cite ici nommément
aucun héros belge à qui appliquer cette apposition, qui serait sin-
gulièrement compliquée par cette autre apposition, décora inclita.
V. 398. Purpura. — Freher a tort de rapprocher ce vers de
celui du Griphus (édit. Schenkl, XXVI, 2, v.i 1) : Ter- nova Nes-
toreos implevit purpura fusos, où il est fait allusion aux fils de
pourpre et d'or dont la Parque a tissé les jours de Nestor. Je
comprends ce passage de la Moselle, comme l'éditeur in usum
Delphini : « Id ejl : accèdent quoque ad nojîrarn poëfin ornanietita
a-randiora, &■ digna Heroïhus. Vel inter eos quos celehrabo.
Gallos, erunt etiam purpurati nonpauci, Confularibus aliifque
fun6li honorihus. » Cannegieter dit aussi : « Ofiendit fe fcriptu-
runi aut de Iinperatoribus auf de Confulibus... Purpura namque
modo imperium, modo Confulatus dicitur. » Pour tisser d'agréa-
bles panégyriques de ces personnages, le poète a besoin que les
Piérides fournissent ses fuseaux de fils de pourpre.
V. 399-414. — ToUius voit dans cette tirade une preuve de
l'immense orgueil d' Ausone : ces quinze vers seraient uniquement
consacrés à chanter la gloire du poète et de sa famille : < Quant
fuerit vanœ, ac inanis gloriœ affectator Aufonius, cuni aliunde
tum hinc prœfertim perfpici potejî. Tota namque hac, quam
longa ejl, circumlocutione nonnijî trium, fi quid re6le video,
viroruni laudes compleâiitur : quas fi modejlior paulo fuijjet,
nec attigiffet quidem, aut ita certe attigiffet, ut non fe ipfe tant
effufe laudaret. » Les trois hommes loués ici outre mesure sont
Julius Ausonius, père du poète, qui vivait à la campagne (quietos
agricolas), le rhéteur Arborius, oncle d' Ausone (legiimqne catos,
fandique potentes), et enfin le poète lui-mSme, à qui s'appliquent
tous les autres éloges contenus dans ce morceau. Boecking expli-
que ces vers d'une manière plus scientifique :
1° Quietos agricolas (v. 399). — Ces mots, dit Bœcking,
s'appliquent aux possesseurs de biens-fonds (possessores) distincts
COMMENTAIRE 1 \ }
des petits cultivateurs fcolonij. — Je pense qu'Ausone fait parti-
culièrement allusion aux possessoi'es des environs de Trêves à qui
les campagnes de Valentinien ont assuré la tranquillité, comme
aux simples colons (voir au v. 458, /"^//ces ripa ex ut raque colonos).
2° Legu.mque catos, etc. (v. 400). — Bœcking montre qu'il
est question des defensores civitatum. (Voir Cod. Theod., lib. I,
tit. XI, de Defensoribus civitatum; Lenain de Tillemont, His-
toire des Empereurs..., seconde édition, Bruxelles, 1732, t. V,
art. XIII, p. 13; Savigny, Geschichte des Rom. Recht im Mitt.
Alt., 26 édit., t. I, p. 88 et suiv., et les auteurs qui y sont cités.)
30 CURIA... PROPRIUMQUE SENATUM (v. 4OI-402). — Cc SOnt
les titres généraux qui s'appliquent aux conseils de toutes les villes
de l'Empire au lye siècle. Godefroy (Cod. Theod., lib. XII, tit. 1,
de Decurionibus) dit : « Civitates Jeu urhes, oppida, niunicipia,
quin &> vici, inanjiones etiain quœdam, item cajtella... fuum
quendam Senatutu habuere quce caria dicebatur . »
4" QUOS...FACUNDIA (v. 403). — Il s'agit des rhéteurs. Ausone
fait peut-être allusion aux édits de Y alentinien de Medicis et Pro-
fessoribus litterarum. L'édit qui confère l'immunité de toutes
les charges publiques aux médecins et professeurs de Rome a été
promulgué en 370, à peu près au moment de la publication de la
Moselle. (Cf. Cod. Theod., lib. XIII, tit. III, Lex 10). Je suppose
qu'Ausone annonce dans ce passage les poèmes qu'il compte
écrire sur les rhéteurs. Il devait, en effet, une quinzaine d'années
plus tard (vers l'an 385), consacrer une série de pièces aux seuls
professeurs bordelais.
50 QuiQUE SUAS REXERE URBES (v. 405). — Bœcking pense
qu'il est question des gouverneurs de province, consulares,
comme en avaient les deux Belgiques et les deux Germanies, et
des praesides, qui résidaient dans la capitale de la province,
avaient la juridiction, le droit de punir, et par conséquent un tri-
bunal et des faisceaux ; et il renvoie pour ce qui concerne Vofficium
Praesidis, au Digeste, I, xvrii, et, pour ce qui concerne Vofficium
Rectoris Provinciae, au Cod. Theod., lib. I, tit. vi. Mais suas rexere
urbes ne peut se rapporter au rector provinciae. Rector est, au
lye siècle, synon3'me de index, et Ausone emploie ici le verbe
regere dans son sens propre : il parle de ces magistrats municipaux
qui rendaient la justice au civil et qui ne pouvaient juger d'affaires
capitales. Ces magistrats semblent avoir porté à Bordeaux le nom
de préteurs. (Voir C. Jullian, Inscriptions romaines de Bordeaux,
Bordeaux, 1887, t. I, n-^ 30, pp. 114-117.) Il paraît évident qu'Au-
sone ne fait pas allusion ici à un honneur dont il aurait été titulaire ;
I 14 COMMENTAIRE
ce passage n'est nullement consacré à sa glorification indiscrète^
comme le prétendait ToUius. Que signifie le fameux consulat
d'Ausone à Bordeaux sur lequel on a tellement disputé ? Le poète
a dit(édit. Schenkl, XVIIII, v. 167-168) :
Dilig9 Burdigalam, Romam colo. Civis in hac siim.
Consul in atnbabus : cunae hic, ibi sella curulis.
Vinet a fort bien expliqué le sens de ces deux vers: <- Qui
Conful fuit Romœ, Conful quoque Burcligalœjiniulfuit,fi Bur-
digala Ro)nano parebat Imper io. Sed potejî Burdigalenfis
ciuitas.... Jimiliter ac Roma fuiffe conjîituta, aliqua faltein ex
parte : Confulatutnque annuum magijiratutn liahuiffe. » {Com-
ment., 210 F.) Graevius veut écrire consul in hac sum, Civis in
ambabus, en se fondant sur ces deux arguments, d'abord qu'Au-
sone ne se vante jamais de ce consulat de Bordeaux, et ensuite
que les magistrats des villes des provinces ne portaient pas le
titre de consuls : « Confulem Je Romœ fuijfè iibique jaclat Aufo-
nius, nufquam Burdigalœ. Ne nunc dicain ReCiores primos
tirbium provincialium, coloniarum, &• munie i'pioruni nunquam
Confules appellatos ejje, ut pulchre docet vir fmnmus Thomas
Reinejlus in Epifiolis ad Ruperium. > Au xvill^ siècle, Corsini
(DeBurdigalensiAusoniiConsulatu, Pisis, 1763) avoulu démon-
trer qu'Ausone avait été consul à Bordeaux, démonstration qui a
été réfutée, peu d'années après, par une diatribe de Pûttmann
(De epocha Ausoniana,Jïctoque Ausonii consulatu Burdigalensi
diatribe, Lipsiae, 1776). Adrien de Valois (Valesiana, p. 231)
reprend en partie l'explication de Vinet : « Qui était consul ordi-
naire, était nommé et reconnu consul par tout l'Empire romain,
et non seulement à Rome, mais dans toutes les villes et places
de l'Empire. > En tous cas, ces deux vers, si souvent discutés,
« ne nous apprennent rien sur la magistrature suprême de Bordeaux
au lye siècle, ni sur son vrai nom, ni sur le nombre de ses titulai-
res. Car, évidemment, consul est une simple expression poétique > .
(JuUian, op. cit., p. 1 17.) Ces deux vers ne viennent pas non plus
à l'appui du v. 405 de la Moselle pour prouver, comme le voulait
Tollius, qu'Ausone parle de lui, conjecture d'autant moins pro-
bable que rien dans la longue énumération des titulaires de dignités
à qui des éloges futurs sont annoncés ne peut se rapporter à
Ausone.
6° Praefecturarum... (v. 408). — Bœcking remarque avec
raison que les vers 407-408 s'appliquent aux fonctionnaires qui
ont administré la Bretagne et Tltalie comme prae/ecti du second
COMMENTAIRE 1I5
ordre. On sait en effet que, depuis Constantin, il y avait dans
l'Empire quatre préfectures : I. Oriens. — H. lUyria Orientalis
et Thracia. — III. Itaîia, Illyria Occideiitalis et Africa. — IV.
Hispania, Gaîlia et Britannia. — Les vicarii ou praefecti du
second ordre, subordonnés au praefectus de la iv^ praefectura,
étaient au nombre de trois, ainsi que les vicarii de la ni^ praefec-
tura. Ausone veut parler ici de deux vicarii qui ont administré
en sous-ordre, l'un l'Italie, l'autre la Bretagne. Bœcking conjec-
ture aussi avec vraisemblance que, si le poète parle de chanter les
vicarii de ces deux provinces, c'est qu'il veut faire une gracieu-
seté à quelque parent ou ami. En effet, le vicaire d'Italie était,
en 370, un certain Cataphronius (cf. Lenain de Tillemont, op. cit.,
note XXXVIII au règne de Valentinien). Ce Cataphronius n'était pas
évidemment le fils de la tante d' Ausone, Cataphronia, qui mourut
vierge (cf. Ausone, édit. Schenkl, XV, 28 [Cataphronia] innuba
devotae... virginitatis amorem... coluit). Mais l'identité du nom
permet de supposer des liens de parenté entre ce vicaire d'Italie
et la tante du poète, et par suite entre Cataphronius et Ausone.
Lenain ne cite pas le nom du vicaire de Bretagne parmi ceux des
«Officiers de l'an 370 -> : mais Ammien Marcellin parle (XXVII,
VIII, 3) d'un Théodose, qui était le plus illustre capitaine de son
temps, et qui, vers 370, remporta de nombreuses victoires dans la
Grande-Bretagne (Amm. Marcell., XXVIII, m). Ce Théodose est
le père de l'empereur Théodose qui devait plus tard donner à
Ausone le nom de père et lui rappeler les liens d'amitié privée
qui les unissaient (cf. édit. Schenkl, p. i, Epist. Theod. ad
Auson.: ...illiiis privatae inter nos caritatis... parens iucun-
dissime). Ausone était-il l'ami du père comme du fils : le père
fut-il vicaire de Bretagne ? Aucun document ne le prouve ; mais
ces vers de la Moselle permettent peut-être de le supposer. En
tout cas, on ne connaît pour cette époque le nom d'aucun vicaire
de Bretagne, et Ammien ne cite aucun autre personnage que
Théodose qui se soit illustré dans cette province.
Scaliger prétend qu' Ausone se désigne lui-même, au pluriel, il
est vrai : mais il n'y a pas là de quoi gêner l'hypothèse de l'auteur
des Lectiones : c. Sic de fe ipfo loques in Mofella fcrihit , numéro
tamen plurali: Aut Italum populos... etc. » {Auson. Lect., II, 17.)
Cette hypothèse de Scaliger a été généralement admise ; Souchay,
en particuUer, dit: « De ipfo Aufonio procul dubio intelUgendus
ejîhiclocus, isenim uframque ohtinuerat, licet Italiœ prœfeclu-
ram non diu tenuerit.^ Ausone rappelle bien, dans le < Liber
protre'pticus ad nepotem », qu'il obtint deux préfectures (v. 91...
I l6 COxMMENTAIRE
praefecturani duplicein), mais il n'a jamais été vicaire de Bretagne
ou d'Italie : Gratien le fit, en 377, préfet d'Italie, d'IUyrie occi-
dentale et d'Afrique, et, en 378, préfet d'Espagne, de Gaule et
de Bretagne (cf. Lenain de Tillemont, op. cit., note viii au règne
de Gratien); et le poète n'obtint ces deux préfectures que sept et
huit ans après la publication de la Moselle.
Il faut enfin citer une interprétation bizarre des mots titiilo
secundo, donnée par Gronovius : « Dicit Aufonius... fe largiter
diôîururn laudes Belgarum... Sic etiam qui ex iis Italiani &•
Britannias ^ewwere Prœfeéturarum titulo fecundo ; hoc efl,felici,
non falfis judiciis eligentium. » {Observât., lib. II, cap. xvil).
70 (v. 409-414.) — On a beaucoup discuté pour établir quel était
l'important fonctionnaire de l'Empire désigné par ces vers peu
intelligibles. Vinet pense qu'Ausone veut parler des consuls
(tantum non primo sub nomine : [confules] pritnis illis [regibus]
nulla re difpares niji folo illo nomine primo)., puis des empe-
reurs : la Fortune a commis une erreur en chassant les rois et en
créant les consuls, et l'a réparée en remplaçant les consuls par
les empereurs : « Ita Valêtiniano & reliquis fuis principibus
adulatur Aufonius. » {Comment., 269.) Cette explication ne
soutient pas l'examen. Scaligei prétend encore qu'Ausone parle
de lui et de la dignité de préfet du prétoire qu'il obtint sous le
premier consulat de Valentinien et de Valens : « Nam illud Tantum
non, hoc ejl (iovou-/t ojïèdit non diu eam tenuiffe, 6= tamen fe
parem primisfuiffe : hoc eft, tant illi imputari hanc prœfeâluram ,
quam fi ea plene perfunâîus ejfet. Nam primi prœfeSîi funt
prœfe6li prœtorio Italiœ. Nam eam non diu tenuiffe ipfe poft
déclarât, qumn eam prœfeGlurani vocet, libata prcemia. Eam-
que prœfeâîuram rexit Valentiniani &= Valentis confidatu
Primo, ut ego ex veteribus Principum Conftitutionibus odoratus
fum. -> {Auson. Lect., II, 17.) Mais le premier consulat de Valens
et de Valentinien est de l'an 365; le préfet du prétoire, en 365,
était Sallustius Secundus; le vicaire d'Asie, qui fut préfet du
prétoire en 368, se nommait Auxonius. (Cf. Lenain de Tillemont,
op. cit., t. V, L'empereur Valens, art. Il, p. 34, et art. viii, p. 39.)
D'où la confusion que fait Scaliger entre Ausone et Auxone.
(Voir à propos de cette erreur de Scaliger la note F à l'article
Ausone, dans le Dictionnaire de Bayle.) D'après Freher aussi,
Ausone parle d'une dignité qui lui a été accordée; cette dignité,
c'est le consulat : « Confulatus nimirum titulo, qui adeo accedit
ad ipfum Princip is fajl igium , ut folo nomine differre videatur. »
Par fuerit primis désigne le pouvoir égal que chacun des deux
COMMENTAIRE I l7
consuls possède. Quant ù l'erreur reparée par la Fortune, c'est
celle qui consistait à ne donner le consulat qu'aux Romains :
désormais, cette distinction est accessible aux provinciaux;
l'exemple de leurs honneurs excitera leurs descendants aies égaler
(Nobilibus repetenda nepoiibusj. Cette explication de Freher est
peu probante. — Gronovius lit ainsi ce passage :
Quique caput rerum Romam populumque Patrefqne
Tantum non primo rexit fub nomine, quamvis
Prœfnerit priinis, fejlinat folvere tandem
Errorem, Jortuna, tmtm, libataque fupplens
Prœmia jam, veri fajligia reddet honoris,
Nobilibus repetenda nepotibus.
Il commence par admettre, comme les critiques ses prédéces-
seurs, qu'Ausone parle de lui : & Nemo diibitat aiiâïorem hic
defcribere & circumloqui fe ipfum. > Mais l'expression parfuerit
choque Gronovius : dire, comme Freher, que ces mots indiquent
l'égalité des deux consuls, c'est avouer implicitement que le consul
auquel on les appUque est inférieur à celui dont on le proclame
l'égal pour lui faire honneur. Ces mots sont en contradiction avec
ce qui précède : « Tantum non primo nomine, e/2 Confidis prioris
nomine, quod proximum à primo Imperatoris. > Il faut donc
écrire praefuerit : allusion au temps où Ausone commandait,
comme précepteur, au premier de l'Empire, à Gratien. Quant à
errorem, Gronovius raille les explications qu'on a données de ce
mot avant lui : « Hic incipit loqiii de fe ipfo Aufoniiis, & errorem
appellat fuum, quod non citius fe contulerit ad Galliœ Belgicœ
heroës prcedicandos . » Et il paraphrase en prose le sens qu'il
attribue aux vers d' Ausone modifiés par ses corrections conjectu-
rales : « Et ille, qui Romam, Senatum & populum, tantum non
primo fub nomine rexit, quamvis olim prœfuerit primis domi-
nas dominorum (hoc eft ipfe Aufonius) feftinat luere fuum, ô
fortuna, errorem : quod nempe in tant ferum diu débitant cele-
berrimœ ac per hofpitia junâîœ genti pietatem dijîiderit: &■
libata nunc prœmia virtutis eorum fup'plens, faftigia veri
honoris, prœjîantibus nepotibus repetenda, illis apud pofleri-
tatem reddet. » Plus loin, il propose sa correction, tuum : « Si
malis tuum, non valde repugnabo : ut Fortunée errorem œppellet,
quod ipfe forte, non conJilio,peccaverat... Ego, inquit, Aufonius
errorë Fortunée, quœ ad alia argumenta lyrain meam detulit
corrigere feflino , 6= illam mercedem virtutis, quam jam libavi,
nias laudes, quas parce &• obiter & modice tribui, fwpplebo,
abundanterque & pie no ore tribuam, & reddam cuiquehonorum
TiS COMMENTAIRE
Juorum,fajiigia.y> (Observ., lib. II, cap. xvil.) Cette explication
témoigne de beaucoup d'ingéniosité; mais elle est peu vraisem-
blable, elle a le tort de bouleverser le texte pour être possible,
et de supposer qu'Ausone a déjà été consul au moment où il
écrit ces vers. L'auteur de VEditio in usum Delphini adopte les
idées de Gronovius et se borne à blâmer sévèrement pour son
propre compte le manque de modestie d'Ausone : <. Seipfum hîc
haud ohfcurè dejignat. Quâ in re mirum quam fuperbè mode/îiœ
excédât fines qui proprias fe laudes prœdicaturum jaâîet. »
Cette note au v. 409 (note 8, p. 326) est contredite dans les
Editoris Animadversiones (p. 652) par Souchay ^ qui a déjà
établi {Editoris Dissertatio, p. xxx) que la Moselle a été
composée vers 368, et qui repousse absolument l'hypothèse
suivant laquelle, dès 368, Ausone parlerait du consulat qu'il n'a
obtenu qu'en 379. Il ne faut donc pas, continue Souchay, sup-
poser qu'il est ici question du consulat d'Ausone ; <• Quo autem
pa6lo verjus illi Quique caput rerum Romam, <&»c. exponendi,
haud ita facile efi pronuntiare. Hœc profeôlo intelligenda de
J'uinmo aliquo viro, qui Conful, Patriciufve cum fuijjet, depul-
fus efi niagifiratu, cujus tanien pojîeri ea œtate quâ Mofellani
fcriberet Aufonius, ad honores eveâîi fuere, ut fortuna fup-
'pleret libata à inajoribus prœmia. Poëtam fufpicor in anima
habuijfe Optatum quem ,poflquani à Conjîantino Magno Patricii
dignitatem confecutus fuiJJet, interfici jujjit Conjiantius, uti
docet Zozitnus lib. 2 . Certe pojl hac extitere Optati variis hono-
ribus infignes.» Souchay assurément fait preuve de saine critique
en rejetant l'idée, acceptée par ses devanciers, d'après laquelle
Ausone ferait allusion à son consulat. Mais je ne vois pas sur
quoi il se fonde pour trouver dans ces vers une allusion à quelque
disgrâce subie par un consul ou un patrice qui n'aurait fait que
goûter à des dignités dont ses successeurs auraient eu plus tard
une jouissance plus complète. Je crois être dans le vrai en tradui-
sant : «...mais la fortune se hâte de réparer son erreur, et,
complétant les distinctions qu'il a à peine effleurées, elle l'élèvera
réellement, comme elle le doit, au faîte de ces honneurs qui
reviendront un jour à sa noble descendance. » Disgrâce, à la
rigueur, si on veut, mais disgrâce dont le personnage en question
se relèvera bientôt lui-même : le texte du poète ne permet pas de
songer à quelque fonctionnaire précipité sans retour des honneurs
* Il faut se rappeler que l'Ausone în usum Delphini a été commencé
par Fleury et terminé par Souchay.
COMMENTAIRE II9
auxquels ses descendants parviennent plus tard. D'autre part les
mots Quique caput rerum Romam, etc., s'appliquent-ils à un
consul ou à un patrice ? Nous verrons plus loin qu'ils ne peuvent
désigner un consul; mais ici, Souchay a en vue un patrice,
Optatus : l'expression d'Ausone se rapporte-t-elle au patriciat?
Mais le patriciat était un simple honneur auquel aucune fonction
n'était attachée : « Conftantin éleva au deffus d'eux (des préfets)
pour le rang [mais non pour les fondions], ceux à qui il donna le
titre de Patrices, parce qu'ils eftoient confiderez comme les pères
de l'Empereur; ce fut une nouvelle dignité qu'il inftitua, mais qui
n'eftoit qu'un simple honneur, fans aucun exercice particulier. »
(Lenain de Tillemont, op. cit., t. IV, p. \i%, L'empereur Cons-
tantin, art. Lxxxiv.) Le titre honorifique de patrice ne concorde
donc aucunement avec les fonctions de celui a qui... Reniant...
populumque patresque.. . rexit :> .
Aucune des explications données par les anciens critiques ne
semble satisfaisante : les modernes ont-ils mieux réussi ? Il faut
examiner maintenant l'argumentation du dernier traducteur français
d'Ausone, Corpet, et celle de Bœcking. Voici d'abord le raisonne-
ment de Corpet: « Tollius et Fleury pensent avec raison que ces
vers [v . 409 et 4 1 o] et ceux qui précèdent s'appliquent aux dignités
dont les parents d'Ausone , dont ses amis et lui-même furent honorés .
Plusieurs fois déjà, le poète a rappelé ces dignités, et à peu près
dans les mêmes termes, dans les Parentales, les Professeurs, etc.
Les mots tantunt non primo rexit sub nomine désignent évidem-
ment un consul. Souchay repousse cette conjecture, parce que,
selon lui, le v. 426 semble indiquer que ce poème fut composé
vers la fin de l'année 368, et qu'Ausone ne fut consul qu'en 379.
Mais Ausone nous apprend lui-même, dans son Action de grâces,
que le consulat lui avait été promis, et dans la Moselle même qui
nous occupe, il parle bien clairement de son consulat, puisqu'il
dit (v. 451) que les empereurs doivent le renvoyer à Bordeaux
fascibus Ausoniis decoratum et honore curuli. Il faut donc en
conclure qu'Ausone, en chantant la gloire de ses maîtres, profitait
de cette circonstance pour leur rappeler leur promesse, ou que le
poète a retouché son œuvre après coup, et qu'une fois consul, il
n'a pu résister au désir d'ajouter quelques vers, afin de constater
dans le meilleur de ses ouvrages l'insigne hoimeur qu'il venait de
recevoir, et dontil parle si souvent avec ime complaisante vanité...
Ce vers [v. 41 1] et les trois suivants présentent quelque obscurité,
et les commentateurs ont plutôt réussi à les embrouiller qu'à les
éclaircir. Ils renferment, selon moi, une allusion au consulat du
120 COMMENTAIRE
poète et à celui de Gratien qui le suivit. Pour mieux les compren-
dre, il faut relire l'idylle VIII [édit. Schenkl, VI]. Il dit ici quamvis
prœfuerit primis, comme au v. 43 de cette idylle, nostros prœ-
caderefasces; ou comme dans l'idylle IV [édit. Schenkl, XIII, 2],
V. 86, prœsedi imper io; les mots libataqm supplens prœmia
s'expliquent par tune ero bis consul du v. 52 de l'idylle VIII;
enfin verifastigia reddet honoris Nubilibus repetenda nspotibus
par les vingt derniers vers de la même pièce, où il demande à
Janus, au soleil, à toute la nature de hâter le jour où César lui
succédera dans le consulat. » (Ausone, traduct. Corpet, t. II,
pp. 383-384, notes 68 et 69.) Corpet traduit conformément au sens
qu'il attribue au texte : «... celui enfin qui gouverna Rome, la
capitale du monde, et le peuple et le sénat, sous un nom qui n'en
avait qu'un avant lui dans l'empire : celui-là, bien qu'il ait été au-
dessus des princes, il se hâte, ô Fortune, d'abjurer ton erreur; ces
honneurs qu'il a goûtés à peine, il n'en jouira pleinement qu'en
les rendant à leurs vrais maîtres, à ces nobles héritiers des empe-
reurs qui remonteront au faîte des dignités suprêmes. » Cette
interprétation paraît, au premier abord, avoir le mérite de la
simplicité et de la vraisemblance; mais elle s'appuie sur des
arguments qui n'ont rien de solide :
1° Ausone, dit Corpet, parle bien clairement de son consulat
au V. 451 . — Nous verrons, dans la note à ce vers, qu'il n'en estrien.
2" Ausone, dit Corpet, a retouché son œuvre après coup. C'est
une supposition gratuite qui n'est confirmée par aucun passage de
la Moselle.
30 Les mots tanturn non primo rexit sub nomine, dit encore
Corpet, désignent évidemment un consul. — Cette désignation ne
me paraît pas évidente, loin de là.
Bœcking, au contraire, a démontré que ces mots s'appliquent
au Praefectus urbis Romae, et qu'ils désignent un homme impor-
tant, qui se trouve enfin dans une haute position, après être resté
longtemps sans obtenir les honneurs qu'il méritait. Bœcking a
proposé d'entendre ainsi ce passage dans sa première édition de
la Moselle (1828); et, dans l'édition de 1845, il constate que son
interprétation a été accueillie avec une faveur marquée. Le préfet
de Rome auquel Ausone ferait allusion serait S. Anicius Sextus
Probus, homme considérable de son temps. Il est certain qu' Au-
sone était en relations d'amitié avec Probus : nous avons une
lettre « Ansonius Probo Praefecto Praetorio » (édit. Schenkl,
Epist. XVI, p. 174), suivie d'un poème dont le v. 20 fait allusion
au consulat de Probus et de Gratien, qui est de l'an 371 , et fixe,
COMMENTAIRE I2l
comme Schenkl le fait remarquer (Prooem., p. XV) la date de cette
lettre et de cette poésie à cette même année 371. Bœckino- voit
dans la lettre une confirmation du passage de la Moselle qui nous
occupe : « Fors fuat, ut si mihi vita stippetet, aliquid rerum
tuarnin, quamvis inciiltus, expoliam... » Cette promesse d'un
ouvrage qui sera consacré à la gloire de Probus ressemble bien
à l'annonce du poème que l'auteur de la Moselle se propose de
composer en l'honneur du personnage désigné par les v. 409-414.
Les teimes mêmes de la poésie (en particulier aux v. 25-26: Nam
primas e cunctis erit Consul sectindus principi) s'accordent
avec le : Tantum non primo rexit sub nomine. Telle est l'arou-
mentation de Bœcking. J'y trouve plusieurs points faibles :
1° Comment, si l'on admet qu'il s'agit ici de Probus, expliquer
l'erreur de la Fortune (Errorem, fortuna, etc.)? Avant les hon-
neurs obtenus en 370 et 371, avant sa préfecture et son consulat,
Probus était-il oublié par la Fortune, avait-il à se plaindre que les
dignités obtenues par lui ne répondissent pas à son mérite?
Lenain de Tillemont, qui donne de nombreux renseignements
sur Probus {op. cit., t. V, L'empereur Valentinien, art. xvili,
pp . 1 8-20 , note XXXII , pp . 9- 1 o) , dit que ce personnage , né vers 330 ,
fut proconsul d'Afrique dès 358, vers l'âge de vingt-huit ans, puis
qu'il fut, à partir de 368, quatre fois préfet d'Italie ou des Gaules,
et consul en 371 avec Gratien. « Ainfi il fut prefque toujours en
charge jufques à fa mort. » Quelle erreur la Fortune avait-elle à
réparer à l'égard d'un fonctionnaire doï\t\e cursus honorum étaïtsi
brillant ? — 2° Probus a-t-il été préfet de Rome, comme Bœcking le
prétend, l'année qui précéda son consulat? Lenain dit qu'Olybrius,
nommé préfet de Rome en 368, occupa cette charge environ deux
ans, que Principius est qualifié préfet de Rome dans une loi du
29 avril 370, et qu'Ampélius succéda bientôt après à Principius
(op. cit., t. V, p. 23). Il ne parle nulle part de la préfecture urbaine
de Probus.
Malgré l'autorité de Bœcking, dont l'opinion est adoptée en
une certaine mesure par Schenkl (édit. Schenkl, Index II, p. 28 1 , on
lit: S. (Anicius) Petronius Probus, praefectus praetorio, consul
a. p. Chr. n. CCCLXXI, XVIII, 2, 409 sqq. [c'est-à-dire, Moselle,
V. 409 et suiv.]; Schenkl suppose donc que Probus est désigné
dans ce passage de la Moselle, mais il lui donne le titre de préfet
du prétoire, indiqué parla suscription de VEpist. XVI, déjà citée,
et non celui de préfet de la ville, comme fait Bœcking), il me
semble qu'il ne peut être question de Probus. Je dirai plus :
l'expression qui désignerait le préfet de Rome serait, je crois,
P
122 COMMENTAIRE
primo rexit sub nomine, etc. Le préfet de Rome administrait en
premier la ville, le peuple et le Sénat. Tantiim non primo ne
peut se rapporter qu'à un vicaire : or, si les vicaires du préfet de
Rome ont été assez rares, nous savons que justement Ampélius
avait im vicaire nommé Maximinus. (Cf. Amm. Marcell. , XXVIII,
I, 22 : Ani'pelio iirhi praefecto et Maximi^io iiicario. Voir, au sujet
de Maximinus, Lenain de Tillemont, t. V, L'empereur Valenti-
nien, art. xxiv, p. 25; Ammien Marcellin, XXVIII, i.) On trouve
dans Ammien et dans Lenain l'histoire extraordinaire de ce Maxi-
minus qui, parti de très bas, averti par des prédictions qu'il s'élève-
rait aux plus hautes charges de l'empire, eut, en effet, une très
brillante carrière, fut préfet des Gaules après avoir été vicaire du
préfet de Rome, vit ses honneurs revivre dans la personne de son
fils Marcellianus, qui était, dès l'an 374, quoique tout jeune, duc
de la province de Valéria, eu lUyrie (cf. Amm. Marcell., XXVIIII^
VI, 3 ...si paruo suo Marcelliano deferretur potestas per Vale-
riam ducis), qviand Gratien, lassé des crimes de Maximinus, fit
égorger l'ancien favori de la Fortune (376). J'explique donc ainsi
les V. 409-414 : «Le vicaire de Rome, Maximinus, qui était égal
aux premiers de l'empire, qui a administré Rome, le peuple et le
Sénat en sous-ordre, la Fortune se hâte de corriger l'erreur qu'elle
a commise en le faisant naître si bas ; eUe lui donnera un comman-
dement en premier qu'elle lui doit (Maximinus sera en effet préfet
des Gaules); les honneurs du père seront réversibles sur sa noble
descendance (ce qu'Ausone pouvait prévoir d'après le cursus
honorum que l'ambition de Maximinus ouvrait déjà devant le
jeune Marcellianus). »
V. 419. Spatiumque novi metare fluenti. — Freher fait
remarquer que le lit du Rhin, encaissé depuis Bingen, s'élargit à
Coblentz, à partir de l'endroit où il reçoit la Moselle : « Id quod
facit, cum à Bingio inter altijjimos 6» continuas montes angu-
Jiiori alveo lapfus, prope Confinantes amplius fpatium fibi
fumit, quafi novo hofpiti accipiendo. »
V. 422. Triumphos. — La Moselle a vu à Trêves le triomphe
célébré par Valentinien et Gratien, après leur rapide campagne
contre les Alamanni, en 368. (Voir, pour l'histoire de cette
campagne, Ammien Marcellin, XXVII, X, et Lenain, op. cit..
L'empereur Valentinien I, art. XX, p. 21 : Valentinien renvoya
enfuite /es troupes en quartier d'hiver, ô' luy s'en revint à
Trêves, où il entra avec Gratien comme en triomphe.)
COMMENTAIRE I23
V. 423-424. — La victoire remportée aux abords du Nicer
(aujourd'hui le Neckar) est probablement celle qui fut gagnée,
d'après Ammien, «prope locum eut Solicinio noinen est» (XXVII,
X, 8). Car Lenain (art. XX, déjà cité) dit que Solicitiium est, à
ce qu'on croit, la ville de Sultz sur le Neckar. C'est à cette victoire
que Symmaque fait allusion quand il dit, dans son panégj'rique de
Valentinien, que le iV/ccr jusqu'alors inconnu est devenu célèbre,
grâce aux succès de l'Empereur : « Vates... Nicrtim... siluerant :
mine primum victoriis tuis externus fluvius publicatur ; gaudeat
servitute, captivas innotuit.» {Monum. Germ. Hist., Symmachi
opéra edid. Ô. Seeck, p. 328.) Le Nicer n'est en effet mentionné,
dit Freher, que par les écrivains latins de la décadence : « Rara
hujiis apud Romanos fcriptores nientio, nec nijî pojîeriores,
Vopifcum, Marcelliniim, Panegyri/ias, & hune Aufonium . »
La victoire de Lupodunum n'est citée ni par l'historien Ammien
Marcellin, ni par le panégyriste Symmaque. Beatus Rhenanus et
Cluwer pensaient que Lupodunum est le nom ancien de la ville
forte de Liipff, qui fut rasée en 141 6 par ordre de l'empereur
Sitrismond et du concile de Constance. Freher a écrit une disser-
tation pour établir qu'il s'agit de la ville de Ladenburg, qui se
nommait Loboduna au moyen âge. L'opinion de Freher a été
généralement adoptée : en effet Bœcking montre que la ville de
Ladenburg nommée, au commencement du moyen âge, Lubodu-
num avant de s'appeler Lobendenburc, puis Lobdenburg, peut
parfaitement être la même que Lupodunum. Comme Ladenburg
est sur le Neckar, il est probable qu'Ausone fait allusion à une
victoire remportée, comme celle de^Sultz, sur les bords du Neckar,
victoire trop peu importante pour que l'histoire en ait fait men-
tion. La ville de Lupff était voisine des sources du Danube : si
l'on identifie Lupff avec Lupodunum, la victoire de Lupodunum
serait la même qu^ celle qui a été remportée c aux sources de
l'Hister inconnues dans les annales du Latium » (v. 424). Ammien
et Symmaque ne mentionnent pas de victoire aux sources du
Danube : encore quelque succès sans importance exagéré à plaisir
par les flatteries du poète. Comment Ausone a-t-il pu dire que les
sources de l'Hister étaient inconnues dans les annales du Latium?
Cluwer (Germ. Ant., III, iv) dit ne pas comprendre pourquoi
Ausone affirme que les sources du Danube étaient inconnues aux
Romains. Bœcking cite une phrase de Gibbon qui reproche à
Ausone d'avoir dit dans ce vers une ineptie ; Valois et Tross
s'ingénient à chercher des explications subtiles de ce passage bien
simple : le poète ne dit pas- que les Romains ne connaissent pas
124 COMMENTAIRE
les sources de l'Hister, mais bien que les annales du Latium ne les
connaissent pas, n'en ont jamais fait mention, qu'elles n'ont jamais
eu à enregistrer aucune victoire remportée près de ces sources,
avant celle de Valentinien. Il est vrai que l'histoire semble ne pas
avoir connu ce succès de Valentinien, puisque l'historien Ammien
n'en dit mot. Mais un autre panégyriste de l'Empereur, Sym-
maque, a bien dit que le Nicer n'était connu que depuis les
victoires de Valentinien. Ausone avait déjà montré dans deux
épigrammes (édit. Schenkl,£pz^y. IIlIetV),que S chenkl rapporte
à l'année 368, le Danube saluant les Augustes et les félicitant de
cette victoire dont l'histoire ne parle pas. — Freher a bien compris
le sens du v. 424; «Neque Jimpliciter Aufonius dicit, Fontem
ignotum, fed Latiis ignotum, id eft, nullius antehac Romani
principis vicîoria cognituui et in annales relatum. »
V. 425. Laurea. — Une lettre couronnée de lauriers (cf. lau-
reatas litteras, Tit. Liv., XLV, i ; Tpse lauream gestae prospère
rei... misit, Tacit., Hist., III, LXXVll) est venue de Trêves annon-
cer que la guerre était heureusement terminée. Le poète compte
bien que d'autres lettres semblables viendront annoncer de nou-
veaux succès. Ausone devait être mauvais prophète : en 369,168
Romains éprouvent une sanglante défaite, et, en 374, Valentinien
est forcé de demander la paix au roi des Alamanni. (Voir Lenain
de Tillemont, op. cit., L'empereur Valentinien I, art. xxietxxx.)
V. 428. Neu vereare minor, pulcherrime Rhene, videri.
— <■. O beau fleuve du Rhin, ne redoute pas de senibler amoindri ! »
C'est-à-dire de sembler moins important que la Moselle qui passe
à Trêves où elle a vu le triomphe des Augustes, où elle a appris
la fin glorieuse de la guerre. Freher voit, mal à propos, dans le
mot minor une allusion au Reno, petit fleuve d'Italie qui sort des
Apennins et que l'on nommait Rhenus minor ou Bononiensis
ainnis (cf. Pline, A''. H., III, 1 18; XVI, 161 : Rheno, Bononiensi
a)nne...S'û. It.,VIII, v. ^gg ... parvique Bononia Rheni) ,T[)arcQ qu'il
passe près de Bononia, aujourd'hui Bologne : « Rhenus Magnus.
Eft enim & parvus in Italia. » Tollius, qui remarque l'erreur de
Freher, croit que Neu vereare 'tninor signifie « nomen fcilicet
tuum amittendo rece'pto Mofella >, crainte qui serait détruite par
le V. 429 ...potière perenni Nomine. D'après Souchay et Werns-
dorf, minor serait expliqué par ce fait que le Rhin n'occupera
plus seul son lit, et devra le partager avec la Moselle. Mais Ausone
a déjà dit au Rhin: s'ptat iuv.iqiie novi mstare fluenii (v. 419).
COMMENTAIRE 12$
Enfin, Corpet traduit : « Ne crains pas, ô Rhin majestueux, de
paraître affaibli. > Affaibli est contredit par Accèdent vires
(v. 434). Il s'agit évidemment du prestige du Rhin qui pourrait être
amoindri par l'admission d'un hôte si illustre ; mais le Rhin doit
rester «famae securus ».
V. 433. DiVERSA PER OSTIA. — Ausone sait que le Rhin a
plusieurs embouchures. Le v. 437 (dicere bicornis) pourrait faire
supposer que, comme Virgile à qui il emprunte cette expression
{Aen., VIII, V. 727, ...Rheniisque bicornis)^ il fait allusion au
Rhin propre et au Wahal. — (Voir sur les opinions des auteurs
anciens, au sujet du nombre des embouchures du Rhin, Des-
jardins, o^>. cit., t. I, pp. 1 16-128, Le Rhin. Variation de ses
embouchures.) Comme, d'autre part, bicornis est d'ordinaire une
épithète générale qui s'applique à tous les fleuves dont les dieux
étaient représentés avec des cornes de taureaux (cf. Georg., IV,
V. 371 : Et gernina auratus taurino cornua vultu Eridanus), et
que cette épithète semble prise par Ausone dans un sens tout par-
ticulier (voir la note au v. 436), rien n'empêche de penser avec
Bœcking qu' Ausone fait allusion aux trois branches du Rhin dont
l'existence avait déjà été signalée par Pline (N. H., IIII, 101).
V. 434. Accèdent vires. — & Vires à Romanis », dit Vinet.
« A captis & deditiis, àfubjugatispo'pulis, qui deinceps legiones
nojlras delettu fuo jiivabunt & injiruent... », dit Freher, dont
la phrase est reproduite par Souchay et Wernsdorf. Corpet traduit
à peu près de même : <^ Arriveront sans peine alors des forces... »
J'aime mieux voir, comme Bœcking, une corrélation entre ces
mots et venis habebere limes (v. 435) : grâce aux eaux de la
Moselle qui se réunissent aux siennes, le Rhin devient assez
important pour former une limite réelle, capable d'arrêter les
tribus turbulentes qui se trouvent sur sa rive droite.
V. 434-435. Francia... Chamaves... Germant — Par
Francia, dit Bœcking, on entend, au temps d'Ausone, le pays
compris entre le Rhin, la Lahn et la Lippe. Les Chamaves ou
Chamavi habitaient, d'après Tacite {Annal., XIII, LV), au nord
de la Lippe, entre le Rhin et le Weser. Ce peuple a souvent changé
de contrée; Bœcking dit qu'au ive siècle il devait se trouver
à l'ouest du Rhin dans la région du Wahal. D'après Lenain de
Tillemont {op. cit., t. V, L'empereur Théodose I, art. Lxxvi), au
temps de Théodose (393), le pays des Bructères et des Chamaves
120 ' COMxMENTAIRE
correspondait au duché de Berg et au comté de la Marck. — Par
Germant, Ausone entend toutes les peuplades germaines, hostiles
aux Romains, qui se trouvaient sur la rive droite du Rhin.
V. 435. Verus... LIMES. — C'était, semble-t-il, au temps d' Au-
sone, une préoccupation des empereurs de donner le Rhin comme
barrière à l'empire. Le poète parle plusieurs fois du fleuve
considéré comme la limite du monde romain. (Cf. édit. Schenkl,
Epist., XVI, 2, V. 75; Ah iisque Rheni limite. ..Wll^ll^ 7 [Grat.
Act.] : Danuvii limes et Rheni... Epigr. IIII, v. 8: Nec Rhenuiii
Gallis limitis esse loco.) On sait que cette barrière devait être
franchie facilement par les invasions barbares. Tacite (Germ.,
XXVIII, ...quantiilum enim amnis obstabat) et Eumène (Incerti
Pan. Constantin. Aug. édit. Baehrens, XI, p. 16S : Sciiint posse
se Franci transire Rhenum... inagis ornant limitem castella
qiiam protegunt...) avaient déjà dit combien le Rhin défendaitmal
l'empire. — (Voir Desjardins, o'p. cit., 1. 1, pp. 1 14-1 15, Le Rhin.)
V. 436. Geminum... nomen. — Corpet traduit: c Tu recevras
de l'union d'un si grand fleuve un double nom. » Je ne vois pas
quel est le second nom que l'union de la Moselle donne au Rhin,
à moins que d'admettre l'explication peu satisfaisante de Souchay:
« Quia diceris Rhenus & bicornis. » J'aime mieux adopter l'in-
terprétation de Wernsdorf : <- ...non duplex nomen, sed taie qiiod
geminum amnem indicet. » Ce mot qui indique que le Rhin est
double est bicornis, pris dans un sens plus spécial que celui qu'il
a d'ordinaire, puisqu'il a déjà été rappelé (note au v. 433) que
cette épithète s'applique aux fleuves en général, et non à ceux
seulement que double l'apport des eaux d'un affluent important.
— On peut, il est vrai, justifier en quelque mesure l'explication
de Souchay par un passage des Geographici minores (éd. Riese,
p. 81), que Peiper rapporte, et où l'on trouve Bicornius syno-
nyme de Rhenus; mais le Rhin ne pourrait devoir ce second nom
à la Moselle que s'il le portait seulement à partir de l'endroit où
il a reçu cet affluent. D'autre part, comme le Mont-Furca, où se
trouve une des sources du Rhin, se nommait Bicornis (voir le dic-
tionnaire de Freund-Theil au mot Bicornis), le nom de Bicornius
pourrait signifier simplement le fleuve qui sort du Mons Bicornis.
V. 437. Unus de fonte. — En même temps que l'autorité
des mss., le fait géographique que le Rhin a plusieurs sources
condamne la mauvaise leçon d'Ugolet, uno de fonte.
COMMENTAIRE 12/
V. 438. ViviSCA. — Le=! BifiiKÏges Virtsci, dont la capitale
était Burdigala, sont mentionnés par Strabon (IV, 11,2, lUtoOfiyE;
'OÎTxot), par Ptolémée (II, vu, BtToypiye; o\ 'Ouiêîdxot), par Pline
(iV. H., IIII, I, 108, Bituriges liberi cognomine Vivisci). (Voir
Desjardins, op. cit., t. II, pp. 417 et suiv.) — Pour ce qui est de
la fameuse correction, vivifica en Vivisca, il a déjà été dit, dans
riNTRODUCTiON, à propos des éditions de Vinet et de Scaliger,
à qui elle doit être attribuée.
V. 439. Non per nova foedera. — Cette expression d'Au-
sone embarrasse beaucoup Bœcking : « Nous ne savons rien,
dit-il, des liens d'hospitalité qui unissaient Ausone aux Trévires..
Il n'est pas probable que le poète ait obtenu à Trêves une assez
haute considération pour être choisi par les habitants de cette
ville comme patron jouissant du droit d'hospitalité. Une alliance
ancienne d'Ausone avec les Belges de la Moselle ne pourrait
s'expliquer que parce que le poète descendait par sa mère d'une
famille séquanienne. > — Ausone dit en effet que son grand-père
maternel Arborius était originaire du pays des Eduens (édit.
Schenkl, XV, 6, v. 2-3 . ..maternum . ..avum Arborium, Haeduico
diictiiin de steuiniccfe noinen), qui correspond à la Bourgogne
moderne : des relations d'hospitalité pouvaient sans doute s'être
établies entre des habitants de Trêves et des Bourguignons. Mais
il semble plus probable qu'Ausone veut dire tout simplement que
depuis l'année 364 où il a été nommé précepteur de Gratien, il est
bien connu à Trêves, où il a fait avec la cour de fréquents et longs
séjours : la vanité gasconne du poète se plaît à supposer que le
précepteur du jeune Auguste est un personnage d'importance que
tout le monde connaît à Trêves. Je ne crois pas qu'il faille prendre,
comme le fait Bœcking, hospïtus dans son sens propre. Ausone
veut simplement dire que, depuis cinq ou six ans, il est l'hôte des
habitants de Trêves.
V. 440. AusONiUS, NOMEN Latium. — Ausone aime à jouer
sur le sens de son nom (cf. édit. Schenkl, Epist., XVI, 2, v. 76
Ausonius, noiiien Italmn)., qui signifie Ausonien. Les Atisones
ou Ausonii étaient un des plus anciens peuples de l'Italie. Ils
habitaient au sud du Tibre. On sait que, par extension, les poètes
latins, Virgile en particulier, donnent le nom d.''Ausonia à l'Italie
entière, et celui à.'' Ausonii à tous les habitants de la Péninsule.
C'est à tort que Wemsdorf explique : & Nomen Latium, i. e. homo
Latinns, h. e. civis Roinanus. >
128 COMMENTAIRE
V. 442. Aquitania. — Schenkl et Peiper écrivent Aqnitanica
comme le G. Mais VAqmtanica est simplement une partie de
V Aquitania, et ce n'est pas celle qui touche aux Pyrénées (v. 441 :
...celsamque Pyrenen). On lit dans Ammien Marcellin : (In
Aquitania,qnae Pyrenaeos montes et eamparteinspectat Oceani,
qiiae pertinet ad Hispanos, prima prouincia est Aquitanica,
atnplitudine ciuitatnni admodum cul ta : omissis aliis miiltis,
Burdigala et Aruerni excelliint, et Santones et Pictaui.» (XV,
XI, 13.) Ce que Desjardins (op. cit., t. III, p. 474) traduit ainsi :
« En Aquitaine, celle [des provinces de la Gaule] qui regarde les
Pyrénées et cette partie de l'Océan qui baigne l'Espagne, la pre-
mière province est VAquitanique : en passant sous silence beau-
coup de villes civilisées, celles qui l'emportent sont Burdigala
(Bordeaux) etArverni (Clermont), Santones (Saintes) et Pictavi
(Poitiers). » La partie de VAquitania qui touche aux Pyrénées se
nomme pays des Novem Popidi. Si on admet la division de
l'Aquitaine en Aquitaine première et Aquitaine seconde, sans
compter les Novem Popidi, aucune de ces deux parties de la
province ne touche aux Pyrénées. Desjardins dit ailleurs, à ce
propos : « Malgré le caractère purement conventionnel de la pro-
vince de Novempopulana au iV siècle, il faut cependant remar-
quer que les Bituriges Vivisci avec leur ville de Burdigala, dont
l'origine gauloise était plus marquée, n'y étaient pas compris, bien
que situés sur la rive gauche de la Garonne. Bien plus, Burdigala
fut la métropole de VAquitania Secunda. » (Op. cit., t. II, p. 381 .)
Si donc Ausone dit qu'il est originaire du pays qui se trouve à
l'extrémité des Gaules et qui est limité par les Pyrénées, il ne fait
pas allusion à V Aquitanica ou Aquitania Secunda, dont la métro-
pole était Burdigala, sa patrie, mais bien à l'ensemble de sa
■province , hV Aquitaine (Aquitania) qui comprend les deux Aqui-
taniques et la Novempopulana. — C'est pourquoi je crois qu'il
faut conserver Aquitania.
V.447. AONIDUM, TOTAMQUE... Aganippen. — Les Muses qui
habitent VAonie, partie de la Béotie où se trouvent le Mont-Hé icon
et la source Aganippe (cf. Servius, ad Vergil. Bue. VI, v. 64, et
X, V. 12) sont souvent nommées Aonides, en particulier dans un
passage de Juvénal (VII, v. 58) qu' Ausone semble imiter ici:
<(...aptus que bibendis Fontibus Aontdum.» — Les poètes parlent
souvent de la source inspiratrice d^ Aganippe (cf. Virgile, Ed.
X, V. 12 ...Aonie Aganippe). Markland (ad Stat. Silv., V, i,
v. 167) propose doctamque... Aganippen: c Italegenduni ; vulgo.
COMMENTAIRE I 29
totamque, qiiod absurâmn videtur ; iienio enini dici potcst solere
liaurire totuin aliquod ; quippe, qui semel hausit totum, non
potest iterum haurire istud totum; et consequentcr non solet
Jiaitrire totum.» On pourrait citer à l'appui de ces lourdes argu-
ties de Marckland un vers de Claudien: Ut tibi Piérides doctiim-
que Jîuens Agaiiippe (édit. Jeep., XL, v. 61); mais l'e-xpression
tenui libainine (v. 444) s'oppose évidemment à totam, qu'il faut
par conséquent garder.
V. 450. AuGUSTi, PATER ET NATUS. — La vulgate, depuis
l'édition d'Avantius, admet Augustiis pater et natus; et tous les
éditeurs expliquent, comme Vinet : <: Valentinianus ô= eiiis filins
Gratianiis, di/cipuhis meus. » {Comment., 2"] 2 A.) Les derniers
éditeurs rétablissent la leçon des mss. ; Augustus pater et nati.
Valentinien a bien eu d'un second mariage un autre fils nommé
comme lui. Mais le jeune Valentinien est né en 371 , à mi moment
oii. la. Moselle paraissait, si elle n'avait pas déjà été publiée; et
il n'est dit nulle part qu'Ausone ait fait l'éducation de ce second
fils de Valentinien. D'ailleurs, le poète ne parle jamais que de
son élève. (Cf. v, 422, natique patrisque triuuiphos.) Schenkl,
qui repousse une explication trop subtile de Bœcldng: <v Vater
August'iind des Sohns mir theuerste Pflege», pense qu'Ausone
a retouché la Moselle pour y introduire cette allusion à Valenti-
nien. (Cf. édit. Schenkl, Prooeniium, p. XV : At quid qiiaeso
impedit, quominus puteniits Ausoniittn Valentiniano nato, itt
blandiretur iniperatori, ac quasi divinaret se ut Grattant ita
Valentiniani quoque curant stiscepturum, esse, mentionem eius
in carnien iani absolutum ac perfectuin intulisse.) Or, rien ne
prouve ni que la Moselle ait été retouchée, ni que Valentinien ait
été, comme Gratien, la maxima cura d'Ausone. D'autre part,
Ammien Marcellin dit que Gratien fut déclaré Auguste par son
père en 367 : cet historien compose même le discours que Valen-
tinien aurait prononcé en donnant ce titre à son fils (XXVII, vi).
Lenain de Tillemont (op. cit., t. V, L'empereur Valentinien I,
note XXVII) fait remarquer comme une innovation extraordinaire
que Valentinien ait déclaré son fils Auguste, au lieu de le déclarer
César suivant l'usage. Je suppose donc que, gênés parle souvenir
du V. 422 natique patrisque , les copistes ont écrit Augustus pater
et nati, en faisant la transposition d'une syllabe, au lieu de
Augtisti, pater et natus...
que je propose de rétablir comme étant la leçon primitive.
I30 COMMENTAIRE
On peut remarquer d'ailleurs, pour confirmer cette correction,
qu'Ausone imit constamment Valentinien et Gratien dans cette
commune appellation d' « Augustes, le père et le fils ». Voir en
particulier: Salvere Augustos iuheo iiatumque patremqtie (édit.
Schenkl, Epigr., IIII, 3); Quaestor ut Augustis patri natoque
crearer (édit. Schenkl, XIII, 2, v. 90). Peiper lui-même écrit dans
sa Praefatio (p. VI) mie ligne: « ...Mosellam tirbis Treuericae
laudi consecratum, tanquam Augustis patri filioque sacrum. ..9
qui aurait dû, aussi bien que les passages d'Ausone que je viens
de citer et qu'il cite lui aussi, à la fin de son édition, dans ses
<!. Auctores et Imitatores >> (p. 466), le mettre sur la voie de la
correction que je propose.
V. 45 1 . Fascibus Ausoniis decoratum et honore curuli.
— Depuis Vinet qui explique « Fafcibus Aufoniis. Romano confu-
latu » (Comment., 272 A), jusqu'à Peiper qui dit, en citant ces
vers de la Moselle : « lam hoc tempore Valentiniaiius spem coiisu-
latus accipiendi fecerat Ausonio > {Praefat., p. LXXXXVlll),
tous les commentateurs sont persuadés qu'Ausone fait allusion à
son futur consulat. Corpet, comme on l'a vu dans la note aux
vers 409-410, trouve même dans le v. 451 « où il [Ausone] parle
bien clairement de son consulat », une preuve pour démontrer que
le Quique caput rerum, etc., se rapporte à ce consulat. Il ne me
semble pas qu'il en soit ainsi. Dans un poème presque officiel,
comme l'était la Moselle, il y aurait eu une certaine indélicatesse
à escompter, pour ainsi dire, ce consulat promis, si tant est que,
dès l'an 370, l'Empereur eût fait espérer cet honneur au précep-
teur de son fils. Dans le v. 451 , il y aurait à la fois une vantardise
et un procédé habile pour forcer la main à Valentinien. Je sais
qu'en fait de jactance et d'habileté peu délicate, les Gascons ont
bon dos. Mais, pour être Gascon, Ausone n'en est pas moins un
courtisan avisé. Sans doute le consulat lui avait été annoncé avant
l'année où il lui fut conféré : une phrase de V Action de Grâces
permet même de supposer que Valentinien lui-même le lui avait
peut-être promis : « Sive te pondère conceptae sponsionis exoné-
ras, seufidei cotnmissuin patris exsolvis...» (Édit. Schenkl, VIII,
V, 22.) Mais est-il vraisemblable qu'on ait laissé attendre à Ausone
pendant si longtemps l'exécution d'une promesse faite, une dizaine
d'années auparavant, dans des termes assez positifs pour qu'il ait
pu s'en vanter dans la Moselle? Qu'on examine d'ailleurs le sens
exact de ce passage. Le poète dit: « Après que les Augustes...
m'auront congédié, paré des faisceaux italiens et de l'honneur
COMMENTAIRE 13 l
curule, la charge de mon préceptorat une fois arrivée à son
terme...» C'est donc avant d'avoir été congédié, avant d'en avoir
fini avec son métier de précepteur, qu'Ausone aura reçu les
faisceaux et l'honneur curule dont il reviendra paré dans sa
ville natale. Si par les faisceaux et l'honneur curule on entend le
consulat, est-il admissible qu'il ait été consul en même temps que
précepteur ?
Je crois qu'Ausone ne fait pas allusion au consulat, mais à la
consularité; je crois qu'il n'adresse pas une demande indiscrète
aux Augustes, mais qu'il les remercie d'un honneur qui lui a été
conféré. En etfet, quand il a été nommé précepteur de Gratien,il
avait déjà professé la grammaire et la rhétorique à Bordeaux
pendant une trentaine d'années. (Cf. édit. Schenkl, III, v. 23-26:
< Exactisque dehiiic per tri)ia deceimia f astis, Deserui doctor
municipalem operam, Aurea et Atigusti palatia hissîts adiré,
Augustam subolem granimaticus docui, Mox etiam rJietor...-»)
Or, les 'rhéteurs étaient assimilés aux médecins (Cod. Theodos.,
lib. XIII, tit. III, de Medicis et Professoribus). Le rhéteur qui
donnait des leçons à un Auguste devait être assimilé aux méde-
cins de la cour qui étaient mis au rang des vicaires « viri spe-
ctabiles», s'ils avaient la comitive (dignité de comte) du premier
ordre. {Cod. Theodos., lib. VI, tit. xvi, Lex iinica* : <; Archiatros
intra palatitim militantes , si comitivae priini ordinis nobi-
litaverit gradus, inter vicarios taxari praecipimus. ») Les
rhéteurs pouvaient obtenir la comitive du premier ordre, après
avoir professé vingt ans de suite. (Corf. Theodos. ,lïb. VI, tit. xxi,
Lex unica : «....qui in tneinorato auditorio professoruin fun-
gtmtur officio... cutn ad viginti annos iugi ac sediilo dicendi
labore pervenerint...» ^^usone obtint la comitive, sinon pour
avoir été trente ans grammairien et rhéteur public à Bordeaux, du
moins comme précepteur de Gratien. (Édit. Schenkl, VIII, li, 1 1 :
< Tôt gradus nontine comitis propter tua incretnenta congesti. »)
Comte de second ordre, comme grammairien de Gratien, Ausone
fut sans doute nommé comte de premier ordre, à cause des progrès
de son élève, quand Gratien passa de la grammaire à la rhéto-
rique. Il obtint ensuite la questure. (Édit. Schenkl, VIII, il, 1 1 :
<: Ex tuo nierito te ac pâtre principibus quaestura commuais. »
III, V. 35: « Cuius ego cornes et quaestor. ») Une loi de l'an 372
* Je dois reconnaître que cette loi est de 413, mais il est permis
de supposer que, dès 364, l'empereur accordait au précepteur de son
fils, que ce cinquante ans plus tard, tous les rhéteurs obtenaient à l'an-
cienneté.
132 COMMENTAIRE
(Cod. Theodos.^ lib. VI, tit. vu, Lex i) dit que le questeur est
avant les proconsuls et ceux-ci avant les comtes de premier ordre.
(Voir Lenain de Tillemont, op. cit, t. V, L'empereur Valenti-
nien I, art. XXVI, et Jullian, De Protectoribus et domesticis
Augustorum, Parisiis, 1883, p. 70-71.) Si Ausone fut questeur
avant la mort de Valentinien, ce que prouve le passage cité de
V Action de Grâces, rien ne nous dit qu'il l'était au moment de
la publication de la Moselle; en tous cas, vers 370, il devait être
comte de premier ordre, et, comme tel consulaire, et revêtu des
honneurs de la considarité. (Cod. Theodos. ,lih. VI, tit. xxi, Lex
îinica. Voir au lib. VI, tit. XX, Lex unica, le commentaire de
Godefroy c|ui prouve que tout comte de premier ordre est consu-
laire.) Les honneurs de la consularité étaient identiques à ceux du
consulat. (Cod. Theodos., lib. IX, tit. XXVI, Lex 4; Cassiodor.,
Variar. Epist., VI, XX ; III, V.)— Je conclus donc qu' Ausone fait
aux V. 451-452 allusion aux honneurs de la consularité dont il était
déjà revêtu, et non à ceux du consulat qu'il aurait été indiscret et
prématuré d'annoncer dès 370 ou 371.
V. 453. Arctoi... amnis. — La Moselle est un fleuve du nord
par rapport à l'Aquitaine où Ausone se sera retiré quand il s'oc-
cupera d'un nouveau poème en son honneur : Lucain donne
comme épithète au Rhin et au Rhône ce mot arctous dont la force
de signification est tout à fait relative. (PharsaL, V, v. 268:
...Arctois RhodanoRhenoquesiibactis... Stat., Silv.,Y^ ll,v. 133:
Arctoosne amiies et Rhenifracta natahis Fluminal)
V.454.URBES. — Bœcking constate que nous ignorons quelles
pouvaient être au temps d'Ausone les villes situées sur le cours
de la Moselle entre Trêves et Coblentz. Il a été question au v. 1 1
de Noiomagum. Tacite (Hist., IV, LXXl) parle d'une place forte
a Rigodtdum... montibiis aut Mosella amne saeptwn»; mais
cette place ne méritait guère le nom de ville. Les exagérations
d'Ausone transforment, sans doute, les simples villages en villes.
V. 455. MOENIAQUE ANTIQUIS. — En fait de forteresses anti-
ques, on ne peut guère citer que cette même place de Rigoduhim.
Il a été rappelé (note au v. 2) que Valentinien a passé toute sa vie
à fortifier la région du Rhin : mais les mots « antiquis... mûris »
ne peuvent s'appliquer à ces forteresses récemment élevées. Je
pense que le poète, emporté par le souvenir d'un passage de Vir-
gile (G., II, V. 157 : Fhiniinaque antiquos subterlabentia muros),
COMMENTAIRE 133
qu'A imite, on le sait, avec plus d'ardeur que de discernement,
aura écrit un vers qui ne répond à rien de précis dans la réalité.
V. 457. Castra... horrea. — Sur ces camps retranchés qui
servent de magasins à blé, voir Vopiscus (FI. Vopiscï Probus,
XIV, I : «Agros et horrea et domos et annonam Transrhenanis
omnibus fecif, ù's videlicet quos in excubiis collocavit. ») Ces
horrea donnèrent leur nom à plusieurs localités, comme Freher le
fait remarquer : « Ideo piura in Orbe Romano fuere loca quihus
nomen ad Horrea, ut in Itinerariis videmus. > C'est ainsi que
Cannes (Alpes-Maritimes) se nomme en latin Ad Horrea. Ces
greniers sont aussi désignés sous le nom de condita militaria
(cf. Spartiani Hadrianus, XI, l).
V. 458. Ripa ex utraque. — Freher croit qu'il s'agit des deux
rives du Rhin : « Diue ripœ Rheni, Romana & Barbara. » Mais
tout le passage se rapporte évidemment à la Moselle.
V. 461. LiGER... AXO^A. — Le Liger (la Loire) peut facile-
ment, quoi qu'en dise le panégyriste de la Moselle, soutenir la
comparaison avec le fleuve qui baigne la résidence impériale de
Trêves. (Voir dans Desjardins, op. cit., t. I, p. 142-144, les ren-
seignements que les auteurs anciens donnent sur le Liger.) —
« UAxona, Axuena, Auxenna (Aisne) ou Aiixunnus, rivière
rapide, dont les bords étaient couverts de pâturages et de mois-
sons. > (Desjardins, op. cit., t. I, p. 140.)
V. 462. Matrona. — Limite entre la Gaule et la Belgique, au
temps de César (B. G., I, i "• Galles ab Aqtiitanis Garumna
ftumen, a Belgis Matrona et Sequana dividit), la Matrona (la
Marne) l'était encore, en l'an 395 après J.-C, entre la. Lugdutieti-
sis IV A et les Belgica lA- et Belgica HA. (Voir la Carte de la
Gaule vers 395, par Desjardins, op. cit., t. III, pi. XX.)
V. 463. Carantonus. — La Charente semble n'avoir été nom-
mée Carantonus que par Ausone; elle est mentionnée sous la
forme Crt«e«?'e/«s (Ptolémée,II, vu, 2: KavsvTsloy 7TOTa[ioO £xêo),aî),
et, au moyen âge, elle porte les noms de Carantonis, Caranta,
Charanta. (Voir Desjardins, o'p. cit., t. I, p. 145.) Elle se jette
dans ce que les anciens appelaient l'Océan de Saintonge (Tibulle,
I, VII, V. 10 : Oceani litora Santonici); le mascaret se fait sentir
à une assez grande distance de son embouchure. Vinet, qui a le
Ï34 COMMENTAIRE
premier corrigé proflmis, leçon des mss., en reflims, fait remarquer
que le grammairien Despautère s'appuyait justement sur ce seul
exemple de proflinis pour affirmer que la préposition pi'o s'y
abrégeait comme dans profanus, proficiscor , etc.
V. 464. Concèdes gelido, Durant, de monte volutus
Amnis. — «Tu lui céderas aussi, ô Duranius, fleuve qui te pré-
cipites du sommet d'un mont glacé. » J'adopte la correction de
Scaliger qui la formule en ces termes ; <; In fine perperam legitur
•Concedet/>ro Concèdes in illo verfu :
Concedet gelido Durant de monte volutus.
» Nain vocandi cafu legendiim. Vt & apud Sidonium :
Et tu, qui fimili fejtinus in œquora lapfu
Exis, curuata Durant mufcofefahurra.
» Ingens fluuius e/l, & amœnns, qui in Garumnam exoneratur
fid opitidiim Burgum. Viilgo Dordoniam vocamiis.» (Aiison.
Lect., I, 5.) Scaliger pense que dans ce vers d'Ausone Diirani
est le vocatif de Duranius, comme il l'est évidemment dans le
passage de Sidoine (Carm. xxil, v. 102, sqq.). Vinet qui écrit
Concedet pense que Durant est le génitif du nom de la montagne
d'où sort le fleuve Duranius ; la montagne et le fleuve auraient
alors le même nom; « Porro qu'il fit nions Aiifonio, qui Apolli-
nari efi fluuius, hoc fat i s arguere videtnr, montis nomen fluuio
inde orto indituni fuijfe. Efi auteni nions ille, vnum ex Ceben-
nicis iugis. » (Comment., 272.) La Dordogne sort du mont Dore
dont le nom latin est, paraît-il, inconnu. Le mont Dore pouvait
sans doute se nommer en latin Mons Duranius; mais, quoique la
règle <c flumen Rhodanus » soit loin d'être absolue, il semble diffi-
cile d'admettre Mons Durani. Parmi les exemples de « Genetivus
appositionalis » cités par Draeger (Historische Syntax der Latei-
nischen Sprache, § 202), on trouve mis au génitif des noms de
villes (oppidum Antiochiae, Cic. ad Attic, V, XVIII, i ; urhem
Patavi ,Yïrgï\. .,Aen. , I, v. 247), de fleuves (Er/t?a7zzaw72zs,Virgil.,
Aen.,Vl, V. 659; A sturae flumen, Liv. VIII, xill), de lacs (ad
lacum Averni, Liv. XXIV, xil), de ca])S (promnntorium Miseni,
Tacit. , ^«naZ., VI, L et XV, XLVi), mais aucun nom de montagne.
— On peut, il est vrai, en conservant Concedet, expliquer Durani
amnis, comme Eridani amnis : mais, en ce cas, le génitif Durani
semblant se rapporter à monte qui en est moins éloigné qu'am«?'s,
la construction serait embarrassée.
COMiM ENTAI RE 135
y. 465. AURIFERUM.... Tarxe.m. — Le Tamis (Tarn) roulait
des paillettes d'or, « propriété commune avec d'autres affluents
de la Garonne, et à laquelle l'Ariège (Atirigera) doit son nom >.
(Desjardins, op. cit., t. I,p. 148). — Le L a tandem, faute de copie
évidente; les autres mss. ont tarnen, leçon admise parBœckinj^,,
Schenkl et Peiper. Mais le nominatif Tamis (Sid. ApoUin.,
Canii. XXIV, v. 45 : ...citusque Tamis), admis par Schenkl et
Peiper eux-mêmes dans leurs Index, ne peut avoir Tarnen pour
accusatif. On sait que l'accusatif singulier des noms de fleuves
en is (génitif is) peut, au lieu de on, être iin ou in, mais non en
(Madvig, Gramm. lat., § 42, 1, Remarqué). D'ailleurs, dans une
Épître d'Ausone (édit. Schenkl, Epist. XXII ; édit. Peiper, Epist.
XXVI, v.32), les deux derniers éditeurs admettent bien Tarniui.
Je crois donc qu'il faut écrire ici Tarnim ou Tarnem, et je pré-
fère cette dernière leçon, comme se rapprochant davantage de la
lettre des mss.
V. 468. AturrUS. — L'Adour se nomme en latin ^^ur(Tibulle>
I, VII, v. 4), Atyr (Vibius Sequester: Atyr Tarbellae civitatis
Aquitaniae in Oceanimi finit...), Aturus (Lucain, I, v.420: Qui
tenet et ripas A turi). Ausone écrit ici, et dans les Parentales (édit.
Schenkl, XV, 6, v. 1 1), Aturrus pour allonger le premier u. Ce
fleuve , qui a les alliu"es d'un torrent (v . 465 : Insanumqtie ruens, tic .),
arrose le pays des Tarhelli, peuple d'Aquitaine mentionné par
César {B. G., III, xxvii), par Strabon, qui les appelle TâpêsUoi,
et qui dit qu'ils habitaient, au fond du golfe de Gascogne, un pays
abondant en mines d'or (IV, il, i), par Ptolémée qui les appelle
Tâçëzkoi, et qui place leur pays avi-dessous de celui des Bituriges
Vivisci, jusqvi'aux Pyrénées (II, vu, 9), par Pline, etc. Le territoire
des Tarhelli, ou Civitas Aquensinm, forma, à la fin de l'empire,
les deux diocèses d'Aqnensis et de Lapurdensis . (Voir Desjardins,
op. cit, t. II, p. 362.)
V. 467-469. DOMINAE...MOSELLAE... celebrandeMosella.
— Mosella étant masculin, au v. 469, Graevius veut écrire domini,
au V. 467. Par contre, au v. 469, Tollius écrit celehranda, comme
les plus anciens éditeurs et justifie ainsi sa leçon : «. Quia omnia
ftuviorum nomina in a. exeuntia ah Aufonio feqniore fexu pro-
feruntur. Sic paullo ante Dominas Mofellaî : item Matrona inter-
fîta; rnox Druentia incerta, &c. > Corpet dit fort justement à ce
propos : « Les noms de fleuve, en latin, sont généralement mas-
culins, malgré leur terminaison féminine. Ausone emploie indiffé-
136 COMMENTAIRE
remment les deux genres pour la Moselle, et ne suit en cela que
les règles ou les caprices de l'harmonie. Je crois donc que ToUius
et Wernsdorf ont eu tort de rétablir ici le féminin, celebrcinda
Mosella, parce qu'Ausone a dit, deux vers plus haut, doiiiinœ
Mosellœ. Ce serait un tort non moins grave, de vouloir rétablir
partout le masculin, comme quelques éditeurs, ou comme M. L.
Quicherat, qui, dans son Thésaurus Poeticus, citant au mot
Druentia le v. 479, blâme la leçon vulgaire incerta, et met de son
autorité privée incerte, ce qui est une double erreur, puisque le
mot Druentia, dans ce vers, n'est pas au vocatif. »
V. 470. SUPERNO. — Tous les éditeurs écrivent supremo que
Freher explique par « sacro », et Barth, par v. AutteteI ». Le super-
latif supremus qui s'emploie en poésie comme synonyme de
summus a d'ordinaire un sens relatif (cf. Lucr. I, v. 274 ...inoji-
tesque supremos , la cime, la plus grande hauteur des montagnes).
Super nus veut simplement dire situé sur une hauteur (cf. Horace,
Epod. I, V. 2g ...superni ...Tusculi), et convient à la source de la
Moselle qui se trouve sur le nions Vogesus.
V. 471. Taurinae frontis. — Le front de taureau, comme
les cornes de la Moselle (v. 469, corniger), est ici simplement
l'attribut commun des fleuves en général. (Voir la note au v. 433.)
V. 473. Germanis ...portubus. — Coblentz. — Schenkl et
Peiper écrivent portibus comme les mss. Je conserve la leçon
vulgaire portubus, qui semble être la forme adoptée par les
poètes. Si l'on ne trouve pas d'exemples du datif et de l'ablatil
pluriel de portus dans Virgile et dans Stace, Ovide écrit volon-
tiers portubus (édit. Merkel, Met., XIII, v. 710; Trist., III, xil,
V.38; Epist., XVI [XV], V. 125 [passage peut-être interpolé]; par
contre on \\X. portibus. Met., XI, v. 474; Trist., III, 11, v. 1 1).
Neue (Forinenlehre der Lateitiischen Sprache, I, 365) cite le
V. 473 de la Moselle parmi les passages où se trouve portubus.
V. 479. Druna... Druentia. — Drmia ou Druma est le nom
latin de la Drôme, qui ne se trouve pas, semble-t-il, ailleurs que
dans ce passage d'Ausone. L'impétuosité et l'inconstance du cours
de la Druentia (Durance) ont été souvent décrites par les auteurs
anciens (cf. Tit. Liv., XXI, xxxi; Sil. Ital., III, v. 468-476). (Voir
Desjardins, op. cit.., t. I, pp. 164-172 : «La Durance, description,
variation de son cours et ses anciennes dérivations».)
COMMENTAIRE 137
V. 480. Alpinique... fluvii. — Freher suppose que le poète
tait allusion à tous les cours d'eau qui descendent des Alpes, en
particulier à VAddua (l'Adda), VAthesis (l'Adige), etc. Je pense
qu'Ausone s'occupe plutôt des fleuves gaulois tributaires du
Rhône, dont il va parler : par exemple, VIsara (l'Isère).
V. 480-481. DUPLICEMQUE FER URBEM Qui MEAT ET DEX-
TRAE RHODANUS DAT NOMINA RIPAE. — Le Rhodatius (Rhône)
coule au milieu d'une ville double, divise par son cours une ville
qui s'étend sur sa rive gauche et sur sa rive droite. Cette ville
f/oM^/e est Arles : d'autres passages d'Ausone l'indiquent nettement
(cf. édit. Schenkl, XVIIII, v. 73 : duplex Arelate ; Epist. XXV,
V. 81 : duplex Arelas). On ne peut évidemment admettre l'opinion
de Freher qui croit que Rhodanus désigne la Drohne ou Drahonus ,
rivière à laquelle Fortunatus (III, xii, v. 7) donne en effet le nom
de Rhodanus. (Voir la note au v. 365.) Quel est le sens de dextrae
dat nomina ripae ? Depuis Scaliger, tous les éditeurs, à l'excep-
tion de Vinet et de Christ, écrivent Dextrae... ripae, correction
établie par les .4 wson. Lect., 1,5". « Ah eo ojiio [Furca, Fourgues]
Rhodani Narbonain vfque totus ille traâîus diêîus fuit Dextra
Ripa. Hoc patet ex hac infcriptione Narbonenji... » Suit une
inscription de Narbonne (C. /. L., t. XII, n° 4398), que je reproduis
d'après le texte que Desjardins en a donné (op. cit., t. I, p. 414) :
D- M-
TIB- IVN- EVDOXI
NAVIGVL- MAR-
C- I- F C N- M-
TI IVN- FADIANUS
Iiiiil VIR- AVG-
G- I- F- G N M ET
GOND- FERRAR-
RIFAE DEXTRAE
FRATRI- PIISS-
D(iis) M(anibus)
Tib(erii) lun(ii) Eudoxi
Navicul(arii) Mar(ini)
C(oloniae) I(uliae) P(aternae) C(laudiae) N(arhonis) M(artii)
Ti(berius) Iiin(ius) Fadianits
Sévir Aug(ustalis)
C(oloniae) I(uliae) P(aternae) C(laudiae) N(arbonis) M(artii) et
Cond(iictor) ferrar(iarum)
Ripae dextrae
Fratri piiss(imo)
138 COMMENTAIRE
« Aux dieux mânes de Tiberius Junius Eudoxus, matelot de la
colonie Julia Paterna Claudia Narbo Martius. Tiberius Junius
Fadianus, Sévir Augustal de la même colonie, fermier des exploi-
tations de fer, à son frère très attaché. » Je ne vois pas comment
cette inscription peut prouver que le pays situé sur la rive droite
du Rhône, d'Arles à Narbonne, se nomme Dextra Ripa, Rive
Droite, au lieu de dextra ripa, tout naturellement. Dans l'édition
des Aus. Lect., qui a paru à Bordeaux chez Millanges, en 1590,
Scaliger, par inadvertance, semble-t-il, écrit MaJJiliam vfque au
lieu de Narbonam vfque. Corpet qui paraît ne connaître que
cette variante, qui d'ailleurs est donnée dans les éditions de
Tollius, Souchay, Wernsdorf, etc., où on lit « ab eo ojlio MaJJï-
liain ufque », au lieu de t Narbonam vfque », dit avec raison : «Il
est difficile d'admettre cette conjecture, car il serait assez singulier
que le pays situé du côté de Marseille, par conséquent sur la rive
gauche du Rhône, eût reçu précisément le nom de rive droite. »
Corpet a raison, mais contre la mauvaise variante de Scaliger,
non contre la première et la bonne, qui désigne bien la rive droite
d'Arles à Narbonne. Mais cette rive droite n'avait pas besoin
de l'inscription de Narbonne pour se nommer rive droite. Et
encore, l'inscription trouvée à Narbonne, ville qui est près de
VAtax (l'Aude), et fort loin du Rhône, ne peut-elle pas désigner
la rive droite de l'Aude ? Desjardins fait bien remarquer qu'il n'y
a pas de mines de fer sur la rive droite de ce fleuve, ni sur celle
du Tetutn ou Ruscino (Tet); mais il ajoute que dans le Canigou,
qui se trouve à la droite de ce dernier fleuve, existent les mines de
Valmanya et de Corsavy. Admettons cependant, comme l'auteur
de la Géographie de la Gaule romaine, qu'il s'agit « sans doute
de la rive droite du Rhône, chez les Helvii, départemxcnt de
l'Ardèche, où les mines de ce métal abondent ». En quoi l'inscrip-
tion, même s'appliquant à la rive droite du Rhône, prouve-t-elle
que cette rive droite se nommait Ripa Dextra?
Cependant l'interprétation de Scaliger a fait son chemin ; la
critique moderne semble admettre comme un fait acquis que
dextrae... ripae doit s'écrire Dextrae... ripjae, et que cette expres-
sion désigne, non la rive droite du Rhône en général, mais la rive
droite en face d'Arles, c'est-à-dire un nouveau quartier d'Arles
construit en face de la ville primitive qui se trouvait sur la rive
gauche. On lit dans l'édit. Schenkl, Index II, p. 275, col. 2 : « Dex-
tra ripa (Arelatis pars)», dans l'édit. Peiper, Index, p. 513:
^Dextra ripa (Arelatensis urbis pars)», dans la Grande Encyclo-
pédie: <v ...l'emplacement du faubourg actuel de Trinquetaille,
COMMENTAIRE 139
qu'il [Constantin] désigna sous le nom de Ripa clextra ». (L.-G.
Pélissier, art. Arles, Gr. Encycl., t. III, p. 971, Paris, 1887).
Mais la partie de la ville d'Arles située sur la rive droite du Rhône
ne semble pas avoir jamais porté le nom de Ripa dextra. Dans
l'article qu'Adrien de Valois (A^o^îY. Galliar., Parisiis, M. DC
LXXV., pp. 38-40) consacre à Arles (Arelatum), il dit bien que
l'empereur Constantin ajouta à la ville bâtie sur la rive gauche du
fleuve un quartier nouveau qui s'éleva sur la rive opposée, et qu'il
donna à l'ensemble des deux parties d'Arles le nom de Constan-
tina, mais il ne cite aucun auteur qui mentionne la prétendue
appellation de Dextra Ripa, donnée à la nouvelle ville bâtie par
Constantin. Bœcking a beau affirmer que le quartier bâti par
Constantin prit le nom de Constantina ou Dextra, sous-entendu
ripa ou urhs, et donner comme preuves à l'appui la Constitution
de 418 et l'inscription de Scaliger : il a été montré plus haut que
l'inscription ne prouve rien; quant à la Constitution {De conven-
tibus in iirbe Arelatensi, cf. G. Haenel, Corpus legutn, Lipsiae
MDCCC LXII, p. 238), Arles y est nommé Arelatensis urhs ou
Constantina urbs. Le nom de Dextra Ripa n'est jamais, à ma
connaissance, donné au quartier fondé par Constantin.
Admettons cependant, pour un instant, que le nouveau quartier
d'Arles ait porté le nom de Dextra ripa. Comment le Rhône
aurait-il pu lui donner ce nom? C'est exactement comme si l'on
disait que la Garonne, dont le cours divise Bordeaux, donne son
nom à La Bastide, située sur la rive droite. Corpet a bien compris
l'absurdité de l'opinion qui consiste à prétendre que le Rhône
donne son nom à un quartier qui ne porte pas ce nom; il suppose
que noniinano. signifie pas nom, au sens propre, mais réputation,
célébrité : « Ausone — conclut-il — veut dire seulement que le
Rhône traverse Arles et coupe cette ville en deux, pour donner
un nom, une parure à chacune de ses deux rives. Le poète fait
ainsi allusion à cette seconde partie de la ville d'Arles, qui venait
d'être tout récemment construite par Constantin sur la rive droite
du fleuve, et qui prit dans la suite le nom de Trinquetaille. Ce
faubourg faisait l'ornement de la rive droite, comme l'ancienne
ville faisait depuis longtemps la gloire de la rive gauche.» Cette
explication est évidemment ingénieuse ; mais nonien signifie nom
encore plus souvent que célébrité, et quand Horace, employant
une expression semblable à celle d'Ausone, parle d'Icare « vitreo
daturus Nomina ponto » (Carm. IV, II, v. 3), il fait allusion à
une mer à laquelle le fils de Dédale ne donnera pas seulement une
célébrité, mais bien son propre nom.
140 COMMENTAIRE
Je suppose donc qu'Ausone veut dire que le Rhône donnait son
nom soit à sa rive droite, soit au quartier d'Arles situé sur cette
rive, et que cette rive ou ce quartier portait quelque nom dans
le genre de Rhoda ou de Rhodanusia. Pline (A^". H., III, 33)
parle d'une ancienne ville, Rhoda, fondée parles Rhodiens, qui
aurait donné son nom au Rhodanus. Le nom de Rhodanusia se
trouve assez souvent. Sidoine Apollinaire (Epist., I, v) désigne
ainsi la ville de Lyon, et les géographes grecs parlent d'une
Rhodanusia qu'il est assez difficile d'identifier avec une ville
moderne : « Le passage du Pseudo-Scymnus est assez favorable
à l'identification de Rhodanusia avec Beaucaire, Ugernum, qui
était autrefois dans une île du Rhône : 'PoSavouatav te 'Poôavbç r^^
(xéyaç uoTap.ôç napappeî (vers 208-209), et Rhodanusia que le grand
fleuve traverse. Etienne de Byzance en fait une dépendance de
Marseille : 'Poôavouata, 7îô)>t; MaasaXia;. 'PoSavouata nokiç, èvMauffaAt'a.
Rien d'ailleurs n'est moins certain que cette identification, qui a
l'inconvénient d'attribuer deux noms anciens à Beaucaire, Rhoda-
nusia et Ugernum. » (Desjardins, op. cit., t. I, p. 213, note i .) On
a aussi voulu identifier Arles avec Rhodanusia ; peut-on admettre
que, du temps d'Ausone, le nouveau quartier d'Arles ait porté le
nom de Rhodanusia? Rien évidemment ne le prouve, mais rien
ne prouve non plus qu'il se soit nommé Dextra ripa.
D'autre part, Rhodanusia a évidemment, à une certaine époque,
désigné la région du Rhône. On lit dans le Thésaurus Linguae
Graecae d'Henri Estienne, au mot 'PoSavouac'a : « Tractus iuxta
Rhodanum : Iren. ap. Epiphan. t. 1, p. 236 C, 'Ev toîç xaô' r,[i5ç
y.),î|i.a(ii Tr,; 'Poôavoucrîaç. » Irénée était évêque de Lyon à la fin
du ll« siècle ; la Moselle date de l'an 370 ou 37 1 : si Rhodanusia
désignait la région du Rhône vers l'an 200, ce mot pouvait ne plus
avoir de sens cent-soixante-dix ans plus tard. Mais du moment
qu'Ausone dit que le Rhône donne son nom à sa rive droite, je
crois qu'on peut supposer avec vraisemblance que cette rive droite
ou le quartier d'Arles bâti sur la rive droite du fleuve se nommait
Rhodanusia, au moment où le poète écrivait la Moselle,
V.483. Aequoreae...Garumnae. — «...la Garonne marine».
Cette expression revient plusieurs fois dans les œuvres d'Ausone
(cf. édit. Schenkl, jE^jzs^. XIIII, v. i : Aequoream... Garumnam ;
XVIIII,v. 139: ...aequoreos intitata fluenta [Garumnae]>»ea^Ms;
Epist. X, V. 13 : Aequoris undosi qua multiplicata reciirsu Ga-
rumna pontum provocat). Longtemps avant Ausone,Pomponius
Mêla, qui n'est pas Gascon, et qu'on ne pouvait accuser comme
COMMENTAIRE 141
le poète bordelais de partialité pour la Garonne, avait déjà com-
paré à la mer le vaste estuaire du fleuve (III, 11, 5). Plus tard
Claudien (V, v. 1 13) et Sidoine Apollinaire (Carm. Vil, v. 392-395)
redisent encore dans leurs poèmes que la Garonne se gonfle des
vagues de la mer.
Le dernier mot de la Moselle est un éloge de la Garonne;
comme, au début du poème, la première louange qu'Ausone ait
accordée au pays de Trêves, c'est qu'il lui rappelle les environs
de Bordeaux. La Moselle a beau être le fleuve auguste, ce sera,
d'après le poète, sa suprême gloire d'être recommandée à la
Garonne : le panégyrique officiel de la Moselle se termine par un
souvenir adressé à la Garonne. Malgré ses promesses, Ausone ne
consacrera plus d'œuvres à Trêves et à son fleuve; mais une des
dernières préoccupations de sa vieillesse sera de chanter Bordeaux
et son fleuve bouillonnant qui imite le flux et le reflux de la mer.
ACHEVÉ d'imprimer
PAR
Gustave GOUNOUILHOU, a Bordeaux
le xxviii mai m.dccc.lxxxix.
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